Suivent les noms de trente-trois conseillers
devers le Roy, monseigneur le Dauphin et les gens de leur Grant Conseil l'accord et apaisement des divisions estans entre les subgez de ce royaume ; et que à poursuir et conseillier ceste chose on devoit appeller des gens du Grant Conseil du Roy, de Parlement, de l'Université, de l'Eglise de Paris, le prevost des marchans et autres de la ville de Paris, preudommes, non trop affectez ou parcialz, en souffisant nombre bien modéré, afin que, par assemblée de gens en nombre immodéré, inconvénient ne puist ensuir.
Mecredi, v® jour de janvier.
Ce jour, vindrent en la Chambre de Parlement messeigneurs le Chancelier de France, les evesques de Laon, de Lisieux, de Paris, de Clermont, maistre R. Le Maczon, chancelier de monseigneur le Dauphin, messire Jehan Jouvenel, avec pluiseurs autres des iij Chambres dudit Parlement, assemblez pour conférer ensemble sur la matière qui, le jour précèdent, avoit esté mise en deliberacion en ladicte Chambre de Parlement, c'est assavoir, sur la matière de l'apaisement des guerres et divisions estans en ce royaume, et, finablement, après aucunes discussions en ladicte matière, les dessusdis, chanceliers, prelas et gens du Grant Conseil du Roy se offrirent d'eulz employer et entendre en ceste besoingne par bonne manière, ainsi qu'il sera expédient, et à faire exposer et conseillier ceste chose en la présence du Roy et de monseigneur le Dauphin pour prendre sur ce conclusions et provisions convenables, telles qu'il appartendra.
Conseil, XIV (Xi» 1480), fol. 114 v«.
54 JOURNAL [i418]
Samedi, xv® jour de janvier.
Ce jour, maistre Robert Maugier, premier président, en la présence des dessusdiz et les autres presidens et conseilliers de la Chambre des Enquestes, assemblez en la Chambre de Parlement, exposa, en effect, comment pluiseurs du Grant Conseil du Roy et autres, c'est assavoir, messeigneurs Tarchevesque de Reims, les evesques de Paris, de Clermont, maistre Robert Le Maczon, chancelier de monseigneur le Dauphin, ledit Maugier, maistres Sy. de Nanterre, G. Le Clerc, le sire de Grolée, maistre Gerart Machet, J. de Doulzmesnil, le prevost des marchans, Estienne de Bonpuis^ et autres avoient esté assemblez par pluiseurs journées pour adviser manière de procéder en la matière qui avoit esté ventilée en ladicte Chambre de Parlement le iiij® et v® jours de ce mois, c'est assavoir, sur l'apaisement des divisions et guerres estans en ce royaume ; lesquelz conseilliers dessusdis avoient fait debatre et discuter la matière dessusdicte ad utramque 'partent par vj des dessusdictes personnes, à chascune partie separeement assemblez; et que, après
1. Etienne de Bonpuits, riche marchand pelletier, échevin de Paris depuis le 10 octobre 1415, fut, d'après le Journal d'un bourgeois de Paris (p. 79), nommé prévôt des marchands au début de septembre 1417, mais seulement pour cinq jours. Après avoir figuré parmi les négociateurs envoyés auprès de Jean-sans-Peur en avril 1418, il prit la fuite dès l'entrée des Bourguignons et fut remplacé comme échevin le 10 juin (cf. Journal d'un bourgeois de Paris, p. 63, n. 2). A la marge du registre se trouvent les rubriques suivantes : Alia diligentia Curie super unione et pace. Relatio super diligentiam factam circa unionem regnicolarum.
[14i8] DE CLÉMENT DE FAUQUEMBERGUE. 55
ycelle argumentacion et discussion recitée et raportée par l'un d'eulz de chascune partie par devant eulz tous assemblez, avoient yceulz conseilliers et autres dessusdiz, après pluiseurs grans consultations et discussions ainsi faictes librement à très grant et meure deliberacion, advisé certaines bonnes manières à Fonneur et bien de ce royaume pour procéder sur le fait de ladicte besoingne, lesquelles manières et advis ne furent aucunement déclarées par ledit président. Conseil, XIV (X*» 1480), fol. 115 vo.
Mecredi, xix® jour de janvier.
Ce jour, vindrent en la Chambre de Parlement les evesques de Laon, de Clermont, messire Jehan Louvet, président de Provence, maistre Raymon Raguier*, J. Coingnet, Hemonnet Raguier, maistre Macé Héron et autres commissaires sur le fait des finances de ce royaume, pour oir certaine requeste que les conseilliers de la Court entendoient à faire pour avoir paiement de leurs gaiges et arrérages dMceulz qui leur estoient deubz de iij ou de iiij moys passez, et aussi pour avoir assignacion du paiement de leurs gaiges pour le temps avenir. Et, assez tost après ce que lesdis commissaires orent parlé ensemble à part, ilz ordonnèrent et promisdrent aux conseilliers de ladicte Court que dedens viij jours prochain venans ilz leur feroient délivrer la somme de trois mil frans pour
1. Raymond Raguier, d'abord maître de la Chambre aux deniers, devint trésorier des guerres. Hémon Raguier et Macé Héron occupaient le même poste en 1418; Jean Coignet, maître des Comptes, était commissaire général des finances, ainsi que R. Raguier.
emploier et convertir ou paiement de ce qui leur estoit deu de leurs gaiges dessusdis, et au seurplus se offrirent lesdis commissaires à pourveoir et faire selon l'oportunité le miex qu'ilz pourroient.
Jeudi, XX® jour de janvier.
Avant les plaidoieries, maistres Adam de Baudriboz, président en la Chambre des Enquestes, et Q. Massue vindrent en la Chambre de Parlement, de par les conseilliers de ladicte Chambre des Enquestes, pour parler de la matière qui, par avant, avoit esté ventilée en ladicte Chambre de Parlement, c'est assavoir, de l'apaisement des divisions et guerres estans en ce royaume, etc., ausquelz fu briefment, en effect, recité et répété par maistre R. Maugier, président, ce que par lui avoit esté dit et exposé en ladicte Chambre le XV® jour de ce moys, et assez tost après on appella advocas pour oir les plaidoieries.
Vendredi, xxj® jour de janvier.
Ce jour, monseigneur le Chancelier fist dire à la Court par maistre Jehan de La Marche que, en son absence, on procedast à l'élection de Toffice que tenoit nagaires maistre Jehan Tarenne ^ .
Conseil, XIV (X*» 1480), fol. 115 vo, 116.
1. Jean Tarenne était conseiller en la Chambre des Enquêtes depuis le 14 mars 1408; il avait été nommé sur lettres du Roi, avec l'appui de la Reine et du roi de Sicile ; privé de son office de conseiller et frappé d'exil par les commissaires institués au fait des rébellions, il fut réintégré, le 13 avril 1412, en vertu de lettres de Charles VI (cf. Journal de Nicolas de Baye^ t. I, p. 224; t. II, p. 60, 61).
Vendredi, xj® jour de février.
Ce jour, vindrent en la Chambre de Parlement maistre Phelippe de Corbie, conseillier et maistre des Requestes de FOstel du Roy, et Estienne de Bonpuis, eschevin de Paris, de par les prevost des marchans et esche vins de la ville de Paris, requerans que la Court voulsist aidier et contribuer, avec les habitans de ladicte Ville, à faire et paier certain nombre de gens d'armes que le Roy avoit mandé aler par devers lui à Creeilg^. Sur quoy furent assemblez et appeliez lez conseilliers des iij Chambres de Parlement pour en faire response, et, fînablement, députèrent maistres Jehan Mauloué et Ja. du Gard, conseilliers du Roy, pour aler par devers lesdis prevost et eschevins faire response sur ce que dit est et offrir pour une fois certaine somme d'argent, selon l'advis et deliberacion de ladicte Court.
Mecredi, xvj® jour de février.
Ce jour, furent présentées en la Chambre de Parlement lettres closes du Chancelier et gens du Grant Conseil du Roy, estans à Creeilg, adreçans à la Court, afin d'avoir par ycelle Court lettres pareilles à autres lettres patentes, passées oudit Grant Conseil, sur le fait touchant Testât, garde et gouvernement de la cité de Carcassonne^, et sur le fait de certaines rebellions
1. D'après la Chronique de Monstrelet (t. III, p. 244), ce fut « environ la Chandeleur » (2 février 1418) que Charles VI, « accompagné du comte d'Armaignac, son connestable, et de grant nombre de gens d'armes, de Paris vint à Creil, où il fut par plusieurs jours. » Le Roi y séjourna tant que dura le siège de Senlis.
2. Carcassonne s'était, ainsi que Toulouse et Béziers, déclaré
et désobéissances faictes par aucuns de ladicte cité au seneschal, duquel ilz avoient appelle, si comme on disoit, dont informacion avoit esté faicte par ledit seneschal de Carcassonne et envoyée aux gens du Conseil du Roy et présentée par Fouquet Merle, soy disant lieutenant du connestable de ladicte cité de Carcassonne. Lesquelles lettres et inforraacions veues, la Court ordonna certaines lettres estre faictes consonans ausdictes lettres royaux passées oudit Grant Conseil, et furent commandées à faire et enregistrer par le greffier criminel, quia materia criminalis.
Conseil, XIV (X** 1480), fol. 117 v°.
Mardi, xxij® jour de février et les jours ensuivans, jusques au mardi viij® jour de mars, n'a eu aucunes plaidoieries, pour ce que, par pluiseurs d'iceulz jours, les prelas et gens du Grant Conseil du Roy ont esté assemblez et tenu le Conseil en la Chambre de Parlement.
Matinées, X (Xia4792), fol. 31.
Vendredi, xxv® jour de février.
Ce jour, vindrent et furent au Conseil, assemblez en la Chambre de Parlement, les archevesque de
pour le parti du duc de Bourgogne, et la reine Isabeau, par lettres du 13 novembre 1417, avait nommé Charles de Clermont, chambellan de ce prince, sénéchal de Carcassonne au lieu et place du seigneur de Négrepelisse, attaché au comte d'Armagnac ; mais ce ne fut que le 19 mai qu'il fut installé par les commissaires bourguignons, délégués le 30 janvier précédent, pour prendre possession du Languedoc; ces quatre commissaires ne purent entrer dans la Cité, dont les défenseurs gardèrent une stricte neutralité. Quant aux lettres dont il est question, elles ne se trouvent point au Criminel.
Sens, les evesques de Laon, de Lizieux, Evreux, Alby, Coustances, les abbés de Saint Denis, de Saint Cornille, les chanceliers de monseigneur le Dauphin et d'Orliens, messire Jehan Jouvenel, maistres G. Le Clerc, J. Tarenne, maistres des Comptes, maistre Benoit Gencian, J. de Doulzmesnil, J. Tudert, doyen de Paris, J. du Molin, officiai de Tevesque de Paris, J. de Monstereul et G. Col, secrétaires; et audit Conseil furent appeliez les conseilliers de toutes les iij Chambres dudit Parlement.
Et yceulz presens, fu mis en conseil et deliberacion par maistre Robert Le Maczon, chancelier dudit monseigneur le Dauphin, comment et par quelle manière on devoit procéder contre pluiseurs de ce royaume et autres qui s'efforçoient par voies exquises, directement ou indirectement, empeschier Teffect et exécution de certaines ordonnances ou constitucions faictes par le Roy en son Grant Conseil, soubz umbre de ce qu'ilz se disoient avoir appelle à Court de Rome des prelas et conseilliers du Roy qui avoient esté presens à conseillier lesdictes ordonnances royaux, et par lesquelz conseilliers ycelles ordonnances dévoient estre mises à exécution ; par vertu desquelles frivoles et non recevables appellacions ilz s'efforçoient de rendre inutiles et sans effect lesdictes ordonnances et de mettre en court d'Eglise la congnoissance desdictes ordonnances royaux et de l'efFect d'icelles, et de mettre la congnoissance de ceste matière ou ressort de la jurisdictionespirituelle et ecclésiastique, ou préjudice du Roy, de sa segnorie qu'il tient de Dieu seul, sans recongnoistre souverain, et en la très grant diminucion de ses drois royaux, prééminences et preroga-
tives, comme plus plainement fu dit et exposé par ledit Chancelier en termes assez generaulz, sans déclarer expressément autrement aucuns cas particuliers. Et, finablement, après pluiseurs discussions à grant et longue deliberacion, fut conclud que, contre telz transgresseurs, appellans ou contradicteurs, pertinax d'icelles ordonnances royaulz, on devoit procéder et les punir comme crimineulz de lèse magesté. Et fu ordonné que, pour obvier et remédier à ce que dit est, seroient faictes lettres adreçans à tous juges pour punir les dessusdis appellans, transgresseurs ou contradicteurs, selon la teneur desdictes lettres, qui furent commandées audit maistre Gontier Col in absencia grapharii criminalis * .
Conseil, XIV (X*a 1480), fol. 119.
Samedi, xxw'f jour de février.
Monseigneur le Dauphin tint le Conseil en la Chambre de Parlement, ouquel furent presens les prelas et conseilliers qui avoient, le jour précèdent, esté assemblez en ladicte Chambre ou Conseil avec les presidens et conseilliers des trois Chambres de Parlement, et, yceulz ainsi assemblez en la présence de mondit seigneur le Dauphin, seurvindrent les recteur et députés de l'Université de Paris pour faire certaines requestes et pour oïr ce que mondit seigneur le Dauphin leur vouloit dire.
Et, premièrement, leur fist dire par la bouche de maistre Robert Maugier, premier président, et exposer en effect comment le Roy et ses devanciers
1. Cet extrait a été reproduit dans les Preuves des libériez de l'Eglise gallicane y t. I, p. 197.
de tout temps avoient désiré la paix et union de l'Eglise et que, pour parvenir à ce, le Roy avoit fait pluiseurs mises en ambassades et autrement ; en outre, recita ledit président comment pluiseurs divisions et dommages estoient avenuz en l'Eglise, parce que aucuns s' estoient trop legierement déterminez à l'obéissance d'aucuns qui se disoient avoir esté esleuz en Pape, et que le Roy avoit entencion, oye la relacion et rapport de ses ambassadeurs qu'il avoit envoyez à Constances par l'advis et deliberacion des gens de son Conseil, de prendre une bonne conclusion, bien délibérée, sur le fait de l'obéissance et élection du pape Martin^, si comme par avant il avoit fait assavoir ausdis de l'Université de Paris, et pour ce leur avoient esté faictes deffenses de par monseigneur le Dauphin, lieutenant pour le Roy, que intérim sur ce ilz ne feissent aucune assemblée, conclusion ou determinacion. Et, neantmoins, lesdictes deffenses non obstans, ilz avoient fait aucunes assemblées pour traictier de ladicte élection ou obéissance, en la desplaisance du Roy et de monseigneur le Dauphin ; pourquoy ledit président, de par mondit seigneur le Dauphin, lieutenant pour le Roy, leur fist iterato lesdictes deffenses sub comminacione gravioris pêne, comme plus à plain fu dist par ledit président, lequel fu incontinent advoé par ledit Dauphin, qui, en très belles et briefves paroles, recita en
1. Eudes Colonna, cardinal du titre de Saint-Georges au VélabrCy fut élu pape par le concile de Constance et prit le nom de Martin V, le 11 novembre 1417, après l'abdication volontaire de Grégoire XII et la déposition de Jean XXIII (cf. Chronique du Religieux de Saint-Denis ^ t. VI, p. 175).
effect ce que dit est et raffreschi Jesdictes deffenses itératives comme dessus.
Et ce fait, maistre Raoul de la Porte ^ docteur régent en la Faculté de théologie, de par l'Université de Paris, en la présence du recteur et autres députez, après regraciacions et excusacions, fist certaines requestes à mondit seigneur le Dauphin ou regard des privilèges de ladicte Université, qu'il disoit avoir esté enfrains ou empeschiez, requérant Tempeschement estre osté, et aussi ou regard de la collacion ou disposicion des bénéfices de l'Eglise qui estoient deubz aux clers, laquelle collacion ou disposicion les prelas de ce royaume vouloient à eulz atraire à leur plaine et franche disposicion, par quoy les clers et estudians es universités seroient despourveuz de bénéfices et de toutes promocions en Testât de l'Eglise, et par ce seroient les estudes et universités désertez et désolées; requérant ledit proposant, entre autres choses, après pluiseurs paroles, qu'il pleust à mondit seigneur le Dauphin, lieutenant pour le Roy, sur ce pourveoir et souffrir la collacion et disposicion demourer en l'ordonnance du Pape, comme par avant avoit esté en la disposicion de ses prédécesseurs papes de Romme, etc., en concluant les paroles de l'évangile du jour : Pater, da porcionem substancie que me contin-
1. Raoul de la Porte, docteur de la maison de Sorbonne, que l'on trouve plusieurs fois pourvu des fonctions de procureur de la nation de France, brigua et obtint la charge de grand maître du collège de Navarre ; il l'était en 1418, lors de l'invasion et du pillage de cette maison par les Parisiens révoltés. Raoul de la Porte est mentionné dans les lettres de Nicolas de Clémangis (cf. Du Boys, Historia Universitatis Parisiensis^ t. V, p. 915).
git^, etc. Et ne se arresta mie à tant ledit proposant, mais dist oultre que lesdis prelas qui là estoient presens, et autres preias de ce royaume, s'estoient efforciez et efforçoient de atraire à eulz la collacion et disposicion desdis bénéfices, et que, pour ce, l'Université de Paris avoit autresfois appelle d'eulx, et que encores de nouvel, en adhèrent à la proposicion autresfois faicte, elle appelloit et leur insinuoit, en tant que mestier estoit, ladicte appellacion selon la teneur d'un instrument ou cedule qu'il monstra et exhiba en la présence de monseigneur le Dauphin, desdis prelas, presidens et conseilliers.
Et promptement après ladicte appellacion et insinuacion, maistre Guillaume Le Tur, advocat du Roy, par l'ordonnance et licence de monseigneur le Dauphin et desdis conseilliers, proposa contre ledit maistre Raoul de la Porte et contre tous ses adherens qui le vouldroient advoer, et disoit en effect, entre autres choses, que le Roy est empereur en son royaume, qu'il tient de Dieu seul, sans recongnoistre souverain seigneur terrien, et a acoustumé, comme lui est loisible pour régir et gouverner sondit royaume, ses subgiez, en bonne paix, police et obéissance, de faire lois, status, ordonnances et constitucions, desquelles il n'est loisible à aucun de ses subgiez ou autres, appeller, neycelles ordonnances debatre ou contredire, directement ou indirectement, par voies obHques ou autrement; mais commettent crime de lèse majesté les subgiez qui appellent desdictes ordon-
1. Ce texte est tiré de l'Évangile de saint Luc, ch. xv, verset 12.
nances, ou qui ycelles debatent ou contredient directe vel indirecte; disoit oultre que le Roy, pour la nécessité, évident prouffit et utilité de l'Eglise de son royaume et Dauphiné de Viennois, par l'advis et deliberacion des segneurs de son sang, des prelas, clergié et universités de son royaume et des gens de son Conseil, avoit fait certaines ordonnances et constitucions touchans les libertés de l'Eglise de sondit royaume et Dauphiné, desquelles il recitoit le contenu, et disoit que lesdis de la Porte et ses adherens ou complices, veullans appeller desdictes constitucions et ordonnances, ou au moins debatre, contredire et empeschier l'efFect et l'execucion d'icelles ordonnances, avoient interjecté certaines appellacions et avoient appelle desdis prelas à Court de Romme et desdis conseilliers, et ycelle appellacion avoient insinué en ladicte Chambre de Parlement en la présence de mondit seigneur le Dauphin et conseilliers dessusdis, en commettant par lesdis appellans crime de lèse majesté, et autrement délinquant ou préjudice et diminucion des drois, prééminences, prérogatives et noblesses de la couronne de France, et disoit que par ce ilz avoient, en efFect, appelle du Roy et de ses constitucions ou ordonnances; la congnoissance de laquelle appellacion ilz s'efïorçoient de mettre et attribuer à la jurisdiction et court espirituelle, et de mettre la jurisdiction et temporele puissance et auctorité du Roy ou ressort de la jurisdiction ecclésiastique et espirituele. Par ce que dit est, et par autres raisons, disoit que le fait et les appellacions desdis de la Porte et ses complices ou adherens estoient iniques, dampnables, injurieux, oflfensans de la majesté royal, non rece-
vables et eraendables, et dit que, en leur fait, est simulata equitas et obediencia, que censetur iniquitas et inobedieneia duplex y comme seroit se aucun vouloit indirectement appeller du Roy ou des arrests de son Parlement, et il se disoit appeller du premier président ou des conseilliers dudit Parlement qui auroient conseillié les arrests, tel appellant seroit griefment à punir comme désobéissant au Roy et comme crimineux de lèse majesté, par ce qui avoit esté délibéré le jour précèdent ou conseil tenu en ladicte Chambre de Parlement. Si conclut que ledit instrument appellatoire et tous autres semblables soient deschirez et rompuz, et soit defFendu aux notaires qui ont receuz ou fais lesdis instrumens qu'ilz n'en facent désormais nulz semblables, et que, s'ilz en ont aucuns autres semblables par devers eulz, qu'ilz les apportent par devers la Court, et que ledit de la Porte et ceulz qui Tadvoeront soient condempnez à faire amende au Roy, à monseigneur le Dauphin, à la Court et ausdis conseilliers en jugement, et autrement soient puniz ainsi qu'il appartendra par raison.
Et après ce, combien que ledit de la Porte eust dist que ce n'estoit pas son intencion ne de l'Université de Paris d'appeller directe vel indirecte des ordonnances royaux, neantmoins monseigneur le Dauphin, oye la dehberacion et advis des prelas et conseilliers, fîst arrester et dénoncer prisonnier dedens le clos du Palais le recteur de l'Université^, pour ce qu'il avoit, comme
1. Pierre Forget, bachelier en théologie, originaire du Mans,
avait été appelé au poste de recteur le 16 décembre 1417. Son
arrestation est mentionnée par le Journal d'un bourgeois de
Paris (p. 85) pour tout autre motif : il aurait, paraît-il, dit au
recteur, advoé ledit de la Porte, et avec ce fist arrester et emprisonner en la Conciergerie dudit Palais ledit de la Porte et aucuns autres procureurs des nacions et députés de ladicte Université ^ qui acompaignoient le recteur, et furent emprisonnez pour ce qu'ilz avoient advoé ledit de la Porte; et pluiseurs autres de l'Université s'en alerent et départirent sans advoer ledit proposant de la Porte, et laissèrent ledit recteur au Palais, qui s'en ala tenir prison en Tostel maistre Pierre Dyjerre^, chanoine du Palais et curé de Saint Andry des Ars, et y demoura prisonnier tout le jour, jusques à lendemain, qu'il fu eslargi^.
Conseil, XIV (X*» 1480), fol. 119, 120.
Lundi, dernier jour de février.
Ce jour, vindrent en la Chambre de Parlement plui-
Conseil « que lui sembloit bon que l'on feist solempnité du Saint Père, » — « pourtant fut mis en prison, et x ou xij maistres avecques lui. »
1. Voici les noms des maîtres de l'Université qui accompagnaient le recteur Forget : Benoît Gentien, Jean de Châtillon, W. Berrey, conservateur des privilèges, Nicolas de Gondrecourt, Guillaume du Val, Nicolas de Bray, Jean du Molin, Hervé Pochart, Renaud Legras, Pierre d'Assencières, Pierre de Creil.
2. Pierre d'Yerres, que nous trouvons en 1410 grand maître du collège de Navarre, donna sa démission l'année suivante, lorsqu'il obtint la cure de Saint-André-des-Arts ; il devint doyen de la Faculté de théologie et exerça les fonctions de chancelier depuis 1427, pendant l'absence de Jean Gerson ; il décéda en 1430.
3. L'extrait du 26 février a été imprimé dans Du Boulay, Historia Universitatis Parisiensis, t. V, p. 309; dans les Preuves des libériez de t Eglise gallicanej t. I, p. 124, 125, et dans H. Denifle, Chartularium Universitatis Parisiensisj t. IV, p. 336.
seurs prelas et autres du Grant Conseil du Roy, en la présence desquelz maistre R. Le Maczon, chancelier de monseigneur le Dauphin, exposa comment mondit seigneur le Dauphin avoit reçeu lettres du Roy escriptes ce mois à Creilg, par lesquelles en efFect le Roy luy mandoit qu'il feist assembler les prelas, les gens de son Grant Conseil, les gens tenans son Parlement à Paris et aucuns clers de l'Université de Paris, en bon nombre, pour ad viser et conseillier le Roy comment et par quelle manière il devoit procéder à faire au Pape Martin que on disoit esleu ou Consil gênerai lors assemblé à Constances. Et disoit ledit chancelier que monseigneur le Dauphin avoit ordonné et commis maistre Guillaume Le Tur, advocat du Roy, pour arguer et ouvrir ladicte matière, ad unam partem, et maistre Jehan du Molin, officiai de Paris, ad aliam partem. Mais, ce jour, ne fu aucunement procédé oultre en ladicte besoingne, pour ce que ceulz qui avoient esté appeliez attendirent et demourerent trop tard à venir, et fu la chose continuée à lendemain et jours ensuivans. Et, après ce, aucuns de l'Université, qui estoient presens oudit Conseil, firent une requeste ausdis conseilliers en faveur desdis de la Porte et autres de l'Université, arrestez, le jour précèdent, prisonniers en la Conciergerie du Palais du commandement de monseigneur le Dauphin, afin que on voulsist avoir lesdiz prisonniers pour recommendez et les faire traictier gracieusement et leur laissier administrer leurs nécessités. Laquelle requeste leur fu entérinée et octroyée. conseil, XIV (X*» 1480), fol. 120 y\
Mardi, premier jour de mars. Ce jour, furent assemblez au Conseil en la Chambre
de Parlement, avec les dessusdis presidens et conseilliers, les archevesques de Reins, de Sens, les evesques de Laon, Lisieux, Evreux, le chancelier du Dauphin, d'Orliens, et J. Jouvenel*, l'abbé de Saint Denis, les abbés de Saint Gornille de Gompiegne, de Saint Père en Valée et de Saint Grespin, appeliez et presens les presidens et conseilliers des trois Ghambres de Parlement, et aucuns docteurs et maistres de l'Université de Paris, c'est assavoir : maistre P. Dyerre, maistres B. Gencian, J. de Ghastillon, N. Barré, conservateur des privilèges de ladicte Université, N. de Gondrecourt, G. du Val, N. de Bray, J. du Mohn, H. Pochart, R. Le Gras, P. de Ascenseriis, assemblez par l'ordonnance du Roy et de monseigneur le Dauphin pour procéder et entendre en la besoingne et matière touchant Testât du Pape et de l'EgHse, selon ce qui avoit esté dit et advisé le jour précèdent ou Gonseil tenu en ladicte Ghambre de Parlement. Et lors, maistre Jehan du MoHn, officiai de Paris, par l'ordonnance de monseigneur le Dauphin et du Gonseil, proposa en recitant pluiseurs fais et raisons pour monstrer qu'il estoit expédient et nécessaire au Roy, pour la conservation de son royaume et de l'Eglise de France, de faire observer et exécuter perpetuo ses ordonnances et arrestz autresfoiz faictes ou regard de la réduction de l'Eglise de France et Dalphiné de Viennois à ses anciennes libertés et franchises, et de maintenir ycelle Église en ses dictes anciennes libertés et franchises, et faire cesser toutes exactions de finances, selon la teneur desdiz arrests et ordonnances. Et après, au contraire, maistre Guillaume Le Tur, advo-