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CYANIQUES DANS LE TRAITEMENT DES MA¬ LADIES DES YEUX

Un praticien anglais, M. Turnbull, essaya pour la première fois, en 1857, l’acide hydrocyanique dilué contre certaines maladies des yeux ; il en imbibait une éponge, avec laquelle il faisait frictionner le front pendant quelques minutes, ce qui faisait fortement rougir la peau; et il dit en avoir retiré de bons résultats dans la cataracte commençante, les opacités de la cornée, les ophtlialmies, les amauroses, l’iritis, etc.

Plus tard, il employa la vapeur de l’acide concentré, avec des effets plus marqués encore. Il mettait dans une fiole de la capacité d’une once, un gros d’acide , et il la tenait toutprèsde l’œil, les paupières ouvertes, pendant l’espace de trente secondes environ. La pupille se dilate, les vaisseaux s’injectent, et le malade éprouve de la chaleur, sans aucune douleur toutefois.

Chose curieuse, l’huile essentielle d’amandes amères, essayée de la même manière, à la dose de deux drachmes, mêlée à égale quantité d’eau dans une fiole d’une once, non-seulement ne dilate pas la pupille et ne fait pas beaucoup rougir l’œil, mais fait disparaître la chaleur occasionnée par l’acide hydrocyanique.

M. Guthrie fils se sert très-fréquemment de l’acide hydrocyanique médicinal dans les ophtlialmies scrofuleuses et catarrhales chroniques , à la dose de quelques gouttes, instillées entre les paupières, et il assure en avoir retiré constamment de bons effets.

Ces essais méritaient d’être répétés. M. Florent Cunier et M. Fleussu ont donc fait en Belgique quelques tentatives qui, sans être aussi heureuses qu’en Angleterre , ont droit cependant à quelque attention.

Disons d’abord que M. Fleussu n’a rien obtenu dans la cataracte commençante ni dans l’amaurose, et qu’il a été obligé de renoncer

chirurgicale*

à l’acide hydrocyanique en vapeur, k raison des accidents toxiques qu’il déterminait. Mais M. Cunier a été plus heureux contre certains cas de photophobie intense, avec spasme des paupières et ulcération de la cornée , qui avaient résisté à tous les moyens. Nous donnerons un résumé de sa première observation, avec les formules employées et le mode d’application.

Un sujet de 21 ans, lymphatique, .souffrait depuis quarante-neuf jours d’une photophobie des plus intenses , avec épiphora et blépharospasme. Tout avait été tenté sans succès, et depuis trois jours le malade ne dormait plus. On prescrivit :

^ Acide hydrocyanique médicinal, 1/2 gros.

Eau distillée de belladone. . ... 3 onces.

T. En instiller quelques gouttes d’heure en heure entre les paupières , si c’est possible. En imbiber des compresses de mousseline , qui seront appliquées sur les paupières et renouvelées toutes les demi-heures.

Les instillations ne purent être faites; mais, après vingt-huit heures des applications, le malade réussit à entr’ouvrir les paupières. — Même prescription, mais seulement avec 15 gouttes d’acide sur 5 onces d’eau de belladone.

Les instillations faites , au bout de trois heures les paupières s’ouvrent à moitié;, le malade dormit toute la nuit; le lendemain, les yeux s’ouvraient librement. De légères ulcérations aux deux cornées firent continuer les instillations. Mais le sixième jour, il y eut des vertiges ; le malade se sentait la tête vide ; les pupilles étaient très-larges et immobiles. On suspendit l’usage de l’acide hydrocyanique ; le lendemain, tous ces symptômes avaient disparu. On prescrivit :

"if Cyanure de potassium . 6 grains.

Eau distillée de belladone. 2 onces.

T. En lotions fréquemment répétées. —

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Quinze jours après, la guérison était complète.

Dans d’autres cas analogues, tantôt il a suffi des lotions et instillations d’acide hydrocyanique à la dose de 20 gouttes sur 5 onces d’eau distillée de belladone ; tantôt M. Cunier a préféré le cyanure de zinc ou de potassium, sous les formes suivantes :

Pommade de cyanure de zinc.

“if Cyanure de zinc . 5 grains.

Axonge purifiée , beurre de cacao; de chaque . 1 gros.

T. Une friction tous les quarts d’heure sur le front, les paupières et les tempes avec gros comme un haricot de cette pommade. On peut aussi en introduire gros comme un pois soir et matin entre les paupières. Dans un cas la dose de cyanure a été poussée jusqu’à 10 grains sans inconvénient.

Lotions avec le cyanure de potassium.

2 ’f Cyanure de potassium .... 6 grains.

Eau distillée de belladone. 3 onces.

T. En lotions et instillations fréquemment répétées. La dose de cyanure de potassium a été portée jusqu’à 2 et même 4 grains par once.

Cette dernière formule a réussi quelquefois à calmer de violentes douleurs compliquant le glaucome. Chez un malade où les applications avaient échoué, une potion con tenant un demi-grain de cyanure de potassium sur 2 onces d’eau distillée, avec addition de sirop simple, à prendre par cuillerées à café de demi-heure en demi-heure, a produit un soulagement des plus marqués.

L’huile essentielle d’amandes amères, mêlée à parties égales avec le beurre de cacao, et appliquée en frictions sur le front et les tempes, a réussi également contre des douleurs analogues. L’huile essentielle de laurier cerise a paru moins efficace. On a aussi tenté de les instiller entre les paupières ; mais outre qu’elles déterminent une cuisson très-vive et prolongée, leur effet sur l’œil et les ulcérations de la cornée a été nul ou à peu près.

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OBSERVATION d’EXOMPHALE CONGÉNIALE ÉNOR¬ ME, suivie de guérison , par M. Thélu,

D.-M. à Dunkerque (1).

L’observation de M. Goyrand, rapportée dans le Journal de Chirurgie du mois de février, a rappelé à mon souvenir et m’engage à vous adresser un fait analogue qui ne sera peut-être pas sans intérêt pour la science.

Obs. — Je fus mandé le 1er août 1828, par le sieur Masson Claire, de la commune de Saint-Pierrebrouck, pour donner mes soins à un enfant du sexe féminin dont sa femme venait d’accoucher. Cet enfant était atteint d’une exomphale énorme; tout le paquet intestinal faisait hernie, et se voyait à travers une pellicule très-légère formée par la distension des membranes du cordon ombilical. La tumeur ainsi constituée offrait vingtquatre centimètres de pourtour à la base, et vingt-neuf centimètres en passant par-dessus d’un côté à l’autre. L’anneau qui livrait passage aux viscères était formé par un prolongement de la peau sur le cordon, et par l’écartement des fibres aponévrotiques des muscles droits et de la ligne blanche.

Mon premier pronostic fut grave ; je ne pensais pas que l’enfant pût vivre. La sage-

(1) C’est à M. Thelu que nous devons les renseignements consignés dans notre dernier numéro sur le jeune homme qui a subi la section de quarante-deux muscles ou tendons , et c’est par une erreur typographique qu’on lit M. le docteur Melu .

femme qui l’avait reçu, madame Brame, ancienne élève de la Maternité de Paris, où elle a obtenu plusieurs prix et une médaille, n’avait jamais vu d’éventration de ce genre , mais seulement de petites hernies ombilicales qui n’excédaient pas la grosseur d’une noix. Dans ma propre pratique, j’avais rencontré des hernies dans le cordon ombilical , mais qui s’étaient toujours facilement réduites par la compression.

Voici toutefois ce que je crus devoir tenter ici. Je commençai par exercer une compression soutenue avec la paume de mes deux mains, afin de faire rentrer le plus de parties qu’il me serait possible ; par ce procédé je réduisis plus de moitié delà hernie. J’appliquai ensuite sur la tumeur des compresses imbibées d’huile; et par le moyen d’un bandage de corps médiocrement serré, je continuai la compression, et j’engageai la sagefemme à resserrer le bandage quand il se relâcherait.

Je revis l’enfant le lendemain, la tumeur était encore diminuée.

Le 4, nouveau progrès de la réduction.

Le 10, je fus mandé pour voir cet enfant; il était atteint de convulsions, la hernie était entièrement réduite, le cordon était détaché , et il restait une ouverture de trois centimètres de diamètre, qui était recouverte de bourgeons charnus et formait une plaie unie. Les convulsions cessèrent le lendemain.

En passant par Saint-Pierrebrouck, le 27 août, jo trouvai l’enfant entièrement guéri.

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A la place d’une éventration aussi considérable , il existait une cicatrice inégale en losange, ayant de haut en bas un centimètre environ, et six millimètres d’un côté à l’autre. Les téguments s’élevaient en bourrelet audessus de la cicatrice.

Depuis lors l’enfant a grandi et est devenue une jeune tille. Je l’ai revue il y a deux ans, jamais elle n’avait éprouvé aucune douleur à cette place.

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