DESMARRES . — DE LA CATARACTE PIGMENTEUSE OU UVEENNE
rester adhérents à la capsule et isolés au milieu de cette membrane ; mais il ne trace pas les caractères qui pourraient établir la différence qui existe entre la vascularisation morbide de la cristalloïde et les fausses membranes recouvertes de pigmentum uvéen et adhérentes ou non à l’iris. A l’exemple de Walther, le professeur Rosas ( Handbuch der Augenheükunde , Bd. II, s. 685) pense que les taches sont vasculaires, et avance même qu’elles sont parfaitement analogues au pannus de la cornée, quoiqu’en vérité nous ne connaissions rien qui soit moins comparable sous tous les rapports. — Richter et Beer considèrent les taches brunes comme de nature pigmenteuse ; le dernier de ces auteurs croit qu’une commotion violente de l’œil peut seule produire le décollement du pigmentum, et avance que cette matière noire peut rester accolée à la capsule sans l’intermédiaire de fibro-albumine exsudée par l’inflammation. Mackensie, Middlemore admettent la cataracte pigmenteuse.
La cataracte pigmenteuse examinée sur le cadavre présente les caractères suivants :
La pupille est irrégulière, frangée, adhérente en tout ou partie et remplie par une tache noire plus ou moins étendue. Cette tache noire, examinée sous une forte loupe, offre un aspect arborescent très-facile à distinguer. La surface saillante, irrégulière et sablée, comme pulvérulente, veloutée par endroits, est d’un noir brun très-marqué. Entre les inégalités qu’elle offre, on aperçoit quelquefois à l’aide de la lentille d’autres points blanchâtres ou tout à fait blancs, qui forment exceptionnellement par leur réunion de véritables plaques. La périphérie de la tache est adhérente à la marge pupillaire déformée ; elle y est soudée par une multitude de filaments noirâtres tirant plus ou moins sur le brun, et ressemblant assez à une multitude de petits vaisseaux dont le sommet, si on pouvait le suivre loin, ce qui est assez rare, se rendrait à peu près au centre de la pupille. Ces filaments, réunis ensemble par leurs côtés, offrent quelquefois l’aspect d’une plaque noire couverte de nombreuses cannelures ; quelques-uns sont blancs à leur face postérieure. Leur base, infiniment large par rapport à leur sommet qui en est fort rapproché, s’épanouit sous forme triangulaire dans le cercle uvéen qu’il n’est pas toujours facile de distinguer, et qui, arraché de l’iris, est allé quelquefois se souder au milieu de la pupille. Ces filaments coupés en travers sont d’une couleur plus claire à leur centre qu’à leur circonférence et ne présentent aucune cavité ; on ne peut souvent les suivre en arrière au delà du cercle uvéen, mais en avant quelques-uns semblent se continuer avec les fibres convergentes de l’iris. Si on gratte légèrement la plaque noire, on parvient souvent à trouver au-dessous d’elle une tache blanche reposant sur la capsule, ayant une largeur plus ou moins grande et s’étendant quelquefois à toute la pupille. On éprouve presque toujours une difficulté insurmontable à détacher cette opacité fibro-albumineuse de la cristalloïde, dont le tissu s’est épaissi et est devenu blanc mat dans plusieurs endroits. La capsule, qui à l’état normal est lisse, brillante, cassante au plus haut degré, a perdu ces propriétés : elle ne se déchire plus selon une ligne droite, mais selon les interstices moins denses et moins opaques demeurés libres entre les plaques exsudées. Vues à la loupe, ces plaques recouvertes de pigmentum ont une surface raboteuse remplie de petites éminences noires, dont la couleur varie en raison directe de la matière uvéenne déposée sur elles.
La face concave de la capsule antérieure offre aussi quelquefois des altérations notables; des exsudations fibro-albumineuses plus ou moins étendues la recouvrent dans sa portion en rapport avec la pupille, et assez souvent en dehors de cette ouverture, dans toutes les directions. Dans ces cas, une portion plus ou moins grande de la substance corticale du cristallin correspondante est opaque. Une cataracte complète lenticulaire accompagne quelquefois dans ce cas la cataracte pigmenteuse. Lorsque la surface concave de la capsule antérieure ne présente pas d’épaississement, il n’est pas rare de trouver le cristallin parfaitement pur derrière la cataracte uvéenne.
La face postérieure de l’iris offre des altérations remarquables : placée entre l’œil et la lumière, lorsqu’on a divisé les adhérences qui la retenaient attachée à la capsule, cette membrane paraît parsemée, dans le voisinage de la pupille, de points et de plaques
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jaunâtres ou brun-clair, très-inégales, qui laissent passer la lumière en beaucoup plus grande quantité que le reste de la surface indienne. Ces points et plaques , examinés avec attention sous la loupe, paraissent taillés aux dépens de la membrane elle-même ; ils sont tous concaves et se trouvent à la place du pigmentum transporté sur la plaque fibro-albumineuse qui recouvre le centre de la capsule. Quelques-unes des plaques laissent voir à nu les fibres convergentes de l’iris, tandis que d’autres n’en laissent voir aucune. Ces dernières sont recouvertes dans leur fond d’une fausse membrane trèsmince qu’on peut enlever quelquefois.
Symptômes . 1° S. anatomiques.— Ils varient selon le degré d’inflammation qui leur a donné naissance. Dans le cas le plus simple, la capsule, ou une fausse membrane qui la remplace, présente une petite tache noire ou rouge brunâtre foncée, plus ou moins large , de forme diverse , comme pulvérulente le plus souvent à sa surface, disposition que la loupe démontre mieux encore, et complètement libre de toute adhérence avec l’iris. Très-souvent cette tache noire, plus ou moins rapprochée de la marge pupillaire, se continue avec celle-ci, et y est attachée par un ou plusieurs ou un très-grand nombre de filaments ou bandelettes fibro-albumineuses très-fines, recouvertes de pigmentum uvéen, ce qui donne à la pupille une forme dentelée plus ou moins marquée vers une ou plusieurs parties de sa circonférence, ou môme dans toute son étendue. Quelquefois on voit sur la plaque noire, surtout quand la pupille est en grande partie ou complètement oblitérée, des filaments convergeant plus ou moins vers son centre, ou tendus de diverses manières, et représentant quelquefois des espèces de piliers ou colonnes plus ou moins grosses ou nombreuses, et de couleur noire comme la plaque avec laquelle elles se confondent en arrière. Quelquefois, entre ces colonnes fibro-albumineuses, surtout lorsque la capsule a été enlevée avec le cristallin, il existe une ou plusieurs lacunes plus ou moins larges à travers lesquelles la lumière pénètre en quantité variable jusqu’au fond de l’œil, qu’il est très-difficile dans ce cas de distinguer! de la couleur noire uvéenne, par suite de l’étroitesse même de l’ouverture. La surface de ces colonnes et plaques est le plus souvent granuleuse , comme veloutée, mate.
Ces filaments ou stries, colorés en rouge-brun foncé, doivent être distingués surtout des stries vasculaires que présente la capsule dans certains cas d’inflammation de cette membrane. Comme les vaisseaux, ces filaments sont le plus souvent tortueux et leur sommet, se dirige aussi vers la pupille; mais leur couleur • diffère essentiellement des vascularités morbides de la cristalloïde, qui sont d’un beau rouge vermillon. Un caractère qui paraît les différencier encore mieux, c’est que les filaments albumineux, recouverts de pigmentum, tiraillent plus ou moins l’iris vers Taxe antéro-postérieur de l’œil, et que les fibres iridiennes offrent dans cet endroit une tension véritable, et surtout une sorte de prolongement qui fait corps avec l’exsudation plastique. Dans le cas de vascularisation de la capsule, au contraire, on ne voit ni la tension de l’iris, ni ce prolongement dans la partie de la marge pupillaire d’où sort le vaisseau; et la pupille offre là comme ailleurs sa courbure circulaire normale. Au reste , la vascularisation de la capsule enflammée est un fait assez rare, tandis que les exsudations dans la pupille sont malheureusement très-communes. Lorsque la marge iridienne est adhérente en son entier, les fibres convergentes de l’iris paraissent plus franchement dessinées qu’à l’état normal, et des sillons plus ou moins profonds, placés entre chacune d’elles, les mettent en relief avec encore plus d’énergie. La tendance incessante de l’iris à se rétracter vers le corps ciliaire, contribue peut-être aussi à rendre cette disposition plus évidente. L’iris offre assez souvent les traces de l’inflammation qui a produit autrefois l’opacité pupillaire pigmenteuse ; tantôt c’est une décoloration totale ou partielle de sa surface antérieure ; tantôt ce sont des fausses membranes placées en arrière, et qui froncent son petit cercle devenu proéminent en proportion directe de leur épaisseur.
La lumière joue un rôle négatif important à noter lorsqu’elle arrive sur la pupille complètement oblitérée ; tous les rayons lumineux étant absorbés par la couleur noire