‹ Journal de chirurgieChapitre 8 sur 113 · MÉMOIRE PRATIQUE SUR LE CYSTICERQUE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE PRATIQUE SUR LE CYSTICERQUE

huit cas ci-dessus énumérés, il n’en existe point d’autües dans les fastes de la science, ainsi que nous avons pu nous en convaincre par de longues et minutieuses recherches.

§ II. Sous le rapport des pays où ils ont été rencontrés , ces huit cas se répartissent de la manière suivante :

En Allemagne deux, savoir: un dans le Nord (Prusse occidentale), par M. Baum à Dantzig, et un dans le Midi (Wurtemberg), par M. Hoering à Ludwisbourg.

En Angleterre deux, l’un et l’autre à Bristol, par le même médecin, M. Estlin.

En Belgique un, à Bruxelles, par M. Cunier.

En France trois, tous à Paris et par moi.

On voit que de ces circonstances on ne peut tirer aucune conclusion générale.

§ III. Les deux sexes ont été affectés dans la même proportion. Quatre des individus atteints appartenaient au sexe masculin, quatre au sexe féminin.

§ IY. L’âge des malades a varié dans une très-grande étendue; toutes les époques ont été représentées , à l’exception de la vieillesse. Il y a eu un petit garçon de seize mois, quatre petites filles , une de six ans , une de six ans et demi et deux de sept ans ; un adolescent de dix-sept ans, une jeune fille de vingt-trois ans et un homme dans la force de l’âge (quarante-six ans). Tout impossible qu’il soit de se livrer à des inductions statistiques sur un nombre de faits aussi restreint, il n’en reste pas moins remarquable que, quatre fois sur huit, la maladie a eu pour sujet des petites filles de six à sept ans. Il sera permis de supposer qu’ici, comme dans toutes les affections vermineuses, l’enfance, et surtout le sexe féminin des enfans, constitue une des principales prédispositions. Cette observation semble gagner de force , en ce qu’elle se répète pour le cysticerque observé dans les chambres du globe oculaire.

§ Y. L’œil affecté a été six fois le droit , quatre fois sur des filles, deux fois sur des garçons ; et deux fois le gauche , une fois sur une petite fille, l’autre sur un homme. Ici , comme pour la plupart des états pathologiques, l’œil droit a été plus fréquemment affecté, tandis que l’œil gauche, lorsqu’il y a inégalité dans l’exercice de la fonction visuelle, est ordinairement le moins fort. Hâtons-nous toutefois d’ajouter qu’en nous permettant ce parallèle, nous le faisons moins d’après un calcul statistique exact que de mémoire et d’après une appréciation sommaire.

§ YI. Sous le rapport de la profession des malades , il y a encore moins de matière à des conclusions statistiques positives que sous les autres points de vue. Cinq des malades n’étaient point encore d’âge à exercer un état; l’un, par sa haute position sociale, n’en avait aucun. Des deux autres, l’une était probablement domestique et l’autre militaire.

§ Y II. Rien de positif n’a pu être constaté sur les causes. Quant aux causes indirectes ( prédisposantes ), à part l’influence du jeune âge et du sexe féminin qui, l’un et l’autre, peuvent être considérés comme donnant une certaine prédominance au système lymphatique, il ne semble y avoir eu rien dans la santé générale des malades qui pût faire croire à une disposition scrofuleuse ; elle ne présentait rien d’anormal , autant qu’on peut en conclure du silence gardé sur ce point par les auteurs. Mes deux premiers malades jouissaient d’une constitution robuste et sanguine et d’une santé parfaite, même la petite fdle âgée de sept ans. Le seul sujet de ma troisième observation était affecté de dyspepsie et de fièvre, mais d’ailleurs sans autre infirmité. Chez aucun des malades on n’a observé cTentozoaires dans les intestins.

Les causes directes ( occasionnelles ) ont été totalement inconnues quatre fois sur sept. De ce nombre est l’un de mes deux cas (n° 6), où la mère, minutieusement interrogée à plusieurs reprises , ignorait complètement ce qui pouvait avoir produit la tumeur sur sa fille âgée de sept ans, et a surtout déclaré catégoriquement que l’enfant n’avait, point reçu de coup ni fait de chute sur l’œil affecté ou les régions voisines. Dans trois autres cas, une lésion traumatique a été enjeu, sans que pour cela on puisse lui attribuer positivement et exclusivement la production de la maladie. Yu l’importance des agents

TRAVAUX ORIGINAUX

pathogénétiques pour la thérapeutique et la prophylaxie , on nous pardonnera , nous l’espérons, de nous arrêter un moment à la recherche de la part que les lésions traumatiques et la phlegmasie peuvent avoir eue dans la production des entozoaires dont ils ont précédé le développement.

Dans le troisième cas (Hœring), la tumeur ne fut découverte que neuf mois environ après une contusion superficielle du voisinage de l’œil affecté. Bien qu’il existe ici une grande analogie avec les causes des cinquième et septième cas, néanmoins dans le sixième que nous venons de citer, identique par le sexe et l’âge du sujet, rien de semblable n’avait été observé, argument que feront valoir ceux qui persisteront à attribuer la génération du parasite plutôt à l’âge de F individu qu’à toute autre cause.

Ce sont surtout les cinquième et septième cas (Cunier et l’auteur) , dont l’examen attentif pourra peut-être nous amener à quelques données moins vagues sur le rôle que les blessures et la phlogose jouent dans la formation des tumeurs habitées par le cysticerque. En comparant attentivement ces deux observations entre elles et avec les autres, je crois en effet arriver à une conclusion qui, tout hypothétique qu’elle reste, ne me semble pourtant pas dépourvue de probabilité, savoir : que la génération du cysticerque sous la conjonctive est due aux mêmes causes inconnues ou fort obscures que la production des entozoaires dans toutes les autres parties de l’économie, mais qu’une inflammation d’une partie circonscrite de cette membrane et du tissu cellulaire sous-jacent, en déterminant un afflux plus abondant de sang et de sucs nourriciers vers le point phlogosé, peut causer le développement de ce ver dans cet endroit. Des entozoaires microscopiques de différentes espèces ayant été trouvés récemment dans le sang ( Delle Chiaje , Gruby , etc.), il se pourrait que les germes de ces animaux fussent déposés , avec ce liquide générateur, dans les organes, et que l’un de ces germes n’y trouvât son développement ultérieur que sous certaines conditions favorables, parmi lesquelles la congestion et la phlegmasie, traumatiques ou non, joueraient un rôle important. Peutêtre qu’avec le temps cette simple hypothèse sera élevée au rang d’un fait positif par des recherches microscopiques fréquentes sur le sang et le tissu cellulaire sous-conjonctival des animaux et surtout du pourceau, chez lequel le cysticerque, comme on sait, est très-fréquent.

Passons à l’examen circonstancié des faits qui nous ont suggéré ces idées :

Dans le cinquième cas, un ophthalmologiste d’un savoir et d’une expérience étendus, en examinant attentivement, presque au moment d’une lésion traumatique fort douloureuse, la conjonctive d’un œil sain jusqu’alors, y trouve, sur la jonction de la sclérotique et de la cornée, un bourrelet de conjonctive chémosée d’environ un millimètre (demi-ligne) de diamètre, et, quelques minutes après, un fragment de la patte d’un sphinx populi , que l’ophthalmostate appliqué pour rendre possible l’examen de l’œil avait sans doute détaché de ce bourrelet et chassé dans le pli palpébro-oculaire. Le papillon lui-même est retrouvé; il lui manque un lambeau d’aile et deux pattes. L’ophthalmie traumatique se dissipe, au bout de quelques jours, par l’emploi de fomentations glacées, d’unpurgatif salin, delà diète et d’un collyre saturné; l’ecchymose qui entourait le bourrelet s’efface. Au sommet de ce dernier existe une légère ulcération, sans doute une érosion produite par le corps étranger ; elle est cautérisée avec un pinceau chargé d’une solution de nitrate d’argent et guérit; mais le bourrelet persiste, tout en s’aplatissant et en ne gênant en aucune façon. Cinq à six mois après l’introduction du corps étranger, le malade ayant contracté à Naples une ophthalmie catarrhale qui s’est dissipée après huit jours de traitement, « la tumeur de la conjonctive avait tout à coup augmenté de volume et pris l’aspect d’une vésicule. » Ponctionnée avec une aiguille à cataracte et cautérisée, elle s’aplatit de nouveau et reste entourée d’une vascularisation delà conjonctive; une pommade de précipité rouge est employée. Trois mois plus tard elle prend tout à coup un accroissement considérable, sans cesser d’occuper toujours le même endroit y sur la jonction des deux membranes oculaires, auquel avait été primitivement imitée V action du corps étranger. « En trente jours, cette vésicule était devenue grosse

Page 1