Voyez ci-dessus, t. I, p
2. Michel de Lallier, conseiller et maître des Comptes dès 1410, joua un rôle important à l'époque de l'occupation anglaise et contribua pour une grande part à rendre Paris au roi de France en 1436. U ne laissa qu'une fille, Jeanne, qui épousa Pierre TOrfèvre et mourut a^ant 1455. D'autre part la sœur de Michel, Catherine, avait épousé Jacquet Hesselin et fut la mère de Jacques et de Denis (Bibl. nat., Pièces orig., yol. 1624, doss. Lallier, et Ârch. nat., LL729, fol. 33 v«).
las du royaume de France pour la reformacion et afaires de FEglise, ce qui de long temps n'avoit esté fait; pour laquelle chose, et aussi que le roy, voulant les droiz de TEglise estre gardez et observez, voult et ordonna qu'il tendroit le concile de l'Eglise en la ville de Lion ou autre lieu près d'ilec. Pour quoy il vouloit, mandoit et ordonnoit que tous arcevesques, evesques et autres constituez en dignité feussent residens diascun en leurs bénéfices, et s'y en alassent demeurer pour estre tous prestz et appareillez à aler où ordonné leur seroit, et, où ilz n'auroient ce fait dedens six moys après ladicte publicacion, que tout leur temporel feust saisy et mis en la main du roy.
Et, après ledit cry fait, fut derechef publié comme des pieça le roy, pour lui subvenir à aucuns ses afaires et pour la neccessité de son royaume, eust mis et ordonné ung escu à estre paie et levé sur chascune pippe de vin amené dehors du royaume et qui en seroit tiré, et de toutes autres denrées à la valeur, qui par aucun temps avoit esté délaissé à cueillir : lequel aide d'un escu sur chascune pipe de vin seulement, et non point sur autre marchandise, fut derechef mis sus par toutes les extremitez de ce royaume. Et à ce faire et recueillir furent commis maistre Laurens Herbelot, conseiller dudit seigneur^, et Denis
i. Laurent Herbelot, notaire et secrétaire da roi (Bibl. nat., ms. fr. 26089, n* 362, parch.), fut commis le 31 déc. i465 à recevoir les 4 i. t. par muid imposées sur certains marchands de sel qui avaient tiré de leur commerce des bénéfices excessifs (Pièces orig., vol. i5i3, doss. Herbelot). U était assez avancé dans la faveur du roi pour que, pendant une absence de Bourré, Louis XI eût donné son office de contrôleur de Normandie à maître Laurent (aj8. fr. 20489, fol. 49, min.).
6 JOURNilL DE JEAN DE ROYE fi476
Chevalier, jadis notaire ou Ghastellet de Paris, nonobstant que de ceste mesme chaîne le roy y avoit pieça ordonné maistre Pierre Jouvelin, correcteur des Comptes^ qui de ce en demeura deschargé.
Ou moys de février, oudit an mil 1111^ LXXV, le roy, qui estoit à Tours et à Âmboise, s'en party pour aler ou pays de Bourbonnoys et d'Auvergne, et de là s'en ala faire sa neufvaine à Nostre-Dame du Puy, et de là en Lyonnois et ou pays du Daulphiné. Et lui estant oudit lieu du Puy ot nouvelles^ que les Suisses avoient rencontré le duc de Bourgongne et son armée qui vouloient entrer oudit pays de Suesse, et comment ilz avoient rué jus ledit de Bourgongne et tué des gens de son armée bien de xvi à xvm"" hommes, et si gaignerent toute son artillerie en la manière qui s'ensuit. Après ce que le duc de Bourgongne ot prins GranssOD, où il y a ville, il s'avala au long du lac de Verdon, en tirant devers Fribourg, et trouva moien d'avoir deux chasteaulx^, qui sont sur les montaignes
1 . Pierre Jouvelin, conseiller du roi et correcteur en sa Chambre des comptes, en 1469 (Bibl. nat., ms. fr. 26092, n^ 778; compte sur parch. avec sa signature. Cf. Pièces orig., vol. 1592, doss. Jouvelin, et ms. fr. 15540, fol. 56; autogr. du susdit).
2. Interpolations et variantes, §GXXXn. — Louis XI quitta le Plossis vers le 20 février 1476 (n. st.), passa par Bourges, le Puy et Valence et arriva le 23 mars à Lyon. Il séjourna dans le Lyonnais et en Dauphiné jusqu'au mois de juillet (Itin. cité).
3. Le duc de Bourgogne quitta Nancy le 11 janvier 1476 (n. st.) avec le dessein de rétablir la maison de Savoie dans la possession des domaines que les Suisses lui avaient arrachés l'automne précédent. Commandée par le comte de Romont, Tavant-garde bourguignonne, assistée par des troupes savoisiennes, reconquit pendant le mois de janvier tout le pays romand, des rives du lac Léman jusqu'à Morat. Charles le Hardi arriva le 8 février à Jougne, sur la limite des possessions de son alliée la duchesse de
1476] OU CHRONIQUE SCANDilLEUSE. 7
à rentrée de Soixe^ ; mais les Suixes, qui biea savoient sa venue et la prinae qu'il avoit fait desdiz deux cha»teaulx et dudit Granson, s'aproucherent. Et, le vendredi au soir, devant le jour des Brandons, trouvèrent iceulx Suixes moien d'enclorre lesdiz deux chasteaulx en façon telle que ceulx qui estoient dedens n'en povoient saillir, et mirent leurs enibusches entre et assez près desdiz deux chasteaulx, en ung petit bois près de là où les Bourguignons avoient mises leurs batailles. Et, le lendemain ensuivant, veille desdiz Brandons, au bien matin, ledit duc de Bourgongne passa avec ses gens et son artillerie ; et, incontinent qu'il fut passé, lesdiz Suixes, qui ne estoient que environ de quatre à six mil coulevriniers et tout à pié, qui se prindrent à tirer et bouter le feu dedens leurs bastons, dont ilz firent tel et si bon bruit que les chefz de l'avangarde dudit de Bourgongne y furent tous tuez, et ainsi tourna en fuite toute ladicte avangarde. Et, tantost après, chargèrent lesdiz Suixes si estroit que la bataille tourna en fuite. Et, nonobstant ce que
Savoie, et le 12 à Orbe, où il demeura jusqu'au 19. De là il vint assiéger la petite place de Grandson, sur la rive septentrionale du lac de Neuchàtel ou d'Yverdon. La ville fut emportée le 21 février; mais la garnison suisse réfugiée au château ne se rendit que le 28. An mépris de toute humanité, le duc de Bourgogne fit pendre tous ces malheureux. Les deux châteaux dont le chroniqueur parle ici se réduisent à un seul, celui de Vaumarcus, « place mal tenable et désolée, » située à une douzaine de kilomètres à Test de Grandson, que Jean, bâtard de Neuchàtel, rendit sans coup férir et que le duc fit occuper par 200 archers de sa garde. Voy. Gingins, Épisodes des guerres de Bourgogne, cités, p. 218 et suiv., et surtout Hoch et colonel A. de Mandrot, Morat et Charles le Téméraire. Neuchàtel, 1876, in-8o avec carte, p. 26 et suiv. 1. Suisse.
ledit de Bourgongne fist son povoir de ralier ses gens pour résister à la fureur desdiz Suixes, finablement lui fut force de tourner en fuite S et s'en eschapa à
1. IrUêrpolaUons et variantes, § GXXXIII. — L'objectif du duc de Bourgogne était de marcher sur Neuchàtel, afin de fermer aux Suisses le val de Travers et de leur enlever ainsi la possibilité de déboucher par les Verrières sur sa ligne de communication avec la Haute-Bourgogne. En apprenant la reddition de Vaumarcus, qui commandait la route de Grandson à Neuchàtel par la rive du lac, les confédérés quittèrent Neuchàtel et allèrent se loger dans les environs de Boudry. Le 1«' mars, ils résolurent de tenter une attaque sur Vaumarcus, afin d'enlever ce poste important, ou tout au moins pour attirer de ce côté les forces bourguignonnes, pendant que le reste de leurs propres troupes, suivant l'ancienne voie romaine dite « vy de l'Etra », qui longe le flanc du Jura parallèlement à la route du lac, mais à quelque distance, s'efforcerait de tourner l'ennemi. — Le 2 mars au matin, le duc, ne s'attendant pas à rencontrer encore ses adversaires, fit dresser un pavillon sur une colline située au nord-ouest du village d'Onnens. De là il pouvait voir son armée défiler sur la c vy de l'Etra. » Arrivée à un passage resserré qui gravit les pentes du mont Aubert, l'avant -garde des Bourguignons se heurta à l'avantgarde de l'armée suisse, qui les rejeta dans les bois de la Lance. Le brouillard se levait, et les Suisses aperçurent alors devant eux toute l'armée bourguignonne en ordre de marche, qui s'apprêtait à enfiler à son tour la < vy de l'Etra. » Le duc Charles, voyant son avant-garde ramenée, dispose son artillerie à droite sur la pente du plateau de Gorcelles, dans une position qui lui permet de battre le point où la « vy de l'Etra » débouche des bois. L'infanterie est rangée derrière les canons. Sur la gauche, le seigneur de Grandson, Louis de Ghàteauguyon, reçoit l'ordre de remonter les pentes du mont Aubert jusqu'aux bois, puis de rabattre brusquement à droite pour tomber sur le flanc des Suisses. L'artillerie bourguignonne, pointée trop haut, fait peu de mal aux confédérés. Gharles alors, se mettant à la tète de ses piétons, les conduit à l'attaque, tandis que les cavaliers de Ghàteauguyon cherchent à enfoncer le flanc droit du carré confédéré, mais celui-ci ne se laisse pas entamer. Les Suisses auraient pourtant fini par succomber si le gros do leur armée arrêtée devant Vaumarcus ne s'était porté à leur secours. Resserré, menacé sur sa droite par ces nouveaux assaillants, qui
grant peine et danger de sa personne et lui cinquiesme, en chevaiudiant et fuiant sans arrestar , et souvent regardoit derrière lui vers le lieu où fut faicte sur lui ladicte destrousse jusques à Joigne, où il y a huit grosses lieues qui en valent bien seize de France la jolye, que Dieu saulve et gard! Et y furent mors, à ladicte rencontre, la pluspart des cappitaines et gens de renom de l'armée dudit de Bourgongne^ Et fut
marchaient au combat bannières déployées et an bruit de leurs terribles trompes, le duc ordonna un mouvement de recul, soit pour se reformer en arrière d'Onnens, soit plutôt pour se retirer derrière le torrent de TArnon, dans son camp retranché. Cette manœuvre lui fnt fatale. Ses troupes de seconde ligne, qui n'avaient pas combattu, crurenlà une débandade et se mirent à fuir, entraînant le duc lui-* même. PSartiedes Bourguignons furent rejetés sur TArnon, dont les rives escaipéeB opposèrent un obstacle absolu au passage de la cava* lerie; l'autre partie se jeta dans le marais sous Champagne et fionvillars. — Charles le Hardi réussit à passer le pont de TAmon, où Chàteaugnyon trouva la mort. Impuissant à arrêter la déroute, le doc s'enfoit par les Tuilières de Grandson, Montagny et Ballaigues à Jougoe. Une portion de ses troupes suivit la route de la montagne et le r^oignit par le col de la Jougnenaz. — MM. Hoch et de Mandrot, auxquels nous avons emprunté la plupart des détails qoi précèdent (cf. de Rodt, Feldxuge Karls des Kuhnen, U, 57 et 8uiv.), ont établi en somme que le champ de bataille de Grandson doit se chercher, non pas, comme on l'a fait, entre le village de Concise et le pied de la montagne, ou dans la plaine de la Lance, beaucoup trop resserrée, mais entre Vernéaz, point où le combat d'avant-garde s'engagea, Corcelles et le cours de l'Arnon, où la latte prit fin. Mais n'y a-t-il pas beaucoup d'exagération à uxer, comme ils l'ont fait, le nombre des Bourguignons à 50,000? Celui des combattants confédérés fut de 20,000 hommes environ, et il ne paraît pas que le duo de Bourgogne eût avec lui beaucoup plus de monde.
1. En réalité, le âne perdit peu de monde à Grandson. Commynes parle de sept hommes d'armes, Olivier do la Marche et Molinet en nomment quelques-uns, mais il faut ajouter les gens de pied et 2 à 300 vivandiers, en tout un millier d'hommes. Les Suisses n'ayant pas de cavalerie, il n'y eut pas de poursuite.
iO JOURNAL DE JEAN DE ROYB [1476
faicte ladicte destrousse le samedi u^ jour de mars, oudit an LXXV, où il y ot graut murdre fait desdiz Boui^uignons. Et, après ce que ledit de Bourgongne s'en fut ainsi honteusement fouy que dit est, et qu'il eut perdue toute son artillerie, sa vaisselle et toutes ses bagues S lesdiz Suixes reprindrent lesdiz deux chasteaulx et firent pendre tous les Bourguignons qui dedens estoient, et aussi reprindrent les ville et chastel de Grantson et firent dépendre tous les Alemans que ledit de Bourgongne y avoit fait pendre, qui estoient en nombre v^ et xii , et les firent mettre en terre saincte, et puis firent pendre les Bourguignons qui estoient dedens ledit Granson es mesmes lieux, et des licolz dont ilz avoient pendu lesdiz Suixes^.
Oudit moys de mars et oudit an LXXV, le roy, qui avoit envoyé monseigneur de Beaujeu avecques grant quantité de gens de guerre asseger mons"* le duc de Nemours^, qui lors estoit à Garlat en Auvergne, se mist et rendi mondit seigneur de Nemours es mains de mondit seigneur de Beaujeu, qui le amena pardevers le roy estant lors ou pays du Daulphiné et Lionnois. Et fut ledit de Nemours, de l'ordonnance du
i . Le grand bâtard de Bourgogne réussit à sauver la plus grande partie du trésor du duc et quelques pièces d'artillerie, mais la chapelle, les tapisseries et les bijoux de Charles le Hardi tombèrent au pouvoir des vainqueurs (Gommynes, éd. Dupont, II).
2. Les archers de Georges de Rosimbos s'évadèrent du château de Vaumarcus pendant la nuit qui suivit la bataille. Mais, au moment de la déroute, un certain nombre de fuyards bourguignons, s'étant jetés dans le château de Grandson, furent branchés par les Suisses victorieux aux arbres mêmes qui supportaient encore les corps de leurs infortunés compatriotes (01. de la Marche, III, 210. Cf. la Chronique du chapitre de Neuchdtel, citée par M'** Dupont dans Commynes, t. II, p. 9, note, et Molinet, I, i95).