‹ Journal de deux voyages apostoliques dans le Golfe Saint-Laurent et les provinces d'en bas, en 1811 et 1812Chapitre 12 sur 17 · M AOUT · texte numérisé non relu

M AOUT

26. — La mission s'ouvrit le vendredi matin, et fut assez recherchée pour donner aux ministres évangéliques la consolation de se rendre utiles à un bon nombre d'âmes. Il n'y eut pas plus de vingt-trois confirmés ; il n'y en avait eu que vingt-cinq à Richibouctou ; le défunt évêque, dans sa visite de 1803, ayant confirmé les enfants de tout âge, il était naturel de ne trouver à confirmer dans chaque poste que ceux qui s'étaient trouvés ou malades ou absents lors de la visite précédente. Mais, la confirmation à part, combien d'autres objets dignes de la vigilance et de l'inspection de l'évêque dans ces endroits écartés dont la population croît dans une progression étonnante, comme le démontre le rapprochement des notes prises cette année, de celles qui avaient été prises neuf ans auparavant ! Que sera-ce si l'on remonte à cinquante-cinq ans plus haut } Ce qui forme aujourd'hui la ])rovince du Xouveau-Brunswick, était autrefois considéré comme faisant partie de l'Acadie, mais, si l'on excepte le village sauvage de Miramichi, toute la côte maritime de cette province était entièrement inhabitée. Maintenant entre cette place et la rivière Miramichi, sur les deux rives de laquelle il a déjà été observa qu'il y avait quarante lieues d'établissements nouveaux, il n'y a pas moins de vingt villages ou paroisses maritimes tous occupés par des Acadiens, depuis la rivière de Ristigouche qui sépare à Pouest le Nouveau-Brunswick d'avec le Bas- Canada, jusqu'à la baie Verte où commence à l'est la province de la Nouvelle-Ecosse Bientôt ces

villages tiendront les uns aux autres. Le soin que prend le gouvernement de faire ouvrir des chemins en toute direction rendra les communications plus faciles. Les sujets jouiront des avantages résultant des six jours de corvée qu'ils y donnent tous les ans, et l'on voit avec plaisir approcher le temps où l'on pourra voyager par terre de là à Ristigouche, aussi commodément qu'on le fait à présent, de Caraquet à Richibouctou.

Sur toute cette côte on trouve d'espace en espace des familles Micmacs ; de plus, il y en a sur l'Isie Saint-Jean, sur le Cap Breton et dans la Nouvelle- Ecosse, en sorte qu'il serait à désirer que l'étude de cette langue pût entrer dans l'éducation des jeunes ecclésiastiques du diocèse, n'y ayant aucun des missionnaires du golfe qui n'ait à regretter de n'avoir pu l'apprendre avant d'y être envoyé, si l'on excepte l'abbé Painchaud qui la sait assez imparfaitement. Jl est vrai de dire qu'elle est complètement ignorée de tous les autres. Qu'en résulle-l-il? qu'il faut recourir à des interprètes pour confesser ces sauvages: or ces interprètes sont rares et maladroits, ou ne peuvent rendre les paroles des sauvages que dans une autre langue également étrangère au missionnaire ; en supposant même qu'ils rendent bien les confessions, il est impossible d'instruire ces pauvres sauvages chrétiens par des interprètes, ou de pouvoir juger s'iLs saisissent bien les instructions qu'on réussirait à leur transmettre par ce canal. Ils sont donc condamnés à une ignorance qui durera autant de temps qu'ils

n'auront pas de prêtres capables de leur donner directement les instructions chrétiennes.

Il est vrai que les Micmacs peuvent apprendre par routine les langues française et anglaise, et que quelques-uns d'eux parlent assez passablement celleci. Mais quiconque aura tant soit peu fait d'observations sur les sauvages, sera aisément convaincu qu'on ne peut leur conserver leurs anciennes mœurs qu'en les maintenant dans leur langue, et qu'en apprenant quelques langues européennes que ce soit, ils se trouvent inévitablement plus exposés, les hommes à l'ivrognerie, et le^ femmes au libertinage, par la facilité qu'ils ont alors de communiquer avec ceux dont la langue leur est devenue familière.

27. — Il entrait dans le plan de la campagne de cette année, de visiter les missions de Memramkouk, de Peticoudiac et de Menoudi avant de passera l'isle Saint-Jean. De Gédaïque on peut s'avancer dans les terres et atteindre Memramkouk au moyen d'un portage de huit lieues. L'évêque se disposait à l'entreprendre, assez affligé de n'avoir pu rencontrer l'année précédente, le respectable M. Ciquart préposé à la conduite de ces trois missions. Cependant il en fut empêché et par les prêtres qui l'accompagnaient et par trois hommes arrivant de là, qui s'accordèrent à décider que les fréquentes pluies de cette année avaient tellement gâté le chemin de ce portage, qu'il ne pouvait prudemment l'entreprendre à pied, seul moyen qu'il y eût de le franchir. On ne songea donc plus qu'à se porter vers l'île Saint-Jean, comme

à la terre la plus voisine de Gédaïque où l'on termina la visite par le salut du St. -Sacrement donné à la fin des vêpres le jour de la fête de saint Pierre. On s'embarqua le même soir avec la bonne intention d'aller droit à la baie de Bédèque, d'où il était aisé d'atteindre celle de Richmond où de Malpec, au moyen d'un petit portage de deux milles, par lequel on traverse l'île dans sa partie la plus étroite.

L'évêque laissa donc le rivage et les fidèles de Gédaïque chez lesquels il n'avait eu rien à observer de particulier, sinon la manière extraordinaire dont on y présenta les pains à bénir le dimanche qu'il s'y trouva. Au Gloria in fxcelsis de la grand'messe, trois jeunes hommes accompagnés de trois jeunes filles, se présentèrent au balustre, tenant chacun sur ses mains un des pains qu'il fallait bénir. Dès que l'évêque se leva pour en faire la bénédiction, chacun remit son pain à sa compagne qui le prit de travers sur sa poitrine, le tenant par les deux côtés avec des linges dont elles étaient pourvues tout exprès. La bénédiction faite, les pains furent rendus aux trois hommes qui les avaient apportés, lesquels se mirent aussitôt en devoir de les couper et distribuer au peuple, tandis que les trois filles firent la quête dans l'église. Cette cérémonie, étrangère à notre usage, s'exécuta, il faut l'avouer, avec une décence remarquable.

190 LE FOiTR CANADIEN.

A'isite à l'ile Saint-Jean (ou du Prince-Edouard) — M. McEachern, missionnaire— Desci'iption de Tile — Ses habitatits — Son histoire—Ttnure — Population — Gouvernement — Le col. Campton — M. de Talonne.

30 Juin. — On leva l'ancre le lendemain matin, après une nuit bien cruelle parla quantité de moustiques qui remplissaient la goélette, attirés en partie par le voisinage des isles où elle était mouillée, et en partie par les orages qui s'étaient presque succédés sans interruption tout l'après-midi du 29 ; car cette campagne a eu de particulier que de tous les endroits où nous avons fait mission, il n'y en a pas un sur douze d'où nous soyons partis sans y essuyer des ondées plus ou moins fréquentes.

1er Juillet.— Les Acadiens que l'évêque avait surtout en vue dans la visite de l'Isle Saint-Jean, étant presque tous établis au nord-est de la dite isle, le capitaine Dugast fut d'avis qu'au lieu de débarquer à Bédèque, il valait mieux faire le tour par le cap ouest et par la pointe du nord et nous rendre à Malpèque avec la goélette même, qui pourrait de là nous transporter successivement aux autres postes de la même côte où il faudrait faire mission. On se rendit à son avis ; il se mit en devoir de louvoyer ; la journée entière lui suffit à peine à atteindre la pointe de l'ouest qu'il dédoubla au soleil couchant. Peu favorisé de la marée, encore moins du vent, il ne fit

presque aucun progrès dans toute la nuit. Le lendemain matin le vent contraire fraîchit si fort, qu'il désespéra de pouvoir atteindre le cap nord. Conseil tenu, on fait vent arrière pour regagner, à 15 lieues de là, la Baie de Bédèque, où l'on aurait mieux fait de se rendre d'abord selon le premier projet.

Cette baie est grande, belle, environnée de plusieurs terres d'un site agréablement varié, et propres par leur degré de culture à donner une idée avantageuse de la fertilité de l'isle.

Les plus grands vaisseaux marchands peuvent havrer dans cette baie ; il y en avait alors même huit à dix. A peine étions-nous mouillés, qu'une chaloupe aborda la goélette ; elle portait M. Angus McEachern, missionnaire de l'isle, qui n'avait reçu que le soir précédent la lettre à lui adressée par l'évêque et s'était aussitôt, mais trop tard, mis en route pour l'aller trouver à Gédaïque. Il fut accueilli comme un homme précieux dans la circonstance, lui seul pouvant être bon guide dans des missions qu'il a desservies presque seul depuis vingt-deux ans, MM. de Caionne et Richard n'ayant été que trois ou quatre ans dans cette isle, et occupés à la desserte des seuls Acadiens,

M. McEachern connait cette contrée aussi parfaitement que possible, au physique et au moral. Il n'y a pas une baie, un havre, une anse, une pointe, une batture, un écueil qu'il ne soit capable d'indiquer, pas une route par terre qui ne lui soit familière, pas une famille catholique ou protestante, acadienne ou

écossaise, dont il ne connaisse le fort et le faible ; pas une propriété sur la valeur de laquelle il ne soit en état de prononcer. Arrivé d'Ecosse en 1790 avec sa famille et une colonie de ses compatriotes, il commença à exercer le saint ministère en leur faveur dès qu'il se fut pourvu de l'autorisation de Pévêque diocésain. Depuis ce temps il a infatigablement travaillé au salut des âmes. La présence de MM. de Galonné et Pichard ne fit que donner lieu à son zèle de s'exercer en faveur des Ecossais catholiques du Cap Breton et de la terre ferme de la Nouvelle- Ecosse dont il sera fait mention ci-après. Après leur départ, qui eut lieu, pour l'un en 1803 et pour l'autre en 1804, il s'est renfermé dans l'isle, parce qu'il ne lui était pas possible de s'étendre au-delà. Les Ecossais et les Acadiens s'applaudissent également de sa vigilance et de sa ponctualité ; sa conversation est celle d'un prêtre vertueux, qui tout en remplissant avec scrupule les devoirs de son état, n'oublie pas ce que la bienséance exige de lui, et sait se faire respecter de tous. Il a fait la joie et l'édification de la mission de cette année, pendant les six semaines qu'il l'a suivie.

M. McEachern coucha à bord de la goélette avec deux bons Acadiens qui l'y avaient accompagné, et informa Pévêque de l'empressement avec lequel il était attendu du colonel Campton, seigneur de Malpec, et du désir qu'il avait de le loger chez lui avec toute sa suite. On se détermina donc à commencer par Malpec la visite des différents établissements de l'isle.

Tout le monde sait que Pisle Saint-Jean est une des plus grandes du golfe : sa longueur est de 40 à 45 lieues ; sa largeur de 8 à 12. Elle est environnée de havres, dont les plus estimés sont ceux des trois Rivières ou Cardigan-hay au sud-est, et de Charlotte au centre. Le sol en est généralement fertile quoiqu'un peu sablonneux, mais exposé à une calamité fâcheuse, savoir aux ravages des souris qui, en certaines années, se répandent par millions dans les campagnes et dévorent non-seulement les grains, mais encore les patates, les navets, et ce qu'elles })euvent atteindre d'autres légumes. On reconnaît qu'il y aura des souris en grand nombre, lorsqu'il y a eu beaucoup de faînes dans les bois, l'année précédente, car elles s'entretiennent pendant l'hiver avec ce fruit et se multiplient, pour le malheur des habitants. Les faînes viennent-elle à manquer, on en remercie le ciel, parce que les souris, privées de celte nourriture, meurent de faim l'hiver suivant et qu'il ne s'en échappe qu'un petit nombre.

Les arbres de cette isle ne sont remarquables ni par leur hauteur ni par leur grosseur. Ils sont même généralement inférieurs à ceux du Canada ; il y a peu de bois franc, presque point d'érable, encore moins de cèdre, à la place duquel on fait usage d'épinette rouge, nommé violon dans le pays, comme de celui qui résiste plus longtemps à l'air et à la pluie ; on se chauffe avec le hêtre et le bouleau. Les clôtures ou houchures étant sans poteaux, sont faites en zig-zag, de perches gommeuses et mal ébranchées et sans bar-

rières, de sorte que pour passer d'un champ à l'autre, il faut sans cesse les sauter, au risque d'y déchirer ses habits ou de les couvrir de gomme. Cet inconvénient, au reste, n'est pas particulier à l'isle Saint-Jean. C'est la pratique générale des établissements du golfe. U semble qu'on y ait proscrit l'usage des barrières ; à peine en trouve-t-on une de dix lieues en dix lieues.

Quoique les forêts de l'isle Saint-Jean soient claires et entre coupées de beaucoup de routes, même assez larges, que le gouvernement a eu soin d'y faire pratiquer, il s'y trouve néanmoins des ours ; on en voit tous les ans et en plus grand nombre qu'on ne devrait naturellement s'y attendre ; les brebis, les cochons, les bètes à cornes en sont souvent les victimes.

L'isle Saint-Jean partage, avec le reste du golfe, les avantages de la pêche. Elle a des huitres en abondance dans plusieurs de ses baies, des homards sur les grèves, du saumon dans ses rivières, de la morue à une petite distance de ses côtes. Ces ressources jointes à celles de ses produits territoriaux suffisent pour mettre à leur aise ceux de ses habitants qui sont propriétaires de leurs fonds, et savent se borner dans leurs désirs ; on n'y voit point de mendiants.

Elle fut d'abord peuplée par des Français venant d'Europe et par des Acadiens.

Le Port la Joie, dans la rivière du nord-est, aujourd'hui Hillshorough river ^ la pointe Prim au sud de l'isle, les Trois Rivières, la baie Saint-Pierre, le havre Sauvage, la baie de Fortune, voilà quels étaient les principaux, pour ne pas dire les seuls établissements

de cette île avant la conquête. Les habitants s'y étaient placés de l'agrément du gouvernement français, mais sans prendre de concessions de leurs terres. Lorsque les Anglais, ayant pris pour la seconde fois Louisbourg, dans Pisle du cap Breton en 1758, en eurent rasé les fortifications qui étaient regardées avec raison comme le seul boulevard des établissements français dans cette partie de l'Amérique Septentrionale, une terreur générale s'empara des habitants de tous les alentours. Chacun prit la faite, de peur de tomber entre les mains des Anglais, et aurait autant aimé tomber sous les griffes du diable. Ceux de l'isle Saint-Jean ne furent pas les derniers à fuir. La plupart abandonnèrent leurs terres pendant deux ou trois ans, d'autres y revinrent seulement après la paix de 1763, d'autres enfin s'étant fixés ailleurs, oublièrent leur ancienne patrie et n'y reparurent plus ; ceux qui étaient restés ou revenus ne songèrent pas à s'assurer de leurs possessions, ce qui n'aurait rencontra aucun obstacle de la part du gouvernement britannique, du moins en faveur de ceux qui lui avaient prêté serment de fidélité et qui l'avaient observé, car il s'en était trouvé un certain nombre qui par une religion mal entendue n'avaient pas cru pouvoir en conscience jurer fidélité à un prince hérétique^ et d'autres qui l'ayant jurée s'étaient follement persuadés qu'un tel serment ne les liait pas, et en conséquence l'avait transgressé en prenant de nouveau place dans les armées françaises. Par ces diflPérentes causes, l'isle se trouvant tout entière à la disposition des

conquérants, elle fut donnée par le gouvernement d'Angleterre à différents particuliers, après avoir été divisée, en 1765, par les soins d'un gouverneur nommé Patterson, le premier qui y ait été établi, en 67 lots ou townships de 20,000 acres chacun. Comme l'isle avait peu de réputation, ces townships ne furent pas d'abord fort recherchés, attendu surtout qu'il fallait faire des frais pour en tirer parti. Du reste la division était bien calculée, puisque de ces 67 townships ou lots, on a peine à en trouver deux qui n'aient ou un de leurs côtés ou une de leurs extrémités bordé par la mer. Cependant les familles acadiennes continuaient de défricher à Rustico, à Malpec, à la baie de Fortune, à Cascompec, etc. Des familles écossaises fuyant une patrie où elles étaient vexées par leurs seigneurs en haine ou sous prétexte de leur catholicité, vinrent aussi s'y établir avec autant de confiance et sans plus de précaution que les Acadiens. Les uns et les autres demeurèrent tranquilles tant que personne n'eût d'intérêt à les molester. Mais enfin les seigneurs ou propriétaires des lots parurent ou envoyèrent des agents ; quelquesuns concédèrent aux occupants, sur le pied d'un chelin par arpent en superficie, les terres qu'ils avaient défrichées ; d'autres exigèrent deux chelins, d'autres une demi-piastre. Quelques tenanciers se soumirent à ces deux dernières impositions et se trouvèrent bientôt obérés et dépossédés en conséquence. Il y en eut qui prirent le parti de se retirer immédiatement plutôt que de subir une telle imposition ; d'autres

entrèrent en composition avec les seigneurs et eurent leurs terres quittes de toute rente moyennant une somme une fois payée. Quelc;ues-uns après avoir perdu tous leurs travaux sur une seigneurie passèrent sur une autre où ils eurent encore la simplicité de défricher, aux risques d'une nouvelle expulsion. Les familles écossaises nouvellement émigrées profitèrent à peine des bévues que lears frères avaient faites : plusieurs prirent leurs sûretés, la plupart ne les prirent pas, de sorte qu'encore aujourd'hui on voit trembler sur cette isle des familles qui craignent à tout moment d'être évincées et de voir de nouveauxvenus profiter de leurs travaux. Entre les non-propriétaires il y a des Acadiens qui gagnent le Nouveau- Brunswick, et des Ecossais qui traversent au Cap Breton. Dans ces deux provinces ils trouvent dans les concessions de la couronne des établissements sûrs qu'ils auraient aussi bien j)u y trouver vingt ans plus tôt, s'il n'avaient cela de commun que les Ecossais veulent toujours demeurer parmi les Ecossais, et les Acadiens parmi les Acadiens. Souvent cette considération les a aveuglés sur tout le reste. La population de l'isle est estimée en ce moment à 8,000 âmes, dont la moitié sont protestants ; sur les 4,000 catholiques, il y a environ 250 familles écossaises, le reste est acadien. La plus parfaite harmonie règne entre les Acadiens et les Ecossais ; cependant il ne s'est encore fait aucun mariage entre les uns et les autres ; chacun tenant aux mœurs et aux allures de sa nation, aime mieux y chercher un parti, que de

s'allier à des étrangers au risque da vivre dans la discorde.

L'Isle Saint- Jean est régie par un lieutenant-gouverneur qui avait ci-devant £500 d'appointement et en a £800 depuis quelques années. Il a un conseil composé de sept à huit membres à la nomination du roi. Les mêmes forment le conseil exécutif et le législatif. Une chambre de 18 membres élus par le peuple, fournis par les trois comtés de Plsle, mais qui n'est convoquée que quand il plait au lieutenant-gouverneur, qui ne s'est pas assemblée depuis trois ans, et qui, à une époque précédente, a été six ans consécutifs sans être convoquée, concourt avec le gouverneur à la confection des lois. Il parait que les pouvoirs de cette législation sont trè<-bornés. Ses opérations se réduisent le plus souvent à régler la milice et les chemins de l'isle. Il y a un grand juge qui est salarié ; il y a deux assesseurs qui ne le sont pas ; il en est ainsi des membres du conseil. Un procureurgénéral, un greffier de la cour, un shérif, un trésorier, un registrar, quelques avocats, tel est, à peu-près, le total des officiers civils. Le gouverneur n'a ni aidesde-camp, ni secrétaires, faute d'argent pour les payer. Les revenus publics se réduisent à si peu de chose, que quelque petits que soient les appointements des officiers, ils ne peuvent être payés qu'en Angleterre, et que le gouverneur désirant dernièrement procurer le pardon royal à un meurtrier condamné à mort, était aux expédients pour savoir comment on pourrait subvenir au chauifage et à la nourriture du

prisonnier jusqu'à ce que sa grâce fut venue d'Angleterre.

2. — Les voyageurs apostoliques laissèrent V Angélique le jeudi matin, avec ordre au capitaine Dugasî de les aller attendre au haut de la rivière du nordest (Hillsborough river) où ils s'enibanjueraient de nouveau dans dix à douze jours pour descendre à Charlottetown.

Le colonel Carnpton ne se contenta pas d'avoir fait inviter l'évêque et sa compagnie de loger chez lui pendant la visite de Malpec, il poita l'attention jusqu'à envoyer deux voitures à Hédec pour transporter leur bagage, et venant au devant d'eux lorsqu'ils approchèrent de sa maison, il témoigna sa surprise de ce qu'ils avaient fait le portage à pied, et leur fit mille excuses de ne leur avoir pas envoyé de chevaux de selle pour les conduire chez lui. Obligé de partir le même jour pour se rendre à Charlottetown où une affaire indispensable l'appelail, il ]>ria l'évêque de se considérer comme le maitre de sa maison, et lui offrit les servic(^s du capitaine Tlis. Campton, son rils, et de madame Sanry, sa gouvernante, tous deux catholiques, qui mirent le j)lus grand intérêt à prévenir leurs hôtes sur tous leurs besoins. Le préhit avait alors cinq compagnons, savoir: messieurs iMcEachern, Painchaud, Beaubien, Maguire et Côté. Tous eurent également à se louer des attentions et de la délicatesse de la dame et du jeune officier.

M. Harry Ca :.pton, ci-devant capitaine dans l'armée avec rang de lieutenant-colonel, ayant quitté

200 LE FOYER CANADIEX.

ie service et tait Pacquisition du lot 17 de Pïsie Saint Jean, qai est borné à une de ses extrémités par la baie de Malpec, et à l'autre par celle de Bédec, se décida à y venir demeurer en 1803, avec son fils et sa fille, nés, comme lui, protestants, mais dont les préjugés commencèrent à se dissiper par la conversation intéressante et édifiante de l'abbé Boussin, aujourd'hui piètre du séminaire de Montréal, qui venait d'Angleterre à bord du même vaisseau. Arrivée à l'isle Saint-Jean, cette famille se lia à M. Pabbé de Calonne, qui venait d'être chargé de la desserte de Saint-Jean-Baptiste, établie dans cette seigneurie, et dont les prédications et les bons exemples achevèrent dans ces jeunes cœurs ce que la conversation du premier ecclésiastique y avait commencé. Tous deux abjurèrent le protestantisme en présence de leur père qui songeait lui-même à se faire catholique, mais qui, pour son malheur, obtint une place de conseiller dans Pisle, et remit à un autre temps le changement qu'il méditait. Car il est à remarquer que nul catholique n'y est admis aux emplois civils, ni n'a droit de voter dans les élections populaires; on a même disputé aux catholiques la très-mince prérogative d'être du nombre des jurés dans les causes civiles ou criminelles. Les Acadiens sont peu sensibles à ces privations ; il n'en est pas de même des Ecossais, qui connaissent la constitution britannique, et désireraient participer à ses avantages ; privés de cette satisfaction, ils n'en sont ni moins zélés pour les intérêts de la Couronne, ni moins respectés de ceux

qui savent apprécier le mérite. Il est bien reconnu dans Pisle Saint-Jean, que les buveurs qui remplissent les cabarets de Charlotietown, et les plaideurs qui y donnent beaucoup d'occupation aux cours de justice, ne sont pas des catholiques, mais des presbytériens, des dissidents, des new-lights^ des méthodistes, etc., car de toutes les sectes protestantes la moins nombreuse ici est Pé^lise anojlicane : le ministre même préposé aux fidèles de cette communion est soupçonné de presbytérianisme. Au reste, il importe assez peu aux catholiques, instruits d'avance par le divin auteur de leur religion, qu'ils soient exposés à la haine de tout le monde à cause de son nom, que leurs frères séparés soient d'une secte ou d'une autre, puisque toutes ces sectes se réunissent quand il s'agit de persécuter les vrais croyants, et que cet esprit de haine et de persécution est même le seul article sur lequel toutes les sectes s'accordent entr'elles.

Quoique par un effet de l'infirmité humaine le colonel Campton ne soit pas parvenu à embrasser la vraie religion, il a néanmoins conservé un profond sentiment de respect et d'amitié pour M. de Calonne, et sa connaissance avec l'évêque de Québec n'a pas d'autre origine qu'une correspondance qui a eu lieu entr'eux à l'occasion de quelques effets que cet abbé l'avait chargé d'adresser à l'évêque, lorsqu'il passa en Angleterre en 1804.

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