Anne de Bourgogne épousa Jean, duc de Bedford, à
d’une part, et de nostre très chier et très amé frere, Artus, duc de Touraine, conte de Montfort et d’Ivry, et de nostre très chere et très amée seur et cousine, Marguerite de Bourgongne!, d’autre part; et pour le bien general de monseigneur le Roy et de ses royaumes de France et d'Angleterre, de nous et de noz seigneuries, terres, pays et subgiez, nous, et ung chascun de nous, jurons et promettons estre et demourer, tant comme nous vivrons, en bonne et vraye amour, fraternité et union les uns avecques les autres, et nous aimerons, cherirons et entretendrons comme freres, parens et bons amis, garderons et defenderons l'onneur l'un de l’autre, tant en couvert comme en appert, sans faintise ou dissimulacion quelzconques, advertirons l’un l’autre de tout ce que saurons ou entendrons estre au prouffit, dommage, honneur ou deshonneur l’un de l’autre et de nos seignouries, terres, pays et subgiez. Et se aucun ou aucuns nous faisoient rappors sinistres lun de l’autre, ne y adjousterons aucune foy, mais retendrons seurement par devers nous, chascun en droit soy, ceulx qui telz rappors auroient faiz, el par bonne amour et vraye charité le ferons incontinent savoir à cellui duquel on nous auroit fait tel rapport, pour en faire ainsi qu'il appartendroit par raison. — Item, et se nous, ou aucun de nous, avons à faire et besongner pour nostre honneur, ou noz pays, terres et seignouries garder et defendre à l’encontre d’aucuns autres, qui grever ou dommagier nous voulsissent,
Troyes, le 14 juin 1423, et mourut à Paris le 13 novembre
1. Le mariage de Marguerite de Bourgogne, veuve du duc de Guyenne, avec Arthur de Richemont, frère de Jean V, duc de Bretagne, fut célébré le 10 octobre 1423.
nous, et chacun de nous, serons tenus de aïdier et servir cellui d'entre nous qui à besongner en aura, se requis en sommes, de cinq cens hommes d’armes ou gens de trait à l’avenant, lequel que mieulx plaira à cellui qui en aura à besongner ; et sera tenus cellui qui sera requis de soudoyer ses gens à ses despens pour le premier mois; et pour le seurplus du temps qu'ilz serviront, le requerant sera tenus de les soudoyer à ses despens. Et se plus grant puissance aucun de nous veult avoir, cellui qui en sera requis sera tenus de en aidier aux despens du requerant, le plus avant que bonnement pourra, ses pays raisonnablement fourniz. — Item, que de toute nostre puissance et par toutes les meilleures voyes et manieres que nous saurons adviser pour le relievement du povre peuple de ce royaume, qui tant a souffert et seuffre de misere et povreté, nous nous emploierons à bouter la guerre hors d’icellui royaume et le mettre en paix et transquillité, afin que Dieu y soit servy et honnoré, et que marchandise et labourage y puissent avoir cours. — Toutes lesquelles choses nous et chascun de nous promettons loyalment et en parole de prince faire, tenir et acomplir tant comme nous vivrons, par la maniere dessusdicte, sans jamais faire ne venir au contraire en quelque maniere que ce soit, soubz l’obligacion de tous nos biens meubles et non meubles, presens et à venir. En tesmoing de ce, nous avons fait mettre noz seaulx à ces presentes et les avons signées de nos propres mains et soubscript nos propres noms. Donné à Amiens, le xvij° jour d'avril, l’an de grace mil quatre cens et vingt trois. Ainsi signé, est assavoir : de la partie dudit monseigneur le regent : Jehan; par
ledit monseigneur de Bourgongne : Phelippe; par ledit monseigneur de Bretaigne : Jehan; lesquelz signets estoient mis au dessoubz de ladicte escripture. Et soubz le ploy desdictes lettres estoit escript : par monseigneur le regent le royaume de France, duc de Bedford, J. de Rinel; par monseigneur le duc de Bourgongne, G. Menart; par monseigneur le duc de Bretaigne, J. Le Brun. Et estoient lesdis vidimus seellez, comme dit est.
Conseil, XIV (X!*1480), fol. 273 r°.
Mardi, xj° jour de may, avant les plaidoiries, furent au Conseil m° J. Aguenin, m° Sy. de Champluisant, presidens, et les autres conseilliers de ceans, sur la requeste baillée par escript de la partie des sergens à pié et à cheval du Chastellet de Paris à l'encontre de messire Symon Morhier, prevost de Paris, requerans yceulz sergens la provision de la Court sur ce qu’ilz disoient que ledit prevost vouloit, soubz umbre de ce qu'ilz ont renouvellé leurs seremens, exigier d’eulz certains drois ou chappons dont mencion est faicte cy dessus, ou registre du xij° jour de fevrier derrain passé. Oy sur ce ledit prevost, la Court a defendu à ycellui prevost que, pour occasion du renouvellement dudit serement, il n’exige les chappons ou drois par lui maintenus desdis sergens; et lui a enjoint la Court qu'il les reçoive et institue, sans demander ne prendre par ledit prevost aucune chose à cause de l’institucion
1. Le texte du traité d'alliance conclu à Amiens entre les ducs de Bedford et de Bretagne se trouve reproduit dans Rymer, Fœdera, t. IV, p. 9, et dans Monstrelet (éd. Douët d'Arcq, t. IV, p. 147).
Il 1
desdis sergens, qui par avant avoient esté receuz et instituez en leursdis offices, quousque, etc.
Conseil, XIV (X1* 1480), fol. 274 r°.
Jeudi, xx° jour de ce mois, cesserent les plaidoiries à ix heures, pour ce que le Chancelier, les evesques de Paris, de Theroenne et de Beauvais, et autres survindrent en la Chambre de Parlement pour conseillier certain arrest, ut in registro de L’'Espine.
Conseil, XIV (X'* 1480), fol. 274 v°.
Samedi, xxij° jour de may, les presidens et conseilliers lays de ceans alerent ou Chastellet pour entendre à l’expedicion et delivrance des causes et procès des prisonniers, ainsi que est acoustumé d’estre fait, chascun an, en la veille de Penthecouste. Sequentibus diebus usque ad jovis xxvj hujus mensis, vacavit Curia ob festum Penthecostes.
Conseil, XIV (X*2 1480), fol. 275 r°.
Jeudi, xxvj° jour de may.
Ce jour, l’evesque de Beauvais apporta lettres en la Court faisans mencion comment, mardi, xxv° jour de ce mois, le conte de Salsbury!, le seigneur de l’Isle-Adam et autres François et Anglois de sa compagnie avoient, par assault et force d’armes, recouvré la ville de Pont-sur-Seyne?. Et, pour ceste cause et
1. Thomas de Montagu, comte de Salisbury, tué au siège d'Orléans le 3 novembre 1428.
2. Voici en quels termes Monstrelet (éd. Douët d'Arcq, t. IV, p. 151) rapporte cet événement. Le duc de Bourgogne, se dirigeant sur Paris après le mariage de sa sœur Anne avec
occasion, furent ordonnées processions generales estre lendemain faictes de l’eglise de Paris à l’eglise Sainte-Katherine-du-Val-des-Escoliers.
Vendredi, xxvij° jour de may.
Ce jour, la Court se leva, environ viij heures, pour aler es processions generales de l’eglise de Paris à l’eghse Sainte-Katherine-du-Val-des-Escoliers.
Conseil, XIV (X!* 1480), fol. 275 r°.
Samedi, xxix° jour de may.
Ce jour, maistre Jaques Branlart, president en la Chambre des Enquestes, fist en la Chambre de Parlement, presens Îles presidens et conseilliers des deux Chambres dudit Parlement, une requeste à l’encontre de maistre Guillaume de Gy, conseillier du Roy, sur ce que ledit Branlart disoit que ledit de Gy avoit esté du nombre des conseilliers de la Chambre des Enquestes, et y avoit deservy les gaiges de son office depuis que ledit Branlart avoit esté president en ladicte Chambre des Enquestes, et, neantmoins, soubz umbre de ce que ledit de Gy estoit entré et monté en ladicte Chambre de Parlement, ou autrement, ycellui de Gy s’estoit assis et s’efforçoit de seoir au dessus d’icellui Branlart en ladicte Chambre de Parlement, quant il y venoit en la pronunciation des arrests, aut aliàs, et pour ce requeroit ledit maistre Jaques qu’il pleust à la Court de ordonner de son siege et de son lieu, secundum
le duc de Bedford, « assiega puissamment la ville de Pons sur Seine, laquelle en brief fut par force d’assault prinse des Anglois, et la plus grande partie des François, qui dedans estoient, furent mis à mort cruelle. »
100 JOURNAL [1423] decentiam officit, ainsi qu’il appartient; ledit de Gy disant, entre autres choses, qu'il n’avoit mie longuement demouré en ladicte Chambre des Enquestes depuis que ledit Branlart y avoit esté president, mais, assez tost après, estoit monté en la Chambre de Parlement, et pour ce disoit qu’il devoit en ycelle Chambre seoir devant et au dessus d’icellui Branlart, mesmement qu’il avoit esté conseillier du Roy oudit Parlement, dix ans ou environ avant ce que ledit Branlart eust lieu oudit Parlement‘. Finablement, yceulz oys à plain, la Court, par l’advis et deliberacion des presidens et conseilliers desdictes deux Chambres, ordonna et declaira que ledit maistre Jaques auroit lieu et siege en la Chambre de Parlement avant et par dessus ledit de Gy, qui avoit longtemps esté receu conseillier devant ledit maistre Jaques, qui avoit esté president en ladicte Chambre des Enquestes avant ce que ledit de Gy fust monté en ladicte Chambre de
Parlement.
Conseil, XIV (X‘* 1480), fol. 275 r°.
Lundi, vij° jour de juing.
Ce jour, maistre Guillaume Vignier? presenta à la Court certaines lettres patentes, données le xvij° jour
de janvier M cccc xxu1, passées par le duc de Bourgongne en son Conseil, ouquel estoient l’evesque de
1. Guillaume de Gy avait été reçu conseiller en la Chambre des Enquêtes le 1° décembre 1402, tandis que Jacques Branlard y était entré le 12 décembre 1410, en même temps que Clément de Fauquembergue.
2. Guillaume Vignier, l’un des secrétaires de Philippe le Bon.
Tournay!, le prevost de Saint-Donas?, le sire de Jonvelleë, le sire de Comminest, maistre Jaques de la Tannerie et autres, faisans mencion lesdictes lettres, entre autres, des procès et enquestes faictes sur l'innocence du sire de Robays“, de la mort de la defuncte duchesse de Bourgongnef, derrainement trespassée, et de l’ab-
1. Jean de Thoisy, qui occupa successivement les sièges épiscopaux d'Auxerre et de Tournay, ce dernier de 1414 à 1433; ce fut ce prélat qui annonça à Philippe le Bon la mort de Jean Sans-Peur. Il fut nommé chancelier de Bourgogne le 7 décembre 1419.
2. Raoul Le Maire, prévôt de l’église de Saint-Donat de Bruges, l’un des conseillers du duc de Bourgogne.
3. Jean de la Trimoille, seigneur de Jonvelle, premier chambellan du duc de Bourgogne.