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OBSERVATION D’UN FOETUS A TERME, MORT-NÉ

AVEC LES SYMPTÔMES DU TÉTANOS; par le

même.

Obs.-— La femme Lenoir, âgée de Tl ans, d’un tempérament lymphatique, très-nerveuse et sujette à se contrarier pour le moindre sujet, avait eu déjà deux enfants. A sa première couche, elle avait longtemps été dans les douleurs de l’enfantement, et avait mis au monde un enfant mort. La seconde couche, au contraire, ayait été facile et prompte; toutefois l’enfant était fort délicat et ne vécut que six semaines. Elle devint enceinte pour la troisième fois, et je fus appelé à lui donner des soins.

Sa grossesse n’offrit rien de particulier. Une saignée fut pratiquée à demi-terme ; la santé demeura d’ailleurs excellente jusqu’à l’époque du travail, qui se déclara le 25 avril à une heure du matin. On vint me chercher à deux heures. La femme était levée, t.rèspàle ; elle avait eu une faiblesse et un vomissement; les douleurs revenaient à intervalles assez longs. Je trouvai au toucher le col de la matrice très-épais et dilaté de cinq centimètres ; la poche des eaux était rompue. Je la lis remettre au lit ; mais comme dans cette position les douleurs semblaient se ralentir, elle lit un effort pour se lever, et eut encore une légère faiblesse qui se dissipa facilement.

Le travail continua ainsi lentement; la tète descendit dans l’excavation; mais, une fois arrivée à ce point, elle n’y resta pas plus de quelques douleurs; et une douleur expulsive qui ne dura pas deux secondes suffit pour rejeter au dehors un enfant mort, mais parfaitement constitué.

Je fus frappé d’abord d’un certain étonnement à l’aspect de cet enfant. Il n’était ni pâle ni décoloré comme le sont beaucoup d’enfants morts-nés; les membres étaient loin d’être basques, ainsi que je le dirai tout à l’heure; la peau, sur toute l’étendue du corps, était d’un rouge vermeil, sans aucune nuance violacée comme dans l’état apoplectique. Comme le cordon ombilical formait une anse qui passait sur le derrière du col sans étreindre sa partie antérieure, je commençai par dégager l’anse du cordon en la passant au-dessus de la tête; je cherchai ensuite à enlever

les glaires qui se trouvent quelquefois dans la bouche et dans le pharynx, et qui empêchent les enfants de pousser les premiers cris. Je fus très-étonné de trouver la bouche close et serrée comme dans l’état tétanique. J’éprouvai beaucoup de difficulté à l’ouvrir. La langue paraissant comme collée au palais , je pensai que la contraction de cet organe pouvait avoir déterminé l’asphyxie en lui faisant recouvrir le larynx ; j’abaissai donc la langue et je passai mon petit doigt jusque dans le pharynx pour le débarrasser des mucosités qui s’y trouvent; mais je le trouvai parfaitement libre. Il y avait contraction et rigidité tétanique des extrémités supérieures. Les bras étaient fléchis sur la poitrine ; et malgré les efforts que je fis pour les allonger, ils reprenaient leur première position dès que je les laissais aller. Les extrémités inférieures étaient de même fléchies.

Je procédai sans différer à la section du cordon ombilical, mais je n’obtins pas de sang. Je fis des frictions sur la colonne vertébrale, ainsi que sur la région du cœur, avec de l’eau tiède et de l’eau-de-vie. Je mis l’enfant dans un bain tiède; et, tout en continuant les frictions sur le cœur, je cherchai, par des pressions légères sur les côtes, à établir le mouvement respiratoire; je fis des insufflations par les voies aériennes ; et enfin, tout étant resté infructueux, j’examinai la région du cœur à l’aide d’une chandelle, pour voir s’il y resterait quelques petits battements qui soulèveraient la région précordiale. On sait que chez les enfants nouveau-nés, les mouvements du cœur sont très-visibles ; et c’est par cet examen que souvent, après une version difficile et laborieuse, je me suis assuré que la vie n’était pas tout à fait perdue, et que j’ai pu ranimer, quelquefois après' une demi-heure, des enfants que j’avais crus morts avant cette épreuve. Le cœur ici ne battait plus; tout fut donc inutile. J’aurais désiré faire l’autopsie ; mais les parents s’y refusèrent absolument.

Je fais annuellement une centaine d’accouchements, et depuis que j’exerce voilà la première fois qu’un cas de ce genre s’est présenté dans ma pratique. Je n’ai vu dans aucun traité d’accouchements qu’il ait été observé que des enfants soient venus au monde dans un état tétanique ; et celui-ci vient de m’en offrir tous les symptômes.

La mère n’avait pas éprouvé de pertes pendant la grossesse, ni pendant qu’elle était dans les douleurs de l’enfantement ; aussi l’enfant n’était nullement exsangue ni dans un état de syncope.

Il n'y avait pas de disproportion entre le bassin et la tète de l’enfant; et d’ailleurs rien dans les symptômes n’indiquait un état d’apoplexie.

BIBLIOGRAPHIE

La mère n’avait pas éprouvé de convulsions avant ou pendant le travail de l’accouchement , ce qui aurait pu contribuer à la mort de l’enfant; elle n’avait eu que deux légères faiblesses, une pendant qu’elle était levée, au commencement du travail, et l’autre en voulant se lever; encore n’avaient-elles pas été jusqu’à la perte de connaissance.

La température de la chambre était plutôt chaude que froide, étant placée au-dessus d’un four de boulanger.

Dans la zone torride, les voyageurs nous apprennent que les négrillons sont atteints du tétanos dans les huit premiers jours de leur naissance, mais non pas qu’ils viennent au monde dans un état tétanique.

Dr Thélu.

Cette observation de M. le docteur Thélu est intéressante. Les fœtus morts pendant un travail long ou rapide, qu’ils soient dans un état d’apoplexie ou d’anémie, loin d’offrir de la roideur, sont au contraire remarquables par le relâchement général de leur système musculaire. Les seules exceptions signalées, encore sont-elles fort rares, ne regardent presque que des fœtus morts pendant un travail compliqué d’éclampsie , et le soin qu’a pris notre honorable confrère de faire observer que la mère n’avait éprouvé, avant ou après l’accouchement, aucun accident convulsif, atteste que ces exceptions lui sont bien connues. On a présumé que, dans ces cas, le fœtus a pu participer à l’affection grave qui avait plus ou moins mis en péril les jours de la femme. Quelle que soit la valeur de cette explication, elle ne saurait être invoquée pour rendre raison des phénomènes observés par le médecin de Dunkerque. Force a donc été de les attribuer à une maladie propre du fœtus, et cette maladie, l’auteur a cru devoir lui donner le nom de tétanos.

Que le fœtus ait souffert des longueurs de la parturition, lorsque les eaux étaient écoulées dès le commencement du travail, et le cordon exposé, par la formation d’un circulaire autour du col, à une compression fâcheuse, cela n’est pas douteux ; et il ne l’est guère non plus que, malgré les apparences extérieures contraires, l’autopsie, si elle eût été faite, n’eût révélé un état congestionnel marqué des vaisseaux de l’encéphale. Que de fois n’ai-je pas, pour ma part, même à la suite d’accouchements peu longs, sinon rapides, observé une plénitude excessive du système circulatoire intrà-eranien, sans coloration violacée des téguments. Ne sait-on pas que la persistance de la pléthore cérébrale, après l’établissement lent et difficilement obtenu de la respiration, détermine chez les enfants nouveau-nés des convulsions souvent fatales? Or, ce qui arrive après la naissance ne peut-il pas avoir lieu avant? Une congestion qui ne sera pas assez forte pour éteindre tout de suite la vie fœtale, ne peut-elle pas produire chez le fœtus des convulsions , puis un état plus ou moins prononcé de contracture, au milieu duquel la mort surviendra plus tard ? C’est ainsi du moins que je me suis expliqué l’état de rigidité dans lequel j’ai deux fois trouvé le fœtus mort a la suite d un travail long et pénible.

Quant à la véritable nature de l’affection convulsive à laquelle il me semblait qu il avait succombé, je ne suis pas allé si loin que M. le docteur Thélu, pensant qu’une conclusion, tirée de l’état du cadavre seulement, ne reposait pas sur une base assez solide, et qu’il fallait, pour lever les doutes qu’un pareil phénomène doit naturellement faire naître, d’autres éléments de conviction Ils nous ont manqué jusqu’ici, et il esta craindre que pour longtemps encore nous en soyons réduits aux conjectures. A. D.

BIBLIOGRAPHIE

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