MIRA.ULT. — OPÉRATION DU BEC-DE-LIÈVRE
échapper, c’est que ce lobule artificiel ne se trouve pas situé sur la ligne médiane, par suite de la position latérale du bec-de-lièvre. Dans ce que je puis appeler mon procédé, cette imperfection n’existe plus. En effet, dans le bec-de-lièvre unique, le lobule existe ordinairement sur un des côtés de la scissure labiale; il ne s’agit alors que de le conserver, et, pour cela, il suffit de le faire servir à la confection du lambeau. Le lobule alors occupe le milieu de la lèvre, ainsi que vous pouvez voir dans la figure 2.
Obs. IIe. — Bec-de-lièvre unique , compliqué de division de la voûte et du voile du palais ;
Rétablissement du lobule médian de la lèvre supérieure par le nouveau procédé.
René Lelièvre, de Baugé, 15 ans, vint au monde avec un bec-de-lièvre accompagné de bifidité de la voûte palatine et du voile.
A six mois, il fut opéré dans son pays, mais sans succès. On voit aujourd’hui la trace des aiguilles qui coupèrent, dit-on, les chairs en très-peu de temps et avant leur réunion.
Ce bec-de-lièvre est situé à gauche. L’écartement des bords de la division est de deux centimètres à sa partie supérieure qui se confond avec la fosse nasale correspondante, et de trois centimètres à sa partie inférieure. Dans l’intervalle de ces bords, on aperçoit de droite à gauche : 1° Les deux incisives supérieures et moyennes qui ont éprouvé une déviation dans ce même sens et d’arrière en avant; 2° Une fente d’un centimètre de largeur qui sépare l’incisive latérale de la moyenne , et qui se continue à travers le bord alvéolaire avec la scissure accidentelle du palais ; 3° l’incisive latérale gauche atrophiée , inclinée en avant et de gauche à droite. La déviation complexe de ces trois incisives, à laquelle participe le bord alvéolaire dans sa partie antérieure, tient à des causes qu’il est facile d’apprécier. D’une part, les incisives moyenne et latérale, placées sur les limites de la scissure , se sont déviées de côté, et convergent l’une vers l’autre par suite du défaut d’appui qu’elles s’offrent mutuellement dans l’état normal; d’autre part, la pression qu’exerce naturellement la langue sur les dents et le bord alvéolaire n’étant plus contrebalancée par la résistance de la lèvre, ces parties dures se sont aussi dirigées en avant.
Au surplus, les parties molles affectent leur disposition ordinaire dans le bec-de-lièvre. Ainsi, les bords de la division labiale sont rétractés vers les commissures de la bouche et se continuent avec le bord libre de la lèvre par un angle très-arrondi. Sur la partie droite, on retrouve encore la forme de la fossette sous-nasale et du lobule médian.
La mastication s’exécute assez bien. Quant à la prononciation des mots, elle est tellement défectueuse que René Lelièvre ne peut se faire entendre. Les sons mal articulés et nasonnés vont se perdre dans les fosses nasales par la large fente de la voûte palatine.
L’intelligence de René est plus développée qu’elle ne l’est habituellement chez les habitants de la campagne.
Opération le 13 août 1844, à deux heures de l’après-midi.
1° A droite et a gauche je coupai les deux replis muqueux qui, supérieurement, enchaînaient pour ainsi dire chaque portion de la lèvre aux côtés correspondants des os maxillaires, et s’opposaient à leur rapprochement. 2° A droite, d’un coup de ciseaux porté obliquement de dedans en dehors et de haut en bas, sur la partie inférieure de la scissure labiale et audessus de son angle arrondi, je taillai d’abord aux dépens de cet angle un petit lambeau qui, suspendu au bord libre de la lèvre par une sorte de pédicule, fut renversé en dehors par un aide : ensuite, par une section verticale, j’avivai de bas en haut toute l’étendue du bord correspondant du bec-de-lièvre. 3° A gauche, enfin, je réséquai dans toute sa hauteur, et comme on le fait habituellement, le bord de la scissure labiale.
Maintenant, si l’on considère la disposition différente des deux côtés du bec-de-lièvre, après leur avivement, on verra qu’à gauche, le bord de la division était plus long, oblique de haut en bas et de dedans en dehors, et dans une seule direction ; qu’à droite, au contraire , Je bord avivé était divisé en deux parties , l’une supérieure un peu oblique de haut en bas et de dedans en dehors, mais se rapprochant beaucoup de la verticale ; l’autre oblique aussi et dans le même sens, mais se rapprochant de la ligne horizontale, formant avec la première un angle obtus, et à l’extrémité externe de laquelle était attaché le petit lambeau que j’avais taillé près du bord libre de la lèvre.
Pour réunir, j’appliquai la première épingle à la hauteur de l’angle formé par les deux parties du bord droit de la division , et deux autres au-dessus, en gagnant vers la narine. Restait à adapter le petit lambeau qui devait reconstituer le lobule. Une quatrième épingle,
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dirigée de bas en haut et de dedans en dehors, suffit pour cela. On conçoit, en effet, qu une place était réservée pour ce lambeau à la partie inférieure du bord gauche de la scissme labiale, au-dessous du premier point de suture ; et cela était une conséquence de 1 excès de
longueur de ce bord sur celui du côté droit.
Quatre heures après l’opération, j’appliquai le bandage unissant des lèvres.
La nuit suivante, le malade ne fit qu’un somme.
Le 15, le pansement est renouvelé. La réunion s’est faite sur tous les points. On enlève les deux épingles supérieures, qu’on remplace par des bandelettes de taffetas gommé. ^
Le 17, on retire l’épingle du lobule, et le 19 celle qui avait été placée la première, c està-dire celle que l’on avait mise au bas de la section verticale. A partir de ce moment, on cesse l’usage du bandage unissant ; les parties sont seulement maintenues par des agglutinatifs.
Le 24, onzième jour depuis l’opération, la restauration du bec-de-lièvre est complète. A la partie moyenne de la lèvre est une petite saillie qui imite, à s’y méprendre , la disposition naturelle du lobule médian. Toutefois, le nez n’est point aussi parfait. L’aile et 1 ouverture de la narine du côté gauche sont moins correctes que du côté droit. Le bout du nez est très-légèrement dévié à gauche. Ces petits défauts sont une suite de la direction vicieuse et du vice de conformation du fibro-cartilage de l’aile du nez; dans la difformité que nous a présentée René Lelièvre, il n’était pas au pouvoir de l’art de rendre immédiatement à ce fibro-cartilage sa courbure naturelle, quia été véritablement faussée. Le temps doit encore ici nous venir en aide. En attendant, le visage de René Lelièvre est loin d’être disgracieux, la prononciation des sons est moins imparfaite; mais que peut-on attendre sous ce rapport, tant que la bouche et les fosses nasales ne feront, pour ainsi dire, qu’une seule cavité, et qu’un palais artificiel n auia pas fermé leur communication ?
Dans cette observation, je n’ai taillé qu’un seul lambeau que j’ai pris sur le côté droit, et j’ai appliqué les deux sections de ce même côté à la section unique rectiligne et oblique du côté gauche. On pouvait croire, au premier moment, que ces parties dont la disposition est différente, ne s’adapteraient pas parfaitement ; mais quand 1 on sait quel parti l’on peut tirer de la souplesse des tissus, on pouvait concevoir ce qui est anivé, c’est-à-dire, que le petit lambeau du côté droit s’appliquerait très-bien à la partie inférieure de la section du côté gauche. Vous verrez plus loin que, dans une autre circonstance et dans le but d’établir une comparaison entre deux manières de faire, j ai substitué à cette section unique et rectiligne de l’un des côtés de la scissure labiale une double section anguleuse, plus capable peut-être de s’adapter à la configuration de l’autre côté de cette scissure ; je veux dire de celui qui porte le lambeau destiné à la réfection du lobule médian de la lèvre.
Section II. — Des moyens de réunir les bords de lu division labiale.
La suture entortillée, le bandage unissant des lèvres et les agglutinatifs, tels sont les moyens employés de nos jours pour amener la réunion immédiate des parties divisées. Ils n’ont pas tous trois la même efficacité ; mais comme ils peuvent être appliqués simultanément, ou succinctement, et qu’ils se prêtent un mutuel appui, il serait peu rationnel de répudier l’un ou l’autre, et de ne les pas faire concourir ensemble au succès de la cure. Il n’est point aujourd’hui de chirurgien qui, séduit par les belles théories de Louis, voulût confier au bandage seul le maintien des bords de la plaie. On peut à la rigueur, dans les premiers moments, se borner à la suture ; mais les épingles, alors, ont à soutenir les efforts de la contraction des muscles et de la rétractilité des tissus , et ont d’autant plus de tendance à diviser ceux-ci. Ainsi donc, d’abord, la suture et le bandage; puis, lorsqu’une partie des épingles ou toutes les épingles sont enlevées, le bandage et les agglutinatifs ; enfin, un peu plus tard, les agglutinatifs seuls pour soutenir la cicatrice dont l’organisation est encore très-imparfaite, et qui, jusque vers le dixième jour, est susceptible de céder en s’allongeant, ou de se rompre.
Je trouve, mon cher confrère, que nos auteurs, en ce qui concerne la suture entortillée, s’expriment d’une manière trop absolue sur l’époque à laquelle il convient de