GERDY
RENVERSEMENT DES CILS CONTRE l’<JEIL.
du tarse de chaque côté des cils déviés, pour ramener le cartilage en avant et l’y maintenir par des agglutinatifs ou un moyen suspenseur, décrite par S. Cooper d’après Crampton (1) ; l’opération plus obscure et plus mauvaise qu’il décrit longuement d’après Guthrie, et dans laquelle la paupière et le cartilage sont incisés bien plus profondément vers leurs extrémités, ne sont encore que des modifications du procédé de Celse, reproduit en détail dans Paul.
L’excision d’une pièce triangulaire au bord libre des paupières pour enlever les cils déviés et réunir les bords de la plaie, comme l’a proposé Schreger, me paraît plus originale (2).
L’excision du bord cilifère de la paupière que l’on rapporte à Jœger (3) à Saunders(4) ; le procédé de Yacca (5) qui consiste à détruire la racine des cils par la cautérisation ou par l’instrument tranchant qui est aussi un procédé de la même méthode, n’appartiennent ni l’un ni l’autre à une pensée nouvelle. En effet, on lit dans Heister (6) que « Cortumius, dans une thèse sur le trichiasis, soutenue en 1724, sous la présidence de Goelicke, propose de consumer le bord de la paupière et le cil avec la pierre infernale, au lieu de la couper avec des ciseaux. » Vous voyez qu’ Heister parle ici de l’excision, comme on le fait d’une méthode vulgaire. Quant à la cautérisation du bord cilifère, elle remonte très-loin ; on l’a souvent conseillée pour détruire une partie ou la totalité des bulbes cilifères. Il est vrai que Yacca n’a opéré cette destruction que pour trois trichiasis partiels et non généraux qu’il a guéris. L’excision de tous les bulbes, conseillée encore par Saunders, sans exciser le cartilage, est originale (7), mais je doute qu’on doive la préférer à l’excision du bord palpébral dans toute son épaisseur à la fois. Elle doit être fort laborieuse pour le chirurgien, pénible pour le malade et rendre la paupière plus difforme que l’excision palpébrale du bord entier.
Si tous les moyens dont je viens de parler se rattachent plus ou moins facilement aux méthodes anciennes, il n’en est pas de même des procédés qui consistent à fendre verticalement la paupière au milieu de sa largeur ou sur les côtés, comme l’a proposé M. Ware (8), ou à y pratiquer seulement une boutonnière verticale comme le fait M. Tyrrell (9), ou à couper les fibres charnues du muscle palpébral comme le pratique M. Cunier (10), ou à le diviser par la méthode sous-cutanée ainsi que l’ont fait MM. Pétréquin, de Lyon, etBlackman, d’Amérique (11), dans les cas où la paupière est raccourcie et fortement appliquée à l’œil par une inflammation chronique ou une affection spasmodique.
En résumé, pour mettre un peu d’ordre et de clarté dans cette multitude d’opérations contre le renversement des cils dans l’œil, nous les rattacherons aux méthodes suivantes :
lo Redressement on renversement des cils par des moyens mécaniques, des emplâtres, comme le faisait Héraclide, et par des ophthalmostats, puisque MM. Middlemore et Tyrrell
en ont proposé (12);
2° Arrachement unique ou répété jusqu à 1 épuisement des bulbes, qui se perd dans la nuit des temps et de l’histoire ;
(1) Dict. de chir., trad. française, t. 2, p. 528.
(2) Ibid., p. 528.
(3) Mackenzie, trad. par Laugier et Richelot, p. 163.
(4) S. Cooper, loco cit., p. 528.
(5) Archiv. de méd., t. 9, n° 392, et Bullet. de Férussac, 1826, t. 1, p. 361.
(6) Loco cit., part. 2, sect. 2, chap. 46, édit. in-4°, p. 533.
(7) Mackenzie, loco cit., p. 168.
(8) Mackenzie, loc. cit., p. 160.
(9) Rognetta, Traité plfil. çt cliniq. d’ophthalmologie, p. 681.
(10) Ibid.
(1 1) Ibid., p. 682.
(12) Ibid,, p. 679.
198 TRAVAUX ORIGINAUX
3o Arrachement et topiques irritants ou cathérétiques pour détruire, ou fermer les bulbes cilifères, comme le faisait Papias, au rapport de Galien ;
4° Cautérisation ou caustication du bord de la paupière unique ou répétée, pour détruire les bulbes, méthode décrite par Celse, puis à toutes les époques de l’art ;
5° Cautérisation ou caustication unique ou répétée de la peau de la paupière, ancienne méthode décrite par Paul ;
6° Ablation de la peau de la paupière avec ou sans incision du cartilage tarse, par incision ou excision de la peau, avec ou sans suture des bords de la plaie, avec ou sans agglutina tifs ; méthode fort ancienne décrite dans Celse et Paul d’Egine ;
"7° Ablation de la peau de la paupière par pincement ; méthode décrite par Paul, avec procédés à peine différents, proposés par Bartisch, Verduin, etc. ;
8° Excision partielle ou totale du bord de la paupière ; méthode vulgaire du temps d’IIeister, et depuis employée par des procédés divers, par Jœger, Saunders, Vacca, Schreger, etc. ;
9° Blépharotomie extérieure ou sous-cutanée de MM. Ware, Tyrrel, Cunier, etc.
[La fin au prochain numéro.)
Hecliea*©lies sur la etructiire cîe l’utérus, lues à C Académie des sciences , le 20 février 1843; par M. ©foigEsvff ( de Lamballe).
L’un des besoins de la science les mieux compris par les anatomistes et les chirurgiens modernes, c’est d’arriver à la connaissance exacte de la structure intime des organes. A mesure que la physiologie et la pathologie secouent le joug des spéculations, et que les moyens d’observation se perfectionnent, l’anatomie est appelée à résoudre les problèmes les plus élevés ; ce n’est plus seulement à la considération des rapports et des formes, mais à l’étude de la texture intime des parties que l’on demande le secret de théories délicates et difficiles. Cette voie merveilleusement tracée par les Bichat et les Hunter, parcourue de nos jours par tant d’hommes de mérite, doit s’élargir encore; et seule, elle semble pouvoir nous conduire à pénétrer le mystère des fonctions et des troubles de l’organisme.
Mais, pour atteindre ce but, les recherches ne doivent pas s’arrêter à l’examen des tissus dans l’état de santé et de maladie ; elles doivent s’appuyer encore sur l’anatomie comparée, employèr les ressources de la chimie, et les instruments précieux que nous fournit la physique.
Il y a longtemps que je dirige mes études dans ce sens, et, après les avoir appliquées à la connaissance d’un organe aussi important que complexe, j’ai cru qu’un exposé succinct de leurs résultats offrirait peut-être quelque intérêt.
Une autre considération m’invitait à présenter ce travail : dans une science telle que l’anatomie, qui vise à figurer au rang des sciences exactes, le désordre des opinions ne saurait être toléré ; or, il est peu d’ organes dont la nature et la composition fournissent encore matière à plus de controverses que celui qui nous occupe ; je veux parler de l’utérus.
On s’accorde généralement à admettre que l’utérus est formé d’un tissu propre, de deux membranes, de nombreux vaisseaux qui charrient le fluide nourricier, et enfin de tissu cellulaire unissant toutes ces parties.
Examinons d’abord le dernier de ces éléments. On admet l’existence d’un tissu celulaire sous-péritonéal, servant de moyen d’union entre la séreuse abdominale et le tissu utérin lui-même, qu’il envelopperait de toute part. Quelques auteurs assignent même à ce tissu les caractères physiques du tissu fibreux jaune ; d’autres enfin admettent qu’il peut subir la transformation musculaire, et prétendent avoir constamment observé ce phénomène sur les utérus de femmes mortes pendant la grossesse ou après ’ accouchement.
Mes recherches m’ont d’abord conduit à établir, contrairement à ces assertions, qu’il
JOBERT.*— RECHERCHES SUR Là STRUCTURE DE L’UTÉRUS.
n'existe ni tissu cellulaire , ni tissu fibreux jaune sous le péritoine qui revêt le corps de V utérus ; tandis que le premier de ces tissus est évident à toutes les époques de la vie, pendant la grossesse et après T accouchement comme dans l’état de vacuité , autour des trompes, des ligaments ronds, des ovaires et d’une portion du col.
Je me suis assuré en outre, d’une manière positive, que la séreuse péritonéale est unie au tissu utérin, dans toute V étendue du corps , au moyen de fibres musculaires tellement adhérentes, qu’il est difficile, excepté au niveau du col, d’en opérer la séparation sans enlever quelques-unes de ces fibres. Lorsqu’on pratique cette séparation sur la face postérieure de l’utérus, on remarque une disposition longitudinale dans les fibres ainsi arrachées ; sur la face antérieure, au contraire, ce même décollement montre des fibres transversales et obliques, et sur le fond la direction des fibres varie et ne peut pas toujours être déterminée.
Cette union du péritoine et du corps de l’utérus est encore évidente dans la femelle du singe, la truie, la brebis et la jument, chez lesquelles le tissu cellulaire abonde autour du conduit vaginal et dans les ligaments larges. L’adhérence entre le péritoine et les cornes deV utérus y est produite également par des fibres charnues.
Ainsi je crois qu’on peut établir en loi que le péritoine est uni au tissu propre du corps de la matrice par des fibres musculaires, chez la femme et les animaux; et que cette union ne se fait jamais à l’aide de tissu fibreux jaune ou de tissu cellulaire ; lequel abonde, au contraire, dans toute la série animale, autour du col utérin, du conduit vaginal et des ligaments larges.
Quant au tissu cellulaire admis dans l’épaisseur de la substance propre de 1 utérus, je n’en ai pu trouver aucune trace.
Si nous portons maintenant notre attention sur la surface interne, nous trouverons la même incertitude et une discordance plus grande encore dans les opinions des anatomistes.
Existe-t-il en effet une membrane muqueuse à la surface de la cavité utérine? Il faut avouer que la plupart de ceux qui l’admettent ont invoqué des analogies plutôt que des preuves anatomiques. Ils se fondent sur ce qu’une muqueuse seule peut fournir du mucus dans l’état sain, des mucosités purulentes dans l’état inflammatoire; permettre le développement de polypes, donner lieu a des exhalations sanguines, et présenter des villosités, caractères qui se retrouvent tous à la surface de la cavité utérine. Rœderer seul peut-être avait admis cette membrane d’après l’inspection anatomique: « J’ai vu, « dit-il, une membrane interne, un peu molle, ténue et comme villeuse. » (. Membra nam internam molliusculam, tenuemvidi et modicè quasi villosam...) Mais les anatomistes modernes les plus distingués, Béclard, Chaussier, MM. Ribes, Moreau et Breschet n’ont pu apercevoir cette membrane, même après avoir soumis l’utérus à la putréfaction et à l’ébullition ; et s’ils admettent son existence à la fin de la grossesse, c’est simplement comme membrane de nouvelle formation.
Les expériences nombreuses auxquelles je me suis livré me paraissent de nature à ne plus laisser de doute sur l’existence d’une muqueuse utérine. Le principal obstacle à sa démonstration anatomique me semble avoir été causé par l’absence du tissu cellulaire entre cette membrane et la substance propre de la matrice, d’où résultait une sorte de fusion entre ces deux parties ; cependant la section longitudinale ou transversale de l’utérus, en laissant voir une couche très-mince, mais distincte du tissu propre, et dont la surface libre qui correspond à la cavité utérine est remarquable par son poli et son enduit muqueux, suffirait déjà pour faire admettre cette membrane ; mais si l’on a recours à la macération, il ne reste plus le moindre doute. Lorsqu’on place un utérus ouvert dans une eau très-pure, on aperçoit d’abord des villosités qui disparaissent par le séjour prolongé de cet organe dans le même liquide, au fond duquel se dépose une pulpe blanchâtre. C’est alors que l’on peut enlever des lambeaux qui appartiennent évidemment à cette membrane, et au-dessous desquels apparaît une surface rugueuse, inégale et garnie d’aspérités.
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La muqueuse utérine dans la femelle du singe m’a paru moins contestable encore que chez la femme, et j’ai pu, à l’aide delà coction, enlever une pellicule mince qui m’a semblé être un épiderme délicat. Cette membrane contenait des follicules, tant dans le col que dans le corps.
Les lacunes qui se montrent en petit nombre à la surface interne du corps de l’utérus, et que la macération rend très-visibles, deviennent beaucoup pl#s nombreuses à la surface interne du col, où elles forment une série de petites cavités dont l’étendue, la direction, le nombre et les diamètres sont différents aux diverses époques de la vie et suivant que la femme a eu des enfants, que l’utérus a été le siège de maladies, etc. Ces cavités sont en quelque sorte des rudiments de follicules, et fournissent encore une preuve de l’existence de la membrane muqueuse. Les cloisons qui séparent ces cavités offrent une direction perpendiculaire à celle des deux sillons qui divisent longitudinalement les deux faces du col, et sont, ainsi que les cavités elles-mêmes, de nature muqueuse, comme le démontre la macération et l’ébullition qui les détruisent sans que le tissu propre soit altéré. J’ai reconnu que ces lacunes sont d’autant plus nombreuses que le sujet est plus jeune. On en trouve à peine quelques-unes chez les femmes qui ont eu beaucoup d’enfants, tandis qu’on aperçoit alors des saillies inégales qui paraissent être le résultat de la réunion de plusieurs de ces lacunes, ou des cicatrices, suite de leurs déchirures. Les lacunes situées près de l’orifice externe du col utérin, celles qu’on rencontre sur le museau de tanche, se rapprochent davantage des follicules sébacés ; ici elles forment un petit sac pourvu d’un collet, d’une ouverture qui verse le mucus sécrété, et d’un fond qui sert de réservoir. Il arrive quelquefois que ces follicules s’oblitèrent par suite d’inflammation adhésive; et le mucus étant retenu dans leur cavité, il en résulte de véritables kystes. Dans d’autres cas, une grande quantité de mucus est sécrétée et ne peut sortir par l’orifice étroit du col utérin. Alors, peu à peu, les lacunes s’agrandissent, et tout le col présente une augmentation notable de volume. J’ai désigné cet état particulier sous le nom d ’hydropisie du col de V utérus (1).
J’arrive maintenant à la nature du tissu propre de l’utérus et à l’arrangement des fibres qui le composent. Aucune question anatomique n’a peut être donné lieu à plus de débats que celle-ci. Les uns, en effet, regardent le tissu utérin comme un tissu spécial et sans analogue, d’autres comme un tissu de nature musculaire; plusieurs soutiennent qu’il contient de la fibrine et peut se transformer en muscle, mais qu’il appartient réellement au tissu fibreux jaune. A cette opinion, il suffit d’objecter que rien n’est moins démontré que la possibilité de cette transformation, niée par M. de Blainville, du tissu fibreux jaune en tissu musculaire; mais la chimie offre un argument péremptoire, en établissant qu’il n’existe aucune trace de fibrine dans ce tissu. Or, la chimie a démontré la présence de -la fibrine dans le tissu de la matrice, dans toutes les conditions de la vie ; ce qui dispense de recourir aux transformations pour expliquer l’ hypertrophie de cet organe pendant la grossesse, et pour reconnaître la nature musculaire.
M. Caventou a bien voulu, à ma prière, analyser l’utérus d’une jeune fille de sept à huit ans, et il l’a trouvé d’une nature complètement fibrineuse et absolument dépourvu de gélatine. Je me crois donc fondé à affirmer que l’utérus est formé par du tissu musculaire, à toutes les périodes de la vie ; que les caractères de ce tissu deviennent seulement plus évidents pendant la grossesse, sous l’influence de laquelle les fibres difficiles à reconnaître dans l’état de vacuité, s’hypertrophient de manière à pouvoir être étudiées sous le point de vue de leur nature et de leurs directions. C’est à l’arrangement des fibres de l’utérus, à leur finesse, et surtout à leur rapprochement intime produit par l’absence du tissu cellulaire dans l’épaisseur de cet organe, que l’on doit attribuer la diversité d’opinions des auteurs. Quant à la nature du tissu utérin et même quant à la disposition des fibres qui le constituent, de grands anatomistes, en effet, Yésale et Mal-
(i) Voir le Mémoire de M. Jolert sur cette af 'ection, t. Ier du Journal de Chirurgie, p. 265.