‹ Journal de Ginguéné: 1807-1808Chapitre 3 sur 28 · PT · texte numérisé non relu

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quand, laissant à part ses ridicules, on aura rendu justice à son talent en le nommant membre de l'Académie, où l’on a fait entrer, depuis qu'il y aspire, tant de gens qui ne le valent pas.

Janvier. Cet extrait venait de paraitre lorsqu'ayant négligé un bouton qui m'était venu à la jambe gauche, et ayant été obligé de marcher trois matinées pour des affaires, malgré l'inflammation qui allait toujours en augmentant, l'enflure devint si forte qu'il me fallut me mettre au lit. J'avais tardé de me purger malgré les conseils de mon médecin, comme les rhumatismes dont je suis attaqué depuis l’âge de vingt ans exigent que je le fasse de temps en temps, quand je me sens menacé. Les humeurs se portèrent avec violence à la plaie qui se forma bientôt; elle jeta abondamment, et l'érésipèle qui se forma autour prit une grande étendue. Il me vint en même temps à une main et au haut de la poitrine d'autres boutons qui s’enflammerent, aboutirent et jetèrent de mème. Enfin cela devint une maladie, qui me retint tout ce mois-là et la moitié du mois suivant; et ce qu'il y eut de plus pénible dans le traitement que je subis, c’est qu'il me fut défendu de travailler. De mon lit à mon canapé fut tout mon exercice, et quelques lectures peu applicantes toutes mes occupations.

Février-Mars. Depuis qu'il me fut permis de rentrer dans mon cabinet je ne fis jusqu'à la fin de février qu'un petit extrait des poèmes de miss Williams traduits par MM. Boufflers et Esmenard ; c'est-à-dire que je ne fis rien du tout, ‘car il ne vaut pas la peine qu'on en parle. En mars, le Supplément aux lettres de Voltaire que M. Auger publia en deux volumes me fournit matière à un extrait plus intéressant, On m'avait depuis longtemps demandé celui des (Œuvres de Racine avec le Commentaire de La Harpe. Ce fut ce dont je m'occupai ensuile ; mais je voulais commencer par autre chose, On m'avait donné, l'année précédente, une édition des Œuvres choisies el posthumes de La Harpe, en cinq volumes in-8, édition horriblement mal faite et dont je n'avais pas eu le courage de rendre compte : j'avais eu encore les deux derniers volumes de sa Correspondance russe, dont j'avais vivement et assez gaîment critiqué les premiers dans la Décade ou la Revue; et cette fin était si misérable que je l'avais aussi passée sous silence. Le commen-

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taire sur Racine était autre chose. Il méritait un examen; mais je ne voulus pas le faire sans qu'il fût précédé d'un apercu des deux autres publications. Je fis d’abord celui des Œuvres choisies el posthumes, mais il y eut bien des façons à faire avec notre censeur, avant qu'il fût en état de paraître. C'était un paragraphe, une phrase, un mot. Pauvre Legouvé ! L'indifférence dont j'étais devenu sur tout cela fit que j'en passai par où l'on voulut; mais mon dégoût ne fit qu'augmenter. Cet extrait assez médiocre, et qui si je ne me trompe n'a rien de l’aisance et de l’enjouement sans aigreur que l’on trouvait ordinairement dans mes articles de critique, parut dans le Mercure du 19 mars.

Il me vint passagèrement dans ce même mois un petit retour de mon goût pour les fables. J'en fis de suite deux tirées de ÆRoberti, Le louveteau et les pelits chiens, ou Les femelles des oiseaux en ambassade devant Jupiter ; et deux tirées de la traduction de Lokmann, que nous à donnée M. Marcel, savoir Le lion et les deux taureaux, et Le lion et le laureau. Elles sont liées ensemble dans mon imitation et annoncées par un préambule commun, quoiqu'elles soient isolées dans l'original et indépendantes l'une de l'autre. Je les fis toutes les quatre avec ma facilité ordinaire ; mais ce fut un feu de paille ; et selon ma coutume, que je crois bonne, je ne fis rien pour le rallumer quand je le sentis s’éteindre. Tout le monde n’approuverait peut-être pas cette méthode ; mais je m'en suis toujours passablement trouvé, et je m'y tiens.

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