P OCTOBRE
damnées à demeurer sans ressource pour leur religion à Pépoque de la mort de leurs missionnaires actuels, si l'on ne songeait d'avance aux moyens de leur donner des successeurs de leur langue. Or ces successeurs, ils ne peuvent les trouver que dans des jeunes gens qu'ils enverraient à Québec prendre leur éducation ecclésiastique, la vieille Ecosse ayant trop de besoin des siens pour se flatter qu'elle en puisse procurer davantage au diocèse de Québec. Les colonies écossaises du golfe Saint- Laurent ont depuis longtemps compris cela et ont formé entr'elles un fonds de £600 uniquement destiné à remplir cet objet. L'eflet en a été malheureusement différé par l'espérance entretenue d'une année sur l'autre, qu'il s'élèverait une école catholique à Halifax où il serait possible de leur préparer des ecclésiastiques. Mais cet établissement éprouvant chaque jour de nouveaux délais, les Ecossais se sont enfin décidés à faire partir pour les séminaires du Canada, six de leurs enfants, dès l'automne prochaine, savoir : deux du Cap Breton, deux de l'Jsle Saint- Jean et deux de la côte nord de la Nouvelle-Ecosse. L'évêque non content d'avoir exprimé là-dessus son intention en public, l'a plusieurs fois réitérée aux •deux prêtres de cette nation avec lesquels il a eu •occasion d'en conférer et par lesquels doivent être choisis les enfants destinés à faire leurs études.
Détroit de Canseau — Arichat — M. Lcj'amtel- La crainte des corsaires—Ardeur belliqueuse d'un colonel de milice— Le havre à Boucher— Pamket — M. Pichart — Trai a U — Le missionnaire A. Macdonell — Fiench Barn — Presbytère dj Sainte-Marguerite.
On se rembarqua après le dîner, et le vent étant favorable, on se mit en route à plusieurs voiles pour atteindre le Gut ou passage de Canseau avant la nuit, l'église que Pévêque avait prochainement en vue, étant celle de N. D. d'Arichat ou de Narichaque, comme l'appellent les Acadiens. Le reste de la côte ouest du Cap Breton n'offrait rien de digne d'observation. Seulement M. Macdonell lui fit remarquer, à 4 lieues au sud de Justaucorps, un autre établissement de catholiques écossais nommé Judique où il faudra inévitablement autoriser avant peu la construc tion d'une chapelle et réunir aux habitants déjà fixés dans l'endroit, le reste des catholiques répandus de là à l'entrée du passage.
Cette idée fut goûtée sur le champ, et saint David destiné pour titulaire de la future église, car il faut aux Ecossais des saints de leur nation pour satisfaire leur piété. Elle ne se fixerait sur des saints étrangers qu'avec quelque répugnance. C'est d'après cette conviction qu'ayant désigné saint David pour patron de Judique, Pévêque donna pour titulaire à l'établisse-
ment d'Anligonish dont il sera fait mention ci-après, un autre prélat écossais du nom de saint Ninian.
Le bon vent continuait de souffler et nous fit entrer au soleil couchant dans le gut de Canseau. C'est un détroit long de 15 milles et large d'un ou d'un et demi, qui sépare la terre ferme de la Nouvelle- Ecosse d'avec l'extrémité sud de l'Isle du Cap Breton. Les vaisseaux qui de l'ouest de cette Isle ou des autres parties du golfe veulent aller à Halifax, passent nécessairement par là. En temps de guerre, c'est un des endroits où les vaisseaux désarmés peuvent devenir plus facilement la proie des corsaires. Aussi le capitaine Duiast qui n'y entrait qu'en tremblant, se trouva-t-il tout déconcerté de n'y rencontrer aucune frégate en station comme il s'en était flatté ; de sorte qu'après être parvenu jusqu'à l'Isle à l'Ours, qui est à l'autre extrémité de ce passage, il rétrograda et se prévalut le lendemain matin de quelques rapports des habitants d'alentour, pour déclarer qu'il n'osait aller plus loin à moins qu'on ne lui répondît de sa goélette.
Le prélat l'entendant se prononcer de la sorte n'insista point, l'engagea à rétrograder jusqu'à Pictou et à l'y attendre dans quinze jours. Pour lui il garda messieurs McEachern et Côté, et ayant pris une berge continua sa route vers Arichat où il pouvait arriver en sûreté, par l'aisance que lui donnait cette petite voiture de passer par des chenaux détournés et de mettre aisément à terre au besoin.
Tout fut prêt à onz i heures du matin, excepté
qu'on ne songea à mettre à bord de cette berge ni viande cuite ni eau douce, de sorte que les rameurs qui travaillèrent 7 heures consécutives de vent debout, furent réduits à manger du pain sec, sans rien boire.
Le trajet qui n'est que de quatre lieues depuis la sortie du giU^ mais qui se trouvait être de sept à partir du point où nous embarquâmes, se fit à travers les isles Madame, parce que le vent ne permettait pas de tenir la pleine mer et que d'ailleurs on ne l'aurait pu faire sans quelque danger de la part des corsaires américains dont on disait cette plage infestée.
Ce petit passage est placé entre l'extrémité est de l'isle du Cap Breton et la baie de Chedabouctou, aujourd'hui Manchester bay, qui appartient à la Nouvelle-Ecosse et en fait partie. Les isles Madame en sont éloignées de quatre lieues et dépendent du gouvernement du Cap Breton On ne saurait dire quel en est le nombre, mais il n'y en a qu'une d'habilée, c'est celle d'Arichat, nommée par les anglais Richmond Island. Elle a cinq à six lieues de long sur une largeur inégale, la partie est se nomme dans le langage du pays le Grand Narichâque, et la partie ouest le Petit Narichâque. Elle est habitée par des Acadiens. Son établissement ne remonte pas à quarante ans. Messieurs Bailey et Bourq sont les premiers missionnaires qui s'y soient arrêtés. Lon^rtemps après eux vint un prêtre irlandais du nom de Wm. Phelan ; il y demeura un ou deux ans. M. Lejamtel, prêtre du diocèse d'Avranches, émigré de Miquelon en 1792, y fut établi la même année par
feu M. Jonf^s, supérieur des missions du golfe Saint- Laurenî, et y a constamment demeuré jusqu'à ce jour, tantôt chargé de plusieurs autres dessertes, tantôt borné à celle-là seule qui compte aujourd'hui entre mille et onze cents communiants, y compris un ou deux petits établissements du Cap Breton qui l'avoisinent.
Les habitants d'Arichat, invités à la navigation par la proximité de la mer qui les environne, s'y livrent comme beaucoup d'autres, au préjudice de la culture de leurs terres. Non-seulement ils naviguent, mais ils construisent des goélettes pour les autres navigateurs du golfe ; on en voit en chantier sur presque tous les points de leurs côtes ; l'année dernière ils en construisirent plus de soixante. Ces constructions détruisent leurs forêts déjà assez peu fournies de bois, et comme le goût de la culture n'est nullement à l'ordre du jour parmi eux, il en résulte que ceux qui ne peuvent ni naviguer, ni construire, sont dans une extrême pauvreté. L'aspect de leurs chaumières en est une preuve sans réplique.
Arichat est remarquable par un superbe havre formé de quelques petites isles qui le mettent à l'abri des vents du large, sans empêcher la vue de s'étendre sur la côte de la Nouvelle-Ecosse jusqu'au Cap Canseau. C'est sur ce havre, qui a bien trois quarts de lieues de profondeur, qu'est située l'église Notre-Dame avoisinée par un élégant presbytère el par un vaste cimetière bien clos. Cette église quoiqu'allongée déjà une fois, est encore trop petite pour le nombre des pa-
roissiens. Elle est, du reste, pourvue d'ornements, d'un clocher, de deux cloches, chose rare dans ces quartiers.
Au moment que Pévêque y arriva il fut étonné de la précipitation avec laquelle toutes les goélettes sorties pour la pêche rentraient dans le port ; mais le mystère lui en fut bientôt expliqué : c'est qu'il avait paru un brick au large, et que les pauvres pécheurs, persuadés que tout vaisseau de quelque importance ne pouvait être qu'un corsaire américain, fuyaient de toutes leurs forces pour n'en pas devenir la proie. Cette frayeur déplacée pour lors, parce que l'on apprit ensuite que le vaisseau aperçu était un transport anglais qui s'en allait porter des provisions d'Halifax à l'Isle Saint-Jean, avait été occasionnée quelques jours auparavant par la vue de plusieurs vrais corsaires ennemis dont l'un avait poursuivi deux goélettes jusqu'à l'entrée du havre, sur quoi le colonel de la milice de l'endroit, cerveau brûlé, avait été, dans sa frayeur, sonner les cloches de l'église pour assembler les habitants, et poursuivant son ardeur pour la défense de la colonie, avait fiit ériger en cinq jours par trente hommes un retranchement que dix hommes auraient pu faire en quatre heures, et y avait pratiqué trois embrasure.^ pour placer deux canons de six livres, en attendant que l'ange protecteur de l'isle lui en procurât un troisième qu'il ne savait où prendre.
Ce brave Colonel, devenu ingénieur par circonstance, avait joué d'autres rôles avant celui-là. Etant
8i0 LE FOYER CANADIEN.
juge de paix il célébrait des mariages. Destitué de cette qualité, il s'établit ministre des protestants de Tendroit. Mais ces prolestants, la plupart Jersiais, ne s'accommodant pas de la doctrine qu'il leur prêchait, ni de sa manière d'annoncer la divine parole, frappés de l'inconséquence de ses raisonnements, car ils savent au moins qu'ils sont anglicans, au lieu que le bon homme ne sait à quelle secte il appartient, vidèrent insensiblement son prêche et ne lui laissèrent que leurs nègres pour auditeurs. C'est à ce noir troupeau que se borne maintenant son zélé ministère. Mais comme il veut goûter de tout, il donna congé à sa congrégation le dimanche qui arriva pendant la visite épiscopalc, et devint lui-même un des auditeurs des instructions qui furent données ce jour-là dans l'église paroissiale. Peu satisfait de cette démarche à laquelle il attachait néanmoins beaucoup de mérite et d'importance, il vint prier l'évêque de mettre le comble à son bonheur en acceptant un diner chez lui. L'invitation fut acceptée sous la condition que le vent ne permettrait pas de faire route le lundi. Le prélat se flattait qu'après deux jours d'une brume très-épaisse qui eut lieu le samedi et le dimanche, le jour suivant serait propre au voyage. La brume se dissipa, mais par malheur il s'éieva un vent debout qui mit un obstacle insurmontable au départ. Il fallut donc aller prendre le diner du Colonel, être salué par ses miliciens assemblés, être régalé d'une querelle qu'il engendra pendant le diner, à l'un de ses gendres auquel il ordonna
officiellement de se lever de table pour se mettre à la tête d'une compagnie dont il était capitaine, et commander des décharges de mousqueterie qui lui semblaient nécessaires pour compléter la fête. Le gendre refuse d'obéir : le colonel sort de la table tout en colère, reparaît riant un instant après, en dehors de la fenêtre, s'y fait apporter une carafté et un verre, puis boit un coup à chaque décharge, jusqu'à ce qu'il en eut trop. On vint enfin à bout de partir de table, mais non de se délivrer des civilités tuantes et des propos ennuyeux du Colonel qui ne lâcha ses hôtes qu'après les avoir reconduits plus d'un demi-mille.
4. — Mis en liberté, ils ne songèrent plus qu'au départ qui eut lieu le lendemain avant cinq heures du matin dans une berge assez grande ; mais tous les bateliers furent extrêmement fatigués, étant obligés de ramer contre vent et contre marée jusqu'au soir, et n'ayant fait que deux petites pauses, savoir, à l'f sle à l'Ours et à la Pointe de la Croix, c'est-à-dire aux deux extrémités du passage.
Le soleil était couclié lorsque la berge arriva au havre à Boucher sur la côte de la Nouvelle-Ecosse. C'est un établissement tout nouveau, qui tire son nom de l'hivernement qu'y fit, il y a plus de 60 ans, le capitaine François Boucher de Québec, encore vivant, et surpris par l'hiver de 1759 sur celte côte. L'endroit n'est ni beau ni laid, mais assez incommode, parce que les eaux s'y trouvent généralement trop basses pour donner entrée aux bâtiments dans ce havre. On y compte aujourd'hui une trentaine d'habitations au
milieu desquelles est placée une petite chapelle dégarnie de tout, dédiée a la Sainte-Vierge, et éloignée de deux petites lieues de celle de Saint-Pieire de Tracadie, où les missionnaires se transportèrent immédiatement et arrivèrent le même soir à dix heures. Ils é valent laissé leur berge auprès du banc qui termine, d'un côté opposé à l'église, la charmante baie autour de laquelle sont établis la plupart des 43 habitants qui composent cette paroisse et qui sont tous Acadiens et ('anadiens. A deux autres lieues de Tracadie en allant à l'ouest, est un troisième établissement sur un havre nommé Pamket, dont la chapelle est dédiée à la Sainte-Croix. Celui-ci comprend 23 familles de micmacs, extrêmement pauvres et encore plus à plaindre par la privation d'un prêtre capable de les entendre ; le seul d'entr'eux qui puisse les interpréter en français est un ivrogne qu'on accuse d'avoir révélé les confessions des autres. M. Amable Pichart, prêtre Orléanais, est chargé depuis neuf ans de la desserte de ces trois missions qui composent en tout (les sauvages exceptés) 310 communiants, et demeure à Tracadie, comme au poste le plus central. Le brave homme, qui a 58 ans, n'est plus d'âge à étudier une autre langue que la sienne.
Aussi se trouve-t-il très-déplacé dans cet endroit où 35 familles de nègres protestants, abandonnés des ministres de leur créance, n'attendent pour devenir catholiques que la présence d'un prêtre qui puisse leur annoncer la parole en anglais. On exprimerait difficement la douleur qu'éprouva l'évêque de Québec,
en voyant une si belle proie séparée de son troupeau et se perdre dans les ténèbres, lorsqu'il faudrait si peu de chose pour leur procurer la connaissance de la vraie religion, x^ussi se proposa-t-il de leur envoyer, à la première occasion, un secours dont ils ont si manifestement besoin. Persuadés, au contraire, qu'ils étaient mal vus du clergé catholique, les pauvres nègres s'abstinrent de paraître aux environs de l'église pendant les deux jours que dura la visite, parce qu'on les avait faussement informés qu'ils seraient renvoyés s'ils s'y montraient. Malheureusement l'évêque était sur son départ, lorsqu'on lui donna cet avis. S'il Peut reçu plus tôt, il en aurait pris occasion de les appeller et de les convaincre que l'Eglise catholique avait pour eux comme pour tous les chrétiens égarés, des entrailles de miséricorde.
L'église de Saint-Pierre de Tracadie, quoique petite, a le mérite d'être bien finie en dehors et d'avoir au dedans, un autel très-décent. L'abbé Pichart est propre, rangé, curieux de bien faire le service divin. Il a des clercs, des chantres, des ornements, du linge, le tout en assez bon état.
5. — La visite de Tracadie commença le mercredi matin, dura ce jour-là et le suivant tout entiers, et ne fut terminée que le vendredi. La pluie fit hésiter sur le départ, mais enfin il eut lieu vers les onze heures du matin, au moyen de deux berges assez petites entre lesquelles on partagea les voyageurs, les vivres et le bagage. Il s'agissait de faire 12 lieues le long de la côte de la Nouvelle-Ecosse, pour atteindre la
mission Sainte-Marguerite. L'évêque et M. Mc- Eachern étaient dans l'une des deux berges : dans Pautre MM. Côté et Lejamtel. Il fallut essuyer en chemin de Ja pluie, des grains de vent et des frayeurs, passer des caps et des pointes qui n'étaient pas sans danger, surtout le cap Saint- Louis nommé par les Anglais Saint-George, dont la proéminence a quelque chose de très-imposant.
A travers ces misères, inséparables de la navigation, la vue se récréait de temps à autre par l'aspect du progrès des établissements de cette longue côte dont presque tous les colons sont des Ecossais catholiques. Tant à Antigonish qui est situé à 4 lieues à l'est de Sainte-Marguerite, qu'à Miragomish qui en est à la même distance vers l'ouest, et enfin à Frew'h Barn ou à Sainte-Marguerite même, il n'y en a pas moins de 350 familles, selon le calcul de M. Alexandre Macdonell, qui en est le desservant et se partage entre cette mission et celle des Ecossais du cap Breton. C'est beaucoup plus qu'il ne serait raisonnab e d'attendre d'un seul homme presque sexagénaire. Cependant il doit être considéré comme seul, à raison du peu de secours qu'il tire d'un jeune prêtre très-infirme qui lui est venu d'Ecosse l'automne dernière.
Ce qui a donné à l'endroit où est située la paroisse de Sainte- Marguerite le nom de French-Barn, c'est que les Français ou Acadiens de ce lieu ont donné à un rocher voisin le nom de grange parce qu'ils ont trouvé que la forme en était semblable à cette sorte de bâtiment.
Il était plus de neuf heures du soir lorsque les deux berges y vomirent leurs passagers tous mouillés, tous fatigués et très-impatients d'êtr^ mis à terre, n'ayant fait, depuis le matin, qu'une très-petite pause pour prendre quelque aliment sur une grève et à la pluie.
La misère du voyage ajoute du mérite aux abris. Celui que présentait le presbytère de Sainte-Marguerite, sembla d'autant plus précieux aux voyageurs, qu'outre la commodité d'être dans une maison quelconque, ils trouvèrent dans celle-ci une élégance inconnue au j)ays qu'ils parcouraient. Une chambre magnifique et deux cabinets avaient été récemment ajoutés à ce presbytère. Si c'est une folie dans un prêtre de viser à la magnificence, il faut la pardonner, jusqu'à un certain point, à cehii qui, dans un endroit aussi isole mais assez opulent pour que la mendicité y soit touià-fait inconnue, a choisi ce moyen de se délasser des travaux d'une mission extrêmement laborieuse. Au surplus, ce lo.ement additionnel nVst pas au point de perfection que l'on imaginerait peut-être, et en voici la preuve: c'est qu'il n'est appuyé sur aucun solage, mais seulement sur des billots assez éloigné? les uns des autres pour que les volailles puissent s'y introduire, en sorte que le prélat couché peu avant minuit dans l'un des deux cabinels neufs, y fut éveillé de grand matin par un coq qui vint impudemment chanter au-dessous du plancher.
8.- — Ce presbytère est placé sur la cime d'un coteau d'où la vue s'étend à une grande distance et découvre très-clair, ment les côtes de Plsle Saint-Jean et du Cap
Breton, ainsi que la portion de mer qui les sépare. La nouvelle église, longue de 40 pieds, large de 26, bien lambrissée en dehors, parfaitement nue en dedans, comme les autres églises écossaises, avoisine un cimetière où l'on enterre depuis plusieurs années el dont la clôture en claire-voie ne fait cependant que commencer. Avant cette chapelle, il en existait une autre plus près de la mer, mais moins à portée des habitations et du desservant. La nouvelle, quoiqu'au pied du coteau, est néanmoins dans une position agréable et très-accessible.
9. — Le samedi, les fidèles commencèrent à s'assembler ; il furent plus nombreux le dimanche et le lundi. Tous étant Ecossais, MM. Macdonnell et McEachern s'emparèrent de toutes les confessions. M- Lejamtel n'eut rien à faire, et l'évêque se borna à assembler les notables au presbytère pour leur donner quelques avis sur l'état présent et à venir de leur mission ; il célébra simplement la messe et administra la confirmation à 72 personnes.
N'y ayant plus rien à faire le mardi, la mission futterminée, mais trop tard pour espérer de pouvoir atteindre, dans le reste de la journée, le havre de Pictou, situé à 8 lieues à l'ouest de Sainte-Marguerite. Le départ fut donc fixé au lendemain et s'exécuta vers 9 heures du matin avec beaucoup de lenteur, le long d'un immense quai (ouvrage de M. Macdonnell, payé par le gouvernement), fait de pièces rondes, non rempli, et sur le bord duquel plus de 50 personnes vinrent s'agenouiller l'une après l'autre, pour demander
la bénédiction de l'évêque, lequel craignant que quelques-uns d'eux, surtout les femmes, ne tombassent dans le quii ouvert de toutes parts et très-élevé, se hâta de sauter dans la chaloupe pour mettre fin à cette dangereuse procession.
Pictou — NI. Fraser — Inquiétudes de l'évêque — Menirauikook — 'i'empête — Marin Galant — Raphaël Poirier — Un portag.\ Baie de Fundj — Le ref oui— Course rapide— Retour à lu Bac des Chaleurs — L'abbé Painchaud.
MM. Macdonell,McEachern, Lejamtelet Côté s'embarquèrent avec lui. Une demi-douzaine d'habitants composèrent l'équipage, ayant pour voiles deux huniers qu'ils ajustèrent de leur mieux au devant de la chaloupe et que le vent de nord-est enfla aussitôt, de manière qu'il n'y eut pas un coup de rame à donner pendant toute la route, qui était de S lieues ; elle fut faite en 4 heures. La mer assez sfrosse sans être trop mauvaise, souleva le cœur à quelques-uns des voyageurs apostoliques, qui lui payèrent le tribut de leur déjeûner.
Le même vent qui les avait si heureusement conduits à l'entrée du havre de Pictou, les y introduisit jusqu'à l'endroit où était mouillée V Angélique, savoir, à une lieue de là. L'évêque n'ayant rien à faire dans un lieu où toute la population est protestante, que de rejoindre sa goélette et de saluer M. Mortimer, le principal marchand de l'endroit, auquel
il avait été recommandé par une lettre de Sir George Prévost, envoya aussitôt M. McEachern à terre, pour savoir si ce respectable habitant était chez lui. Mais apprenant qu'il était encore à Halifax, où ses devoirs de membre de la chambre d'assemblée provinciale l'avaient appelé, il ne songeait plus qu'à faire voile, lorsque M. Fraser, collecteur de la douane, vint le trouver à bord et le supplia de venir coucher chez lui, comme devant y être plus à l'aise que dans sa goélette. I^e même collecteur, par égard pour une lettre de recommandation en faveur de VAngélique, que le capitaine Dugast lui avait remise de la part du capitaine Coore, aide-de-camp du général Prévost, avait pris sur lui de lui permettre de partir quoiqu'il y eût sur tous les vaisseaux de ce port un embargo qui devait durer encore 6 jours. Tant d'honnêtetés de la part de ce collecteur engagea Pévêque à lui promettre d'aller le soir avec les ecclésiastiques qui l'accompT.gnaient, prendre le thé chez lui, et même d'y diner le lendemain, si le vent ne lui permettait pas de partir, comme il arriva.
Il fallut donc prendre des habits laïques ce jour et le suivant et visiter un établissement qui, sans être désigné pour une ville ni pour une forteresse, peut néanmoins devenir l'une ou l'autre en très-peu d'an- ées.
Pictou est dans le comté d'Halifax et à 100 milles ou 33 lieues de cette capitale. Le havre peat contenir la flotte la plus nombreuse. Trois rivières qui s'y déchargent de différents côtés et dont les terres sont dans un état progressif de défrichement lui pro-
mettent une abondance de denrées qui ferait envie à des cités considérables. 11 y a une cinquantaine de maisons plus ou moins élégamment construites, des magasins, des quais, des bouiiques, des hangars, qui annoncent une place commerçante. Les habitants sont la plupart méthodistes ou de la secte nommée New-Li^ht.
Une éminence à la gauche du havre qu'elle commande tout entier, semble désignée par la nature à devenir un jour la citadelle de cette place remarquable entre toutes celles de la Nouvelle-Ecosse.
13. — Le vent n'étant pas bon pour partir le jeudi, l'évéque eut, avec ses compagnons, toute cette journée pour examiner Pictou et ses alentours. Mais d'auiressoins l'occupaient ; depuis prè's de trois mois, il était éloigné de sa ville ép scopalc, il n'avait pas donné de ses nouvelles depuis le 15 de juillet, époque de son passage à Charloitetown, et ne voyant jour ni d'en donner, ni de se rendre lui-même avant un mois, il était inquiet de ce qui se passait dans l'intérieur du diocèse, surtout depuis la déclaration de la guerre, et se persuadait que de leur côté phis'ieurs diocésains étaient inquiets de lui. Ces réllexions l'affligeaient et lui permettaient à peine d'envisager autre chose que le chemin le plus court pour s'en retourner.
Cependant il ne voulait pas quitter le golfe, sans avoir visité la mission de Memramkook, ni rentrer en Canada sans voir celle de Madawaska, deux établissements où il aurait été bien difficile de passer