F. 8, Le lion et le lapin
LS
teurs, qu'ils étaient allés voir sur le canal de Chantilly’. Un oiselet tombe dans les mains d’un enfant: rien de plus banal, si on raconte l'aventure sans l'orner ; tandis qu'une exclamation naïve, et comme involontaire, donnera du charme au récit.
Si jamais je deviens ou Pinson ou Fauvette
Me préserve le ciel qu'il m'en arrive autant ?!
C'est ainsi que Ginguené travaille ; c’est ainsi que nous devons entendre la spontanéité, la facilité de son inspiration. Composer, pour lui, c'est faire de la mosaïque. Il n'a plus la notion de l'originalité véritable ; il a tant regardé ses modèles, qu'il ne voit plus la réalité que par exception. Il est devenu une sorte de virtuose, qui compose des variations habiles sur des thèmes inventés par d'autres. Nous savons qu’il aime la nature, profondément : qu'il est heureux aux champs, et malheureux à la ville; qu'il est sincère, lorsqu'il parle de la sorte :
Depuis que la Muse naïve Qui remit sous mes doigts ma lyre fugitive De moi tant bien que mal a fait un Fablier, ‘ Je suis plus que jamais, en ma saison tardive, Amateur des jardins, si ce n’est jardinier.
Souvent j'y passe un jour entier.
À quoi ? Je ne sais trop; mais heureux de n’entendre De bruits ni vrais ni faux ; point de devoirs à rendre, Point de bavards pour m'ennuyer, Point d'œil malin pour m'épier, Et toujours des leçons à prendre :
Leçons de langue des oiseaux, Et des fleurs, et mème des arbres.
Je les entends : j'entends les moindres arbrisseaux à J'entendrais, je crois, jusqu'aux marbres, Si marbres habitaient sous mes humbles berceaux. Nous en concluons que la fable du Vieux pêcher, qui suit cette déclaration de principes, trouve sa matière dans une vision sincère aussi, directe et originale. Au contraire: tout est imitation; de Rossi à fourni l'ensemble et les détails : Ginguené a substitué à L’'arancio un pêcher, parce quil vit sous un ciel où ne fleurit pas l'oranger. Telle est l'histoire de toutes ses fables.
Ce n’est pas à dire qu'elles soient méprisables. Elles se recommandent d'abord par des qualités très réelles de versification., C'est un des points auxquels notre poète est le plus attentif: quand il lui