RECHERCHES SUR LA TEXTURE MICROSCOPIQUE DU CANCER
consistance, j’ai trouvé des globules squirrheux ronds ou ovalaires, de 0mm,010à0,025 de diamètre, et tellement transparents que je ne pus les apercevoir qu’en modérant extrêmement la lumière ; alors je trouvai, dans quelques-uns seulement, un corps fort peu visible, que je pris pour un noyau; mais au bout de quelque temps, lorsque le liquide dans lequel ces globules nageaient sur la plaque de verre se fut un peu évaporé, ils devinrent bien visibles, et je pus distinguer sans peine, dans leur intérieur, de jeunes cellules qui les remplissaient et qui offraient presque toutes un noyau. J’obtins le même résultat plus vite, et d’une manière plus claire, en mettant dans la liqueur une matière colorante qui pénétra dans les cellules.
L’évolution des cellules squirrheuses elles-mêmes me paraît pouvoir être éclairée par ce que j’ai observé sur un squirrhe de la mamelle , extirpé par M. Laugier. La tumeur offrait dans son centre une substance un peu grisâtre, diaphane, facile à diviser, surtout vers le milieu, et qui devenait plus résistante vers la périphérie, où elle était entourée d’une couche blanche offrant la résistance du tissu tibieux, et qui se perdait dans le tissu cellulaire voisin. La substance blanche, que sa situation extérieuie et sa consistance doivent faire regarder comme de formation plus récente, présentait un trèsgrand nombre de granulations , transparentes, sphériques, d’un volume variable; les plus grosses avaient environ 0mm,004 de diamètre ; on y trouvait, en outre , des cellules à contenu granuleux, de différentes grosseurs; les plus grosses, qui étaient un peu plus transparentes , contenaient un noyau avec son nucléole, dans ses rapports ordinaires avec la cellule ; aucune ne présentait de jeunes cellules distinctes dans son
intérieur.
La partie centrale, qui avait tous les caractères du ramollissement, contenait deux ordres de cellules, toutes très-transparentes: 1° des cellules rondes de 0mm,0085 à 0mni,0150 et même 0mn\0200, dont quelques-unes présentaient un petit noyau ; toutes, ou presque toutes, offraient, dans leur intérieur, une, deux et jusqu’à trois jeunes cellules rondes, de 0mm,008 à 0,005; quelques-unes, de O1™, 007, étaient d’une transparence extrême: la plupart de ces jeunes cellules avaient des noyaux, 2° de petites cellules libres, en tout semblables aux cellules intérieures dont je viens
de parler.
D’après ces différents faits, nous pouvons établir que les cellules du squirrhe se forment autour des noyaux dont parle M. Yogel, et auxquels on peut rapporter les plus grosses granulations, de Om, 004 de diamètre; leur contenu est d aboid granuleux, presque opaque; plus tard, quand commence le ramollissement, les granulations dis paraissent, les globules deviennent transparents, et dans leui cavité se foi ment de nouvelles cellules, d’abord peu nombreuses, mais dont le nombre augmente, et qui finissent par remplir la cellule-mère, comme je l’ai vu dans le squirrhe opéré par
M. Nélaton.
M. Yalentin, qui admet, en partie au moins, cette marche des cellules, dit que les cellules mères finissent par se rompre et laisser échapper les cellules intérieures ; ce qui expliquerait la présence de jeunes cellules libres dans la matière squirrheuse
ramollie.
La substance intercellulaire paraît subir des modifications correspondant à l’évolution des cellules; les granulations qu’elle contient souvent disparaissent d’ordinaire, et elle devient limpide, en même temps que l’espace qu’elle occupe diminue par l’accroissement et la multiplication des cellules.
La trame fibreuse ne paraît point suivre dans ses altérations le développement des cellules ; elle était très-résistante dans le squirrhe extirpé par M. Nélaton, et les cellules offraient les caractères d’une période avancée. On sait, du reste, que, dans le squirrhe complètement ramolli, elle forme parfois des lambeaux qui conservent leur
caractère.
Carcinoma alveolare.— La trame du cancer alvéolaire est constituée par des fibres et des lamelles blanches* solides, qui s’entre-croisent à l’infini, et interceptent entre
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elles des cellules limpides, closes ou communiquantes, variant de la grosseur d’un grain de sable à celle d’un gros pois, et remplies d’une gelée visqueuse complètement transparente. Cette substance transparente contient des cellules renfermant d’autres petites cellules qui en contiennent de plus petites encore. Les plus petites cellules portent sur leur paroi un noyau foncé, jaunâtre. On y trouve souvent aussi de nombreux noyaux libres dans leur intérieur. M. Millier rapporte à cette variété les cancers gélati forme et aréolaire de Laënnec et de M. Cruveilhier.
Les cellules de ce cancer paraissent bien n’être qu’un degré plus avancé des cellules du squirrhe, dont nous venons de voir l’évolution. Mais je ne pourrais donner que de pures hypothèses sur la cause du ramollissement simultané de la masse et de la disposition particulière des fibres.
lîe l’emploi de l’émétique à liaute dose dans un cas de t étimos traumatique ; par MT. Aiulut, docteur en médecine à Alais .
Jacques Tolouré, âgé de 29 ans, ouvrier de la fonderie de M. Rousseau, eut, le 22 février, le bras gauche pressé entre le sol et une poulie d’un mètre de diamètre; on arrêta immédiatement la roue, on le retira de là et l’on découvrit trois plaies, l’une à la partie externe et inférieure de l’humérus, les deux autres à la partie supérieure et interne du cubitus.
On fit venir un médecin qui lui donna ses soins pendant quinze jours ; les plaies marchaient déjà vers la cicatrisation , lorsque, le 15 mars, il survint des douleurs sourdes dans l’avant-bras. Le lendemain le trismus se déclare accompagné de la rigidité du cou et du tronc, les membres se roidissent, deviennent immobiles; l’insomnie s’empare du malade, et s’il vient à s’assoupir un moment, il éprouve des soubresauts tellement violents qu’il se réveille en sursaut et pousse des cris perçants. Dès ce moment mon collègue et excellent ami M. Serres d’Uzès fut appelé ; il fit appliquer 20 sangsues à la partie antérieure du cou, un large vésicatoire à la nuque ; il employa l’opium à haute dose; l’huile de ricin fut administrée en même temps sans faire éprouver au malade le moindre soulagement: à cette époque, M. Serres, obligé de s’absenter pendant quelques jours, voulut bien avoir la bonté de me confier ce malade que j’allai visiter
avec lui le 20 mars.
Les 21, 22, 23, je continuai le traitement par l’opium (5 centigr. toutes les heures), je fis une saignée de quatre palettes qui parut soulager momentanément ; mais le lendemain le trismus avait augmenté d’intensité et le malade accusait des douleurs insupportables dans toute la colonne vertébrale.— (15 sangsues au cou , Uniment térébenthine et laudanisé tout le long du rachis, opium à V intérieur , lavement matin et soir avec 75 centigrammes de camphre et 50 centigrammes de musc.) — Le 25, même traitement. Le 26 , je suspends les lavements avec le musc, et je fais usage de 30 gouttes de teinture de nicotiane dans 240 grammes de décoction de mauve pour un lavement; le malade en prend trois dans la journée et les symptômes ne font que s’aggraver.
Me rappelant alors avoir lu dans le Dictionnaire du docteur Fabre, qu’il était surprenant qu’aucun praticien n’eût jamais employé l’émétique à haute dose dans le tétanos , je me décidai en désespoir de cause à en faire promptement usage. Le 27, je prescrivis 40 centigrammes d’émétique dans 120 grammes d’infusion de fleurs d’arnica avec addition de 30 grammes de sirop diacode (formule de M. Bouchardat), à prendre par cuillerée à bouche toutes les heures. Voulant surveiller l’emploi de ce moyen énergique, je revins chez mon malade quatre heures apies, et je fus lort suipiis de le trouver dans un état beaucoup plus satisfaisant : le trismus commençait à diminuer d’intensité, la rigidité du cou et des muscles du bas-ventre était moins grande; mais ce qui me donna le plus grand espoir de le sauver de cette maladie presque toujours
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mortelle, ce fut le retour des urines, qui étaient pour ainsi dire supprimées (il n* urinait qu’une fois toutes les 24 heures et en très-petite quantité). Je continuai la même prescription jusqu’au 4 avril et ne m’arrêtai que lorsque je fus convaincu que le malade était hors de tout danger.
Tolouré a pris dans l’espace de huit jours 3 grammes 50 centigrammes d’émétique, sans éprouver de vomissements, et n’a été qu’une fois par jour à la garde-robe.
D’après l’heureux résultat de cette observation, il est à désirer que les praticiens fassent de nouvelles expériences sur ce médicament, et peut-être parviendra-t-on à préserver de la mort un plus grand nombre de sujets qu’on n’a fait jusqu’aujourd’hui.
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