JUILLET
SOMMAIRE
î. Travaux originaux. — Recherches historiques et pratiques sur le renversement des cils contre le globe de l’œil, et sur la possibilité d’enlever une paupière tout entière et au moins une partie de l’autre sans que l’œil reste découvert, par M. Gerdy. — Recherches sur la structure de l’utérus, par M. Jobert. — Remarques sur quelques phénomènes de l’amaurose et sur son traitement par la noix vomique , par M. Neucourt. — II. Revue critique. — Chirurgie. — Ligature de l’artère iliaque externe , pour un anévrisme de la fémorale; gangrène survenue le vingt-huitième jour après l’opération. — Compte-rendu des cas de hernie traités à l’hôpital de Guy, de septembre 1841 à décembre 1842. — Résultats de trois opérations tentées pour la cure radicale des hernies. — Luxation de la tête du péroné. — Obstétrique. — Conversion d’une présentation de la face en présentation d’un des côtés delà tête. — Pharmacologie chirurgicale. — Nouveau moyen pour arrêter l’hémorragie produite par la piqûre des sangsues. — III. Bulletin clinique. — Observations de rupture du tendon d’Achille, communiquées à la Société de chirurgie, par M. Malgaigne. — IV. Bi bliographie. — Recherches et observations sur les causes des maladies scrofuleuses, par J.-G.-A. Lugol. — V. Nouvelles et Variétés. — Académies.— Concours pour l’agrégation en chirurgie à Paris et à Montpellier.
TRAVAUX ORIGINAUX
Recïierdieg liistoi'iques et pratitiiaes suv le renversemeist «les «ils contre le «te l’œil , et sur la possibilité d’enlever
une paupière tout entière et au moins une partie de l’autre sans que l’œil reste découvert ; par Gerdy, chirurgien de l’hôpital de la Charité
de Paris.
Le renversement des cils contre la surface de l’œil par une simple déviation des cils, connue sous les noms antiques de trichiasis , distichiasis , plialangosis , ce renversement produit par l’inclinaison du bord des paupières en dedans désigné sous le nom d ’entropion , a fixé l’attention des médecins et des chirurgiens depuis les temps les plus reculés, par suite des tourments que ces affections causent aux malades, et de la perte de la vue qu’elles peuvent entraîner.
Mais, comme ces maladies ne cèdent pas à des moyens pharmaceutiques, il a fallu en appeler à la chirurgie ; comme la chirurgie reste également impuissante dans une foule de cas, on a été conduit à essayer toutes sortes d’opérations, depuis les plus raisonnables jusqu’aux plus ridicules. On les a modifiées de mille et mille manières, en ajoutant, retranchant, changeant quelque chose aux opérations primitives, et en en combinant de toutes façons les manœuvres élémentaires. Ce serait faire beaucoup trop d’honneur à tous ces procédés et à tous ces procédoncules, et donner la preuve de bien peu de critique, que de chercher à les citer tous. Nous tâcherons d’être plus court et plus exact qu’on ne l’a été sur ce sujet.
TRAVAUX ORIGINAUX
D. Leclerc qui nous a laissé un travail si savant sur l’ histoire delà médecine, manque ici, comme en bien d’autres endroits, de cette critique si nécessaire en histoire. Les ouvrages attribués à Hippocrate II, et réunis sous son nom, ne peuvent plus être regardés que comme une exposition de la médecine antique des Grecs altérée par une foule d’interpolations et d’additions bonnes ou mauvaises. Ainsi je regarde comme une addition ridicule au livre du régime dans les maladies aiguës, le passage suivant qui ne se rapporte en aucune manière au sujet du livre : « mettez un fil dans le chas d’une aiguille, passez-le à travers la peau, vers le bord libre de la paupière supérieure ; passez en un autre un peu au-dessous ; nouez ensemble les deux anses, que vous laisserez en place jusqu’à la chute de la ligature. Si cela suffit, c’est bien ; sinon, c’est-à-dire si les cils ne sont pas assez renversés en dehors, vous recommencerez l’opération (1). »
Bien que cette opération soit peu rationnelle, peu propre à remplir sa destination et n’ait guère mérité l’honneur d’une citation, surtout à cause de son obscurité, croirait-on que Leclerc en fait un roman plus inintelligible encore? Hippocrate, suivant lui « donnait particulièrement des preuves de son adresse et de sa dextérité dans la cure de la maladie qu’il appelle trichiasis... Il prenait une aiguille enfilée qu’il passait par la partie supérieure et la plus tendue de la paupière jusqu’en bas; et il en passait une autre plus bas au-dessous de l’endroit où la première avait été passée; cousant ensuite et liant les*deux filets ensemble jusqu’à ce que les poils tombassent (2). » Je dis que c’est un roman ; en effet, où Leclerc a-t-il vu qu’Hippocrate donnait particulièrement des signes de son adresse et de sa dextérité dans la cure du trichiasis? Dans le livre qu’il cite il n’y a rien de plus que ce que j’en ai rapporté. Quant à l’obscurité, elle doit être évidente pour tout le monde.
Dujardin (3) reproduit la traduction de Leclerc en l’éclaircissant un peu ; mais ce qu’il dit n’est évidemment qu’une citation de citation. Sprengel, qui paraît du moins avoir pris la peine de remonter à la source, fait parler le livre hippocratique un peu différemment (4) ; mais il reste encore de l’obscurité sur le procédé opératoire.
Par suite de ce manque de précision et de clarté, si commun chez les anciens, nous ne sommes pas plus heureux en passant à Celse. Il veut que l’on cautérise le bord libre de la paupière, en trois fois, et par tiers à chaque fois (5), si je le traduis bien en l’interprétant comme Dujardin et comme F. d’Aquapendente, et contrairement à Daleschamps (6), à Ninnin, à Sprengel, etc. (7).
Celse parle ensuite d’un procédé de redressement fait avec un cheveu de femme, qui ne mérite pas de nous arrêter, quoique les historiens ne manquent pas de le rapporter tout au long. Enfin, lorsque le trichiasis provient du relâchement de la paupière, Celse pense qu’il convient d’exciser la peau des paupières, en faisant d’abord un pli parallèle à la longueur de la paupière, afin d’apprécier la quantité qu’on doit en retrancher pour redresser les cils renversés ; puis il fait une incision longitudinale sous le cartilage tarse dont on comprendra plus bas l’intention, car Celse ne l’explique pas : aussi a-t-elle échappé aux historiens et surtout aux citateurs superficiels.
Suivant Sprengel (8), il est vraisemblable qu’Héraclide guérissait la trichiase en collant les cils sur la face externe des paupières ; car Galien nous a conservé la recette de plusieurs emplâtres agglutinatifs qu’Héraclide avait imaginés pour cette indication. Si Sprengel eût voulu faire preuve d’un peu de critique, il aurait dû dire, au contraire,
(1) Hippocrate, t. 5, p. xlv, Paris, 1840, trad. de Littré.
(2) Hist. de la méd., lre part., 1. 5, cli. 18, p. 252. Amsterdam, in-4°, 1723.
(3) Hist. de la chir., in-4°, p. 22G, Paris, 1774.
(4) Hist. de la méd., t. 8, Paris, 1820, p. 3, trad. de Jourdan.
(5) Celse, 1. 7, ch. 7, § 8.
(6) Annot. au chap. 8 de Paul d’Egine, traduct. française de Paul.
(7) Loco citato. i
(8) Loco citato, p. 4.