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RECHERCHES SUR LÀ STRUCTURE DE L’UTÉRUS

pighi désespéraient d’arriver à reconnaître et démontrer cette disposition; et tous ceux qui ont entrepris d’élucider ce point difficile d’anatomie n’ont jamais pu s’accorder sur leurs résultats. C’est ainsi que Ruysch décrit un muscle orbiculaire ; Hunter, des couches entrecroisées ; Leroy, deux muscles, l’un interne et l’autre externe; Meckel, des couches principales et des couches secondaires ; Baudelocque, des anses parallèles constituant le corps et le fond, et des cercles horizontaux formant plus spécialement le col. D’autre part, Mme Boivin, ayant étudié avec plus de soin la structure de 1 utérus, y a reconnu un faisceau longitudinal antérieur et un faisceau longitudinal postérieur, qui tous deux partent du fond pour se terminer au col ; puis antérieurement et postérieurement trois plans de fibres transversales, qui se perdent dans les trompes, les ligaments de l’ovaire et les ligaments ronds; puis encore deux plans circulaires profondément situés qui se croisent et dont le centre correspond à 1 embouchure des

trompes; enfin une couche mince rapprochée de la surface interne.

C’est en présence de ces opinions contradictoires qu’un anatomiste a cru pou’soir dire : les anatomistes ont moins vu qu’imaginé les muscles utérins dont ils ont prétendu donner la description. C’est aussi au milieu de cette incertitude qui ramenait presque la science au point où Yésale et Malpighi 1 avaient laissée, que j ai entrepris mes recherches. Je les ai poursuivies avec tout le soin qu’exige une question difficile et controversée; et je n’ai tiré mes conclusions qu 'après les avoir étendues à toute Ici série animale. Je crois aujourd’hui pouvoir établir que l’utérus est formé d un seul muscle, dont les fibres disposées en couches superposées offrent les directions sui¬

vantes :

lo Les fibres longitudinales superficielles qu’on peut appeler médianes parce qu’elles occupent le raphé (ligne médiane) du corps de 1 utérus, existent rarement à la suiface antérieure ; tandis qu’on les rencontre constamment sur la postérieure, où elles représentent deux minces couches superposées, commençant au tond de 1 utérus pour gagnei l’extrémité utérine du vagin, où elles se fixent, excepté quelques-unes qui se terminent sur le col, au-dessus de l’ouverture du conduit vulvo-utérin. Elles adhèrent d une part

au péritoine et de l’autre aux fibres obliques ;

2° Les fibres superficielles de la face antérieure de 1 utérus forment une couche recouverte par le péritoine, et reposant d autre part sur les fibies piofondes, telle est

leur disposition qu’elles ne parcourent pas toute l’étendue de la paroi utérine qu’elles

concourent à former, mais se croisent avant d avoir atteint le ligament lond du côteopposé. Les unes entrent dans sa composition, tandis que les autres passent derrière lui pour se terminer sur les parties latérales, où elles se croisent également a\ec celles de la partie postérieure ;

3° Les fibres superficielles qui nous restent à indiquer sont destinées aux tiompes et aux ligaments des ovaires. Celles-ci ne sont évidentes que pendant la grossesse ; quelques-unes naissent du fond de l’utérus, accolées à celles qui viennent former les trompes, et gagnent la partie antérieure du ligament de l’ovaire en se contournant légèrement sur elles-mêmes ; d’autres plus nombreuses, divergentes d’abord, naissent de la

face postérieure du fond de l’utérus, et se rendent aussi à ce ligament. Enfin quelques fibres transversales venues de la face postérieure forment la partie inférieure de l’organe qui nous occupe. ,

Les fibres nombreuses qui se rendent aux trompes prennent leur origine en avant du fond de l’utérus, et bientôt se rapprochent tellement les unes des autres qu’elles forment un gros faisceau qui, après deux ou trois centimètres de trajet, se divise en deux faisceaux secondaires, l’un destiné au ligament de l’ovaire, et l’autre plus volumineux aux trompes. Quelques fibres qui se détachent du faisceau commun se rendent dans le tissu cellulaire qui sépare les trompes du ligament rond. Les fibres profondes sont très-visibles lorsqu’on soumet à une ébullition un peu prolongée l’ utérus, dont on aura d’abord étudié le plan superficiel. Toutes ont manifestement une direction demi-circulaire, légèrement oblique, et ne diffèrent des précédentes que par leur ténuité et parce

qu’elles appartiennent exclusivement au corps et au col de l’utérus. Elles se croisent sur la ligne médiane, en avant et en arrière, ainsi que sur les côtés, de manière à constituer un véritable réseau. Leur épaisseur diminue d’autant plus qu’on se rapproche davantage de la surface interne de l’utérus, et c’est alors qu’elles semblent décrire des cercles à l’extérieur de la membrane interne. Il existe pour les trompes des fibres annulaires qui ne font pas non plus complètement le tour de l’organe, et qui sont profondément situées. Enfin, autour des vaisseaux sanguins, on remarque aussi des fibres qui les entourent, à la manière de la couche musculaire profonde du canal intestinal.

Ainsi T utérus, si l’on examine ses plans dans l’ordre de superposition, est composé de couches dont il est difficile de déterminer le nombre, mais dont on ne peut méconnaître la disposition constante.

Je ne crois pas avoir avancé sans fondement que toutes ces fibres font partie intégrante d’un même muscle; qu’il n’existe que des couches diverses, et que l’on ne saurait admettre des muscles distincts , pas plus qu’au cœur , aux intestins et à l’estomac, et qu’en définitive le muscle de Ruysch n’est pas admissible.

Si maintenant on examine la structure du col de l’utérus, qui est composé du même tissu qtie le corps, on voit que les fibres qui le constituent représentent des demicercles et se croisent sans se confondre, dans la direction des commissures. Cette disposition semi-annulaire est d’autant plus évidente que la femme a eu des enfants et que l’ouverture du col est transversale. Les fibres du col se confondent-elles avec l’extrémité supérieure du conduit vaginal? Il m’a semblé que celui-ci se fixait sur le tissu propre à l’endroit où la muqueuse vaginale abandonne le col pour tapisser le museau de tanche ; cette insertion paraît s’arrêter brusquement à la partie antérieure; mais il résulte des recherches auxquelles je me suis livré que le vagin se continue au contraire en arrière avec le faisceau longitudinal, et cela d’une manière constante.

Riolan avait-il vu cet arrangement lorsqu’il a dit, en parlant de la structure du conduit en question: « Membrana externa tota est carnosa, instar musculi? »

Cette disposition peut être bien aperçue, lorsqu’ après avoir fait une incision dans la direction du vagin on en pratique une seconde perpendiculaire au col. Je crois que ce fait anatomique permet de conclure que, dans l’amputation de ce dernier organe, on peut pénétrer assez loin, en arrière, sans atteindre le péritoine.

Pour ne point abuser des moments de l’Académie, je n’aborderai point la description anatomique de l’utérus dans les animaux. Je me bornerai à signaler que, chez la femelle du singe, la structure de cet organe est presque aussi compliquée que chez la femme ; elle l’est moins dans les espèces qui s’éloignent davantage de la nôtre; mais la nature musculeuse du tissu utérin est constamment évidente dans toutes les espèces et dans toutes les conditions de l’existence. On voit clairement dans la jument, la brebis, la chèvre, etc., que les fibres sont disposées sur trois plans : 1° un plan longitudinal qui comprend les fibres les plus superficielles ; 2° un plan incomplètement circulaire, composé des fibres profondes ; 3° un plan oblique, formé de fibres qui se rencontrent en différents points de l’épaisseur de l’organe.

Les faits anatomiques que je viens d’exposer expliquent d’une manière rigoureuse: 1° la dilatation extrême de l’utérus pendant qu’il renferme le produit de la conception ; 2° ses contractions pendant l’accouchement, contractions qui s’opèrent suivant sa longueur et ses diamètres transverse et antéro-postérieur, absolument comme celles de l’intestin pendant les mouvements péristaltiques.

En effet, le plan longitudinal qui se fixe d’une part au fond de l’utérus et de l’autre sur le vagin et le col, tend à diminuer la longueur de la cavité de la matrice, tandis que les fibres demi-circulaires, par leur action, rétrécissent cet organe dans tous les sens. Les fibres longitudinales et annulaires de la trompe expliquent le mode de progression du produit de la conception, et celles qui entourent les vaisseaux sanguins semblent s’opposer, par leur contraction, à la rapidité du cours du sang et à une hémorragie pendant la parturition.

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