ILLUSTRES MÉDECINS ET NATURALISTES DES
temps modernes; par M. Isidore Bourdon, membre de V Académie de médecine (1).
« Dans ce volume , on raconte avec sincérité la vie studieuse et honnête , modeste ou glorieuse, de vingt hommes d une haute intelligence, dont plusieurs même furent doués d’un grand génie. » C’est de cette façon mo deste que les éditeurs annoncent le nouvel ouvrage de M. Isid. Bourdon; ils ont pensé, avec juste raison, qu’il n’était pas besoin de
(1) Un vol. in-18, format anglais; prix 3 fr. 50 c. — Au comptoir des imprimeurs - unis , quai Malaquais, u;.
le vanter autrement, et que le sujet d’une part, et le nom de l’auteur de l’autre, le recommanderaient suffisamment auprès du public. Il se rattache essentiellement à l’histoire de l’art; mais il la présente sous un aspect moins grave que de coutume , et de manière à la mettre à la portée d’un plus grand nombre de lecteurs. L’auteur n’affecte point d’enseigner, il raconte ; et quand il vous a entraîné par le charme d’un récit clair, facile et attachant à la fois, vous pensez n’avoir fait que vous distraire, *et il se trouve que vous avez appris. Point de hautes prétentions ; dans la distribution de ses biographies, il semble même avoir négligé toute méthode ; sa méthode, c’est la
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variété ; et il s’est attaché particulièrement à rapprocher l’un de l’autre les hommes dont la vie offrait le plus de contrastes. Il prend d’ailleurs dans toutes les époques; le 17e siècle lui fournit Harvey et Fagon ; le 18e, Boerhaave, Haller, Bordeu, Camper, et Bichat, qui se trouve sur la limite du nôtre ; et enfin, au 19e siècle, il a choisi Cuvier, Lamarck, Corvisart, Hahnemann, Béclard , Dupuytren. Un seul médecin vivant, M. Chomel, a jusqu’à présent obtenu place dans cette galerie ; mais nous espérons bien que M. Bourdon ne s’arrêtera pas à ce premier volume.
Les deux biographies que M. Bourdon a traitées avec le plus de prédilection sont celles de Cuvier et de Dupuytren. Il les a connus tous deux ; il a pu les suivre et les montrer dans leur intérieur et leur extérieur, saisir dans la démarche, le geste , la moindre parole, ce quelque chose de propre et de personnel qui vous fait reconnaître un homme mieux que les plus longs commentaires.
M. Bourdon*excelle dans ces petits détails, dans cette causerie fine et spirituelle ; et on ne le lit jamais avec plus d’intérêt que quand il vous prend par la main en quelque sorte
et vous introduit dans le cabinet de Cuvier et de Dupuytren.
Nous relèverons cependant, dans l’article consacré au grand chirurgien de l’Hôtel-Dieu, une petite anecdote chirurgicale que M. Bourdon a empruntée ailleurs, et qui, sur la foi de cette double autorité, finirait par prendre une couleur historique. Il s’agit d’une femme entrée àl’Hôtel-Dieu avec une amygdale trèsgonflée ; Dupuytren, au grand étonnement de ceux qui l’entouraient, aurait reconnu dans ce gonflement une hydatide. On pourrait ajouter au grand étonnement de tous ceux qui ont jamais ouvert un livre de chirurgie. Mais que tout cet étonnement s’apaise devant le fait réel. Dupuytren avait cru à un abcès ; il avait donné un coup de bistouri ; et il reconnut bien à la vérité l’hydatide, mais lorsqu’il la tint dans le creux de la main. L’observation se trouve tout au long dans la thèse de l’interne à qui était échue cette malade, laquelle thèse a été soutenue à la Faculté de Paris. L’observation ainsi corrigée n’est plus aussi merveilleuse ; et je suis moi-même le premier à reconnaître que l’histoire ne vaut pas le roman.
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Académie des sciences. — 27 mai. — M. Berthold, professeur à Gœttingue, adresse un travail sur la durée de la grossesse . D’après ce savant, l’accouchement a lieu après que les règles ont manqué neuf mois, et quand l’ovaire se prépare, à la 10e menstruation. Pour fixer l’époque à laquelle il aura lieu, chez les femmes à menstrues régulières, il faut compter pour la grossesse autant de jours que pour le cycle entier des dix menstruations qui l’ont précédée. En déduisant de ce chiffre douze jours en moyenne, on trouve l’époque régulière de l’accou chement.
ô juin. — M. Malgaigne communique un cas de succès de la ligature de l’iliaque externe. (Voir cette lettre dans la Revue critique.)
Academie de médecine. — 21 mai. — M. Hamel lit un travail sur l’obésité ou l’état gras du cordon ombilical. — Commissaires : MM. Moreau, Velpeau, Gapuron.
M. Velpeau fait un rapport sur un travail deM. Morand, médecin de la colonie agricole de Mettray, sur une épidémie d’ophthalmie scrofuleuse. Le point principal sur lequel insiste l’auteur est la coïncidence de l’inflammation de la pituitaire avec celle de la conjonctive , et l’utilité de les combattre toutes deux en même temps. M. Velpeau critique la dénomination d’ophthalmie scrofuleuse, et pense que ce qu’il faut surtout s’appliquer à distinguer, c’est le siège de l’inflammation.
MM. Roux, Martin Solon, Gerdy, s’élèvent contre cette assertion du rapporteur; mais l’heure avancée oblige de remettre la discussion à une autre séance.
M. Gerdy présente un malade sur lequel il a enlevé une grande partie des deux paupières sans gêne notable pour leurs fonctions, et promet de lire un travail complet sur ce sujet. (Nous ajouterons que ce mémoire est promis au Journal de chirurgie , et que nous espérons le donner à nos lecteurs dans notre prochain numéro.)
28 mai. — Pour donner suite à une proposition de M. Cornac, relative au placement du buste de Dupuytren dans la salle des séances, l’Académie nomme au scrutin une commission composée de MM. Husson, Cruveilhier et Bégin.
k juin. — M. Roux , au nom de la commission nommée pour examiner le mémoire de M. Malgaigne sur la Myotomie rachidienne, expose d’abord que la commission s’est constituée, et qu’elle a nommée M, Roux président et M. Velpeau secrétaire. Elle a commencé à
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examiner les malades soumis à la myotomie ; mais presque aussitôt des obstacles se sont présentés. Les malades ont refusé de se rendre à l’invitation de la commission ; et il a été évident qu’il ne restait qu’une seule ressource pour arriver à la vérification des faits; c’était de se transporter chez les malades mêmes. Une décision a été prise a cet effet ; mais alors deux membres formant la minorité ont refusé de s’associer à cette décision ; et la majorité a cru devoir en référer à l’Académie.
M. Adelon pense que cette dissidence n’a aucune importance ; dans toutes les commissions c’est toujours l’avis de la majorité qui doit prévaloir.
M. Gerdy ajoute que la minorité devrait être blâmée.— M. J. Cloquet, membre de la minorité, déclare que la décision de la majorité lui a paru peu digne d’une commission académique; et dans tous les cas qu’il n’a pas voulu, en s’associant à de telles démarches, compromettre sa propre dignité.
M. Husson rappelle que, il y a 40 ans, la commission de vaccine, composée de Thouret, Leroux, Sédillot père, Pinel, et dont lui-même faisait partie, n’a pas cru déroger à sa dignité en allant ainsi vérifier au domicile des malades tout ce qui lui paraissait mériter vérification.
M . Adelon rappelle des précédents analogues, l’exemple de la commission des eaux de Yichy, de la commission du magnétisme, etc.
M. Guérin demande la parole. (Non, non! La clôture ! )
M. Desportes. Laissez parler M. Guérin; il va peut-être vous offrir de vous faire voir ses malades. (Rire général.)
M. Guérin déclare que l’enquête que veut faire la commission lui paraît vexatoire , qu’il n’y a pas apporté d’entraves, mais qu’il n’entend nullement s’y prêter.
M. Roux demande qu’on adjoigne deux nouveaux membres à la commission.— Cette proposition est mise aux voix et adoptée. L’Académie devra faire ces deux nominations au scrutin dans la prochaine séance.
Séance du 11 juin. — M. Roux croit important, avant d’aller plus loin, de demander h M. Guérin s’il persiste à susciter des obstacles à la commission de la myotomie. Non-seulement M. Guérin s’oppose à l’enquête, ce qui est tout à fait inexplicable; mais, dans son Journal, il injurie les membres de la ma.orité de la commission. J’ai eu l’honneur, dit M. Roux de partager ces injures avec MM. Velpeau et Gerdy et plusieurs autres de nos confrères : je dis honneur ; car, dans les circonstances actuelles, je déclare que je m’en trouve honoré.
M. Louis lit un discours dans lequel il cherche à établir les trois points suivants : 1® Il est contre toutes Jes convenances que l’on aille visiter les malades d’un médecin sans son assentiment; 2° 11 y a une commission nommée par le conseil des hôpitaux qui s’occupe du même sujet avec tous les matériaux convenables; 3° La commission de l’Académie ne peut arriver à aucune conclusion ; car, eût-elle vérifié que les 24 malades cités par M. Malgaigne ne sont point guéris, M. Guérin n’a annoncé que 24 guérisons sur 155 malades; et il sera impossible de dire si les sujets de M. Malgaigne n’appartiennent pas à la catégorie que ceux de M. Guérin lui-même donne comme non guéris.
M. Gerdy. Je suis de l’avis de M. Louis ; non, il n’est pas permis d’aller fouiller dans la pratique privée d’un confrère ; mais il ne s’agit pas de cela ici. Messieurs, si un jour un médecin venait dire et publier : j’ai fait des cures miraculeuses, et que personne n’a faites avant moi ; si cependant, après cette annonce faite à son de trompe, ce médecin se refusait à tout examen, et dérobait à tous les yeux ces succès tant vantés, je dis qu’il est du devoir de la presse médicale, gardienne vigilante de l’honneur, de la dignité, de la vérité de la science, de rechercher ce qu’il y a de vrai ou de faux dans de telles assertions; je dis ensuite que si elle les trouve inexactes, mal fondées, mensongères, c’est pour elle un droit et un devoir de le dire ; c’est faire acte de bon citoyen. (Bravo ! ) Et si ensuite l’homme dont on contredit les assertions après enquête, crie à la calomnie et ne répond que par des injures, je dis que celui-là seul est un calomniateur. (Vive sensation.) Vous dites que des passions s’agitent sous la question scientifique ; dans ce cas même, quel tribunal plus compétent, plus impartial que l’Académie pour démêler la vérité? Au nom de l’humanité, au nom de la science, j’adjure donc M. Guérin de nous montrer ses cures; si elles existent, je serai le premier à les signaler; mais s’il s’obstine à les cacher, je persisterai aussi à croire que cela est louche, et j’engagerai la commission à faire son devoir. Vous dites que les convenances s’y opposent; entre les convenances d’un côté, le devoir de l’autre, je n’hésiterai jamais à me ranger du côté du devoir. (Applaudissements prolongés.)
M. Royer-Collard , M. Barthélemy , M. Nacquart , M. Castel prennent successivement la
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parole. Ils sont frappés surtout du scandale d’une telle discussion ; ils craignent qu’elle n’aboutisse à diminuer la considération de l’un des membres de l’Académie, et par suite à compromettre l’Académie elle -même.
M. Velpeau. S’il y a scandale, on doit voir d’où il vient et quelle en est la source. C’est à tort d’ailleurs qu’on a prétendu que la commission nommée par le conseil des hôpitaux avait la même mission que nous ; sa mission est tout à fait différente,
M. Orfila déclare que la commission des hôpitaux est instituée pour vérifier les faits de M. Guérin.
M. Velpeau, M. Roux, M. Gerdy s’élèvent à la fois contre cette assertion; la commission des hôpitaux n’a pas à s’occuper des faits passés.
M. Orfila. C’est à bon escient (sic) que le conseil n’a pas voulu charger la commission de l’examen des faits passés; mais elle examine les faits présents et à venir, et il n’est pas à présumer que les résultats soient différents en 1844 de ce qu’ils ont été en 1840.
M. Desportes déclare que la commission des hôpitaux .a été nommée sous des influences telles qu’elle est frappée de discrédit par avance. — M. Blandin réclame vivement contre cette assertion.
Après une discussion orageuse, trois propositions sont soumises au jugement de l’Académie. D’abord l’ordre du jour, consistant à nommer deux nouveaux membres pour renforcer la commission. Il est mis aux voix et rejeté. Une autre proposition aurait pour effet d’annuler tout ce qui a été fait, et d’empêcher la commission de poursuivre ses travaux. Elle est également rejejée. En conséquence, la commission est maintenue telle qu’elle est, et avec la mission qu’elle avait reçue.
—Dans les dernières séances de la Société pathologique de Dublin, on a fait voir des pièces très-intéressantes concernant des terminaisons bien rares de la coxalgie. M. Adams a montré une tête de fémur nécrosée et détachée sur un enfant de 6 ans, malade depuis deux ans, et guéri à la suite de cette exfoliation. C’est le troisième cas de ce genre qu’il communique à la Société, et les trois malades avaient guéri.
M. R. W. Smith a fait voir une tête de fémur qui s’était luxée sur l’os iliaque, sur un sujet de 14 ans, malade depuis deux mois seulement. Les téguments furent pris de gangrène
au-dessous de la tête, qui se trouva ainsi faire saillie à l’extérieur ; et la mort arriva quatre mois après la luxation.
Enfin M. Adams a communiqué le cas d une luxation du même genre et par la même cause chez un homme de 60 ans; la suppuration emporta le malade.
— M. Guersant fils, chirurgien de l’hôpital des Enfants, a été nommé chevalier de la Légion d’honneur.
La même distinction a été accordé à M. Furnari, dont le Rapport sur les. maladies des } eux en Aigéiie vient d être traduit en arabe par ordre du ministre de la guerre
Il nous faut bien, pour être exacts, annoncer une grande nouvelle, qui égaye depuis quelques semaines tous les chirurgiens de Paris. La Gazette médicale a annoncé de nouvelles conférences à 1 hôpital des Enfants, dans lesquelles M. J. Guérin démontrera un procédé pour pratiquer 1 opération césarienne sous-cutanée. La Gazette remarque naïvement que cela
pourra étonner ses lecteurs. Il nous semble que depuis quelque temps ils ne doivent plus s’étonner de rien.
Nouveaux éléments de pathologie médico-chirurgicale, par MM. Roche Sanson eî Lenoir. - Ginq vol. in-8°. Prix, 56 francs. - Chez J. -B. Baillière, libraire, rué de l’Ecolede-Medecine. -Le 5e volume vient de paraître; nous en rendrons compte prochainement. Recherches et observations sur les maladies scrofuleuses, par J. -G -A Lugol iné-
/^eïlT itVU^ün VOl< in-8°’Par,S’ 1844-P1‘1X’ 7 • — Chez ^Fortin-Masson et G e, place de 1 Ecole-de-Medecine, 1.
iw -iÏÏ-T1 de Chirfir9ie paraît le 20 de chaque mois, par livraisons de 52 pages grand in-8 Prix de 1 abonnement : 8 fr. par an; et 12 fr. pour recevoir en même temps le Journal r Médecine.— On s abonne à Pans, au Bureau du journal, chez Paul Dupont et Comn rue r
doS articles * réclamations relatifs à la rédaetio
Sec, n°22 ’ hancs de Port> a M- Malgaigne , rédacteur en chef, rue de l’Arbn
Paris , imprimerie de Paul Dupont , rue de Grenelle-Saipt-Honoré , 55.
JOURNAL
Par M. MAJLG-AIGNE.