‹ Journal de Jean de Roye: connu sous le nom de Chronique scandaleuse, 1460-1483Chapitre 131 sur 151 · Le roi lui avait confié son cachet · texte numérisé non relu

Le roi lui avait confié son cachet

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roy estant très craint et redoobté^ Et yeulent aucuns dire que sa fin fut bonne, à canse qu'il eut bonne et grande repeotance des fautes par luy commises envers Dieu.

Et là, où la parole luy faillit, monstra signe de bon et yray crestien. Et ses derniers motz estoient tousgours envers Nostre Dame d'Embrun, en disant : < Nostre Dame d'Embrun, ma bonne maistresse, aidez moi. » Et si disoit : € In te. Domine, speravi; non confundar in etemum, misericordias Domini in etemum cantabo. » Et estoient à l'amoDnester de sa conscience maistre Jehan d'Ârlj, docteur en théologie, et autres notables gens d'alise. Et aucuns ses serviteurs, qui estoient tenuz et obligez à luy comme à leur roy et souverain seigneur de luy Caire service et le honnarer en sa vie et après son décès pour les grans bénéfices, remuneracions et honneurs qu'il leur a voit Caitz, qui passoient trop oultre leurs désertes, non obstant abandonnèrent son corps pour courir à ses biens, ayans plus égard à pourchasser leur prouffit que^à garder leur honneur.

Et, après son trespas, son corps fut ouvert et embahné, ainsi qu'il avoit ordonné à tous ceulx qui avoient auctorifé autour de luy, [et] fut sondit corps porté et inhumé en FegUse Nostre-Dame de Clery. Et, en décédant de ce monde en l'autre, lessa à son filz quatre grans trésors qui sont telz :

Le premier estoit qu'il le lessa garny d'oune grosse, puissante et bonne armée de quatre mil cinq cens hommes d'armes, d'un bon nombre de Suysses, grant nombre de francs archiers et autres gens de guerre qu'on estimoit à soixante mil combatans à sa souldée, qui estoient payes, tous prestz à le servir contre tous ses ennemys.

Le second trésor estoit qu'il estoit garny d'un gros et merveilleux nombre d'artillerie et de l'équipage qui y Éailloit, plus que jamais n'avoit esté roy qui fust par avant luy.

Le tiers estoit qu'il laissa toutes ses villes du royaulme,

1. Au fol. 533 du ms., une miniature double représente la mort du roi Louis Xl et, d*autre part, ses serviteurs en train de compter son trésor.

tant celles qui estoient en paix comme celles qui estoient sus les frontières, si bien fortifiées, qu'il ne seroit possible de 7 mieulx pourveoir.

Et, pour le quart trésor, donna paix à tous les roys et princes ses voisins de hors son royaulme, de grâce especiale, non obstant qu*ilz ne povoient avoir puissance contre luy qui luy peust nuyre.

Ledit roy conquist le conté de Roussillon, Parpignen et les appartenances, les duché et contez de JBourgoigne, d'Artois et autres pays subjectz à Tenviron. Et, si devez sçavoir qu'il ne trouva jamais ennemy donc il ne vint au dessus, de quoy il estoit très tenu à Dieu et à fortune. Et ne vivez en doubte que, du temps que le siège estoit à Beauvais, il avoit quatre armées toutes bien fournies, c'est assavoir une en Picardie contre le duc de Bourgoigne, une autre en Bretaigne, où il estoit en personne, une autre ou duché de Bourgoigne et une autre en Roussillon, sans riens lesser inexpert de bien garnir les frontières qui estoient circunvoisines des Ânglois.

Icelluy roy Loys, là où il a voulu bien dire ou faire, a resemblé Origenes^ car oncques roy, non pas roy seulement, mais homme, ne fist ne dist mieulx que luy, et aussi là où il y a eu erreur en son foict, oncques roy ne homme ne erra plus que luy. Voulentiers il a honnoré et décoré l'Eglise de Dieu et faict de grandes fondacions, et en icelles a faict faire édifices innumerables, et entre autres les églises de Notre-Dame de Clery, de la Victoire lez Senlis et de Behuart. Sa largesse povoit equipoler à celle de Alixandre, car souventefois il a plus donné que on ne luy demandoit. Il a faict et eslevez plusieurs ses serviteurs, bons et notables personnages, tant ceulx qui avoient faict service au bon roy Charles VII, son père, que à luy, envers la plus grant part desquelz il ne demeura point ingrat ; et se pevent peu ou

i. Origène, célèbre docteur de l'Église, qui vivait à Alexandrie au m* siècle de notre ère.

nulz de sesditz serviteurs plaindre de son service. Plusieurs de sesditz serviteurs bastirent et édifièrent soubz son règne de bonnes, belles et fortes maisons, places et chasteaulx, et acquirent plusieurs bons et grans heritaiges ; de quoy il2 et les leurs sont obligez, s*ilz ne demeurent ingratz, de prier Dieu pour son ame ; laquelle luy supplie très bumblement et affectueusement qu'il luy plaise la bien logier en ses bonnes et étemelles maisons. Amen.

Cy flnist la cronicque du très crainct et redoubté roj Loys unzieme de ce nom, laquelle je, facteur de ce livre, dont le nom ne se apparest, aye faict mettre en forme deue selon la possibilité de mon entendement. Et laquelle a esté escripte l'an de grâce mil cinq cens et deux, le vendredi de devant Noël, vingt troisième jour de décembre, par la niain de Jehan Lebourg, natif lés Yallongnes, ou pays de Oonstantin ^ .

1. Quicherat a imprimé ce dernier passage dans le corps de la notice qu'il a consacrée au Manuscrit interpolé de la Chrtmiqw scandaleuse {Bibl. de l'École des chartes, 4« série, t. I, p. 233). L'illustre érudit a parfaitement indiqué que le Normand Jean Lebourg n'a fait que tenir la plume, écrivant sous la suryeillanoe et peut-être sous la dictée de l'auteur même de l'ouvrage, Jean Le Clerc.

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