TUMEURS VOLUMINEUSES DU PLACENTA
Les épanchements de sang à la face fœtale du placenta ne sont pas rares ; ils peuvent y exister à divers degrés d’ancienneté. C’est ordinairement sous forme de plaques d’un blanc jaunâtre qu’on les trouve. Ces plaques sont sous-jacentes à l’amnios et au chorion. Ces épanchements ne sont point ordinairement considérables ; ils le sont même le plus souvent fort peu, surtout comparativement à ceux qui se forment dans la substance même du placenta et dans quelques cas rares sur l’autre face. Si l’on considère qu’en se transformant les caillots se resserrent etdiminuent, les tumeurs que nous avons observées, en supposant que ce ne soient que des épanchements de sang transformés, auraient dû avoir, au moment de leur formation, un volume énorme, tel même qu’il n’est pas probable que la vie du fœtus, quelle que fût d’ailleurs la source du sang épanché, eût pu résister à une pareille hémorrhagie. Ce n’est donc pas là une hypothèse admissible. D’ailleurs, ces tumeurs diffèrent tout à fait des caillots ordinaires et des transformations habituelles qu’ils subissent. Elles sont organisées, elles ont une circulation largement établie, et elles se sont développées en prenant leur part des matériaux nutritifs qui affluent vers le placenta. Mais les caillots ne s’organisent-ils pas quelquefois eux-mêmes, et cette organisation n’est-elle pas admissible ici plus que partout ailleurs, dans des parties où la force formatrice, le nisus formativus, est si prononcé? Ainsi s’expliqueraient d’ailleurs la situation des tumeurs que j’ai décrites, entre les membranes et le placenta, et la facilité avec laquelle on pouvait les énucléer. La grande homogénéité de ces tumeurs, la nature particulière de leur tissu me semblent favorables à cette manière de voir qui a l’avantage de tout rattacher à une cause déjà connue. D’où vient l’enveloppe de lymphe plastique qui entourait la première tumeur? Ï1 ne faut pas vouloir tout expliquer. Je me demande pourtant si ce ne seraient pas les restes d’un caillot qui se serait moins complètement organisé que dans le second cas. Je n’attache, au reste, aucune importance à cette explication. 11 me suffit d’avoir montré que la présence de tumeurs d’apparence anormale n’attaque en rien et qu’elle peut au contraire confirmer la doctrine si heureusement généralisée des transformations que subissent les caillots sanguins formés dans l’épaisseur ou à la surface du placenta. Je ne m’exagère point toutefois la valeur de l’opinion que je viens d’émettre. Je suis le premier à reconnaître qu’elle est une simple conjecture; mais j’espère que de nouveaux faits lui fourniront tôt ou tard la démonstration sans laquelle elle ne saurait prendre rang dans la science.
Quelques questions se présentent encore que l’insuffisance des matériaux ne me permettra pas de résoudre d’une manière satisfaisante. Quelle est l’influence de ces tumeurs sur la grossesse, l’ accouchement, la délivrance, les suites de couches? Existe-t-il quelque moyen de les reconnaître ?
On a vu que dans un cas la grossesse fut compliquée d’hydropisie de l’amnios et d’infiltration des extrémités inférieures. Les maladies, quelles qu’elles soient, du placenta, donnent quelquefois lieu à de pareilles complications ; par conséquent, il n’y aurait ici rien de spécial ; mais c’est peut-être aussi parce qu’il n’y a rien dans ces tumeurs qui ne se rattache aux cas plus communs d’altérations de cet organe. Dans le second cas il n’y avait point d’infiltration des membres abdominaux, et les eaux assez abondantes ne paraissent pas l’avoir été pourtant au point de constituer une hydropisie: par conséquent il n’y aurait sous ce rapport rien de constant. Si la grossesse n’est pas parvenue à son terme, dans le premier cas, c’est bien plus à la distension de l’utérus produite pari’ hydropisie de l’amnios qu’à la présence même de la tumeur qu’il faut l’attribuer ; car, dans le second cas, l’enfantest parvenu jusqu’à terme. S’il a cessé de vivre quelque temps avant sa naissance, rien ne prouve qu’il faille l’attribuer à la présence de la tumeur restée jusque-là iooffensive.
L’accouchement dans les deux cas a été facile et prompt. L’influence de la tumeur sur la contractilité utérine paraît donc avoir été nulle. Les deux femmes étaient multipares. L’issue eût-elle été la même si elles eussent été primipares? Cela est au moins très probable.
La délivrance a dans le premier cas présenté quelques difficultés. Dans le second elle
s’est opérée tout à fait spontanément. On conçoit cependant qu’il arrivera le plus souvent que les tractions sur le cordon éprouveront plus ou moins de résistance.
Les suites de couches ont été dans les deux cas très-heureuses ; le rétablissement a été chaque fois facile et prompt. Tout fait présumer qu’à moins de complications étrangères ou d’accidents il en sera de même dans tous les cas.
Quant au diagnostic, je 11e pense pas qu’il y ait, avant la sortie de l’enfant, quelque moyen de l’établir, et le traitement par conséquent s’adressera bien plutôt à des symptômes communs à d’autres états qu’à une tumeur positivement reconnue ou même simplement soupçonnée. D’ailleurs le diagnostic fût-il possible, le traitement devrait bien plus encore être dirigé contre les effets du mal que contre le mal lui-même. Je 11e vois pas non plus que la prophylaxie puisse avoir rien de spécial.
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ë&Si&J , observé dans l’œil humain-; avec quatre observations inédites de
l’auteur; par le docteur Suceuse. (Deuxième article.)
III. — Histoire complète du cysticerque logé sous la conjonctive de l oeil humain,