Le récit de cette tentative des Armagnacs a été imprimé
Mecredi, premier jour de juing.
Curia vacavit occasione invasionis et insultus quem temptaverunt armati de Bastida beati Anthonii contra gentes armigeras ex parte ducis Burgundie Parisius tune proximè ingressas.
Jeudi, second jour de juing et diebus sequentibus . Curia vacavit ex eo quôd présidentes et consiliarii Curie fuerunt ad Consilium ex farte Régis in Lupara convocatum mandati. Et n'y a eu aucunes plaidoieries en la Court jusques au mardi vij^jour de ce moys. Matinées, X (X*» 4792), fol. 52 v°.
Jeudi, ij® jour de juing.
Le Conseil du Boy fu tenu au Louvre, où le Boy avoit esté mené le jour précèdent après disner. Et furent audit Conseil les cardinaulz de Bar et de Saint Marc, le conte de Tripoly, Charles, monsegneur de Bourbon, Jehan, monsegneur de Harcourt, le conte en Milan (sic) y l'evesque de Paris, messire Claude de Beaupar D. Félibien (Histoire de la ville de Paris, pièces justificatives, t. IV, p. 567). Nous reproduisons une autre version de cet événement que donne le registre du Bureau de la Ville (Arch. nat., Z**» 7, fol. 91) : « Ce jour, obtindrent les dessusdiz seigneurs et les habilans de Paris victoire en la grant rue Saint Anthoine à rencontre de Tenneguy du Chastel, lors prevost à Paris, lequel estoit entré à plusieurs estendars desployez et à grant nombre de gens d'armes à Paris, tant par la Bastide Saint Anthoine comme par la porte Saint Anthoine, joingnant ladicte bastide, pour courir sus à ceulx qui vouloient et pourchassoient la paix. » La Bastille capitula le 11 juin et reçut pour capitaine Aubert de Chauny, seigneur de Varennes, qui, à la suite d'une mission dont il avait été chargé, en août 1417, auprès du duc de Bourgogne, y avait été enfermé (cf. Monstrelet, t. ÏII, p. 266).
voir, seigneur de Chastelluz, messire Guy de Bar, prevost de Paris, et pluiseurs de la Court de Parlement et autres, pour conseillier et adviser ce qui estoit à faire pour la paix, union et conservacion de ce royaume. Et, entre autres choses, fu ad visé et conclu qu'il estoit expédient de envoier et que on envoieroit par devers monsegneur le Dauphin lors estant à Meleun, si comme on disoit, notables ambassadeurs ausquelz seroient baillées instructions, principalment à induire mondit segneur le Dauphin et ses gens de retourner par devers le Roy à Paris et de non soy esloingnier du Roy, de la Roy ne ne des autres seigneurs du sang du Roy qui estoient ou seroient en la compaignie du Roy, afin de tenir et fortifier ce royaume en paix, amour et bonne union pour mieulx résister aux Anglois et anciens ennemis du Roy. Et furent nommez entre les autres ambassadeurs dessusdis les cardinaulx de Bar et de Saint Marc, Jehan, monsegneur de Harcourt, Tevesque de Paris et autres de la Court de Parlement, de TEglise, de l'Université et aucuns bourgois de Paris; lesquelz ambassadeurs avoient intencion de partir lendemain pour aler audit lieu de Meleun, mais leur voiage fu retardé, si comme on disoit, pour ce que, avant ce qu'ilz eussent leurs saufconduiz, mondit segneur le Dauphin estoit desjà parti dudit lieu de Meleun pour aler oultre en esloingnant la ville de Paris ^.
Conseil, XIV (X*» 1480), fol. 138.
Lundi, vj® jour de juing.
Furent au Conseil maistre R. Maugier, président,
1. Ce paragraphe a été reproduit par D. Félibien [Histoire de la ville de Paris, pièces justificatives, t. IV, p. 568).
(et vingt cinq conseillers), pour conseillier et ad viser ce qu'estoit à faire pour l'apaisement et transquilité des habitans de la ville de Paris, et aussi pour la conservacion et union de ce royaume. Et furent reprins certains advis autresfoiz faiz par la Court pour baillier ou envoier au prevost de Paris pour yceulz faire tenir et mettre à execucion.
Ce jour, messire Claude de Beauvoir, segneur de Chastelluz, fu receu en l'office de mareschal de France ou lieu de messire Pierre de Montfort ^ , et fist le serement acoustumé.
Ce mesme jour, messire Charles de Lens fu receu en l'office de admirai de France ou lieu de messire Robert de Braquemont^, et fist le serement acoustumé. Et n'est oient les lettres desdis de Chastelluz et de Lens scellées que du seel de secret du Roy, pour ce que on n'avoit peu trouver les seaulz de la Chancelerie et n'en savoit dire nouvelles messire H. de Marie, qui estoit prisonnier, comme dit est dessus; lequel fu amené le jour dessusdit prisonnier en la grosse tour du Palais, et l'evesque de Constances, son filz.
Le jour dessusdit, le conte d'Armaignac fu amené du Petit Chastellet de Paris en la grosse tour du Palais
pour tenir prison.
Conseil, XIV (Xial480), fol. 138 v«.
1. Pierre de Rieux, dit de Rochefort (et non pas de Montfort), avait été reçu maréchal de France le 12 août 1417; attaché au parti du Dauphin, il défendit la Rastille contre les Bourguignons et alla rejoindre le Dauphin à Bourges.
2. Robert de Braquemont, sire de Grainville, avait été pourvu de la charge d'amiral par lettres du 22 ayril 1417 ; après sa révocation par les Bourguignons, il se retira en Espagne, où il mourut.
Mecredi, viij® jour de juing.
Furent au Conseil maistres R. Maugier et Sy. de Nanterre, presidens (et onze conseillers), pour eslire et nommer deux des conseilliers de la Court pour aler par devers la Royne et monsegneur le Dauphin avec les autres ambassadeurs du Grant Conseil du Roy et autres de TEglise, de TUniversité et Ville de Paris, pour certaines causes et besoingnes touchans la paix, union et conservacion de ce royaume. Et furent nommez de ladicte Court lesdiz maistres M. du Boc et J. Vivian pour aler avec les ambassadeurs dessusdis recommender Testât de la ville de Paris et gênerai ment pour recommender la paix, union et conservacion de ce royaume*.
Conseil, XIV (X^a 1480), fol. 138 v«.
Vendredi, x^ jour de juing et les jours ensuivans.
Curia vacavit, occasione armigerarum gentium que xxix* die mensis precedentis Parisius intraverunt.
Matinées, X {Xia4792), fol. 54 v°.
Dimenche, xij^ jour de juing ^,
Entre viij et ix heures après midi, commença ung grant effray à Paris, soubz umbre de ce que on disoit que à Saint Marcel et près de Paris estoient venuz et venoient gens d*armes pour favorisier et aidier au conte d'Armaignac, qui estoit prisonnier en la tour du Palais à Paris, et pour ycellui et les autres pri-
1. Cet extrait et celui du 6 juin se trouvent dans D. Félibien [Histoire de la ville de Paris, pièces justificatives, t. IV, p. 568).
2. En marge se trouve cette rubrique : « De morte comitis Armaniaci, Cancellarii et aliorum. »
sonniers délivrer, et aussi pour grever les gens du duc de Bourgongne estans à Paris. Pour lequel efFray pluiseurs desdiz gens du duc de Bourgongne et autres des bourgois et habitans de la ville de Paris se armèrent incontinent, et alerent les aucuns garder la porte de Bordelles, lez murs et autres portes de Paris et firent crier alarme par la Ville ; pour quoy les habitans d'icelle Ville furent fort esmeuz et effrayez. Durant lequel effray, pour ce que aucuns publioient que on vouloit délivrer de prison ledit d'Armaignac et autres prisonniers qui lui avoient favorisié, si comme on disoit, contre le duc de Bourgongne, et qui avoient esté consentans et coulpables des guerres et divisions et du petit gouvernement qui avoient esté en ce royaume, et yceulz délivrer et baillier ausdictes gens d'armes qui estoient venuz et venoient devant Paris par la rivière et autrement. Pluiseurs des dessusdis habitans de ladicte ville de Paris, desquelz la plus grant partie estoient gens de petit estât, doubtans la fuite ou délivrance desdis prisonniers et conte d'Armaignac, contre les deffenses du sieur de l'Isle Adam, et aussi contre le gré et volenté des gens d'armes estans à Paris, rompirent les prisons du Palais, de Ghastellet, du Temple, de Saint Martin, de Saint Magloire, de Saint Eloy et toutes les autres prisons de Paris, et tuèrent touz les prisonniers estans en y celles prisons, exeptez aucuns en petit nombre qui eschaperent d'aventure. Et, entre les autres, furent tuez et mis à mort ledit conte d'Armaignac, le conte de Grantpré^ messire
1. Ferry de Grandpré, second fils de Jean III et frère d'Edouard, comte de Grandpré, seigneur de Verpel, Voue et Quatre-Champs, avait assisté à la bataille d'Azincourt.
Henry Le Corgne, dit de Marie, nagaires chancelier de France, Fevesque de Constances, filz dudit de Marie S Tevesque de Senliz^, Raymonnet de Guerre et autres capitaines, chevaliers, nobles et soldoiers dudit d'Armaignac, et pluiseurs autres jusques au nombre de viij*" personnes^ et au dessus, comme on disoit ; lesquelz lendemain furent portez à chartées et enterrez es cimitieres des églises de Paris. Et les corps dudit conte d'Armaignac, dudit de Marie et de Remonnet furent par l'ordonnance d'aucuns du Conseil du Roy séquestrez et mis en terre prophane es champs de la Cousture Saint Martin dedens Paris*, si comme on disoit ^ .
Conseil, XIV (X*a 1480), fol. 139.
1. Jean de Marie, évêque de Coutances, « avoit foison d'or sur lui, lequel il oÉProit, cuidant pour ce eschapper, mais rien n'y vallut et perdit sa vie et son or » (Juvénal des Ursins, p. 541).
2. Jean d'Achery, docteur en théologie, chanoine de Noyon, nommé évêque de Senlis le 10 mai 1415, se trouvait incarcéré au Petit-Châtelet. D'après Juvénal des Ursins (p. 542), il fut attaché par les pieds à une corde et traîné de la sorte par les rues jusqu'en dehors des portes.
3. Au témoignage de Juvénal des Ursins (p. 541) et de Monstrelet (t. III, p. 270), le nombre des victimes s'éleva de 1,600 à 2,000.
4. D'après la Chronique de Jean Raoulet (éd. Vallet de Viriville, t. III [de la Chronique de Jean Chartier], p. 163), le connétable d'Armagnac et le chancelier de Marie furent enterrés au Marché aux pourceaux ; suivant le récit de Monstrelet (t. III, p. 271), ils furent, durant trois jours, traînés dans les rues par les « mauvais enfans de Paris, et en cest estât mis sur une cloye à ung cheval dehors Paris, et enterrez en une fosse nommée la Louviere » (également au Marché aux pourceaux).