‹ Journal de chirurgieChapitre 9 sur 113 · SICHEL. — * MEMOIRE PRATIQUE SUR LE CYSTICERQUE · texte numérisé non relu

SICHEL. — * MEMOIRE PRATIQUE SUR LE CYSTICERQUE

comme un pois; elle avait empiété sur la cornée et gênait la vision. » C’est à la même place, beaucoup plus volumineuse, que la trouve, environ trois mois plus tard, M. Cunier qui en fait 1! ablation.

N’est-il pas permis ici de penser que ce parasite, développé à l’endroit même qui a été le siège d’une lésion traumatique, constatée authentiquement au moment de l’accident, s’est formé, sous l’influence de cette phlegmasie et de ce surcroît de sucs nourriciers, d’un des germes déposés dans le tissu cellulaire sous-conjonctival?

Quelque chose de semblable paraît avoir eu lieu dans mon deuxième cas. Une con« jonctivite existe, pendant trois mois environ , sur un homme robuste et sanguin , sans que la membrane soit plus injectée et plus tuméfiée dans un point particulier. Au bout de ce temps elle est considérablement augmentée par l’introduction d’un corps étranger entre les paupières ; mais la tumeur vermineuse ne s’est formée qu’ après quatre autres mois, et brusquement, à la suite de l’application cl’un cataplasme émollient.

Dans ma dernière observation aucune cause mécanique n’avait agi sur l’œil; mais cet organe avait été, trois mois auparavant, le siège d’une opththalmie blennorrhagique pendant laquelle une ulcération de la cornée s’était formée. L’autre œil' avait été malade à un degré beaucoup moindre et sans ulcération. Cette phlegmasie, plus intense dans l’organe occupé plus tard par l’helminthe, vient encore confirmer ce que nous venons de dire sur l’origine de cette singulière affection. Il est à noter que, dans ce cas, de la dyspepsie et de la fièvre coexistantes cessèrent promptement après l’opération.

En résumé, tout ce que nous savons sur les causes de l’affection qui nous occupe, c’est que i’ophthalmie, traumatique ou non, semble avoir une influence marquée sur sa production. Peut-être même que, dans les cas où les causes sont restées complètement ignorées, un point limité de la conjonctive a été frappé d’une blessure ou d’une inflammation d’assez peu d’intensité pour qu’elles aient pu passer inaperçues.

§ VIII. La marche de la maladie n’a pu être précisée dans quatre cas, les malades n’y ayant donné aucune attention. Dans un cas (n° 2) l’affection n’a été découverte que quelques jours, dans un autre (n° 3) que quelques semaines avant l’opération; dans ce dernier, neuf mois environ s’étaient passés depuis la contusion à laquelle le médecin attribuait la production de la tumeur vermineuse , et celle-ci avait presque déjà atteint le maximum de son volume. Dans un cas (n° 1) la tumeur était restée stationnaire depuis l’époque où la malade s’en était aperçue jusqu’à celle de l’opération. Dans le cinquième la marche était saccadée, dans le septième rapide, comme nous l’avons déjà exposé à l’occasion des causes. Une autre fois (n° 8) la tumeur, complètement développée, mais presque cachée sous la paupière supérieure, a été découverte quinze jours avant l’opération et trois mois après une ophthalmie qui semblait sa principale cause productrice.

§ IX. Caractères anatomiques. — Le volume de la tumeur a varié depuis celui d’un très-petit pois jusqu’à celui d’une fève de haricot. D’après ce qui a été dit sur la marche et la durée de la maladie, nous n’avons aucune donnée qui nous mette en état de décider dans quelle période de la maladie l’accroissement de la grosseur est le plus considérable. Il semble en général qu’elle peut rester longtemps stationnaire et que l’action des causes irritantes en accélère le développement.

La forme de la tumeur est le plus ordinairement sphérique, quelquefois transversalement allongée. On conçoit, d’après ce qui a déjà été dit à l’occasion des généralités zoologiques (voir le vol. précédent, page 402, I), que le plus souvent la tumeur extérieure doive se mouler sur la forme en général arrondie de la vessie de l’animal , et que sa figure plus ovalaire puisse dépendre de circonstances accidentelles, telles qu’une forme plus elliptique de la vessie caudale du ver, la présence d’une plus grande quantité de tissu cellulaire, et une irritation plus considérable dans le voisinage d’une partie quelconque de la vésicule de l’entozoaire, irritation qui augmente l’épaisseur de la partie correspondante du kyste fibreux et l’allonge dans cette direction.

Quant à la position de la tumeur, on l’a trouvée cinq fois dans l’angle ou vers l’angle

TRAVAUX ORIGINAUX

interne, une fois vers l’angle externe, et une fois entre cet angle et le bord externe de la cornée. Cinq fois elle suivait le diamètre transversal de l’œil; une fois (n° 3) elle était placée plus bas et, pendant la direction de l’œil en avant, presque entièrement cachée par la paupière inférieure; deux fois au contraire (nos 1 et 8)un peu au-dessus, et en petite partie recouverte, quand l’œil était dirigé droit en avant, par la paupière supérieure. Dans un des cas où elle occupait l’angle interne (n"4), elle était située entre les expansions tendineuses des muscles droits interne (i) et supérieur, au-dessus de la caroncule lacrymale, et ne pouvait être vue que lorsque l’œil était porté obliquement en dehors et en bas ; pour la ponctionner, il fallait une pression considérable avec T un des doigts de la main gauche, afin de la retenir dans une position où elle fût complètement visible.

De cette différence dans la position de la tumeur dépendaient quelques légères altérations de la vision, les seules qui aient été observées lorsque la cornée n’était point intéressée dans la maladie.

L 'aspect extérieur de la tumeur varie un peu d’après l’épaisseur de la conjonctive et de la capsule de l’entozoaire. D’ordinaire elle est rouge pâle à sa surface antérieure, où elle présente même quelquefois une semi-transparence, lorsque la conjonctive et le feuillet antérieur du kyste fibreux sont minces. Dans un cas (n° 8) on pouvait même reconnaître à l’extérieur le disque blanc, formé parla tèteetle corps rétractés de l’animal. La tumeur est opaque etplus rouge, quand la conjonctive (n° 4) et surtout le kyste fibreux sont épais. C’est ainsi que dans ma seconde observation (n°7) il n’y avaitpas de transparence, ce que j’ai oublié d’indiquer. La rougeur est plus forte à la circonférence vers laquelle se rendent parfois quelques vaisseaux d’un calibre plus gros venant de la conjonctive oculaire, qui est peu injectée dans le reste de son étendue. Avec la durée et le volume de la tumeur son injection augmente, par suite du froissement qu’y exercent les paupières et par l’action de causes accidentelles. Lisse et régulière à sa surface, elle ne se montre inégale et légèrement bosselée (n° 7) que lorsque l’épaisseur de l’enveloppe fibreuse est considérable, sans être la même sur tous les points. Elle ressemble beaucoup à une tumeur sarcomateuse avec laquelle on l’a aussi confondue (n° 2). Sa mobilité est quelquefois nulle, quelquefois assez grande, selon que les adhérences de sa face postérieure avec la sclérotique sont plus ou moins intimes et étendues. Dans mes trois observations, la mobilité était considérable, parce que les adhérences, bien que très fortes, n’occupaient qu’une partie de la face postérieure. Une fois (n°8) cette mobilité semblait tenir en partie à ce que le feuillet antérieur du kyste était très-mince, ce qui permettait de le comprimer et de déplacer en apparence sa moitié antérieure, lors même que sa base ne changeait point de place.

L’élasticité et la rénitence de la grosseur au toucher varient selon les dimensions des parois delà capsule fibreuse. Plus elle a de consistance, plus aussi elle sera opaque.

Dans le seul cas où la tumeur occupait pour la plus grande partie la cornée (n° 5), ses caractères en ont été modifiés , ce qui nous engage à considérer à part cette variété de l’affection et de rapporter presque textuellement les paroles de M. Cunier (loc. cit., p. 274). « La tumeur avait la forme et le volume d’un grain de café et était placée pour la plus grande partie sur la cornée, dans la direction du diamètre transversal de cette membrane. Elle naissait à 3/4 de ligne en dehors de l’union scléro-cornéale, et s’étendait jusqu’au centre de la cornée; quatre ou cinq gros vaisseaux variqueux, venant du pli oculo-palpébral , s’y rendaient; du reste, pas de vascularisation du globe. L’aspect de cette tumeur ne pourrait être mieux comparé qu’à celui du bourgeon conjonctival que l’on remarque après f opération du strabisme; elle était d’un rouge sarcomateux au pourtour, et comme transparente en son centre et dans sa portion scléroticale. »

Récapitulons en quelques mots les caractères pathognomiques . On pourra se pronon-

(1) C’est sans doute par une faute typographique que l’observation de M. Estlin porte ; « the abducens muscle » pour « adducens, »

Page 1