‹ Journal de chirurgieChapitre 77 sur 113 · BRIGUEL. — APPAREIL POUR LA RÉDUCTION DES LUXATIONS · texte numérisé non relu

BRIGUEL. — APPAREIL POUR LA RÉDUCTION DES LUXATIONS

ton. L’enfant conserve la liberté de la mâchoire inférieure, est moins gêné, et peut faire sans inconvénients les mouvements nécessaires pour avaler les boissons nourrissantes ou les panades qu’on voudra lui donner.

Les détails qui précèdent ne vous paraîtront point oiseux, mon savant confrère ; car il est certain qu’un bandage bien fait, non-seulement est un puissant auxiliaire de la suture entortillée, mais que, en permettant d’enlever les épingles à une époque plus ou moins rapprochée de l’opération, il empêche celle-ci de couper les chairs, et contribue pour beaucoup à la perfection de la cure.

[La fin au prochain numéro.)

Description cl’iut nouvel appareil pour la réduction «les luxations ; par Mo Biugvel, D.-M.-P. , à Epinal.

Cet appareil se compose d’abord d’une tige ou levier en bois équarri d’un mètre de longueur sur 3 à 4 centimètres de largeur et d’épaisseur, renflé toutefois à sa partie moyenne et à son extrémité supérieure, où il a 6 centimètres d’épaisseur. Le renflement du bout supérieur est traversé d’une mortaise dans laquelle joue une poulie de renvoi. Le renflement médian supporte un treuil transversal qu’on met en mouvement à l’aide d’une manivelle, et sur lequel viendra s’enrouler le cordon tracteur. Ce treuil est muni d’une cheville d’arrêt à laquelle s’attache le cordon tracteur, et d’une roue dentée circulaire, sur laquelle s’ajuste une clavette lorsqu’on veut arrêter et prolonger la traction portée à un degré convenable. Enfin l’autre bout du levier est armé au centre d’une pointe ou saillie en fer destinée à prendre un point d’appui sur le plastron dont il va être question tout à l’heure. Telle est la première pièce de l’appareil.

Ce plastron est une plaque de cuir solide, de la forme d’un carré allongé, assez large pour répartir la pression sur un espace suffisant , assez bien rembourré pour ne pas blesser, surtout à raison de son mode d’agir. En effet, il porte dans son centre une petite plaque d’acier de deux ou trois millimètres d’épaisseur, percée d’un trou pour laisser passer la pointe en fer du levier ; cette pointe , après avoir traversé ce trou , est reçue dans une cavité creusée dans l’épaisseur du plastron , véritable cavité articulaire , sur laquelle le levier peut décrire des mouvements orbiculaires. À l’extérieur, le plastron offre quatre anneaux, dans lesquels passent deux courroies solides destinées à le fixer sur la région voulue, comme sur la poitrine par exemple.

Restent enfin et le bracelet pour embrasser le membre sur lequel on veut tirer, et le cordon qui sert à la traction. Le bracelet consiste en une plaque de cuir mou et un peu épais , muni de quatre courroies et de quatre boucles pour le serrer. Vers son milieu il est parcouru de haut en bas par une autre courroie forte et solide qui lui est solidement fixée, et qui supporte un anneau auquel vient s’attacher le cordon. Ce cordon est composé de 18 ficelles ; il a une longueur d’un mètre, et présente un œil à chaque extrémité. L’un de ces yeux sert à attacher le cordon à l’anneau du bracelet par un nœud coulant ; l’autre fixe le cordon à la cheville d’arrêt du treuil.

L’appareil ainsi décrit et disposé , rien de plus simple que la manière de s’en servir.

1° Réduction de la luxation du bras. — On commence par poser un bandage de corps maintenu par deux scapulaires. Le malade étant assis sur une chaise , on le fixe à celle-ci au moyen d’un linge plié en cravate qu’on passe obliquement au-devant de la poitrine ; puis , ramenant les deux chefs derrière le dos de la chaise , on les noue après celui-ci.

Par-dessus le bandage de corps on pose le plastron, que l’on fixe au moyen des deux courroies à boucles , plus ou moins sur le côté , selon le genre de luxation qui se présente. Les choses ainsi disposées, et un aide secondant la fixité du malade déjà retenu par le lien de la chaise , en se plaçant derrière celle-ci et maintenant avec les mains les environs de l’épaule malade, l’opérateur pose l’extrémité en fer de l’appareil, armé de

266 TRAVAUX ORIGINAUX

son cordon tracteur, dans le trou du plastron , ayant soin de diriger le levier dans la direction selon laquelle la traction doit s’exercer. Alors le plaçant sur son bras gauche, si c est le bras droit qui est luxé, et vice versâ si c’est le bras gauche , et tenant le bras luxé avec la main, de 1 autre il tourne le treuil doucement. Lorsqu’il juge que la traction est sulfisante, il abaisse la petite main ou clavette sur la roue dentée du treuil ; puis plaçant sa main disponible dans le creux de l’aisselle, il pousse la tête de l’humérus en face de sa cavité; puis soulevant la petite clavette ou main, il lâche peu à peu le tracteur, jusqu à ce que la tête de 1 humérus rentre complètement et sans secousse dans sa cavité. On ôte alors l’appareil et l’on panse comme à l’ordinaire.

2° Réduction de la luxation de l’avant-bras. — Lorsque la luxation est récente, les moyens ordinaires sutfisent ; mais, dans le cas de luxation ancienne, et surtout si le sujet est jeune , fort et vigoureux, on peut procéder avec cet appareil comme pour la luxation de l’humérus.

5° Réduction de la luxation de la cuisse. — Ici le point d’appui se fait contre une portion de la branche descendante du pubis et une portion de la tubérosité sciatique du côté opposé au membre malade.

Comme dans la réduction du bras, la traction se fera, dans les quatre espèces de luxations , dans le sens de la direction vicieuse de l’os déplacé , en dirigeant l’appareil dans ce sens. Ainsi, on commence par placer une serviette pliée en cravate dans le pli de la cuisse opposée au membre malade, ayant soin de ramener en les croisant les extrémités vers la crête de l’os des îles du côté malade, où on les fixe avec des épingles; puis on passe une autre serviette pliée de la même manière sur la crête de l’os des îles du côté malade, en ramenant ses extrémités vers la crête de l’os des îles du côté opposé, et là on les confie à un aide , ou on les fixe avec des épingles.

Cela fait, on pose le plastron sur le point le plus convenable du pli de la cuisse, ayant soin d’y comprendre la surface de la tubérosité sciatique, et, au moyen des courroies dont l’une embrasse la cuisse du côté sain et l’autre se fixe sur la crête supérieure et antérieure de l’os des îles, on consolide le plastron convenablement. Les choses étant ainsi disposées , et le malade couché sur le devant du lit, on introduit dans le trou articulaire du plastron le bout ferré de l’appareil, armé de son cordon tracteur, dont on fixe le bracelet au bas de la jambe. Alors l’opérateur , les aides fixant bien avec leurs mains le bassin, tourne doucement et lentement jusqu’à ce qu’il pense que la traction est suffisante ; puis, fixant cette traction au moyen de la petite main qui arrête le treuil, il porte l’appareil et le membre dans la direction normale du membre ou de son axe normal, c’est-à-dire place la tête du fémur vis-à-vis de sa cavité, et lâche ensuite peu à peu le cordon tracteur jusqu’à ce que l’os soit rentré dans sa cavité. Pour le reste de l’opération, on se comporte comme à l’ordinaire.

4° Réduction de la luxation du pied. — On n’a autre chose à faire qu’à embrasser le pied avec le nœud coulan tdu cordon tracteur, en détachant le bracelet, et en appliquant plusieurs compresses mouillées autour et en dessous des malléoles.

Avantages du tracteur dans son application.— On pourrait craindre, à la première vue, que le tracteur, prenant son point d’appui sur l’une des parties du corps, n’exerçât sur celle-ci une pression telle qu’il pourrait en résulter des accidents fâcheux. Je l’avais d’abord pensé ; mais en opérant sur soi-même ou sur toute autre personne, on reste convaincu de l’innocuité de la pression obtenue , puisqu’elle est à peine sensible.

Cet instrument a , sur tous ceux imaginés jusqu’à ce jour, le grand avantage de pouvoir combiner le mouvement orbiculaire simultanément avec la traction, dont on règle à volonté la force, et que l’on peut maintenir en permanence, ou détruire instantanément. Comme on le conçoit, pour les personnes peu exercées et surtout dans les cas de luxation ancienne, on peut ajouter au tracteur un dynamomètre qui en facilite l’usage et prévient les accidents d’une traction exagérée. Dans le cas des luxations anciennes, le tracteur peut être appliqué au malade dans son lit et être réglé par celui-ci à volonté , c est-à-dire qu’il peut , la nuit comme le jour, augmenter la traction de tel nombre de

Page 1