Cet épisode de la mission de Jeanne d'Arc, narré par Fau
Samedi, xxj° jour de may.
Ce jour, maistre Guillaume Bouillé, du dyocese de Soissons, a esté commis à l'office de soubz maistre du college de Dormans, fondé à Paris en la rue de Clos- Brunel, par l’ordenance de maistres Jehan Aguenin, president, et G. Jaier, conseillier de ceans, commis et deputez au gouvernement dudit college, jusques à ce que autremegt y sera pourveu.
Matinées, XIV (X!* 4796), fol. 92 v°.
Le xxv° jour de ce mois de may, fu pronuncié par m° J. Aguenin, president, l’arrest d’entre maistre Jehan de la Porte, conseillier du Roy, et le procureur du Roy, adjoint avec luy, d’une part, et Guillemin Courtableau, cousturier, d’autre part, pour occasion de certaine Injurieuse requeste, non veritable, baillée par escript de par ledit Courtableau en la Court de ceans, et à aucuns du Grant Conseil du Roy pour donner charge audit de la Porte à tort et sans cause, veue la confession dudit Courtableau et ce qui faisoit à veoir et considerer :
Dit a esté que la Court a condempné et condempne
quembergue, est accompagné en marge d'un petit croquis à la plume représentant une femme de profil, tenant une épée d’une main et de l’autre une bannière avec le monogramme de Jésus; ce portrait de l’héroïne est de pure fantaisie, attendu qu'elle est représentée avec une robe et de longs cheveux ; il a été reproduit en fac-similé avec le texte du greffier dans le Musée des Archives nationales, n° 447. Le récit de Fauquembergue a été maintes fois imprimé, notamment par L'Averdy, Notices et extraits des manuscrits, t. III, p. 324, J. Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, t. IV, p. 451.
ledit Courtableau à amender ladicte offense honnourablement au procureur du Roy, pour et ou nom de ladicte Court et à la personne dudit maistre Jehan de la Porte, en disant à chascun d’eulz que, folement et comme mal advisé et mal conscillié, à tort et sans cause, il a baillié ladicte requeste, et s’en repent et leur en crie mercy, et supplie qu’ilz lui veullent pardonner. Et avec ce la Court, considerée sa povreté, le condempne à tenir prison fermée par l’espace d’un mois au pain et à l’eaue, saulve la grace et moderacion de la Court. Et après la pronunciacion de cest arrest, ledit de la Porte s’est deporté de recevoir ladicte amende, et le procureur du Roy l’a receue, en tant que à lui touche.
Mardi, dernier jour de may, ont cessé les plaidoieries à 1x heures, et se sont retraiz advocas, procureurs et parties estans esdictes plaidoieries, en la Chambre de Parlement, en laquelle s’assemblerent les presidens et conseilliers des trois Chambres dudit Parlement pour parler de la poursuite du paiement de leurs gaiges, dont leur estoient deubz arrerages de x mois ou environ, pour lesquelz n’estoit faite aucune assignation ou regard des mois de janvier, fevrier et autres ensuivans derrain passez jusques à present, et des autres par avant assignez n’estoit fait aucun paiement. Sur quoy fu conclu que m° J. Aguenin, R. de Chancey, presidens, R. Piedefer, president es Requestes du Palais, H. de Dicy, S. de Plumetot, J. Filleul, J. Coquillan, E. des Portes et J. de Voton, conseilliers de ceans, yroient devers le duc de Bedford, regent, pour lui exposer l'estat, la charge, les affaires et neccessités de la Court
et des suppostz d’icelle, et lui supplier qu’il face paier les dessus nommez de ladicte Court de leurs gaiges, car sans avoir paiement 1lz ne pourroient plus servir, et que oultre leur soit pourveu pour le temps à venir. Et après disner, en executant ladicte conclusion, alerent les dessus nommez dire, requerir et exposer ce que dit est par la bouche dudit Aguenin, president, audit regent, qui respondi en effect qu’il savoit et congnoissoit bien qu'ilz avoient moult enduré et que si avoient autres, et que briefment auroient bonnes nouvelles, et leur pourverroit et feroit pourveoir, et recongnoisteroit leur bonne pacience et feroit tant qu’ilz seroient contens.
Et le mercredi ensuivant, premier jour de juing, furent les dessusdis presidens et conseilliers de la Chambre de Parlement et des Enquestes assemblez en la Chambre de Parlement, esleurent aucuns d’eulz pour aler devers l’evesque de Theroenne, chancelier de France, dire et remonstrer ce que dit est, afin d’avoir paiement desdis gaiges du temps passé et provision pour le temps avenir.
Conseil, XV (X'* 1481), fol. 12 v°.
Lundi, vj° jour de ce mois [de juin], la femme d’un laboureur, demourant à Haultbarviller-leiz-Saint-Denis en France, enfanta une fille gemelle, ou deux filles Joingnans ensemble en ung seul ventre, ayans tous autres membres feminins entiers et formez hault et bas doubles, c’est assavoir, deux testes, üij bras avec les ribus et anterioribus membris urinalibus; dont l’une trespassa incontinent après son baptesme sur les fons
de l’eglise dudit Haubertviller, et l’autre, qui estoit ung bien pou plus grant, survesqui d’un demi quart de heure ou environ; et furent gardées deux jours sans les enterrer, pour ce que pluiseurs de la ville de Paris et environ les aloient veoir et donnoient offrandes et aumosnes à ladicte eglise et à la mere acouchée, qui avoit moult travaillié en l’enfantement desdictes filles ou fille jumelle dessusdicte, st tta appellari debeat hujusmodi partus.
Cujus similis de memoria hominum visus est in hoc regno apud locum de Castello Novo d’Arry, et illius una pars aliam supervicit per spacium octo mensium vel circiter, prout fertur!.
Ce mois, en ung des hostelz de m° J. Porcher, conseilier du Roy, nasqui ung veau ayant viij piés et une teste.
Conseil, XV (X!* 1481), fol. 13 r°.
Mecredi, vüj° jour de juing.
Ce jour, l’evesque et chapitre de Paris sont alez en procession à la benediction du Lendit, ainsi que est acoustumé d'ancienneté.
Matinées, XIV (X'* 4796), fol. 102 vw.
1. L'auteur du Journal d’un bourgeois de Paris, p. 238, qui se transporta à Aubervilliers, et déclare avoir tenu dans ses mains cet enfant monstrueux, donne également un récit très détaillé de ce phénomène qui attira plus de 10,000 curieux; il avait même joint à son manuscrit un croquis, d’après nature, qui manque. Le même auteur relate également la naissance, rue de la Chanvrerie, d’un veau à deux têtes, ainsi que d'un pourcelet, près de Saint-Eustache, ayant deux têtes, mais seu lement quatre pieds.
du Dauphin, après pluiseurs assaulz continuelz et entretenuz depuis le samedi precedent, par force d'armes recouvrerent et prindrent la ville de Jargueau-sur- Loyre!, en laquelle estoient retrais en garde et garnison le conte de Sulfok et autres gens de guerre anglois, qui furent prins par assault à la volenté des ennemis, qui avoient en leur compagnie une pucelle portant baniere, si comme on disoit, laquelle avoit esté present à faire lever le siege et les gens d’armes estans lors es bastides devant Orliens.
Conseil, XV (X!* 1481), fol. 13 r°.
Samedi, xviij° jour de juing.
Ce jour?, messire Jehan Fastolf#, le sire de Lescale*, messire Thomas de Rampston‘ et autres capitaines,
1. Les témoignages des contemporains relatifs à la prise de Jargeau, effectuée en réalité le dimanche 12 juin, ont été tous reproduits par M. J. Quicherat dans le Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, t. IV; ce paragraphe se trouve également dans le même volume, p. 452.
2. Il est à remarquer que Fauquembergue inscrit ici la bataille de Patay à son jour réel, et non pas au jour où la nouvelle en parvint à Paris.
3. Il s’agit du célèbre capitaine anglais Jean Fastolf, l'un des lieutenants du duc de Bedford.
4. Thomas Scales {souvent dénommé le seigneur d'Escalles), chevalier, figure parmi les principaux capitaines de l'armée anglaise, c'est à ce titre qu'avec Robert de Willoughby, il mit le siège en juin 1434 devant le Mont-Saint-Michel et que, sous les ordres de Talbot, il commanda la garnison de Pontoise en 1441. Voir Chronique de Monstrelet (éd. Douët d'Arcaq, t. IV, p- 288, 330) et Arch. nat., JJ 175, n° 353.