Gharies d'Amboise mourut à Tours le 22 février
et garny de bonne renommée. Duquel fiit &ict ung epitaffe, dont la teneur s'ensuit :
Mars, mettez jus voz armes et bannières,
Et entendez ung pou à lamenter.
Ne posez plus voz tentez par bruy[e]re8 ;
Laissez les champs sans plus gueres hanter;
Vous n'avez cause de rire ne chanter,
Perdu avés vostre aisné fllz et chef,
Dont France souffre à présent grant meschef.
Dame Palas, vostre escu de cristal Âvoit porté ce grand chef que je di.
Faisant reluire maint acier et métal En ost rengé, comme preux et hardi.
Onq plus grant mal en France ne sourdi, Quant Atropos, qui toutes gens vient prandre. Sa vie osta sans craindre de mesprandre.
Ha ! mort cruelle, dont te vient telle envye Que tel chef d'ost et haultain chevetaine * Tu as voulu si tost priver de vie ?
Bien le cuidions de luy estre longtaine.
Mais tu as prins ton courroux et actsjne' A le ravir puisqu'il estoit mortel :
Saiche qu'en France en avoit peu de tel
De son estât tant estoit acomply
Que Scipion, Pompée ne Hanibal,
Non pas César, de vouloir si remply
Ne fut jamais à pied ne à cheval.
Ha ! faulse mort, fait as ung si grant mal
A tous nobles et à tous gens de guerre,
Qu'on doit de toy vers Dieu vengence querre 1
1. La forme chieftain, dans le sens de chef, est encore usitée en anglais.
2. Animosité (voy. Godefroy, Dict. de Vanc, langue française, an mot ataine).
Le roy l'avoit par sa verlu hault mis
Et eslevé sur tous les chefz de guerre
Pour pugnatif * de tous ses ennemis,
Gomme ung lyon de force et de vaillance.
Joyeulx estoit de sa convalescence;
Mais tost après, comme en ung mouvement,
La mort luy fit grand courroux et torment.
Aux Italies jadiz flst mains beaulx faitz
De son fler bras et de sa dure espée ;
En rencontre mortel portoit les faitz
Par sa force de vertuz attrempée.
Puis en France sa vertu a monstre
En plusieurs lieux, tant que le bruit en court
Par tout le monde ausf4 bien qu'en la court.
Duché, conté de Bourgogne hault et basse.
Comment a il subjuguée et reduicte, Et d'autres lieux en bref temps et espasse Par sa force et sa bonne conduite, Tant a de fois les ennemys en fuite Mis et chassés, jusques en Allemaigne I N'a gnerreur qui ne le doubte et craigne.
Si vous Taymez, sire, pas n^avés tort, Car il estoit à vous servir feable; Tant de traveil a prins à grant effort Que sa vie a esté moins durable; Mais sa gloire sera plus pardurable D^avoir eu tel maislre et si grant roy, Qui ^ loyaulment a servy sans desroy.
Il estoit né de maison ancienne
Charles d'Amboise, dont tant est de renom,
i. C'est-à-dire pour vainqueur (Lacurne de Saiute-Palaye, Glot' saire de la langue française), 2. Lisez que ou qu'il.
De Ghaulmont sire et conte de Brienne ^ Et d'aultre[s] lieux dont je laisse le nom.
Je prie à Dieu qu'il luy face pardon, Et doint au roy trouver homme propice, Qui si féal le serve en son office.
Amen.
Et, après le décès dudit Charles d'Âmbois6,.le roy donna à Mons. de Baudricourt le gouvernement de Champaigne^ et bailla la charge que ledit seigneur de Baudricourt avoit d' Arras à messire Olivier Coymen ^, gouverneur d' Aucerre, ayant charge de cent lances.
CLXXX. — (Qair. 481 , fol. 517 , 1. 20. Chron. scand. , ci-dessus, p. 106.) — UEêguerdes^ comme homme pour bien conduire laditte armée.
CLXXXI. —(Clair. 481, fol. 521. 1. 5. Chrm. scand., ci-dessus, p. 114.) — Varlet de chambre^ et avoit le signe du cachet*.
CLXXXII. — (Qair. 481, fol. 525, 1. 2. Chron. scand., ci-dessus, p. 120.) — DHcelle. Et, depuis ledit d'Ardaine, en essayant ung cheval à courre contre le prince d'Orenge, qui avoit mis ses gens en embûche dedans ung boys, et, quant ilz eurent couru jusques audit boys, incontinant les gens dudit prince sortirent, le prindrent, luy allèrent incontinent faire copper le col.
CLXXXUI-CLXXXIV. — (Clair. 481, fol. 532, 1. 27. Chron. scand., ci-dessus, p. 136.) — Entre six et sept heures du soir, il expira et paya le débit de nature, comme
i. Charles d'Amboise était seigneur de Ghaumdnt-sur-Loire, Sagonne, Meilian, Gharenton, etc. Louis XI lui domia le comté de Brienoe confisqué sur le connétable de Saint-Pol.
2. Jean, seigneur de Baudricourt, conseiller et chambellan du roi, fut maréchal de France sous CSharles VIU. Louis XI lui donna le gouvernement de Champagne et de Bourgogne par lettres datées du 18 mars 1480 (Anselme, VU, 112).