MÉMOIRE SUR LA VENTILATION DANS LES
hôpitaux; par M. Poumet.
Le précédent article avait pour objet, en quelque sorte, de rechercher l’origine du mal; celui-ci tendra à en indiquer le remède.
Tout le monde sait combien la mortalité est grande dans les hôpitaux comparativement à la pratique civile ; mais c’est surtout quand il s’agit de graves opérations chirurgicales que la différence frappe les yeux. Dans les hôpitaux de Paris, les plus malsains peut-être de la France , M. Malgaigne a fait voir que les amputations de cuisse tuent les deux tiers des opérés; les amputations de jambe , plus de moitié ; les opérations de la taille, plus du tiers, etc. A quoi tient une si funeste influence? A des causes nombreuses et complexes sans doute ; mais l’encombrement et le défaut d’air y jouent certainement un grand rôle; et le travail de M. Poumet mérite surtout de fixer l’attention, parce qu’il expose, mieux qu’on ne l’avait fait avant lui, les conditions fâcheuses dans lesquelles se trouvent les malades de nos hôpitaux sous le rapport de l’air respirable, et qu’il indique les moyens d’y porter remède.
Dans l’état de santé, les physiologistes ont évalué de 14 à 26 par minute le nombre des inspirations d’un homme adulte. Dans l’état de maladie, elles deviennent plus fréquentes; M. Poumet en fixe la moyenne à 23.
La quantité d’air qu’une inspiration fait entrer dans les poumons varie bien davantage et a donné lieu aussi à des évaluations beaucoup plus discordantes ; Grégory la réduit à 2 pouces cubes; Séguin la porte à 130 pouces. En prenant la moyenne de toutes les évaluations des auteurs, M. Poumet arrive à 29 pouces, et, trouvant ce chiffre insuffisant, adopte le résultat obtenu par Thomson, savoir 53 pouces cubes ou 66 centilitres.
En multipliant ces 66 centilitres par 25 inspirations, on obtient:
Pour une minute. 16 litres 5
Pour une heure.. 990
Pour un jour . 23760 litres, environ 24
mètres cubes.
Cette quantité d’air nécessaire en 24 heures étant un point important à établir, M. Poumet a cherché à la vérifier par un autre calcul que voici :
M. Dumas, expérimentant sur sa propre respiration, a conclu de ses recherches qu’en une heure il brûlait dix grammes de carbone. MM. Andral et Gavarret sont arrivés de leur côté à cette conséquence, qu’un homme adulte brûle en une heure 11 grammes 3 de car-
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bone par la respiration. Ce dernier chiffre admis, il faudrait donc pour la consommation de 24 heures, 271 grammes de carbone, représentant 989 grammes d’acide carbonique, exhalé dans cet espace de temps. Ces 989 grammes ont exigé la combinaison de 715 grammes d’oxigène, équivalant à 500 litres à la température de 0°. Pour 500 litres d’oxigène, l’air atmosphérique contient 1881 litres d’azote; total 2381 litres. Ajoutez un 6e pour la dilatation produite par une température à 16° qui est celle de nos hôpitaux , vous aurez 2523 litres. Cela est loin sans doute des 23760 litres du premier calcul; pour y arriver, M. Poumet fait remarquer, d’après MM. Gay-Lussac et Dulong, que la respiration ne dépouille pas complètement l’air de son oxigène ; elle ne lui ôte en tout que 14 pour 100 de ses parties constituantes; donc, pour lui fournir les 2523 litres qu’elle consomme, il ne faut pas moins de 24220 litres par jour, ou environ 24 mètres cubes, comme dans le premier calcul.
Ce n’est pas tout: l’air dépouillé par la respiration est en outre vicié par l’exhalation de l’acide carbonique et de la transpiration pulmonaire. Quant à l’acide carbonique, on peut l’apprécier par la quantité de carbone brûlé; et, en adoptant le chiffre de il grammes 3 donné par MM. Andral et Gavarret, nous aurons par chaque heure, 24 litres d’acide carbonique à 16°; soit pour 24 heures 532 litres. Goodwin avait estimé cette production à 560 litres; Menzies jusqu’à 848.
Maintenant dans combien d’air doit être disséminé tout cet acide carbonique pour ne pas devenir nuisible? Leblanc avait établi qu’il ne devait pas dépasser 5 millièmes pour les individus bien portants; pour les malades, M. Poumet pense qu’il n’en faut pas plus de 3 millièmes; et comme déjà l’air extérieur en contient naturellement un millième, il s’ensuit que les 532 litres produits devront être disséminés dans 500 fois autant d’air atmosphérique, c’est-à-dire 266,000 litres, ou 266 mètres cubes.
Quant à la transpiration pulmonaire, elle a été évaluée par les physiologistes, de 38 à 70 centigrammes par minute ; en moyenne 52 centigrammes ; ce qui fait pour une heure 31 grammes , et pour 24 heures 754 grammes. Pour dissoudre ou évaporer cette quantité de liquide, combien faudra-t-il d’air à 16° ? A cette température, 1 mètre cube d’air sec ou 1,000 litres dissout 14 grammes de liquide; mais on peut calculer que l’air extérieur contient déjà par lui-même 4 grammes d’eau en vapeur; il n’en pourra donc plus absorber que 10 grammes. Les 754 grammes de transpiration pulmonaire fournis en 24 heures exigeront donc 75,400 litres.
La transpiration cutanée est bien autrement
active que la transpiration pulmonaire; on l’a évaluée de 55 à 160 centigrammes par minute, soit en moyenne 1 gramme. A ce taux il en résulte une masse liquide de 1440 grammes pour les 24 heures; exigeant pour l’évaporation 144,000 litres d’air.
Ce ne sont pas là les seules causes de viciation de l’air provenant des malades; il faut mettre en ligne de compte les vapeurs et les odeurs provenant des excrétions, crachats, matières vomies, déjections alvines, suppuration, etc. Ajoutez l’évaporation des linges mouillés, des cataplasmes, des médicaments. Ajoutez la fumée des poêles et des lampes, la fuite du gaz à éclairage. M. Poumet estime que toutes ces vapeurs , tous ces miasmes, exigent pour être entraînés ou évaporés une masse d’air égale à celle que réclament les deux transpirations cutanée et pulmonaire, c’est-à-dire pour 24 heures 219,400 litres.
Arrêtons-nous ici et récapitulons. On a donc vu que, pour faire respirer un air toujours pur, il fallait en donner à chaque malade :
par
par
Pour absorption d’oxigène par la
jour.
heure.
respiration .
Pour dispersion de l’acide car-
bonique produit .
Pour évaporer la transpiration
pulmonaire. . .
Pour la transpiration cutanée...
Pour toute autre espèce de va-
peurs et de miasmes .
Totaux .
Toutefois il y a ici une légitime défalcation à faire. Les 18 mètres cubes nécessaires pour l’évaporation des vapeurs, de quelque part qu’elles viennent, sont plus que suffisants pour la dissémination de l’acide carbonique ; et dès lors il nous suffira, pour l’évaporation et la respiration, de 19 mètres et quelque chose par malade et par heure: mettons 20 mètres. Voyons maintenant ce que donnent nos hôpitaux, et nous prendrons pour exemples les salles de chirurgie.
La salle Sainte-Marthe à l’Hôtel-Dieu contient 80 lits. Sa capacité totale est de 3942 mètres cubes, réductibles à raison de la place occupée par les pilastres, les lits, les cheminées, etc., à environ 3800 mètres. Enfermezy pendant 12 heures de nuit 80 malades, exigeant chacun 20 mètres cubes d’air par heure, la quantité d’air nécessaire sera de 19200 mètres ; c’est-à-dire que les malades n’auront guère que le cinquième de l’air qui leur est: nécessaire.
Nous ne dirons rien de l’air nécessaire enhiver pour le chauffage; car celui que nous
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avons demandé pour l’évaporation peut aussi bien servir à cet usage. Mais il n’en est pas de même pour l’éclairage; et M. Poumet a calculé que , pour une nuit de 12 heures, l’éclairage de la salle Sainte Marthe demandait 637 mètres cubes ; ce qui diminue encore un peu la quantité d’air qui revient à chaque malade.
A l’hôpital Saint-Louis, la salle Saint-Augustin ne contient que 20 pour 100 de l’air nécessaire ; à la Pitié, la salle Saint-Jean n’en contient que 16 pour 400 ; la salle Saint-Gabriel seulement 13 pour 100. — Sans doute les fentes, jointures, fissures des portes et des fenêtres en laissent entrer une nouvelle quantité impossible à déterminer, mais certainement toujours insuffisante.
Mais à cette fâcheuse condition de nos hôpitaux est-il quelque remède sur et facile? M. Poumet montre que par un bon système de ventilation, on arriverait assez facilement au but ; il y a de ces appareils établis pour renouveler l’air à la chambre des pairs, à la chambre des députés , dans les théâtres et même dans les prisons. L’auteur demande si pourtant, en bonne morale, dans une question de philanthropie, les honnêtes gens malades n’auraient pas dû passer avant des condamnés bien portants?
Nous sommes heureux d’avoir enfin à faire à ces plaintes légitimes une première réponse satisfaisante. On sait que le nouvel hôpital Louis-Philippe a été récemment voté par le Conseil général de la Seine ; voici quelques détails que nous tenons de M. A. Thierry, notre excellent confrère, qui fait partie de ce Conseil, et à qui les chirurgiens de Paris seront redevables de la large part qu’il a prise à l’adoption de ce vote et de ces dispositions. L’hôpital aura 600 lits, disséminés dans des pavillons séparés, élevés de deux étages, et contenant chacun trois salles superposées à 32 lits pour chaque salle. M. Thierry ne voulait qu’un seul étage au-dessus du rez-dechaussée; mais ici ses efforts ont échoué. Chaque service médical ou chirurgical sera limité à deux salles, ou 64 lits ; et enfin tout l’hôpital sera chauffé et ventilé par les mêmes appareils que la chambre des pairs. Nous n’avons qu’à applaudir vivement à ces mesures salutaires ; seulement nous émettrons le vœu qu’on n’oublie pas, relativement à la ventilation et au chauffage, les anciens hôpitaux qui en ont tant besoin.
( Annales d’hygiène publique, juillet 1844.)
de la suture eivtortillée pour arrêter l’hémorragie produite par des piqûres de sangsues; par M. Bordes, D.-M.-P.
Ce moyen, dont l’efficacité ne saurait être mise en doute, a déjà été mis en pratique par
plusieurs chirurgiens ; et nous avons rapporté une belle observation (ci-devant, page 182) où il réussit après que tous les autres avaient échoué. Toutefois, il est loin d’être généralement connu; les traités les plus récents de médecine opératoire n’en parlent pas , et surtout on n’en savait pas l’origine. C’est donc avec plaisir que nous publions l’extrait suivant d’une lettre qui nous est adressée par un de nos confrères de Paris.
« En 1808, je fus demandé pour donner des soins à une jeune dame anglaise (22 ans) qui, pour je ne sais quelle raison, avait eu quarante sangsues appliquées sur l’abdomen. Lorsque je la vis elle était sans connaissance; et depuis 7 heures du matin (il en était 5), sept à huit piqûres de sangsues donnaient du sang comme des saignées.
« En présence de ce cas grave, je vous avoue qu’un moment je ne sus que faire. Là, la compression était impossible, l’hémorragie trop forte pour que la cautérisation pût l’arrêter. Je pris de suite le parti d’arrêter le sang comme les vétérinaires arrêtent la saignée du cheval; plusieurs petites épingles bien acérées me servirent admirablement. Je pinçai la peau et passai une épingle que j’entourai d’un fil. Quand toutes les piqûres furent liées, je m’occupai de la malade auprès de laquelle je passai la nuit. Ce ne fut que le lendemain que celte dame reprit connaissance ; encore ne pouvait-elle parler, mais elle comprenait tout ce qu’on lui disait; sa convalescence fut de près de trois mois. Depuis cette époque, j’ai eu souvent occasion d’employer ce moyen et j’ai toujours arrêté l’hémorragie à l’instant même; j’en ai fait part à plusieurs collègues qui ont egalement réussi.»
« J’ai l’honneur d’être, etc., »
Bordes, D.-M.-P.
TRAITEMENT PALLIATIF DU VARICOCÈLE; par
M. Hervez de Chégoin.
Nous reproduirons textuellement la lettre adressée par M. Hervez à la Gazette des hôpitaux.
« Le rapport de M. Velpeau sur le traitement du varicocèle me donne l’occasion de parler du moyen palliatif bien simple que j’emploie contre cette maladie depuis cinq à six ans. Je l’appelle palliatif, parce qu’il est au varicocèle ce qu’un bandage est à une hernie. 11 ne le guérit pas, mais il en fait disparaître les inconvénients. Il consiste à tirer en bas la peau des bourses du côté malade, et à l’entourer d’un lien circulaire. Le testicule se trouve ainsi remonté ; les veines variqueuses disparaissent sur-le-champ, et avec elles toutes les incommodités qu’elles entraînent.
« La première fois que j’employai ce moyen
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si simple , c’était sur un jeune homme qui devait se marier incessamment, et qui n aurait pas eu le temps de se faire opérer. Il s’en trouva si bien qu’il ne chercha pas mieux.
« J’ignore quelle espérance de succès plus ou moins complet on pourrait fonder sur cette ligature serrée à certain degré et longtemps prolongée. Je n’ai pas revu depuis longtemps le malade dont je viens de parler. Un autre, qui ne portait cette ligature que depuis peu de temps, revint tout dernièrement avec son père me dire qu’il avait été examiné par un médecin qui n’avait rien trouvé de particulier dans l’état des bourses qu’on avait entourées d’un cordon, et l’avait engagé à l’ôter. Entre cette visite et la mienne, les veines avaient reparu, et le père reconnut la différence qui existait entre un côté des bourses et l’autre. Le cordon a été de nouveau appliqué, et on a obtenu le même succès que la première fois.
« Il y a quinze jours, un jeune homme de 19 ans se présenta à la consultation delà Maison de Santé, avec un varicocèle du côté gauche, qui causait tous les malaises qu’il détermine ordinairement. J’appliquai la ligature serrée seulement au degré nécessaire pour ne pas tomber ; il revint huit jours après ; il ne souf¬
frait plus. J’ôtai la ligature ; ce ne fut que quelques instants après qu’on sentit les veines se tuméfier.
« Ce moyen est le nqême, en principe, que celui de Bransby Cooper; mais il n’est pas douloureux et n’offre point le danger attaché à toute opération. C’est, comme je l’ai dit, un moyen palliatif; c’est le temps qui apprendra s’il peut devenir curatif. »
Nous n’ajouterons que peu de mots. Un moyen palliatif est toujours une excellente chose s’il peut dispenser d’une opération quelle qu’elle soit ; nous ne parlons pas de celle de B. Cooper qui consiste à enlever une large portion de la peau du scrotum, et qui n’est elle-même que palliative ; nous parlons de la ligature ou de la section par un moyen quelconque des veines du cordon. Il ne faut pas croire qu’elle soit aussi constamment bénigne qu’on l’a dit ; tout récemment M A. Bèrard communiquait à la Société de chirurgie un cas funeste où elle avait été suivie de mort. Mais le moyen de M. Hervez de Chégoin est-il réellement plus efficace que le suspensoir qui avait jusqu’à présent servi de palliatif? La chose sera du moins facile à vérifier.
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