t ÉGLAIRGISSEMBHS
que je n'en avais aucune connaissance , je Tignore même aujourd'hui.
On m'interrogea ensuite sur le départ du Roi pour Montmédy. « Je n'ai connu ce départ , répondis^je , que comme le » public, quoique dans ma qualité d'officier de la chambre, » j'eusse la Teille fait le coucher du Roi. » . Interrogé ensuite si le jour du départ du Roi pour Montmédy, j'avais vu au château M. de Lafayette , je répondis non.
— Quelles personnes assistaient au coucher du Roi ? — Celles de son service.
Mon interrogatoire fini , je me retirai à la salle du secrétan riat. Aussitôt, l'Assemblée délibéra si je serais ou non reconduit à la tour du Temple ; l'affirmative prévalut. Le président me fit appeler : il m'annonça ce résultat , et , signant en sa présence Tordre de me réintégrer dans la tour, il le remit à un municipal qu'il êhargea de son exécution.
(E), page i6.
A peine le Roi, auprès de qui j'étais en cet instant , eut-Q cessé de parler, que Mathieu reprit : « Je vous arrête. » — ce Qui ? moi ! » dit Sa Majesté. « Non , votre valet de chambre. »
— a Qu'a-t-il fait? il m'est attaché; voilà son crime. Du moins » n'attentez pas à ses jours. » — « De quel droit m'arrêtex- » vous? dis-je alors au municipal; où prétendez-vous mecon- }) duire ?» — a Je n'ai pas de compte à te rendre , i» répondit Mathieu; j'ai mes ordres. Je voulus monter dans ma chambre ; Mathieu me saisit par le bras. « Reste là , me dit-il, » tu es sous ma garde. » Il ne me permit d'y aller qu'avec loi. Je voulais emporter avec moi quelque peu de linge et des rasoirs. « Point de rasoirs, médit ce municipal; où je vais te » mener on te rasera . Je peux même t' assurer que les barbiers » ne te manqueront pas. » Je compris le vrai sens des paroles de Mathieu Je gardai le silence persuadé que j'allais droit
HlSTORtQtTE». 2jZ
à Féciliafaiid. J'eus à peine quitté ma chaiobre , ^e les scellét furent mis sur les deux portes et ne furent leirés q[U* après U tnort de Louis XVI.
beseendu dans la chambre de la Reine , je reudifl au Roi, avec la permission des municipaux, quelques papiers qui le concernaient. Homme malheureux , me dit>il le cœur navré , le peu d'argent qui vous restait , vous l'avez avancé pour moi '; aujourd'hui, vous partez et vous êtes sans ressources ! d Sire, je n'ai besoin de rien. Les larmes et les éanglots me àUfFoquaient. Chaque personne de la famille royale m'hoUora de quelque témoignage de sensibilité. Cette scène attendrissante pouvant avoir de funestes effets. <t Je suis prêt à vous Suivre , » dis-je à mes conducteurs.
Au bas de la tour, deux gendarmes se joignirent à Mathieu. Nous montâmes dans une voiture de place, et nous partîmes. Sur le chemin que je parcourus , quel épouvantable spectacle frappa mes regards ! Les passans fuyaient avec effroi : On fermait avec précipitation les portes , les fenêtres et les boutiques ; chacun se réfugiait dans l'endroit le plus reculé de sa demeure. J'entendais les rugissemens affreux des assassins et les cris lamentables des victimes. Des monstres, couverts de sang, armés de poignards , de coutelas et de bâtons , parcouraient les rues^ et montraient au peuple les trophées sanglans de leurs cruautés.
Enfin , arrivé à la place de Grève , une horreur inexprimable me saisit. La place était couverte d'un peuple immense, la plupart agitaient dans leurs mains des piques ^ des sabres , des fusils. Dans l'impossibilité d' avancer en voiture jusqu'à l'escalier de l'Hôtel-de-Ville , on me fit descendre et passer au milieu de cette multitude. « Bon ! disaient-ils , voilà du gibier de guillotine. C'est le valet de chambre du tyran. » A l'aspect de ce danger pressant , jaloux de ne pas déshonorer le sacrifice de ma vie, je demandai à Dieu de fortifier mon âme. Tout
2j4- ÉCLAIRCfôSEMESS
entier à cette pensée, j'entrai dans la salle de la comnnine :
on me plaça auprès du président.
A peu de distance était San terre ; ce commandant de la milice parisienne écoutait , d'un air capable , les plans que des gens à moitié ivres lui développaient pour arrêter les armées étrangères ; d'autres proposaient de se lever en masse et de marcher à l'ennemi. Au parquet, place ordinaire du pix)careur de la commune , Billaud de Yarenne, l'un des substituts, et Robespierre s'agitaient, criaient, donnaient des ordres et paraissaient très-animés. Dans cette salle et dans les pièces voisines le tumulte était extrême.
Au milieu de ce désordre , le président demanda du silence et me fit une première question. Avant qu'il m'eût été possible de répondre , on s'écria de toutes parts : A F abbaye ! àla Force ! Dans ce moment on y massacrait les prisonniers. Le calme rétabli, mon interrogatoire commença. Des faits, la plupart imaginaires , me furent reprochés. « Tu as , dit Tnii des municipaux , fait entrer dans la tour du Temple une maUe renfermant des rubans tricolores et divers déguisemens : c'était pour faire évader la famille royale. »
a J'ai entendu, s'écriait un autre, le Roi lui dire quarantecinq, et la Reine cinquante-deux. » Ces deux mots lui désignaient le prince de Poix , et le traître Bouille. On me reprochait d'avoir commandé une veste et une culotte couleur savoyard, preuve certaine d'une intelligence avec le Roi de Sardaigne. A la vérité, j'avais signé et fait visiter par les commissaires de garde , la demande d'un vêtement pour Tison.
Enfin, on m' accusait d'avoir remis clandestinement certaines lettres au Roi et à la Reine , et de faire usage de caractères hiéroglyphiques pour faciliter leur correspondance. Ces caractères n'étaient autre chose qu'un livre d'arithmétique. Tous les soirs , avant que M. le Dauphin se couchât, je posais ce livre sur son lit , afin que le jeute Prince se préparât le matin à h leçon d' arithmétique que le Roi lui donnait.
HISTORIQUES. àj5
tJn grief irrémissible était d'avoir chanté dans la tour l'air et les paroles : ô Richard ! 6 mon roi ! Je n'avais chanté ni l'air ni les paroles; et quand je les aurais chantés, il est trop vrai que, comme Richard, le Roi était abandonné; que ses sujets les plus dévoués à sa personne et à la cause s'étaient éloignés pour le servir : que parmi ceux qui étaient restés auprès de lui, les uns avaient été massacrés le i o août , les autres étaient actuellement en arrestation ou en fuite. Devais-je avoir pour les malheurs de mon maître l'insensibilité que montraient ses persécuteurs ?
Un dernier grief était l'intérêt que la famille royale affectait selon eux , de me témoigner , tandis qu'à peine elle parlait aux commissaires municipaux.
A ce dernier reproche je restai muet ! les clameurs se renouvelèrent : A l'Abbaye! à là Forcé! Enfin la fureur contre moi fut au comble quand Billaud de Yarenne â'écria : k Ce valet, renvoyé au Temple une première fois, a trahi la confiance du peuple; il mérite une punition exemplaire. »
Au même instant un municipal se leva : a Cet homme , » dit-il , tient les fils de la trame ourdie dans la tour ; s'assurer » de lui, le mettre au secret, en tirer tous les renseignemens » qu'il peut donner, sera plus utile et plus sage que de l'en- V voyer à l'Abbaye ou à la Force. » Quel que fût en ce moment ie motif du municipal, son observation me sauva la vie : il fut décidé de m' enfermer dans un des cachots de l'Hôtel-de-yille; remis aussitôt à la garde du guichetier , il me fit descendre de la salle de la commune , me fouilla , me conduisit au lieu de réclusion qui m'était destiné , ouvrit une porte de fer et la referma sur moi.
Quelle position que la mienne ! Seul, au milieu des ténèbres, poursuivi par l'idée des assassinats qui se commettaient dans les prisons de Paris , entendant moi-même les égorgeurs errer autour de mon cachot et demander ma tête; laissant , hélas !
2j6 ÉGCAIAOtâ^fiMtefrs
le Roi et la famille royale en captivité ! Je friadonne eiicore an souvenir èeni de ces affrenses pensées.
En enthint dans mon cachot , la lanterne du gnichetier m'avait fait apercevoir on mçiavais grabat : je m'y trathai à tâtons. Accablé de fatigues je cédais à un sommeil qui me dérobait i peine l'idée de ma position, lorsque tdttt ft coup tin bruit boûfuê me réveilla. Je prêtai TorèiUe : j'entendîfl clairement àiticttler ces paroles :
(k Ma femme , les assassins ont fini dans les autres pritonâ, ill accourent à celles de la commune. Jette-moi vite ce que noué avons de meilleurs effets : descends toi-même, sauvons-nons. » A ces mots , je me précipitai de mon lit, je tombai à genom, et, les mains levées vers le ciel, j'attendis dans cette situation le coup fatal dont j'étais menacé. Une heure après, une voix m'appela', je ne répondis pas. On appela encore, je prêtai l'oreille. « Approchez de votre fenêtre, » dit-on à voix basse. J'approchai. «Ne vous effrayez pas, continua-t-on, plusieurs personnes veillent ici sur vos jours. » Après ma sortie de prison j'ai fait inutilement des recherches pour connaître ce généreux protecteur. Qui que vous soyez, homme sensible, quelque lien que vous habitiez , recevez l'hommage d'une reconnaissance qui ne finira qu'avec ma vie.
Trente-six heures s'écoulèrent sans que personne entrât dans mon cachot, sans que j'eusse ni nourriture, ni l'espérance d'en recevoir : je ne pouvais douter que le concierge et sa femme n'eussent pris la fuite.
Le guichetier, me disais-je, aura fui comme eux. Cette réflexion abattit le reste de mon courage ; une sueur froide, un tremblement universel et les angoisses de la mort me saisirent : je tombai en défaillance. Revenu à moi j'étais près d'appeler lès asssissinâ qu'à la clarté des réverbères je voyais aller et venir dân^ la cour , j'allais leur demander de mettre fin â ma longue àgotiie , quand tacÈ yeux découvrirent une faible lueur piriâhlt an plâtichet. A l'aidé d'tiné inauvâîsé table et de deux
BI6TORIQU£S. ^77
liaiicftque je plaçai l'un sur l'autre, je parvins à m'élever assez pour atteindre à l'endroit ôÂ j'entrevoyais cette lumière.
J'y frappai plusieurs coups ; une trappe s'ouvrit. « Que voules-voos?» me dit une voix douce. «Du pain onlamort,»répondi»-je, avec l'accent du désespoir. La personne qui me parlait était la femme du concierge.
«r Rassurez-vous, me dit^elle, j'aurai soin de vous.» A l'instant eUepie donna du pain , de la viande et de l'eau. Tant que dura ma captivité dans ce lieu , cette femme compatissante daigna me nourrir. ËUe me passa une bouteille garnie d'osier'. A.vais-je besoin d'eau , je présentais ma bouteille à l'ouverture du plancher et la concierge y versait de l'eau avec un entonnoir. Parce moyen la porte de ma prison ne s'ouvrit que rarement et je restai mieux caché.
Néanmoins des hommes dont les bras et les habits étaient couverts de sang, s'approchaient quelquefois de la fenêtre du cachot et cherchaient à voir quelle victime on y avait jetée, mais l'obscurité de mon réduit, augmentée par leur approche, trompait leur attenté.
« Y a-t-il là quelqu'un à travailler? » Se demandaient-ils dans leur horrible langage. Dès qu'ils était éloignés , je me hissais aussitôt pour observer ce qui se passait dans la cour. Les premières fois j'y "^is les assassins profaner de leurs ordures la statue renversée de Louis XIV , et jouer avec les restes ensanglantés de leurs victimes ; ils se racontaient mutuellement les détadls de leurs meurtres , se montraient leur salaire et se plaignaient de n'avoir pas reçu celui qui leur avait été promis.
Quelques jours s* étant écoulés , j'eus la visite de Manuel. Je sus par lui que de toutes les personnes sorties avec moi de la Tour du Temple lors de mon premier enlèvement , une seule avait péri, c'était la princesse de Lamballe. Il me raconta la £n tragique de cette princesse et ajouta : v
« Les massacres sont finis , vous n'avez plus rien à craindre ; je vous sauverai , mais il me faut du temps. » Clery m'a dit, lors-
^7 8 EGLA1RG1SSEI4EKS
que nous nous gommes retrouvas , que le Roi et la famille royale avaient instamment prié Manuel de protéger mes jours et qu'il l'avait promis.
Un soir le conciei'ge entra dans mon cachot : « Savez -vous, » me dit-il, que vous êtes encore l'objet de la fureur du peu-
» pie ? Je crains bien — Quoi ? lui dis-je, qu'il ne me mette
k mort? » Un profond soupir fut sa'réponse. Je crus que les massacres allaient recommencer. Quel fut mon effroi , quand ^ vers minuit, des cris qui perçaient l'âme se firent entendre d'un cachot peu éloigné du mien. C'étaient ceux d'une malhenreuse mère de famille qui 'se débattait avec ses assassins. Du ton le plus lamentable , cette mère infortunée demandait la vie non pour elle , mais pour des enfans en bas âge qui n avaient d'autre ressource que son travail. Des gardes accourureat
jet parvinrent à la sauver
Le i4 septembre, des commissaires, choisis parmi les o&ciers municipaux, me firent subir un nouvel interrogatoire. Lorsqu'il fut terminé , le concierge se mit en devoir de me conduire à mon cachot. Une des personnes qui composaient la commission ( M. de Boyenval ) , et que je voyais pour la première fois , s'avance vers moi ; je crus que c'était dans l'intention de fermer la porte de la salle au moment de ma sortie. Combien je me trompais! £n effet, lorsqu'il fut assez près pour n'être entendu que de moi , il me dit à la hâte : « Votre sort intéresse ; cela ne sera pas long. » On peut juger de l'impression que me causa cette annonce inattendue. Manuel était de retour ; il donna , comme procureur-syndic de la commune , ses conclusions sur cet interrogatoire , elles tendaient à mon élargissement. Mais, d'après une nouvelle délibération de la commune , tout prisonnier devait passer par l'examen d'un jury. Cet incident, qui différa d'un jour mon jugement, servit aie rendre plus solennel. Je comparus devant ce jury; ^1 me déchargea de toute accusation et me fit mettre en liberté. {Extrait des Mémoires de M, Huè.)
HISTORIQUES. 2jg
(F),page6i.
Au moment des repas , les commissaires ne manquaient jamais de se présenter devant le Prince avec tout le respect qui lui était dû ; il ne se trouvait là aucun de ses chapelains ordinaires , et il avait demandé qu'on les lui envayât, par une lettre en date du 6 mars : mais les deux chambres s'étaient refusées à cette prière , sous prétexte que ceux-ci n'avaient pas souscrit le covenant. Le? deux théologiens Marshall et Càryll , venus avec les commissaires , se tenaient donc la plupart du temps , quand le Roi dînait ou soupait , tout prêts à dire les grâces , mais ce monarque les récitait toujours lui-même debout , sous son dais , et quelquefois à haute voix. Il se montrait néanmoins poli pour ces deux messieurs , et paraissait en faire cas , d'après ce qu'on lui avait rapporté de leur savoir et de leur conduite privée. Il ne témoigna même de mécontentement à aucuA des serviteurs alors auprès de lui, qu'il laissait libres d'aller à la chapelle où ces deux ministres prêchaient tour à tour le matin et l' après midi de chaque dimanche devant les commissaires et les autres personnes de la maison. La plupart cependant, disait-on , auraient mieux aimé entendre des prédicateurs qui eussent l'approbation du Roi. Chaque dimanche , ce Prince se retirait en particulier pour remplir ses devoirs de religion , chacun de tous les autres jours de la semaii^e il donnait deux ou trois heures à* des lectures et dés exercices de piété. Dans les autres momens, il jouait aux échecs, après ses repas , paf délassement , et se promenait souvent pour sa santé dans le parc de Holmsby , tantôt avec l'un , tantôt avec l'autre des commissaires ; mais il n'y avait là aucun tapis de gazon bien tenu. Aussi sa Majesté allait-elle quelquefois se promener à cheval, soit à Hazzowden, au château du lord Vaux , à environ neuf milles , où se trouvaient des gazons , des jardins, des promenades et des bois enchanteurs ; soit k AUi-
aBo £CUIKGl8$KllBIf8
horpe , beau château à deux ou trois milles de Holmsbj , appartenant au lord Spencer, ^iiJ9ur4*bai comte de Sunderknd, et où était aussi des bowling-green bien entretenus. Dans une de ces prpmenades à Harrowden , 1^ Roi passa, sur un pont où le major Boswilé, sous le costume d'an paysaa, T arrêta tt lui remit un paquet de la part de la Reine. Sa Majesté dit au commissaires qtie ee paquet n^avait d'autre but que d'obteair d'elle , pour lé Prince de Galles , la permission d'accon^Mgner Monsieur à Tarmée française pendant cette campagne ; et i ea pardouna en conséquence à la personne déguisée.
(CôileotioM des Mémoifts sur la résKduUon J£ AngltUrrt, ) •
(G) , page 85.
L'enTôi subit de Louis au Temple le i8 août 179a ^ ilabUt nécessairement des troubles et de la confusion dans cetlf knaison. Us furent en augmentant, au point qu'à la fin d# septembre, Ton représenta au conseil général de la commune y I*. que les travaux commencés et délaissés par Palloy sr faisaient tnès-mal , faute d'ordre et de paiement des ouvrieiv qui souvent s'ameutaient et. refusaient Fouvrage; a®, que les mêmes causes faisaient (pi'il ne se trouvait plus de fbianisseun pour la nourrHure et Us dépenses du ci-devant Roi. Pour wem/^ dier à ces désordres , le 29 septembre , le conseil générsft nomma deux commissions Tune de six commissaires pour suivre les Jravaux avec Varcbitecte et les entrepreneurs ; Tautr^ dt deux commissaires pour se concerter avec leC. Pétion afin da faire rentrer dans la caisse commune , les 5o 0,000 livres déçré» tées par l'Assemblée nationale pour la subsistante de Loois.
Surle rapport de Cambon , la Convention rendit, le 4 octobre, un décret qui, i**. mit les 5oo,ooo livres à la disposition du ministre de l'intérieur pour délivrer les ordonnances de paiement des fournitures arrêtées près le conseil générai ile la commune ; et 9^ . chargea le même ministre de présenter incessamment à la Convention le compte des dépens^ laitsf
jusqu'à ce jour, et uo Aperça des dépea«09 ^ fsâve , taot pour la «oreté et difipositioa du looal , que pour \s^ ê\i\>Hs%^nce «t Teatretien de Lguig XYI et de sa famiU?.
Le B du même mois, nous fîniies s^n conseil géaéral ua rap-* port de l'aperça des dépenses faites jusqu'au 3o septeml^re, montant h 97,281 livres pour les dépenses des i>â|;iinens et autres. Le conseil nous avertit qu'il serait den^andé par provision au ministre « la.somme dç Soyooo livres pour être répartie à compte entre les fournisseurs ^ que les administrateurs des finances de la commune feraient les démarches nécessaires pour faire i^ntrer dans lenr caisse la somme de 9^,000 livres pour ceux déjà payés par avance pour les travau?L dn Temple y et que les commissaires au Temple établiraient un ordre de dépenses en chaque partie avec un état des dépenses à faire çonforpiément an second paragraphe du décret de la Convention nationale.
L'objet le plus pressant était de déterminer les traitement des 23 employés au Temple dont un grand nombre étaient sans pain et sans vêtemens. C'est aussi celui que je tâchai de déterminer le premier d'après bien des renseignemens qu'i) nous fallut prendre sur la nature , l'époque et l'évaluation de leurs services. Le rapport fait sur cet objet, ij s'agissait 4' obr tenir la parole pour faire déterminer les traitemens par le conseil , et ce ne fut ^qu'avec une peine extrême que je pus y attirer l'attention du conseil général occupé de mille affaires qu'il croyait plus importantes et plus urgentes. Le 514 octobre , je parvins à faire déterminer le traitement à^9 deun guichetiers.
Je ne pus ravoir la parole que^ le 3 novembre ; il fallut rester à la tribune tout le soir pendant cinq séances , pour faire arrêter onze traitemens ; et au dernier un membre • s'étant avisé de dire que sous le régime de l'égalité tous les trair temens devaient être égaux , les arrêtés furent rapportés. Une nouvelle commission de quatre membres fut arrêtée pour fixer les traitemens avec nous : cette pommission parjvt deuK; fois d[u
28 2 ÉGLAIRCISSEMENS
Temple sans rien faire , et tout mon travail devint inutile.
Sur ces entrefaites , il plut à la section des Arais et quelques autres , de faire une dénonciation à la commune , d'une prétendue orgie faite au Temple le 22 octobre précédent. Le conseil supprima à cette occasion toutes les commissions da Temple, et les remplaça par une autre de ses commissaires, chargés de notre besogne. La nouvelle commission travailla et présenta un projet de règlement , mais qui n*a point été suivi. Nous n'en continuâmes pas moins nos opérations, et nous sollicitâmes la parole avec instance. Je fis un éclat p(vir l'obtenir en jetant mon écharpe sur le bureau et donnant ma démission. J'obtins la parole pour le lendemain 18 novembre, sur les mémoires des fournisseurs des vêtemens et linges faits immédiatement à Louis et à sa famille. Le conseil ordonnança une partie de leurs mémoires et ordonna l'expertise des autres ; mais je n'ai pu retirer cet arrêté du secrétariat qu'à là fin du mois.
Je sollicitai la parole les jours suivans , et je fus écondnit avec scandale par le j^résident qui dit que je faisais le siège de la trihane pour des comptes bleus. Le 26, jour où on me l'avait refusée , on ordonna que toutes les commissions du Temple présenteraient leurs comptes. Je me prévalus de cet arrêté, et le 28 du même mois, je présentai les comptes de la bouche. Le conseil nomma une nouvelle commission de quatre membres pour les ordonnancer, et ordonna que mon rapport serait envoyé à la Convention nationale.
Je commençai à faire ordonnancer tous ces mémoires d'après les deux arrêtés précédens , mais le conseil général fut renouvelé le 2 décembre. Nous en installâmes le même jour les commissaires de service , en leur notifiant ces arrêtés ; et leur déclarant que nos intentions étaient de terminer nos opérations aux mémoires fournis jusqu'au dernier novembre. Dès le lendemain , Toulan , qui se trouva de service , nous fit contre-carrer dans nos opérations , et nous fit écarter de la table du Temple où ,• suivant les pouvoirs de la conmiune, étaient
lUimis les commissaires des commissions avec ceux du département et de la Convention natioiiale. Cependant le conseil du Temple favorisa nos opérations , y contribua lui-même avec nous ; et nous promit de nous faire obtenir du conseil la parole pour les faire ratifier, mais en vain nous nous y présentâmes le huit et le neuf.
Le 17, Cagneux et Toulan s'avisèrent de nous dénoncer au conseil général comme des parasites qui n'étaient au Temple que pour dîner. Cette accusation est d'autant plus plate que les dîners que nous gagnions par neuf à dix heures de travail n'étaient fixés qu'à 3o sous , et que ces messieurs plus délicats les ont fait porter à cinquante, de sorte que la nation paie maintenant autant pour ces seize convives actuels, que pour vingt à 24 que nous y étions sous l'ancien conseil. Le conseil nomma quatre commissaires pour recevoir de nous notre travail et arrêter les comptes. La nouvelle commission nous manda ; je me rendis auprès d'eux; je leur offris tous les renseignemens nécessaires ; je leur remis mon rapport sur les traitemens; je m'engageai à leur remettre les papiers en ordre le vendredi 1 8 décembre à dix heures du matin , et sur mon rapport , la nouvelle commission a fait déterminer les traitemens, le 16 décembre, au conseil général.
{ Extrait d'une adresse présentée par Verdier à la Convention nationale. )
(H), page 93.
La Convention nationale avait décrété le 6 décembre , que Louis XYI subirait son interrogatoire le 1 1 , qu'il serait ajourné au i5, et que le 14 elle prononcerait définitivement sur son sort. D'après cela , ceux qui s'étaient voués à la défense du Roi n'avaient pas un instant à perdre pour s'élever contre un décret qui devait infailliblement priver l'accusé de tous ses moyens de justification; et tel fut le motif qui engagea (ruillaume , ex-constituant et avoué au tribunal q|||l^assation ,
264 ÉGUIRa|98»fBVS
à adresser, le 9 décembre , à la Convention nationale , la lettre
suivante 9 extraite des registres de cette assemblée :
« GlTOTBllS ,
1» La jnstice, rhnmanité et nos lois assurent à tout accusé le droit de discuter contradictoirement s'il est jugeable et si le tribunal qui se propose de prononcer sur son sort en a reçu la mission.
» Il a de plus, aux mêmes titres, la liberté de se faire délivrer copie de la procédure , de demander qu'on lui représente les pièces de conviction, d'exiger qu'on lui donne la liste des témoins entendus contre lui.
» Il peut en outre reprocher ses déposans , en faire entendre d'autres; récuser , suivant les circonstances, tout ou partie àxi jury ; se choisir ou recevoir d'office un ou plusieurs conseils.
» Enfin il ne saurait être condamné que parles trois quarts des suffrages émis secrètement, et deux tribunaux, au moins, doivent connaître successivement de son procès.
9 Tels sont, citoyens , les avantages dont jouissent tous les prévenus, et que je réclame aujourd'hui pour Louis JLVL
» Je ferai plus, je consacrerai volontiers à sa justification de faibles talehs , mais un grand courage. Tout-puissant, je l'ai combattu sans crainte ; malheureux , je le défendrai sans intérêt; jamais, quoi qu'on fasse, la terreur ne fermera mon âme à la compassion , ni ma bouche à la vérité.
» GUILLAUMK.
» j4voiieprès du tribunal de cassation.,
iiP. S. I^e pourrait-on pas recevoir par écrit et de sa prison, les répouAes aux questions qu'on se propose de faire à Louis? Ce moyen donnerait le même résultat pour l'éclaircisseniefit de la vérité et n'aurait pas les mêmes incobvéniens pour li sûreté de l'acci^ et la tranquillité de la capitale »
C^tte lettre eut dans des points importacM» l'effet qu^avalt désiré son auteur. L'assemblée donna à Lotiis XTI la comniunicatlon des pièces mentionnées dans l'acte d'accusation; l'ajournement à deux jours n'eut pas lieu et il fut permis à l'accusé de se choisir des défenseurs.
L'auteur de la lettre fut un de ceux dont les. noms furent , à cet effet , présentés à Louis XYI. Mais le choix du prince tomha sur d'autres que sur lui, et il ne lui resta plus d'autre ressource, pour atteindre autant qu'il était en lui le but généreux qu'il s'était proposé, que de répandre dans le public, par la voix de l'impression , et sous le titre de projet de défense pour Louis XF'I, ce qu'il s'était proposé de dire pour sa justification. Voici quelques passages de cet écrit.
<c Que ceux-là blâment ma conduite , qui prétendent qu'un Roi n'est pas un hoinme, que la naissance dans ce rang est un crime ; qu'une couronné est usurpée , alors même qu'une nation entière la défrre par la voie de êes représentans ; et qu'il n* existe aucun l'apport dé justice entre les rois et l'humànité.
» Que ceux-là me blâment encore , qui soutiennent qu'on peut condamner un accusé sans l'entendre; qu'une insurrection est lin jûgeméiit, et qu'on ne saurait avoir tort quand on a la force de èon côté.
» Que ceux-là ihë blâment, enfin, qui prétendent faire fct'oiré au peuplé que l'abondance sera là suite dû supplice de Louis ; ou qu'il faut assassiner un roi détrôné , parce qiie son existence serait un sujet d'inquiétude.
1) Quelques risques que j'aie déjà courus (i), quelques jiérîls qui me menacent encore , quand la justice , là raison et
(i > L'auteur avait déjà en seë ]cfùT9 menâtes à la snitfe de là femense pétition dite des vingt mille qu'il avait r^dig^e et prësentëé conjointement aveo Dupont de Nemours , au sujet de Tattentafe du ao juin.
HSÙ KGLAIRCISSEMENS
riiumanité me Cjommandent une dernière démarche , mes pas ne seront pas arrêtés par la terreur. »
(Extrait d'une brochure publiée en 1795, par M. Guillaume. )
(I),page 118.
Le 16 décembre, le Roi fut, pour la seconde fois , conduit à la barre de la Convention nationale : ce jour fut le premier où j'aperçus mon malheureux maître. Du Temple aux Tuileries , et des Tuileries au Temple, je suivis la voiture. Placé à Tune des issues de la salle , de manière à ne pouvoir être remarqué de personne , j'entendis le discours que M. Desèze prononça en faveur du Roi. Il le termina par ces paroles mémorables :
« Entendez , dit l'orateur , l'histoire redire à la renommée : » Louis monta sur le trône à vingt ans. A vingt ans il donna » sur le trône l'exemple des mœurs ; il n'y porta aucune fai- V blesse , ni aucune passion corruptrice ; il s'y montrsb l'ami » constant du peuple. Le peuple désirait la destruction d'un » impôt désastreux qui pesait sur lui , il le détruisit ; il }> abolit la servitude dans ses domaines ; il fit des réformes » dans la législation criminelle , pour l'adoucissement du sort » des accusés. Des Français étaient privés des droits qui ap- » partiennent aux citoyens , il les en fit jouir par ses lois. Le là peuple demanda la liberté , il la lui donna. Il vint au-de- » vaut des désirs du peuple par des sacrifices sans nombre ; » et cependant, c'est au nom de ce même peuple qu'on
» demande aujourd'hui Je n'achève pas ! Je m'arrête
» devant l'histoire. Songez quel sera votre jugement, et q^e )) le sien sera celui des siècles. »
Le discours de M. Desèze achevé : « Messieurs, dit le Roi , » mes moyens de défense viennent de vous être exposés. Je » ne répéterai pas ce qu'on vous a dit. £n vous parlant peut- » être pour la dernière fois , je vous déclare que ma conscience
» ne me reproche rien et que mes défenseurs vous ont dit la
» vérité.
)» Je n'ai jamais craint que ma conduite fût examinée pu-
» bliquement; mais mon cœur est déchiré de trouver dans
» l'acte d'accusation l'imputation d'avoir voulu faire répandre
» le sang du peuple, et surtout que les malheurs du 10 août
M me soient attribués. J'avoue que les gages multipliés que
u j'avais donnés, dans tous les temps, de mon amour pour le
)> peuple , et la manière dont je m'étais toujours conduit, me
» paraissaient devoir prouver que je craignais peu de
» m' exposer pour épargner son sang , et devoir éloigner à
» jamais une pareille imputation (i). »
(J), page 124.
Extrait du Journal de M, de Malesherbes.
Dès que j'eus la permission d'entrer dans la chambre du Roi , j'y courus. A peine m'eut-il aperçu, qu'il quitta un Tacite ouvert devant lui sur une petite table ; il me serra dans ses bras; ses yeux devinrent humides , et il me dit : « Votre sacrifice est d'autant plus généreux que vous exposez votre vie , et que vous ne sauverez pas la mienne. » Je lui représentai qu'il n'y avait pas de danger pour moi ; que d'ailleurs je remplissais le devoir le plus sacré , en même temps que je me livrais au dévouement de mon cœur, et qu^espérais qu'en le défendant victorieusement, nous le sauverions. Il reprit : « J'en suis sûr, ils me feront périr, ils en ont le pouvoir et la volonté. N'im-
(i) Après ce discours, le Roi et ses trois défenseurs passèrent dans une pièce adjacente à la salle de PAssemblëe. Là , prenant entre ses bras M. Desèze , le Roi le tint étroitement embrassd , prit ensuite une chemise , la chauiTa lui-même pour M. Oeséze, et lui rendit tous les soins d'un ami.
^8 EGLâlMl^EllBlfS
porte , occupons-nôutl de mon procès coniine si je devais le gagner ; et je le gagnerai en effet , puisqne la méihdire que je laisserai sera sans taché. Mais, qnand Viendront les déni avocats ?» Il avait vU Tronchet à rassemblée constituante , et ne connaissait pas î)esèze. Il me fit des questions sur âon compte, et parut fort satisfait des éclaircissémens qUé je lui dohnai.
Chaque jour il travaillait avec hovLÈ à l'analyse des pièces , à l'exposition des moyeiis , à là fëfiitatioti des griefs , avec Une présence d'esprit et une sécurité que ses défetiséUrs admii^ënt, ainsi qUe moi ; ils en profitaient pour prendre des hôtes et édairer leur ouvrage. Ses <^onseils et moi nôUs nous crames fondés à espérer la déportation : nous lui fîmes part de cette idée ; nous l'appuyâmes : elle servit à adoucir ses peines. 11 s'en occupa pendant quelques jours , mais la lecture des papiers publics la lui enleva, et il nous prouva qu'il fallait y renoncer. Quand Desèze eut fini son plaidoyer, il nous lé lût ; je n'ai rien entendu de plus pathétique que sa péroraison ; nous en fûmes touchés jusqu'aux larmes ; le tloi lui dit : 3> Il faut la supprimer, je ne veux point les attendrir. « tJne autre fois, qoe nous étions seuls, ce prince me dit : <c J'ai une grande peine ; Desèze et Tronchet ne me doivent rien ; ils me donnent leur temps , leur travail , et peut-être leur vie. Comment reconnaître un tel service ? Je n'ai plus rien -, quand je leur ferais un legs f il ne serait pas acquitté ; d'ailleurs , ce n'est pas la fortune qui acquitte une telle ^tte.» Sire, lui dis-je , leur conscience et la postérité se chargeront de leur récompense. Mais vous pouvez déjà leur en accorder une qui les comblera. — Laquelle ?^ Embrassez-les , Sire. Le lendemain , le Roi les pressa contré Son sein , et tous deux fondaient en larmes en se précipitant sur ses mains.
Après la séance où ses défenseurs et lui avaient été entendue à la barre , îi me dit : «Yous voyez à présent que , dès le preniiér moment , je ne m'ëtâiis pas trbmpë , et que ma condamnation était prononcée avant que j'eusse été entendu.»
HISTORIQUES/ jaSg
Lorsque je revins de l'assemblée où nous avions demandé l'appel au peuple , et où nous avions parlé tous trois , je lui rapportai qu'en sortant j'avais été entouré d'un grand nombre de personnes qui m'avaient assuré qu'il ne périrait pas , ou au moins que ce ne serait qu'après eux et leurs amis. Il me dit : ce Les connaissez-vous ? Retournez à l'assemblée , tâchez de les rejoindre , d'en découvrir quelques-uns ; dites-leur que je ne leur pardonnerais pas, s'il y avait uue seule goutte de sang ▼ersé pour moi ; je n'ai pas voulu qu'il en fût répandu , quand peut-être il aurait conservé le troue et ma vie : je ne m'en repens pas. » Je lui annonçai le premier le décret de mort , il était le dos tourné à une lampe placée sur la cheminée , les coudes appuyés sur la table , le visage couvert de ses deux mains ; le bruit que je fis en entrant lé tira de sa méditation , il me fixa , se leva , et me dit : « Depuis deux jours je suis occupé à chercher si j'ai , dans le cours de mon règne , pu me^ riter de mes sujets le plus léger reproche. Hé bien ! M. de Malesherbes , je vous le jure , dans toute la sincérité de mon cœur, comme un homme qui va paraître devant Dieu , j'ai cou-, stamment voulu le bonheur de mon peuple , et n'ai pas formé un seul vœu qui lui fût contraire.» Je revis encore une fois cet infortuné monarque ; deux officiers municipaux étaient debout à ses côtés ; il était aussi debout et lisait. L'un d'eux me dît : « Nous n'écouterons pas. » J'assurai le Roi que le prêtre qu'il avait désiré allait venir ; il m'embrassa et me dit : « La mort ne m'effraie point: j'ai la plus grande confiance dans la miséricorde 4e Dieu. »
CK),page 124.
Le lord président commande qu'on lui lise la sentence ; le silence ordonné , le clerc lit la sentence rédigée dans le parlement.
« Attendu que les communes d'Angleterre, réunies en
agO ÉCLAIRCISSEMENS
parlement, ont nommé la présente haute cour de justice pour faire le procès à Charles Stuart , Roi d'Angleterre , qui a été amené trois fois devant elle ; que la première fois , on lui a In l'acte d'accusation qui le charge , au nom du peuple d'Angleterre, de haute trahison, et autres crimes et méfaits, etc. (ici le clerc repète l'acte d'accusation ) ; lequel acte d'accusation lui ayant été lu , comme on Fa dit , ledit Charles Stuart a été requis de répondre ; mais, à défaut de le faire ( ici sont rapportés les différens faits de son procès et ses refus de répondre) ; pour toutes ses trahisons et crimes, la cour prononce, que ledit Charles Stuart , en qualité de tyran , de traître , de meurtrier et d'ennemi public , sera mis à mort , en séparant sa tête de son corps. La sentence ayant été lue, le lord président dit : « La sentence qu'on vient de lire et de promulguer est l'acte , la sentence , le jugement de l'unanimité de la cour. » Alors la cour se lev^ en signe d'assentiment à ce qu'avait dit le président.
Lk Roi. Voulez-vous écouter une parole , Monsieur?
Le lord président. Non , Monsieur, vous ne pouvez être entendu après la sentence.
Le Roi. Non , Monsieur ?
Le lord président. Non , Monsieur , avec votre permission , Monsieur. Gardes , emmenez le prisonnier.
Le Roi. Je puis parler après la sentence ; avec votre permission , Monsieur, j'ai toujours le droit de parler après la sentence.
Avec votre permission attendez la sentence, Monsieur je dis Monsieur, que on ne me permet
pas de parler, pensez quelle justice peuvent attendre les autres (i).
(i) Le Roi fut alors, à ce quHl paraît, enlevé dans le banc avec quelque violence et placé dans une chaise à porteurs. Un témoin au procès d^Axtell déposa qu'il Payait vu frapper les porteurs parce
(,L), page iîi8.
Ses enfans étant venus le voir , il donna d'abord sa bénédiction à la princesse Elisabeth et lui dit de ne pas oublier de dire à son frère James , quand elle le verrait , que la dernière volonté de son père était qu'il ne se bornât plus à considérer Charles seulement comme son frère aîné , mais qu'il lui obéît comme à son souverain , et qu'ils devaient s'aimer l'un l'autre et pardonner aux ennemis de leur père. Alors le Roi lui dit : «c Mon cher cœur, vous oublierez cela ?» — « Non, dit-elle, je » ne l'oublierai jamais tant que je vivrai. » Et, versant un torrent de larme» , elle lui promit de mettre par écrit les détails de leurs visites.
Ensuite le Roi, prenant le duc de Glocester sur ses genoux, lui dit : « Mon cher cœur , ils vont couper la tête à ton père. » Sur cela , l'enfant se mit à le regarder fixement d'un air très» sérieux.
« Fais atention, mon enfant , à ce que je te dis , continua » le Roi ; ils vont me couper la tête , et peut-être te faire » Roi ; mais fais attention à ce que je te dis : vous ne devez » pas être Roi tant que vos frères Charles et James seront en » vie ; car ils couperont la tête à vos frères , s'ils peuvent les
qu^ils demeuraient la tête nue, apparemment tandis que le Roi entrait dans la chaise , que le peuple murmurait en le voyant emmener de cette manière , et avec si peu de cérémonie , et criait : « Dieu délivre Votre Majesté des mains de ses ennemis! » Que les soldats le conduisaient à travers les rues en poussant des cris de triomphe. Un témoin déposa au procès de Garland , un des juges, qu^au bas de l'escalier, il Pavait vu cracher à la figure du Roi. Il nia fortement le fait, et les juges n'insistèrent point, mais il paraît certain que, soit ce jour-lâ , soit le jour de Texécution, le malheureux Roi eut à subir cette brutale infamie. ( Voyez les mémoires de ^àrwick. ) Comme on Temmenait , les soldats sur son passage ayant renouvelé les crû de justice , exécution : (c Pauvre gens, dit-il , avec une pièce de monnaie, ils en crieront autant contre leurs officiers.
:ig2 eglairgissëmens
» attraper, et finiront par vous couper au^si la tête. Je vous » ordonne de ne vous jamais laisser faire Roi par eux. » Â quoi l'enfant dit en soupirant : « Je me laisserai plutôt mettre j» en morceaux ! » Cette repartie , si inattendue d'un enfant si jeune , donna au Roi une extrême joie. Herbert et Warwick ont donné les détails des derniers^ momens du Roi dans sa prison. Nelson en ajoute quelques autres , tirés de Kennet et de quelques autres écrits.
Le Roi , lorsqu'il eut fini ses dévotions , fut conduit de Saint- James à Whitehall , par un régiment d'infanterie et sa garde ordinaire. D'un coté , était près de lui, Tévêque de Londres; de l'autre , le colonel Thomlinson , chargé de sa garde , et qni raccompagnait la tête couverte. Comme la. garde marchait lentement , le Roi lui dit d'aller plus vite , ajoutant qu'il allait à sa tête combattre pour une couronne éternelle. Arrivé an bout du parc , il monta l'escalier conduisant à la longue galerie de Whitehall où il avait coutume de loger ; là , il eut un retard auquel il ne s'était pas attendu , parce que l'échafaud n'était pas prêt. Il passa la plus grande partie de ce temps en prières. Vers midi , Sa Majesté ayant mangé un morceau de pain et ho un verre de vin blanc , le colonel Hacker, accompagné d'antres officiers et soldats, fit traverser.au Roi, à Farchevêque et an colonel Thomlinson la salle des Banquets et les conduisit à l'échafaud. Une forte garde de plusieurs régimens de cavalerie et d'infanterie , placés tout autour , empêchait le peuple d'approcher, et le Roi d'être entendu.
(M),pagei55.
Une auguste princesse qui, jeune encore et entourée de tons les prestiges de la* cour la plus séduisante de l'Europe , s'était élevée aux sentimens de la plus kaute piété , madame Elisabeth, sœur du Roi , avait choisi l'abbé de Firmont pour son direc> teur.
HISTORIQUES. â^S
La révolution, dont les attentats multipliaient tous les jours les fureurs , était arrivée à sa dernière violence contre la famille royale ; madame Elisabeth était dans la prison du Temple l'ange consolateur de son frère, qui prévoyait depuis longtemps le sort qui lui était réservé. Dans leurs communications intimes elle lui parla de Tabbé de Firmont, alors retiré à Ghoisy-le-Roi , et déguisé sous le nom d'Essex , depuis les massacres de septembre 1792. Long-temps avant le cruel sacrifice , on lui fit présenter la charitable mission qu'il avait à remplir auprès du Roi .
Voici le passage d'une lettre que , le 21 décembre 179^2 , il écrivit à un de ses amis en Angleterre : <c Mon malheureux » maître a jeté ses yeux sur moi pour le disposer à la mort, » si l'iniquité de son peuple va jusqu'à commettre ce parricide. y> Je me prépare moi-même à mourir , car je suis convaincu » que la fureur populaire ne me laissera pas survivre une n heure à cette scène horrible ; mais je suis résigné ; ma vie » n'est rien. Si, en la perdant, je pouvais sauver celui que Dieii » a placé pour la ruine et la résurrection de plusieurs , j'en » fais volontiers le sacrifice, et je ne serais pas mort eu » vain »
La terreur continuant de régner sur toute la France, il passa successivement d'un asile à un autre , demeura longtemps à Bayeux , et réussit, en 1796, à passer en Angleterre. n apprend que Monsieur, frère du Tloi, est en Ecosse avec quelques serviteurs fidèles ; il court leur remettre le dépôt des dernières pensées du roi martyr, et de sa tendre sœur Elisabeth. Après avoir pleuré , avec les princes et les sujets fidèles , les malheurs de la France et du meilleur des monarques , il quitte une seconde fois sa terre natale , et se rend à Blankenbourg, où Louis XVIII l'avait invité à se rendre. Il resta dix ans près de ce prince. A la suite des combats qui alors ensanglantaient l'Europe, quelques prisonniers français, dont un grand nombre étaient blessés , furent amenés dans la ville
294 ÉCLAIAClSSEMËIfS
qu'habitait le Roi ; aussitôt le monarque ordonna qn*on cherchât des hommes habiles pour les soigner et qu'on leur fournît de bons alimens ; de leur c6té , la Reine , les dames de sa suite et madame la duchesse d'Angoulême étaient occupées à préparer de la charpie pour étancher le sang des blessés français. Pendant ce temps l'abbé de Firmont se transportait auprès des malades et leur prodiguait les secours de la religion , avec la charité la plus touchante; un grand nombre furent sensibles à ses exhortations et à ses soins , et moururent en bons chrétiens.
Cependant une maladie épidémique se manifesta parmi ces infortunés ; le danger qufe couraient ceux qui en approchaient au lieu de ralentir le zèle du saint abbé le rendit plus fervent. 11 ne quitta plus les grabats de cette multitude de mourans , la contagion l'atteignit lui-même , et le conduisit au tombean, le 22 mai 1807, à l'âge de soixante-deux ans.
Le Roi témoigna les plus douloureux regrets à la mort de ce sujet fidèle ; monsieur le duc d' Angoulême suivit à pied le convoi funéraire , et la duchesse son épouse fut présente anx obsèques du seul ami qui eût reçu le dernier soupir de son père.
(N), page 187.
Le 24 août, entre minuit et une heure du matin , plusieurs municipaux entrèrent dans la chambre du Roi ; éveillé par le bruit, je me levai à la hâte. Je les vis s'approcher du lit de Sa Majesté. « En exécution d'un arrêté de la commune, dit l'on » d'eux, nous venons faire la visite de votre chambre, eten- » lever les armes qui peuvent s'y trouver » — cf Je n'en ai point, » répondit le Roi. Us cherchèrent néanmoins, et n* ayant rien trouvé : « Cela suffît, reprirent-ils; en entrantau;Temple, vous aviez une épée , remettez-la. » Contraint à tout souffrir, Sa Majesté m'ordonna d'apporter son épée.
ihistoriquës. 295
L'idée de concourir, quoique involontairemeut à désarmer mon Roi, me révoltait. Je remis au Roi àon épée. « Messieurs, » leur dit-il , je la dépose entre vos mains ; plus ce sacrifice » me coûte , plus il vous garantira mon amour poUr la tranu quillité publique. »
Le lendemain, à son déjeûner, le Roi Hie témoigna combien cette insuke lui était pénible. Aucune jusqu'alors ne m'avait paru l'avoir affecté aussi vivement. Sa Majesté m'ordonna d'écrire sur-le-cbamp au maire de Paris ce qui s'était passé la nuit précédente^ et de lui demander de sa part qu'ij fût enfin statué sur le mode dont on devait lui annoncer les arrêtés de la commune.
Pétion ne fit point de réponse. ^
Ce désarmement du Roi augmenta mes inquiétudes pour ses jours. Le soir même , l'apparition d'un nouveau municipal ( c'était un bonnetier ) sembla justifier mes craintes ; cet homme, de haute taille, de complexion robuste, d'une figure basanée et sombre , tenant en main un bâton noueux , entra dans la chambre du Roi : Sa Majesté venait de se mettre au lit. « Je viens faire ici , dit-il en entrant, une perqui- » sition exacte. On ne sait pas ce qui peut arriver. Je veux u être sûr que Monsieur ( il parlait du Roi ) n'a aucun moyen » de s'évader. » Ce début était fait pour redoubler mes alarmes : cet homme me disais-je a sans doute des intentions coupables. Puis lui adressant la parole : « Vos collègues ont fait cette recherche , la nuit précédente ; le Roi a bien voulu la souffrir. » — « Il l'a bien fallu , répondit le municipal ; s'il avait résisté , qui eût été le plus fort ?» A ces mots je crus plus que jamais à la réalité de mes soupçons. Résolu de défendre jusqu'à mon dernier soupir la vie de mon maître : « Je ne me coucherai pas, dis-je à ce commissaire , je resterai près de vous i> «Fatigué, comme vous l'êtes, me dit le Roi, couchezvous, je vous l'ordonne. » Sans répliquer à cet ordre je me retirai ; mais, la disposition de la porte empêchant que, de son
ag6 ÉGLAIRCIâSEMEHS
lit, le Roi ne pût apercevoir le mien , je m'y jetai tout babillé , les yeux fixés sur cet bomme et prêt au moindre mouvement suspect à m* élancer au secours de mon maître.
Ma frayeur n'était pas fondée : ce municipal, qui avait pris à tâcbe de paraître si redoutable , dormit d'un sommeil profond. Le lendemain de cette nouvelle scène, le Roi me dit à son lever: « Cet bomme vous a causé une vive alarme. J'ai souffert de votre inquiétude , et moi-même je ne me suis pas cru sans danger , mais, dans l'état où ils m'ont conduit , je m'attends à tout. »
(O), page 196.
État des dépenses faites au Temple , depuis le iZ août Jusqu'au 3o novembre de l'an I*'. de la republique française y avec laperçu de celles qui pourraient être à faire par la suite , présenté à la Convention nationale d après son décret du 4 octobre y par Verdiery commissaire nommé par le conseil général du 10 août pour la vérification des comptes de cette maison,
( Pièce inëdite. )
La commission nommée, par le conseil général de la commune de Paris les 4 et 8 octobre, pour l'examen des comptes du Temple et des économies à faire dans cette maison, a rangé les dépenses faites et à faire , sous cinq classes : Les traitemens des employés , les dépenses de la boucbe des détenus , celles de leur entretien , celles du Conseil séant an Temple et celles des travaux. Il ne lui a pas été possible d'en faire un compte aussi juste qu'elle Taurait désiré, à cause da désordre introduit et entretenu dans cette maison par les travaux qu'il a été nécessaire d'y faire; par l'indépendance réciproque des petits départemens qui s'y trouvent ; par la multiplicité des fournisseurs sur les mêmes objets; par la succession continuelle des commissaires de service cbargés de la surveillance générale , et par la multiplicité des commissions qu'il a fallu leur adjoindre. La plupart de ces inconvé-
filSTOAlQUES. 297
niens ayant cessé, la régie et les comptes s'y pourront faire avec plus de facilité.
I®. TrtUtement des personnes employées habituellement au Temple (i).
Lorsque les commissaires des comptes sont allés au Temple, ils y ont trouvé vingt-quatre personnes employées, dont treize pour la bouche et l'office. Il ne leur a pas été possible de faire déterminer leurs traitemens par l'ancien conseil général ; mais leur rapport du commencement de novembre a servi de base au nouveau conseil pour les déterminer le 38 décembre ; les employés sont les suivans :
I®. Deux guichetiers employés à la tour : les commissaires avaient proposé de fixer leur traitement annuel à mille écus pour chacun. Les guichetiers demandaient cinq mille livres et le conseil général leur en a accordé six : le ministère de ces deux guichetiers était nécessaire dans les premiers temps que les détenus était dans les petits appartemens qui se communiquaient pour en ouvrir et fermer la première porte. Mais , depuis qu'ils ont été transférés dans les deux appartemens séparés au second et au troisième étage de la tour, et que la commission des travaux a fait placer dans l'escalier ^ept guîthets ou portes gardées par des sentinelles , le ministère des guichetiers est devenu inutile et le nouveau conseil les a renvoyés en décembre.
2®. Cléry, valet de chambre de Louis Capet et de son fils, est tout près d'eux pour les servir et ne peut les quitter sans être accompagné d'un commissaire de service. Les commissaires des comptes avaient proposé de fixer son traitement à 6,000 livres ; l'ancien conseil y avait adhéré, mais on rapporta ensuite
(1) Il De faut point perdre de vue que les difTéreotes fixations de traitemens qu^on va lire, sont faites en assignats, et qu^ils perdaient déjà beaucoup de leur valeur.
2^ ËCLAlRGISSEMEKâ
»0Q arrêté et ceux des gui vans trailem«ns^qu'il avait détermiaés. 5". Tison et son épouse sont auprès des dames pour le» servir, aved les mêmes conditions que le valet de chambre de Louis. Les commissaires avaient proposé son traitement à 7,000 livres, et le conseil l'avait arrêté à 6,000.
Employés au palais.
4**. Mathey et Fontaine , inspecteurs de surveillance , étaient au bureau des commissaires de service , pour exécuter leure ordres. Les commissaires des comptes , de service , ont proposé leur traitement à 5ooo livres , et l'ancien conseil l'avait fix^ à 2,000. Mais leurs fonctions ayant été séparées par le nouveau conseil , lorsqu'en décembre il est entré dans l'appartement de la tour au rez-de-cbaussée , elles sont devenues plus étendues et plus gênantes , et leur ont fait mériter un traitement plus fort.
Mathey a suivi le conseil dans la tour pour exécuter les ordres immédiats , faire distribuer et surveiller les cartes , etc , et on a mis sous lui un porte-clefs.
Fontaine est demeuré dans l'ancien appartement du conseil , situé dans la première tour, pour surveiller les dehors de la tour, reconnaître ceux qui entrent et sortent sans cartes, introduire à la tour ceux qui y ont besoin. ^
Baron , frotteur et gardien des meubles des appartemens du palais , a pour fonctions de les nettoyer et conserver par des soins journaliers , de nettoyer les appartemens de la tour. Les commissaires des comptes et des déménagemens du Temple avaient proposé son traitement à i,5oo livres, et l'ancien conseil l'avaient fixé à 1200.
5°. Mancel, Gourlet et Quesnel sont d'anciens serviteurs du Temple , réservés pour les gros ouvrages , et pour faire les commissions , et Gourlet a été autorisé , le 1 8 octobre , à monter , au besoin , à la tour pour y soulager le valet-de-charabre Les commissaires des comptes et leurs collègues avaient
proposé le traitement de chacun à 800 livres et ce conseil l'avait ûxé à mille livres.
6°. Tiranon , scieur de bois , est chargé de couper, de distribuer les bois de chauffage dans les salles et corps-de-garde. Les commissaires des comptes et ceux de service avaient proposé son traitement à 5o sols par jour.
7°. La citoyenne Rokenstrok ,^mme de charge au Temple, j a été continuée pour avoir soin du linge appartenant aux créanciers du ci-devant d'Artois , mais qu'on emploie actuellement pour toutes les personnes qui se trouvent au Temple. Les commissaires des comptes avaient proposé son traitement à 80 livres.
8^. n s'y trouvait encore un perruquier sans appointemens ; mais, comme les commissaires qui l'employaient oublièrent souvent de le payer , le nouveau conseil lui a fait attribuer un traitement pour lui rendre ses services gratuitement.
Employés pour la bouche.
9®. Gasnier, ancien officier de cuisine de la cour, est chef de la cuisine de Louis , et y fait en même temps les fonctions des anciens contrôleurs, essaie les mets portés aux détenus, etc Les commissaires des comptes et ceux de service avaient proposé son traitement à 4000 livres.
10°. Roche , sommelier et chef de l'office , a un ministère analogue à celui de chef de cuisine , pour sa partie ; il est, en outre, chargé principalement de la distribution du pain, du vin et liqueurs ; et les commissaires avaient jugé qu'il devait avoir un traitement à peu près égal à celui de son collègue ; mais prévoyaient que son ministère pourrait être supprimé.
Ces deux chefs , qui s'étaient associé les autres officiers , pensaient qu'on devait donner 9 livres par jour au rôtisseur , au pâtissier , au g^rde de l'argenterie et à l'aide d'office , aussi employé à la tour auparavant ; mais les commissaires avaient jugé qu'on pouvait payer chacun à raison de 100 louis.
30 O EGL AIHGISSEMENS
II®. Les mêmes chefs demandaient cinq livres par jour pour le garçon de cuisine et pour celui de l'office , aussi employés auparavant à la tour. Les commissaires des comptes de service ont estimé qu'on pouvait les payer à raison de i5oo livres.
I a®. Les mêmes chefs ne demandaient que 5 francs par jonr pour le laveur , par la raison , qu'il avait des accessoires qa'oB ne pouvait lui enlever. Les commissaires ont pensé qu'il pouvait être payé à raison de 800 francs.
i3®. Les mêmes chefs demandaient 40 sols par jour pour le tourne-broche .
14**' Enfin, ils demandaient quatre livres par joiu^onr chacun des trois garçons , servans. Les commissaires Ri bornèrent à 1 200 livres.
Tous ces traitemens , tels qu'ils ont été proposés par les commissaires des comptes , d'accord presque sur tout avec les commissaires de service, forment une dépense annuelle de 6000 mille livres pour les guichetiers ; de i3,ooo livres pour les trois serviteurs immédiats de la tour ; 1 1,600 pour les employés au palais ; 25, 800 pour les employés pour la bouche; en tout, 5o,4oo livres, sans compter les traitemens des guichetiers supprimés j mais , d'après les observations du chef de cuisine, on pourra supprimer cinq officiers de bouche, lorsque la cuisine sera transportée dans la tour, pour servir les tables des détenus et des commissaires de service.
2°. Dépenses de la bouche des détenus , depuis le \'5 août jusqu'au 3o novembre.
L'étiquette et les formules observées pour la table de Louis, à sa cour, sont suivies au Temple ; mais la dépense y a été bien légère , en comparaison de ce qu'elle était à Versailles et même aux Tuileries, puisqu'il n'y a qu'une table fournie et servie seulement par treize officiers. (Cent trente mémoires, quiontété présentés aux commissaires des comptes, ont été ordonnancés par une nouvelle commission qui leur a été-jointe , d'après un
HISTORIQUE^;. 5oi
arrêté de l'ancien conseil du 28 novembre. ) Ponr jnger des profusions et des économies , il faut en considérer le service sous quatre époques ; la première du 1 3 août, au 2 sepbre ; la seconde pour le reste de septembre , et les deux autres en octobre et en novembre. Dans la première , la table était dirigée par deux contrôleurs de la bouche et du gobelet , qui ont été remerciés , et il y a eu pendant quelques jours des personnes de plus à la tour ; dans la seconde , elle n'a été dirigée que par les deux chefs de la cuisine et de l'office ; et dans les deux autres , les commissaires de service y ont concouru avec ces deux chefs.
Les bordereaux de la dépense de bouche , dans la première époque 9 se sont montés à 11,237 ^^^^^ 9 '' sous, 9 deniers ; mais les mémoires ont été réduits par les commissaires à 10, 4 00 livres, pour environ vingt-cinq jours , ce qui l'aurait portée à environ i3,ooo livres si le mois eût été complet.
Pendant les 23 derniers jours de septembre la dépense n'a été que 8,818 livres, suivant les bordereaux, et de 8,102 livres , d'après la réduction des commissaires.
Celle d'octobre a été sur les bordereaux de 9,295 livres 6 sous , et a été réduite par les commissaires à 8,24^ livres.
Enfin , celle de novembre , portée à 8,992 livres 4 sous 6 deniers sur les bordereaux , a été réduite par les commissaires à 8,435 livres.
n peut y avoir quelques légers mémoires, présentés après coup , qui n'entrent point dans cet état , mais ce ne peut être que bien peu de chose. Il résulte du moins de cet exposé que les commissaires ont diminué , du consentement même de la plupart des minimes fournisseurs , 3,5oo quelques livres » sur les mémoires de bouche qui , par leur nature et leur variabilité, étaient irréductibles en justice , et que leur vigilance a fait diminuer la dépense de bouche au Temple de plus de 100 louis par mois , pendant qu'ils y ont séjourné , quoique leur autorité fût insuffisante pour remédier aux abus qui s'y
5oa ÉGLAIBGISSEHENS
sont introdaiu avec Tétiqiiette de la ci-devant cour royale.
Mais il a paru aux commissaires des comptes pltis important de préparer les économies pour l'avenir que de réduire les proiusions faites d'accord avec la commission des travaux ; ils ont cm que le moyen d'économiser était de reporter la cuisine du palais à la tour, pour qu'elle fournit a la fois la table de la famille ci-devairt royale et celle des commissaires et de Tétat-major. Hs ont pensé unanimement que pour cette réforme seule la première table n'en serait pas moins bien servie , et que la seconde le serait beaucoup mieux , sans qu'il en coûtât davantage ; c'est-à-dire qu'on supprimerait ainsi le traiteur el le limonadier qui coûtaient environ 3,ooo livres par mois. Les lieux étaient préparés pour cette réforme par les soins des deux commissions, lorsqu'elles ont cessé au commencement de décembre ; et cette réforme a été adoptée par le nouveau conseil au commencement de janvier 1793.
Mais ce changement ne suffit pas pour mettre fin aux profusions, n est absolument nécessaire que l'administration, quelle qu'elle soit mette fin à cette multiplicité de fournisseurs pour le même genre de denrées , dont les uns les font payer un quart et même un tiers plus cher que les autres , et qu'elle ne se serve, pour chaque genre, que d'un fournissenr avec lequel elle conviendrait d'un prix fixe. Peut-être même pourrait-on couper court à tous ces abus , en faisant un forfait avec le chef de cuisine, sur un plan de service convenu. Les commissaires ont proposé ce projet à ce chef de cuisitie, et il a para vouloir s'y prêter. Cette forme de service préviendrait bien des eD[ibarras en établissant des économies fixes.
3**. Fournitures faites immédiatement à la famille ci- devant royale , sur la demande de Louis Capct,
Lorsque Louis est entré au Temple , il n'y a point trouvé les commodités qu'on s'empressait auparavant d'accumuler an près de lui. Les effets à son usage journalier avaient été mis
HISTORIQUES. 5o3
SOUS les scellés au château des Tuileries , et sa famille n'y est entrée qu'avec le;^ vêtemens qu'elle portait. Dans ce dénûment, Louis a donné des ordres pour se procurer des vêtemens , du linge et autres eflFets nécessaires ; et les valets de chambre ont transmis les ordres aux anciens fournisseurs par les anciens commisaaires. Les commissaires de la commune se sont prêtés à ses besoins et à ses désirs , et il a été fourni de tout ce qu'il a demandé. En conséquence, les serviteurs nous ont présenté 80 mémoires des fournitures qui lui ont été faites depuis le 10 août jusqu'au 3o octobre. D ne nous a pas été difficile d'y reconnaître les mêmes abus que pour la bouche , continués par les fournisseurs de l'ancien régime royal. Non-seulement il en est qui paraissent au premier coup-d'œil évidemment exagérés , mais encore la multiplicité des fournitures, pour des vêtemens et du linge de même sorte , ont décelé l'avidité de quelques-uns par des prix bien différens.
Les exagérations de bien des mémoires ont frappé même le ci-devant Roi et la ci-devant Reine , qui nous en ont parlé , en nous invitant à les réduire à leur juste valeur et nous nous en sommes occupés avec gens connaisseurs (i).
Nous avons commencé par faire payer au G. Pétion q, 000 livres qu'il avait avancés à Louis, et à Huë son premier valet de chambre 5a6 livres, et le valet de chambre actuel a démontré l'emploi de ces deux sommes pour le ci-devant Roi.
Les deux serviteurs actuels nous ont présenté les 78 mémoires de vêtemens , linges de corps et de lit , étoffes et autres effets fournis à Louis , à son épouse , à son £ls , à sa à sa fille et à sa sœur, depuis le 10 août jusqu'à la fin d'octobre , ils forment un total de q9,5o5 livres i4 sous i dénier, suivant le prix que les fournisseurs ont mis à leurs mar-
(i) Rien n'est peut-être plus digne de remarque que cette sollicitude de Louis XVI et de la Reine, s'occupant de réduire eux-raémes les de'penses qu'entraînait leur captivité.
5o4 ÉCLAIRCIS$£M£fiS
chandises. Mais. le plus grand nombre de ces mémoires et les plus considérables , sont réductibles d'une diminution de plus de i,ooo écus ou 49O00 livres. Nous en avons fait les observations au conseil général de la commune , dans notre rapport du 1 8 novembre , et le conseil ordonnança le paiement des fournitures les moins considérables qui ne paraiss^ent pas réductibles , en arrêtant que les commissaires s'adjoindraient des experts pour taxer les autres
Différentes circonstances ont empêcbé la première commission des comptes de pouvoir commencer cette expertise , mais le débutdes experts justifie ce qu'on vient d'avancer, carsurles mémoires montant à la somme de 3,182 livres , ils ont fait une diminution de 722 livres , en portant les fournitures et les façons au plus baut prix.
Pendant ces deux premiers mois et demi , il a été fait encore quelques légères fournitures dont les valets de cbambre ne nous ont présenté les mémoires qu'en décembre avec ceux des fournitures de novembre. Le nouveau conseil nous a obligés de les remettre, dans l'état où on nous les avait donnés, à la nouvelle commission des comptes qu'il a nommée. Nous observerons seulement que nous les avons fait voir aux experts et qu'ils les ont jugés susceptibles des pareilles réductions que les premiers.
Je finirai cet article en observant qu'il ne faudrait pas pressentir les dépenses à faire pour ces objets , par celles qui ont été faites. Les premiers besoins nés des circonstances ont été remplis ; l'entretien doit être maintenant bien moins considérable.
4®. Dépenses du Conseil séant au Temple.
Les dépenses du conseil séant au Temple , consistent en soins journaliers pour la nourriture des commissaires de service , pour la consommation de bois , de lumière de cire et de suif , dans les salles et corps-de-garde , pour l'illumination des
HISTORIQUES. 3a5
cours , pour l'emploi des papiers , cartes d'entrée , et pour les blanchissages et autres objets par conséquent.
La table des commissaires a été fournie par un traiteur et un limonadier de Textérieur du Temple. Sous l'ancien conseil général le traiteur fournissait à raison de 4 livres par tête , pour le déjeûner, le dîner et le souper. Le nouveau conseil a porté cette dépense à six francs.
Jusqu'au dernier novembre , le conseil séant au Temple recevait à sa table les huit commissaires de service , ceux des commissions qui s'y trouvaient en exercice , les quatre officiers d'état-major , les commissaires envoyés, au besoin, parle •ilëpartement et par la Convention nationale. Le traiteur fournissait aussi souvent, par ordre du conseil , des alimens à des ouvriers et autres personnes nécessaires alors ; et il en a coûté au moins 10,000 livrés pour le traiteur, et i ,5oo livres pour le limonadier.
Des gens malintentionnés ont parlé d'orgies faites au Temple par Ips commissaires de service , par des fournisseurs et même par des membres de la Convention nationale, mais les commissaires des comptes protestent que ce' sont des calomnies et qu'ils ont vu peu d'abus en cette partie.
Des commissaires du nouveau conseil provisoire ont voulu borner la table à seize personnes du conseil et de l' état-major du Temple ; mais la nécessité qui les oblige d'y admettre , dans les circonstances , ceux de leurs collègues et des membres de la Convention qui y sont envoyés , leur a démontré leurs faibles vues dans cette prétendue réforme , et dan»raugmentation pour les frais de leur table ; elle a coûté à peu près autant en décembre que dans les mois précédens , quoique le nombre des convives y fût bien plus grand ; mais , comme nous Tavons observé, il est à croire que le service' des deux tables , qui a commencé en janvier d'être fait par la même cuisine , supprimera tout-à-fait cette dépense , si la cuisine est bien surveillée.
3o6 ÉGLAIRClSSfiMElfS
L'illumination des cours a fiait un objet plus cpniidérabU que la table , en août et septembre ; mais les commissioni établies au Temple en octobre y ont mis une grande réforme économique.
Je ne puis donner un détjiil phis précis sur les dépenses ordonnées immédiatement par le conseil séant auTçmple ; c'est Roche , mon collègue, qui en a ordonnancé le paieiaent; c'est il lui à fournir les explications nécessaires.
5*". Dépenses des trayausç faits a^ Temple.
Les travaux jugés nécessaires au Temple , pour la garde et la. sûreté de la famille ci-devant royale , consistent en appartemens construits et meublés dans la tour , pour eux. et pour je conseil ; en la confection d'un fossé autour de la tour et son comblement ; en l'entretien de murs fort élevés et det difPérens corps- de-garde , etc.
Les travauxiiétaieiiit si peu avancés au commencement d'octobre ,• que. le conseil de la commune a nommé deux commissions pour les bâter, les surveiller et les faire payer; le Temple était alors ouvert en grande partie pair le jardin, et la £n de novembre a vu finir les travaux qu'on a crus nécessaires jusqu'à ce que la Convention ait décidé sur le sort des prisonuiere.
Les dépenses montei^t à près de 200,000 livres , et k plos grande partie a été ordonnancée et même payée ; mais c'est Roche , mon collègue , qui a fait principalement ces comptes avec Fadministration des travaux pubHcs ^t l'aschiteote de b commise : c'est à lui d'en fournir l'état.
Pour faire ces travaux, Palloy qui en a été le premier chargé, a cru devoir faire abattre des maisons voisines : les propriétaires ont réclamé de grandes indemnités , pour TappréciatioB desquelles le conseil général a nommé ijine CDookOÛssien particulière. Elle n'a point communiqué avec les aulares; l'admi-
HISTORIQUES- 5oj
tHStrati^n des travaux pubHcs n'a pu rendre de co«ipte à la Convention. Il y a encore, a,u Temple, un antre objet d'adsiinistration ; c'est la .garde, l'entretien et l'inspeetion deà appartemens de la première tour et du grand nomb^ de »e»* blés précieux qui s'y trouvent. Cet objet a été soumis à Fin- «pection de comnâssaires particulier» Aomm^9, au méia d'anàt, par l'ancien conseii-général , sioiia le liilre de Commission des demcHagemefU.
Résumé.
Il résulte de ce qui vient d'être exposé , que les plus grandes dépenses faites au Temple , depuis le 1 3 août jusqu'au dernier novembre, sont celles que les circonstances ont indiquées pour la garde et la sûreté des prisonniers. Les autres n'y ont pas été considérables ; celles de bouche ont moBté à environ 35,000 à 36,ooo livres ; celle de l'entretien de la famille cidevant royale a été d'environ 3i,ooo à 33,qoo livres ; celle du conseil séaat au Temple, de ao et quelques miile livreà ; et les conraissaircs avaient évalué le traitement des employés à 59,4oo livres par an. La confusion , née des cireonstanees, «B avait encore occasioné d'fnvtilesavec quelques profusions^ et prodigaiiféa : l'ancien conseil de la eommtme y a fait mettre tcMut l'ordre, lee économies et les réformes poMiblîes par jfet commissaires: de service et de» au€re9 eommissiioii» ; mai» ceuxci ont été aussi trop gênés et contrecarrés dam trars opérations, pour avoir pu faire toutes les réformes nécessaires. Ils «ont du moins parvenus à y préparer l'ordre et l'économie , par les travaux, l'apurement des comptes et la simplification du service.
Siaifty qudque^ simplicité et facilité qui' s'y trouvent mainte-^ nant , il n'est pas possible que des commissaires qui se succèdent au Temple , toutes les qnarante<-hufl heures, et qui y sont presque entièrement occupés de la^ garde des prisonnier» et de la police des personnes qui se trouvent au Temple ou qui s'y
5o8 éCLAIBCISS£ll£5S
iatrbduisent, puissent bien surveiller les différentes parties; on ne peut y établir l'ordre et l'économie nécessaires , sans Tétablisfement d'un on phisienrs administrateurs permanens qui ne se contentent pas de viser des fournitures ordonnées par différentes personnes et apportées par une foule de fournisseurs ; mais qui en vérifient le besoin , en ordonnent les achats, en règlent le prix et en distribuent l'emploi, mettent l'économie nécessaire dans les fonctions des employés, et surveillent toutes les opérations dans les départemens.
A Paris , ce 4 janvier 1793.
(P),page 196.
( Pièces inédites,)
Extrait du registre no. 31 , pages 19,970 et 13,97 ?•
Séance du 1". octobre 1 793 (an 2 de la république.)
Les commissaires nommés pour aller ce soir au Temple j maintenir Tordre et la tranquillité sont Lepauvre , Grespin , Smisbourbacet et Fleuriot Lescot. Un membre fait un récit sur la commission du Temple qui a renvoyé quantité d'employés au service de cette prison. Il demande qu'on les paie : il ajoute qu'aucun fournisseur ne veut plus rien livrer faute de paiement -, on y manque de bois et d'autres objets de première nécessité.
On lit ensuite une lettre de Mathey , concierge de la tour du Temple, qui se plaint de ce qu'on a négligé son affaire ; il demande qu'on s'en occupe sérieusement. Depuis- trois semaines , lui et son service soufirent. Sa santé ne lui permet plus de remplir ses fonctions ; en conséquence , il déclare qu'à compter de demain il ne fait plus de service.
Ua membre demande qu'on nomme un économe provisoire pour les dépenses du Temple : cette demande est ajournée à vendredi prochain.
HISTORIQUES. , SoQ
Le conseil général autorise la commission des huit nbmmés |>ar Tadniiinistratîon du Temple , à prendre toutes les mesures pour pourvoir aux besoins du Temple, à se faire en conséquence représenter tous les mémoires depuis le 3i juillet, époque du départ de Gailleux, jusqu'à ce jour; à les vérifier, eu faire le rapport au conseil général qui en réglera le montant pour être présenté de suite avec les états des salaires dus aux difiPérents employés , au ministi'e de l'intérieur, et en toucher le montant.
Sur le réquisitoire du procureur de la commune, on ajourne à demain l'épurement des membres des comités révolutionnaires des sections qui devaient être épurés aujourd'hui , attendu qu'il a perdu les notes qu'il s'était procurées , et qu'il espère les retrouver.
Registre n*. XXI , page i3,oa5.
Séance du S^.jour de la 2*. décadcy 2*. armée républicaine.
Les commissaires au Temple font un rapport sur les dépenses de l'intérieur du Temple et sur les personnes qui 7 sont employées.
Après une ample discussion sur ces citoyens , le conseil général arrête que Fontaine , Mansel et son épouse seront renvoyés du Temple.
Un membre demande que Simon , gardien au Temple du petit Capet , puisse se promener dans les cours du Temple. Le conseil accorda cette demande, pourvu que Simon soit accomps^né d'un commissaire.
Le conseil étend la réforme jusqu'au citoyen Math&yy , concierge du Temple , et le remplace par Coru , membre du conseil, et le nomme économe du Temple.
Le conseil arrête en outre que les membres, qui iront ce soir au Temple , seront chargés de faire le recensement des livres de la petite bibliothèque qui est dans la chambre du citoyen
Sid ÉCLUfiClSSEMKlIS
Mathey. Jérôme et Monier sont nonunéf gardes de U Umv, Le cooseil Jeiv alloue laflomne de cpiinie cents livres, qu'en ontre ils seront nourris.
Le conseil arrête que réconome Cam anra 4,000 francs d^appointemens , comme les avait GaiUeax , cî-devant administrateur du Temjde ;
Arrête que Msâhej , concierge , restera consigné et surveillé jusqu'à ce que. les cartes qu'il distribuait soient changées, et jusqu'à ce que le conseil du Temple ait prononcé ;
Arrête que le perruquier déjà en exercice an Temple sera conservé;
Arrête que toutes les pièces du rapport seront mises eirti% lès mains de l'économe, pour poursuivre le paiement des fournisseurs auprès des autorités constituées.
Le citoyen Henry est nommé pour porter le bois dans le Temple.
Extrait du registre n**. XXI , pages 13,091 et 13,092. Séance du 26*. jour du i^*. mais, 2*. année républicaine.
Le citoyen Coru , économe du Temple , fait un rapport sur les dépenses de cette prison , d'où il résulte que les sommes exorbitantes excitent beaucoup de réclamations , et sur la motion d'un membre ,
Arrête en outre que la commission fera un nouveau rapport, et plus détaillé sur les mémoires du Temple , et particulièrement sur celui de Desfontaines , l'un des concierges.
Sur l'observation du substitut du procureur de la commune, que parmi ces mémoires il y en a qui ne peuvent point être ajournés, et que les mémoires de beaucoup de fournisseurs sont réglés de manière à ne laisser aucun doute sur leur exactitude , le conseil général adopte les mémoires réglés par la commission du Temple.
HIgTORTQUKS« S If
Extrait du registres XXI , pagft i3,io8»
Récapitulation générale du compte des dépenses Jaites pour les prisonniers du Temple, pendant les mois d'août et septembre 1793-
Cuisine a3,a37 ^- la *.
Dépenses direrses ij'J^^ i^ '•
Constraciions 39,14s 10 *. 3 ^.
Mémoires nouTeani 6)439 a *. 8 ''.
Mémoire additionnel de Mathej. $27 » >»
Ut. o • 1 I <l.
73,869 «^- 2 (Q)l page 211.
Dans une des pièces du troisième étaige de la tour du Temple , se trouvait un poêle , où Ton avait pratiqué des bouches de chaleur. C'était dans Tuiie dé ces ouvertures , ou dans liin panier destiné à recevoir les balayures de la chambre , que Tu]%y déposait à la dérobée , soit un billet d'avis , ^t àffê annonces de journaux. De leur coté , les princesses plagient au même endroit leurs billets écrits, tantôt avec du jûà dé citron , tantôt avec un extrait de noix de Galle. Un signe convenu indiquait respectivement le lieu du dépôt. Hors de la tour, lo fidèle serviteur faisait relire l'écriture ^ et me tre^Asmettait les choses qui me concernaient.
Quoique je ne pusse , sans un danger certain , paraître dans aucun lieu public, je n'en étais pas moins instruit de ce qui se passait. J'avais fréquemment , avec des seigneurs de la Cour et même avec quelques députés , des entretiens nocturnes Mes rendez-vous avec Turgy avaient lieu hors des murs de la ville ; là, je lui remettais pat écrit, soit à l'encre, soit au crayon, ce que je croyais devoir apprendre à la Reine.
Dans cette correspondance journalière , je rendais compte à
3 1 2 ÉGLAIRCISSEM ENS
la famille royale de l'esprit qui régnait dans Paris , des dispo^ sitions da reste de la France , des événemens militaires de la Vendée, du progrès des armées étrangères, et surtout des intrigues secrètes , des luttes et des projets ultérieurs. des divers paitis de la Convention.
Mon extrême circonspection ne put me soustraire aux dénonciateurs : on fit chez moi une seconde visite domiciliaire. Dans la matinée du 19 juillet je vis entrer tout à coup dans mon appartement six hommes tous membres du comité révolutionnaire. On me fit lecture d'un ordre de radministration de police à laquelle j'avais été dénoncé comme entretenant une correspondance avec la veuve Gapet. L'ordre portait de visiter mes papiers, mes effets; et pour peu qu'il se trouvât le moindre indice contre moi , de me conduire au tribunal révolutionnaire. Cette recherche m'exposait d'autant plus qu'au moment de l'apparition des commissaires, j'écrivais à la Reine pour lai rendre compte d'une mission dont elle m'avait honoré : à peine eus ^ je le temps de faire disparaître, sans qu'on s'en apperçut, la lettre que j'avais commencée. Deux de ces inquisiteurs me fouillèrent , et n'ayant rien trouvé sur moi , ni dans mon appartement , ils redigèrent leur procès-verbal et se retirèrent.
(R), page 219.
Dans le courant de juin la femme Tison donna des signes de dérangement d'esprit; elle était toujours triste et poussait des soupirs comme une personne qui éprouve des remords: quel qu'en fût le motif, elle se vit contrainte par son mari, homme brutal,. de faire une dénonciation contre la Reine et contre madame Elisabeth : elle les accusa d'entretenir , tous les jours,' une correspondance avec moi ; pour prouver le fait , elle descendit au conseil un flambeau qu'elle avait pris dans la chambre de madame Elisabeth, et fit remarquer aux municipaux une goutte de cire à cacheter qui était tombée sur la
HISTORIQUES. 3l5
bobèche; >ea effet, le matin cette Princesse m'avait remis un billet cacheté pour M. Tabbé Edgeworth de Firmont, et je m'étais empressé de le porter chez madame la duchesse de Serent : son Altesse Royale ne cachetait que les billets pour ce vénérable ecclésiastique , son confesseur.
£n remontant de la chambre du conseil , la femme Tison entre dans l'appartement des Princesses. Elle aperçoit la Reine ; sa tête se trouble , elle se précipite aux pieds de la Princesse en s'écriant devant les municipaux et sans faire attention à leur présence : « Madame , je demande pardon à Yotre Majesté ( ce fut son expression ) , je suis une malheureuse , je suis la cause de votre mort , et de celle de madame ^ Elisabeth. » Les princesses la relevèrent avec bonté et tâchèrent de la calmer. Un moment après , j'entrai , avec mes deux camarades, Chrétien et Marchand, portant le dîner de la famille royale et accompagnés des quatre commissaires surveillans. La femme Tison se jeta à genoux devant moi , en me disant : « Je vous demande pardon, je suis la cause de la mort de la Reine et de la vôtre. » Madame Elisabeth la relevant aussitôt, me dit : « Turgy, pardonnez-lui. n J'eus l'honneur de répondre à S. A. Royale , « que la femme Tison ne m'avait point offensé; qu'en supposant qu'elle l'eût fait, je lui pardonnais de bon cœur. » Cette femme eut ensuite des convulsions affreuses ; on la tra/isporta dans une chambre du palais , il fallut huit hommes pour la contenir. Deux jours après on la conduisit à THôtel-Dieu : elle n'a plus reparu au Temple.
(S), page 23o.
D'après ces circonstances , un fidèle sujet conçut le projet d'offrir à la Reine des moyens d'évasion ; c'était un chevalier de Saint-Louis , nommé de Rougeville. Une femme , aimée d'un municipal , fut mise dans sa confidence et s'engagea à «econder le projet. Elle redoubla de soins pour le municipal et
s 1 4 ÉCLAIRCUSKMSHS
l'invita à dîner. M. de Rougeville fut du nonibne des ^ïenyires et passa pour un étranger. Pendant le repi^ la conrérsatton étant devenu plus intime , on la fit adroitement passer sur les événemens du jour. « Ce doit être , dit M. de Rougeville , nn » étrange spectacle qu'une Reine de France enfenkvée dans uii V des cachots de la Conciergerie t » -— (t Ne la connàisséz-voas » pas?» demanda le municipal. «Non , » reprit avec iudifférence cet officier. «Youleft-vous la voir ? reprit le municipal , je peux M vous faire entrer dans sa prison. » M de Rougeville ne montra aucun empressement ; les convives qui étaient dans le secret l'invitèrent à accepter la proposition : il y couseUtH ; l'heure fut prise pour le jour même. Dans l'intervalle, sod^ le prétexte que ce jour était la fête dé la dame du logis , M. de Rougeville fit acheter un bouquet et le lui offrit. La danie eu détacha un œillet et le donna à cet officier qui s*absetita pendant quelques instans et plaça avec adresse dans le (»Hce dé la fleur un papier roulé , sur lequel était écrit : J*aî à votre disposition des hommes et de Targent. Sur lé soir lé nkauidpal mena M. de Rougeville à la Conciergerie ; introduit daUft la chamhre dô la Reine , cet officier s'aperçut que Sa Majesté le reconnaissait.
Après quelques mots indifférens , il feignit de croire que son œillet devait faire plaisir à la Reine et s'émpréSsa de le loi offrir ; elle l'accepta. Avertie par un coup^d'œil, d'y chercher ce qu'il renfermait , Sa Majesté se retira dans un coin de la chamhre, ouvrit l'œillet, y trouva le papier et lut ce qui était écrit. Déjà la Reine traçait avec une épingle sa réponse négative , lorsque l'un des gendarmes , eu faction à la porte du cachot, entra hrusquement et saisit le papier. Grande rumeur dans la prison ; dénonciation à la commune et au comité de sûreté générale. Aussitôt la femme du concierge de la prison et son fils furent arrêtés comme eomplices. On les enfWrma au couvent des Madelonnettes , ils y furent mis au secret ; quel-
HISTORIQUES. 3l5
<][iies^ jours après ils recoayrèrent leur liberté. M. de Kougeville s'était sauvé , sa tête fut mise à prix:
(T), page 287.
Notice sur madame Êault.
Le petit écrit que nous nous sommes déterminés à reproduire dans la collection des Mémoires relatifs à la révolution , a été rédigé sous la dictée et à la prière de madame Bault , par un magistrait distingué qui lui devait de la reconnaissance. Il le fut également sous les yeux de M. Huë dont le témoignage et les souvenirs étaient ici du plus grand prix. H serait superflu de rien ajouter aux faits. A l'égard de la personne qui parlé dans cet ouvrage , nous ne pouvons rien faire de mieux que de retracer ce que le Journal Officiel en a dit , il y a vingtquatre ans , dans un moment où les victimes échappées au ré*gime de la terreur, pouvaient enfin se livrer à l'efiFiision de leul*8 sentimens pour ceux qui les avaient sauvés. Yoici l'article du Moniteur y relatif au concierge Bault et à sa femme.
Article inséré dans le Moniteur ^ n^. 35 7, le i*] fructidor an VI II,
Permettez , citoyen rédacteur, que je dépose dans votre estimable feuille les témoignages de ma reconnaissance pour la famille Bault dont le nom réveille des impressions si douces dans le cœur de tous ceux dont elle a allégé les malheurs \ et mes félicitations au préfet de police , qui vient de rendre à ses fonctions de concierge à la Force , un citoyen estimable que sa trop grande humanité envers les détenus fit destituer après le 1 8 fructidor.
Si l'humanité mérite un châtiment , si les actes d'une sévérité inutile , pour s'assurer des détenus , sont un devoir, le citoyen Bault et son épouse sont bien coupables ; car si je ne craignais de rappeler une époque que nous devons nous efforcer d'oublier, je pourrais nommer plusieurs hommes précieux
5 1 6 ÉCLÂIRCISS£ME1CS '
À la république , que le fer des assassins eût infailliblement frappés , sans le courage et la présence d'esprit du citoyen Bault et de sa vertueuse épouse. Je ne citerai que Famiral Latouche-Tréville , mon compagnon d'infortune , qui commande en ce moment une partie de nos flottes ; persuadé qn'il me saura gré d'avoir, en son nom , payé ce tribut à la reconnaissance
Si quelque chose égale la sensibilité profonde et éclairée de cet estimable concierge et de son épouse , c'est peut-étie le désintéressement parfait dont il a donné les preuves les pins touchantes. Les citoyens Dussaulx et Dupont ( de Nemours ] , auxquels madame Bault n'avait cessé de prodiguer ses soins et ses secours pendant leur détention , voulurent , lorsqu'ils eurent recouvré leur liberté , lui en témoigner leur gratitude. Dupont (de Nemours) insistait de la manière la plus pressante . <( Ah ! voulez-vous , lui dit-elle en repoussant modestement ses ofiPres , m'enlever la jouissance entière et pure d'une bonne action ? »
Vous ne trouverez sûrement pas hors de propos qiie je présente à vos lecteurs ces faits qui ne peuvent être indifférens que pour les âmes insensibles ; et la vôtre n'est pas de ce nombre.
La réintégration du citoyen Bault honore le magistrat qui en est l'auteur ; et c'est un bienfait dont l'influence rejaillira sur les infortunés confiés à sa garde.
En rade de Brest, â bord du vaisseau le Terrible , le 4*. jour coniplëmentaire de la république française , une et indfiTisible.
Latouchb-Trkvillb , contre-amiral , commandant V armée navale.
C'est avec bien de la satisfaction , ma très-chère et digne amie , madame Bault , que j'ai appris la justice qui vous avait été rendue ainsi qu'à votre mari , en vous replaçant au poste que vous avez l'un et l'autre honoré par votre humanité et
votre désintéressement. Je sais bien bon gré à celui qui , dans le Moniteur^ a bien voulu être l'interprète de ma reconnaissance ; elle sera aussi durable que l'existence que je vous dois.
Recevez mes vceux pour votre santé et votre bonheur , et l'assurance de mon éternelle reconnaissance et de mon inviolable et tendre attachement.
Signé Latouche-Trsvillk.
Mille tendres amitiës â votre mari.
ce La bienfaisance de M. et madame Bault s'étendit également sur tous les infortunés soumis à leur surveillance y quels que fussent les principes qu'ils professaient alors. Mais les royalistes reçurent particulièrement des marques de leur intérêt. Le inari mourut peu de teqips après avoir été réintégré dans sa place ; sa veuve lui succéda dans ses fonctions et garda la même conduite. Persécutée sous le régime de la terreur, persécutée sous le directoire , elle le fut encore sous le gouvernement impérial. En 1808 , on essaya de l'impliquer dans une conspiration de prison à Sainte-Pélagie. On lui ôta du moins un établissement de restaurateur pour les détenus, qui faisait toute sa ressource ; on le supprima alors, on l'a rétabli depuis, et il a été donné à une autre personne. Lors de la restauration, elle parla de ses services et de ses malheurs. Les événemens des cent jours suspendirent ses démarches. En 1817, elle se détermina à faire imprimer le récit que l'on va lire. Madame , duchesse d'Angoulême , eut la bonté de lui faire accorder par mois une gratification de 200 francs qui a été souvent réduite , souvent suspendue. Madame Bault se retira dès lors dans une habitation modeste qu'elle possédait à Charenton avant de s'établir à Paris. Elle y est morte le 1 1 décembre 1823 , dans les sentimens de piété les plus édifians , laissant une fortune très-médiocre , au milieu des larmes de sa famille et de ses amis , et prononçant jusqu'à son dernier soupir le nom de son auguste bienfaitrice. »
3l8 éCtAIRGISSKMBNS
(c Nous aTons pen de chose à dire sur le style de cette petite production ; on a tâché seulement d'y conserver ce ton de simplicité convenable à. la personne qui parle. Souvent importunée et même inquiétée par des questions insidieuses auxquelles il était également dangereux d'opposer un silence absolu , ou de ne pas répondre précisément ce qui pouvait convenir aux intérêts des personnes qui interrogeaient, choquée des erreurs et des exagérations qu'on publiait sur des particularités que personne ne connaissait mieux qu'elle même, et craignant aussi qu'on ne supposât même des services c[ui auraient compromis sa délicates^ie et son désintéressement, èUe voulut , une fois pour toutes , déposer dans un seul acte authentique , invariable , tout ce qui pouvait servir à faire tonnaître la vérité, toute ta vente' et rien que là ceV/te*. C'est ce qti'eBe fit dans le petit écrit qu'on va lire , et où tous les faits , tons les mots ont été , pour ainsi dire, pesés au poids de la tonscience. C'est un véritable testament d'honneur qu'eue avait remis spécialement à la foi de sa famille et de ses amis les plus intimes , avec recommandation expresse dé n'y souffrir aucun changement, aucune altération. Les dépositaires de cet acte religieux ont toujours regardé et regarderaient en^ core comme une espèce de sacrilège tout ce qu'on pourrait donner à entendre, tout ce qu'on pouvait alléguer co/z/re et outrt ce qui est contenu dans le sen*s et dans la valeur intrinsèqiie des expressions que renferme cet écrit. »
Récit exact des derniers momens de captivité de lu Eeiney dêpms le \\ septembre 1795, jusqu'au 16 octobre sui^anê; pm k
dame Bault veuve de son dernier coneierg'e,
Témoin des derniers momens de captivité de l'auguste Princesse , objet de ces souvenirs , j'ai lu avec empressement tout
cve qu'on a écrit à cet égard. Je n'avais rien à connaître de nouveau , mais je cherchais à savoir si ce qu'on disait était toujours conforme à l'exacte vérité. J'ai reconnu quelques 'erreurs y produites par un excès de zèle ou de confiance. Je ne doute point , par exemple , que beaucoup de personnes n'aient voulu témoigner l'attachement le plus sincère à leur souveraine , par des offrandes et des sacrifices. Mais, à très-peu d'exceptions près , que j'ai mentionnées dans le cours de ce^ récit, je suis persuadée que ces tentatives ont été inutiles, d'après les motifs que j'en ai donnés. Ce qu'il était impossible de prouver était inutile à dire. La gloire de la Reine n'y peut rien gagner; au contraire, en «'efforçant d'accréditer des faits inexacts ou exagérés , il semble qu'on risque d'affaiblir le mérite de ses souffrances et la dignité de son caractère. Quant à moi , je n'ai rien dit que je ne puisse attester en honneur et en conscience. Je n'ai aucun intérêt à en imposer aux hommes , dont je n'attends point de . récompense , ni au ciel, qu'on ne trompe point impunément. Je serai heureuse d'avoir pu mériter la confiance et d'-obtenir quelque estime.
Veuve BAULT.
Mon mari était concierge de la maison de la Force , à l'époque de la révolution. Je partageais ses travaux, et j'élevais près de lui mes enfans. Nous fumes témoins des massacres des a et 3 septembre. H eut le bonheur de faire sauver près de deux cents détenus, et s'échappa avec eux. Mais nous eûmes la douleur de ne pouvoir pas arracher à la mort la plus illustre des victimes (1) qui périrent dans ces fatales journées. Les
(i) La princesse de Lamballe.
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assassins se rendirent maîtres de notre domicile , de nos meubles, de nos provisions, et nous' leur abandonnâmes tout ce qui était à nous , en détournant les yeux des borrears dont ils se sQuillaient en notre présence ; ils quittèrent enfin quand il ne leur resta plus rien à immoler.
Mon mari revint à son poste , et bientôt là prison se remplit de tous les sujets fidèles au monarque et à la monarchie légitimes, que leur opinion rendait suspects aux tyrans révolutionnaires. Nous résolûmes de tromper les tyrans pour adoucir le sort des infortunés , et quelquefois nos efiTorts ne furent pas inutiles.
A l'époque où la Reine fut transférée du Temple à la Conciergerie , une dame , qui venait à la Force porter des secoars à un prisonnier, sut que nous avions des liaisons avec Blichonis , Fun des administrateurs de la police de ce temps-là ; elle confia à mon mari le dessein où elle était d'engager cet administrateur à introduire auprès de la Reine un cbevalier de Saint-Louis qui désirait lui offrir ses services. Micbonis^ était rempli d'bonneur et de zèle , il reçut favorablement ces propositions. La dame nous donna à dîner dans sa maison de campagne à Yaugirard. Le brave cbevalier s*y trouva, et toutes les mesures furent prises pour l'exécution. Micbonis se cbargea du consentement de Ricbard (i). L'entrevue eut lien ainsi qu'on Fa dit dans le temps ; je n'en répéterai point les détails , dont je n'ai pas été témoin , non plus que mon mari, et qui d'aiUeurs ont été consignés dans mille autres écrits. Nous fûmes affligés du peu de succès de cet acte de dévouement et de courage. Je n'ai point revu la dame ni le cbevalier de Saint-Louis, dont j'ai oublié les noms depuis vingt-quatre ans de séparation (2). J'ai lieu de croire qu'ils n'existent pins ;
(i) Alors concierge de la Conciergerie.
(a) Voyez la note de l'ouvrage intitulé Histoire de la capt'mté t
Car il est vraisemblable qu'ils se seraient empressés de se faire connaître dans les circonstances plus beureuses que le ciel nous a enfin accordées.
Micbonis fut destitué et mis en prison. Nous étions fort inquiets , mon mari et moi , des révélations qu'il pouvait faire ; mais sa fidélité et sa discrétion ne se démentirent jamais y et c*est une justice que je dois rendre à sa mémoire. Quelque temps après il périt sur Fécbafaud , non pas pour ce fait nommément , mais à l'occasion d'une prétendue conspiration de prison , dans laquelle on l'accusa d'avoir trempé.
La destitution de Ricbard ne tarda pas à être prononcée. Nous en fûmes prévenus par un autre administrateur de ]a police , nommé Dangers , qui nous était également attacbé . Il nous ajouta qu'il était question de mettre Tborriblë Simon à la place de Ricbard. Mon mari frémit de cette idée , et conçut à l'instant le bardi projet de se proposer lui-même pour être le concierge de la Reine. Nous avions Tbonneur de connaître dès-lors MM. Hue et Gléry ; nous- leur fîmes part séparément de notre dessein. Us nous y encouragèrent. Dangers se cbargea de faire agréer notre demande , et mon mari fut installé à la Conciergerie le 1 1 septembre 1793.
En entrant dans la cbambre de la Reine , elle lui dit avec cette bonté qui ne l'a jamais abandonnée jusqu'au dernier moment : « Ab ! vous voilà , monsieur Bault ! je suis cbarmée » que ce soit vous qui veniez ici. » Mon mari n'avait jamais eu l'bonneur d'approcber de Sa Majesté. Il ne concevait point par quel miracle elle avait pu être instruite d'une négociation qui avait été si prompte et si secrète. Nous regardâmes ce concours d'événemens comme un ordre et comme un bienfait
Louis Xyi et de la famille royale; chez Michaud, imprimeur-libraire ; page 375. M. Hue nomme ce chevalier de Saiut-Louis Rougeville. Je m*en rapporte à sa mémoire.
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de U ProTÎdaiico. C'était un k>iih«v pour boim é^ taviHr qiM nos MHQS seraMmt «gré«Ues ; aout redcKibUmef 4'Mrd«iir pour tâcher qu'ils fussent utiles. Nous b9 d^mandionft p9i d« pl«6 grandes réconpen«e». Si d'autres arûfij^t pu meUrv un prU à leurs serricet , on savait bien que mon mari «e dévouait par des motifs trop élevés pour obéir à d«a vuea mercanairtf.
On conçoit sans peine que les rigueurs redoubUreat d'ac« tifité depuis l'aventure de Micboaia et de Richard. On sigaifia à mon mari qu'il fallait que l'accusée fut nourrie , comns les autres » de Tordinaire le plus grossier de la priaon. « Je » n'entends pas «ela, leur ditril ; c'est ma prisonnière , j'ea » répo«da sur ma tête ; en pourrait tenter de remp<Hsonufr, » il faut que ce soit moi qui veiUe à ses aliiueus i pas une i> goutte d'eau n'entrera ici sans ma pcrnûssion. » On Xrwkn qu'il avait raison, et dès ce moment je fos, uvec ma 6XUi (^rgée de la nourriture. ËUe ne fut pas recherchée , maisdn moins sain« et convenable. On ne servit phxa à la Reine éc l'oau malpropre dans un vase fétide y ainsi qu on avait eu k brutale insolence de le faire auparavant^ Nous eûmes un soîd particulier de cet objet, sur lequel elle était extrêmement délicate.
Toua lea cœurs n'étaient pas fermés k la pitiié. Une fenuae de la Halk vint un jour apporter à mon mari un melon pour sa ^imne Reine. Une autre offrit des pêchea. Tout fut remis à sa deetination ; mais il fanait user d'adresse pour né pa« a'esposer aux reproches. Pareils faits s'étaient déjà paasés du temps de Richard, suivant le témoignage de M. Hue. (Fojrci It mime mwmge déjà mt/Uionm, )
Je ne suis jamais entrée dans la chambre de la Reine pendant tout le temps que mon mari Ta eue en sa garde. Foar paraître plus exact , il m'en avait donné l'exclusion , et s'en était à lui seul réeervé le droit , encore était-il tov^oura accompagné de deux gendarmes qui veiHaieat sur tous aaa mouve*
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mens. On avah woim de choisir les plus méchans pour aetl« «scorte. Souvent des admiaistrateurs de la police ^ Vaecusatafir. pirblie , wbl même des mend>re8 du Comité de sûreté géuécalc « -venaient enK-mènes faire l'inspection ; c'était le moment des plua edienses recherches. iU aperçurent un jour une vieiUe tapisserie que mon mari avait fait attacher le long du Ut de la Reine, afin de corriger l'humidité du mur ; ils en témoignèrent leur mécontentement. « Ne voyea-vous pas, leur dit mon » mari, que c'est afin de rompre le hrutt, et d'empêcher qu'oii » n'entende rien dans la chambre voisine ? » Bs furent émeriretUéa de ja pénétration. « C'est juste , lui dirent-ils ; tu as V hien fait. » Pour tromper ces misérables, il fallait parler dans leur sens.
L'insalubrité de la chambre était telle , <pie la robe noire de Sa Maj^té, la seule qu'elle n^ alternativement avec une robe blanche apportée du Temple , tombait en lambeaui^« Afta fille AÎnée , que j'ai perdue il y a cinq ans , y mit une bordure neuve. Je recueillis les vieux morceaux, et les distribuai à plusieurs personnes qui me les demandèrent avec instance. A|a fille était sans cesse occupée à raccommoder le linge, les vêtemens, les bas, les souliers, qui s'usaient complètement. Le soin de la chambre et de l'intérieur du ménage lui était confié ; elle seule pouvait y entrer pour faire ce service ; elle était encore chargée d'arranger la modeste coiffure de chaque jour, et ne fut pas exempte de ce devoir au moment même du sacrifice. Je me rappelle toutes ces particularités comme si les objets étaient encore sous mes yeux. La Reine n'avait que trois chemises assez fines , dont l'une était garnie d'une dentelle de Malines fort belle. On les lui donnait alternativement tous les dix jours. Ce service se faisait par le greffe du tribunal révolutionnaire. On n'aurait pas osé dépasser d'un mouchoir le compte strict de cette fourniture. La Reine s'occupait k écrire sur la muraille, avec une pointe d'épingle, l'état de son linge. Elle y avait tracé aussi d'autres caractères. Mais aussitôt après
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son départ on mit partout une couche épaisse de «ooleur, et tout fut effacé.
J'ai insisté sur ces détails , qui paraissent minutieux y pour démontrer combien il eut été inutile ou insensé d'entreprendre de fournir ostensiblement k la Reine la moindre chose au-delà de ce qui était prescrit par le régime odieux des prisons. Que des personnes courageuses et charitables, mais modestes et ignorées , aient pu réussir à lui porter en secret (t) quelque objet de première nécessité , et surtout peu apparent , je crois un tel fait comme si je Favais vn , quoiqu'il soit antérieur à notre établissement k la Conciergerie , parce i qu'indépendamment de sa vraisemblance, il est appuyé sar des témoignages irrécusables. Mais qu'on ait réussi à lui faire parvenir une grande quantité de choses de luxe ou simplement de commodité usuelle, c'est ce qu'il est impossible d'imaginer. L'envoi ne serait point arrivé à sa destination -, il eût été englouti dans le greffe révolutionnaire (2). Le concierge lui-même n'aurait pas pu , sans le plus grand danger, en détourner la moindre partie pour sa prisonnière. Un senl trait prouvera combien cela était hors de son pouvoir.
La Reine avait désiré une couverture de coton anglaise.
(i) Voyez au sujet de mademoiselle Foucher, la note de Pouvrage intitule : Histoire de la captivité de Louis Xf^l et de la famille royale, etc.; chez Michaud, imprimeur-libraire; pages 267 et soi vantes.
(3) Quelques jours après la restauration , dans le courant d'avril i8i4 ) madame de Tourzel , que j'eus Thonneur de voir, me demanda s'il dtait vrai qu'on eût donné un trousseau à la Reine. Je lui répondis sans hésiter que * non-seulement cela n'était pas , mais que cela ne pouvait pas être , ainsi que je le démontre en ce moment. Si cette idée est venue à quelqu'un, cela aura été une peine inutile ; en tous^ cas , j'affirme bien positivement que jamais mon mari n'en a entendu parler.
Mon mari se chargea d'en parler à Fouquier-Tinville. n Qu'oses-tu demander? s'écria ce monstre en écumant de » colère ; tu mériterais d* être envoyé à la guillotine. » Nous fûmes consternés. Nous y suppléâmes de notre mieux. Je fis faire un matelas de la meilleure laine que je pus trouver , et on l'échangea contre celui de la prison. Je ne sais point, pour trahir la vérité , m'«norgueillir de ce que je n'ai pas fait , ou plutôt de ce que je n'ai pas pu faire. J'ai vu le modèle de la résignation la plus religieuse et de la constance la plus héroïque ; mais, il ne faut pas le dissimuler, le ciel a voulu que la Reine de France hût jusqu'à la lie le calice de la douleur, et mon regret éternel sera d'avoir fait si peu de chose pour en diminuer l'amertume. Hélas ! nous ne pouvions pas sauvlsr ses jours , nous voulions du moins que ses derniers momens fussent exempts de trouhle, et la majesté de sa personne à l'ahri de toute insulte.
Cependant mon mari cherchait avec la plus vive sollicitude à deviner les moindres désirs de la Reine. D multipliait , sous différens prétextes , les occasions de l'approcher. Elle lui avait confié le soin de ses cheveux ; il s'en acquittait tous les matins le moins mal possible. Si l'attention la plus respectueuse eut pu tenir lieu d'adresse , la Reine aurait été satisfaite. EUe eut du moins la bonté de le paraître ; elle saisissait ce moment pour lui adresser quelques-uns de ces mots obligeans auxquels personne ne savait donner plus de grâce qu'elle. Un jour elle lui disait , en faisant allusion à son nom : « Je veux vous api> peler bon , parce que vous l'êtes , et que cela vaut encore » mieux que d'être beau (Bault). » Une autrefois, en le remerciant , elle ajoutait : n Je ne serai jamais assez heureuse » pour vous récompenser de ce que vous faites pour moi. m Elle ne manquait jamais de lui demander des nouvelles de ses eufans, et de madame Elisabeth. Mon mari pouvait lui répondre quelquefois, lorsqu'il avait des informations par M. Hue qui avait conservé des correspondances avec le
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Temple , et n« craignait pas de pénétrer aussi de temps ta temps à iaConcieiKerie. Tant de bonté , de deuceur , de sensily^ité, uni 4 tant de cimrage, oons pénétrait jiu^*aux larmes. Nous étions henrenx lorsque novs poaviona pleorer dans la solitude de notre intérieur» car il n'eut pas été prudeat de paraître attendri devant les farouches satellitea de la commune qui nous obsédaient pendant toute la journée.
Au milieu des dangers cpti T environnaient , la Bjeine était agitée -de la crainte de compromettre les personnes qim paniiaaient prendre iuDéret A son sort. H lui fallait composer son visage^ ses paroles , et jusqu'à la moindre démanche. Un oonp d'œil, un mot , un geste , auraient sufi pour éveiller le soop- ^n d'intelUgenctt avec son fid^ gardien » ^t tout annit été perdu. Un jour, néanmoins, elle se crut assez maîtresse de son n^ouv^ement pour glisser , sans être aperçne » dans la main de mon mari quelque chose qu'elle avait préparé en secret, âoit que l'acllion n'eût pas été assez prompte ou assez cachée, les deux gendarmes s'en aperçurent et s* élancèrent sur «oa mari , en criant avec fureur : < Q'est-^ce qu'on vient de te lemûttre ?» Il fut ohligé d'ouvrir sa main , et de montrer ce qu'il venait de recevoir: c'était une paire de gants et nae houdbe de chevieux (i)^ qui furent saisis à^l'instauA e^ portés an
(i) Dés le 33 mars i8i4 , la Gazette de France avait rendu CDBupte de ce fait que j'avais révélé dépuis long-temps au rédacteur de Farticlé. En i8i6, la paire dé gatfts et îa boucle de cbeVéax ont été trouvés che« Cotarte^, avec >a lettre de k ilein«. Ainsi ta f^evidenee a ^permis que la viérité dé mes assertions fût jasti&ée par ks évéaemens. Ces deuz ol^ets avaient passé des mains de Fouquier dans celles dehobespierre^ et Courtois les avait trcmvés chez celui-ci, ainsi que la lettre, lors de la visite de ses papiers. Courtois n^avait point parlé de cette découverte dans son rapport; il en réservait la rêvétaÛcn, aiasi qtk'il1*a àvcm^ loi-inéme , pour «ne occasion plus fkvAraMè.
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greffe de Fonqoier. Nous ne deratâne« point que cet ôbjocs ne fassent destinés par la Reine , à tes ettfaAs , et nom p«rt«geâmes to«te la douleor de cette privatioft.
La Reine ne se découragea point ; le e«tur d'vne aaère eat ingénieua , et le malhettr double sa force. £lle imagina de tirer quelques fils de la tapisserie attachée à son lit , et d'en treeter tine espèce de jarretière , à Taide de deut cttre-^nts , aetili instmmens de travail que lui eussent laissés ses mMralileè pertéctiteiira , qvii hn a-vaient refusé te» aigttilles à tricoter. Lorsque !*o«ivrage fàt acberé , eHe le laissa tomber un jour à ees pieds , au moment où mon miai enitrait dans ta» c&ambre* n devina «ar4e-champ la penaée de la Reine , t'avança rapi» dément Ters elle , tira ton meocboir qai parât lui échapper ^ en coii'rrit la jarretière, et ramasta le tout enseanble^ Koot censervâmet religieusement ce tissu précieux ; je le donnai à M. Hse , qui devait accompagner Son Ahette Reiyale Madame, à y ie4[ine ; il le lui remit en la joignant à Huntngae , ainsi qu'il a bien voulu l'attester dans tou ouvrage intitulé : Dtmièrei annéôt du règne 4t dt la 9^ de Loaé» XFJ y page 5$1K.
Pour obtenir que les gendarmes »e restattent plus dans la chambre de la Reine , oà ils passaient la journée à boire , à jouer, à fumer, tépurés d'elle seulement âw mofen. d'un pa» ravent qui coupait le local en deux parties , mon mari , tout prétexte de sa responsabilité , avait pris la def dans sa poche , et les deux toldats restaient à la porte extérieure. Les juremens , les imprécations , les blasphèmes , ue blessaient plut les oreilles de l'auguste prisonnière , et n'interrompaient plus ses religieuses pensées. Elle ne pouvait pas travailler faute de lumière et de moyen d'occupation , ainsi que je l'ai déjà dit. Elle lisait • sa lecture .favorite était les voyages du capitaine Gook que mon mari lui avait procurés. La plus grande partie de son temps était consacrée à la prière ; souvent on la vît dans ce pieux exercice qui remplissait presque tout les mo-