‹ Journal de Jean de Roye: connu sous le nom de Chronique scandaleuse, 1460-1483Chapitre 36 sur 151 · Juin-juillet · texte numérisé non relu

Juin-juillet

2. Ce docteur, célèbre entre les nominaux, fut un de ceux qui, par leur insistance, finirent par obtenir du roi, au mois d'avril i48i, la mise en liberté des nominaux condamnés en 1473, avec hcalié pour eux d'étudier de nouveau à l'Université de Paris. Martin Magistri mourut dans sa cinquantième année (Du Boulay, Bist de l'Université de Paru, V, 741 ; cf. Arch. nat., X<» 1489, à U date du 5 février 1479, y. st). Gaguin le qualifie de c doctor... litteratarft celebris, qui de quattuor virtatibus quas vocant cardi-

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Eq après, le roy, qui estoit audit lieu de Glery, s'en partit et s'en ala à Mehun sur Loire, à Sainct-Laurent des Eaues et illec environ ; et y fut jusques près la feste Nostre-Dame de my aoust, qu^il se partit dudit Sainct-Laurens et retourna derechief audit lieu de Glery à la feste et solempnité de la Nostre-Dame de my aouat^

En ladicte année, au commencement de juillet, se mirent sus une belle et honneste ambassade du pays de Flandres pour venir devers le roy audit lieu de Glery, où ilz arrivèrent. Et illec parlèrent au roy, auquel ilz firent remonstrer et à son conseil les causes pour lesquelles ilz estoient venus devers luy de par les nobles hommes, gens d'église et populaire dudit pays de Flandres. Lesquelles causes estoient tendans a£Bn qu'il pleust au roy avoir bon appoinctement avecques luy pour lesdiz Flamens, qui ne tendoient à autre fin que d'avoir paix finalle avecques le roy. Lesquelz ambassadeurs furent du roy très bien et honnestement receuz et recueillis, et leur fut de par luy donné expedicion, dont iceubc ambassadeurs furent très bien contens. Et ce fait, ilz s'en retournèrent audit pays de Flandres, et furent conduitz et menés de par le roy en la ville de Paris par mons. de Sainct-Pierre, qui les fist bien festoier par le prevost des marchans et eschevins d'icelle ville de Paris bien et honnestement. Et puis après, s'en retournèrent à Gant et autres villes

nales laudatissimum scholasticîs volamen scripsit » (Annales, éd. de 1521, fol. gglxxxy).

1. Meung (auj. Loiret, arr. d'Orléans), du 20 au 22 juillet; Saint-Laurent-des-Eaux (auj. Loir-et-Cher, arr. de Blois), du 24 juillet au 6 août; Gléry, le 13 août et jours suivants (Itin. cité).

de Flandres, dont ilz cstoient partis. Et, ainsy que ladicte ambassade s'en retournoit, le roy avoit fait mettre sus les champs grant partie de ses gens de guerre qu'il avoit en garnison au pays de Picardie, dont avoit la charge et conduicte le seigneur d'Esquerdes : laquelle compaignie il faisoit beau veoir, car elle estoit fort belle. En laquelle compaignie avoit xmi cens lances fournies, très bien acompiignéez de six mil Suysses et aussy de huit mil picquiers. Tous lesquelz gens de guerre, ainsy assemblez que dit est, s'en alerent à grant triumphe et bruyt mettre le siège devant la ville de Aire, qui est une très belle place et bien assise près de Sainct-Omer et Therouenne, dedens laquelle ville y avoit plusieurs gens de guerre de par le duc en Âuteriche. En laquelle place, tout incontinent que les gens du roy y furent arrivés, la bâtirent moult fort d'artillerie , dont et de quoy les manans d'icelle ville furent et se trouvèrent fort espoventez. Mais aucuns des gens de guerre illecestans, qui avoient bonne intelligence avecques ledit seigneur d'Esquerdes pour le roy de luy bailler ladicte place et ville, firent composicion pour icelle ville, qui estoit telle qu'elle seroit mise en la main du roy. Et fut faicte ladicte composicion par ung chevalier nommé le seigneur d'Escontrans, qui estoit du pays de Picardie, et lequel avoit la garde de ladicte ville de Aire de par ledit duc en Âuteriche ; et mist ladicte place en la main du roy, en luy faisant le serment de le servir bien et loyaulment : dont et pour bien le recompenser, le roy luy donna la charge de cent lances, et si luy fut oultre baillé et donné trente mil escus en or content ^ •

1. Sar la prise d'Aire (auj. dép. da Pas-de-Calais, arr. de Saint-

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En ladicte année, es mois d'aoust et septembre, ung chevalier du pays du Liège, nommé messire Guillaume de la Marche, dit le Sanglier d'Ârdaine, fist et conspira guerre mortelle à rencontre de très noble prince et très révérend père en Dieu mons. Loys de Bourbon, evesque de la cité de Liège, qui avoit par avant nourry ledit Sanglier d'Ârdaine, pour le tuer et raeurdrir, et après ce frit de mettre et faire evesque dudit Liège le frère dudit Sanglier. Et, pour faire par icelluy Sanglier sa dampnée entreprise, le roy lui fist délivrer argent et gens de guerre en grant nombre, au moien desquelz et aussy de certain nombre de mauvais garsons, larrons, pipeurs et pillars qu'il print et assembla tant en la ville de Paris que en aucuns des villaiges voisins d*icelle ville jusques au nombre de deux à trois mil, lesquelz il fist vestir et habiller de robes rouges, et à chascune desdictez robes dessus la manche senestre y fist mettre une hure de sanglier ; et estoient lesdiz mauvais garsons legierement armez. Et ainsy ledit

Orner), qui eut lieu le 28 juillet 1482, voir Molinet, n, 306-308. Dans les négociations pour la paix, les gens du roi n'avaient cessé d'insister pour que les villes de Saint-Omer et d'Aire fussent c mises verbalement en la main du roy comme estant de la comté d'Artois, qui est fief tenu du roy et lequel le roy a trouvé ouvert » (Lenglet, IV, 74 et suiv.). — Molinet attribue le succès de d'Esquerdes et du maréchal de Gié à Aire à la trahison de Jean de Berghes, seigneur de Gohem, capitaine de la ville, qui la vendit pour 30,000 écus, une pension et le commandement de iOO lances d'ordonnance. Afin de sauver les apparences, rartillerie royale commença à battre la muraille, et les gens de la ville, ignorants du marché conclu, ripostèrent vigoureusement. La brèche pratiquée, et au moment où les Suisses se préparaient à donner Tassaut, c un petit parlement se tint entre les parties, t et la ville se rendit par appointement. — Gommynes (éd. Dupont, II, 237) appelle le seigneur de Gohem Escohan, ce qui est plus près de la véritable forme que VEscontrans de notre Chronique.

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Sanglier les mena jusques audit pays de Liège ; et luy iUee arrivé, trouva façon et moien d'avoir intelligence avecques aucuns traistres Liegois de ladicte ville à rencontre de leur seigneur de dechasser, tuer et meurdrir leurdit evesque, et le mettre hors de la cité avecques ce qu'il avoit de gens : ce que firent lesdiz Liegois. Et soubz umbre d'une amytié faicte^ qu'ilz disoient avoir à leurdit evesque, lui dirent que force ^ estoit qu'il alast assaillir sondit ennemy et que sesdiz habitans le suyvroient en armes et vivroient et mourroient pour luy, et qu'il n'y auroit point de faulte que ledit Sanglier et sa compaignie demourroient desconfis et destruitz. Lequel mous'' du Liège, inclinant à leur requeste, saillit de ladicte cité du Liège et ala avecques eulx aux champs, tout droit où estoit ledit de la Marche, lequel, quant il vit ledit evesque, se descouvrit de l'embusche où il estoit et s'en vint tout droit audit mons' Tevesque. Et quant lesdiz traistres habitans du Liège virent leurdit evesque es mains dudit La Marche son ennemy, luy tournèrent le dos et, sans coup ferir, s'en retournèrent en ladicte cité de Liège. Et incontinent ledit monseigneur de Liège, qui n'avoit aide ne secours que de ses serviteurs et familiers, se trouva fort esbahy, car ledit de la Marche, qui estoit sailly de sadicte embusche, s'en vint à luy, et, sans autre chose dire, luy bailla d'une taille sur le visaige, et puis luy mesmes le tua de sa propre main. Et après ce fait, iceUuy de la Marche fist mener et getter ledit evesque et estendre tout nud en la grant place devant Teglise Sainct-Lambert, maistresse église de ladicte cité de

i. Lisez feinte.

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Liège, où illec fut magnifestement monstre tout mort aux habitaus de ladite ville et à ung chascun qui le vouloit veoir^. — Et, tantost après ladicte mort, y arrivèrent, cuidans le secourir, le duc d'Auteridie, le prince d'Orenge, le conte de Romont et autres gens de guerre, lesquelz, quant ilz sceurent la mort dudit evesque, s'en retournèrent sans riens faire à roccasion d'icelle'.

En ladicte année, ou moys d'octobre, le roy se trouva fort malade en son hostel du Plessis du Parc lez Tours. A cause de laquelle maladie eut grant paour de mourir, et pour ceste cause se fist porter à Amboise pardevers mons. le daulphin, auquel il fist plusieurs belles remonstrances, en luy disant qu'il estoit malade d'une maladie incurable, en le exhortant que, après son trespas, il voulsist avoir aucuns de ses serviteurs pour bien recommandés^ : c'est assa-

1. Pour les détails, voir Basin, m, 112-116; Molinet, II, BOS- SU, et Adrien de Vieux- Bois dans Amplissima ColUetio, IV, c. 1377. Basin explique que le ressentiment de Louis XI contre révoque de Liège eut pour cause le refus opposé par Louis de Bourbon au passage de troupes françaises destinées à envahir le Brabant et le comté de Namur. Molinet dit, comme notre chroniqueur, que, Louis XI ayant refusé à Guillaume de la Marck des gens d'armes de ses ordonnances, le réfugié liégeois « cueilla à Tenviron de Paris et ailleurs aulcuns gendarmereaux mal en poinct en nombre de 400 chevaliers et aulcuns piétons et pageastres mal habillés qui le suivoient » (II, 309).

3. Les instructions de Louis XI à son fils portent la date d*Am* boise, le 21 septembre 1482. Elles furent enregistrées par les Parlements et le texte s'en trouve dans Ordonnances des rois, XIX, 56 et suiv. L'objet de ces instructions paraît avoir été surtout d'éviter au dauphin les fautes que sou père avait commises au début de son propre règne. Aucun des serviteurs du roi n'est nominativement désigné, mais tous sont recommandés au dauphin.

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voir, maistre. Olivier le Dyable, dit le Dain, son barbier S et Jehan de Doyac, gouverneur d'Auvergne, en disant qu'il avoit esté bien servy d'eulx, et que ledit Olivier luy avoit fait pluseurs grans services, et qu'il ne feust riens de luy si n'eust esté ledit Olivier, et aussy qu'il estoit estrangier et qu'il se servist de luy et qu'il [l'Jentretenist en son service et aux oflSces et biens qu'il luy avoit donnés. Luy recommanda aua^ mons. du Bouchaige et messire Guiot Pot, bailly de Vermendois^, et luy enchaîna qu'il creust leur conseil, car il les avoit trouvez saiges et de boa conseil. Et si dist oultre à mond. seigneur le daulf^n qo'il confermast tous les oflSciers qu'il avoit faitz en leurs offices, et que principallement il eust son povre peuple pour reconmiandé, lequel il avoit mis en grande povreté et desoladon. Et plusieurs autres choses luy remonstra que depuys il fist magnifester en pluseurs des bonnes villes de son royaulme et en sa court de Parlement. Et si luy dist oultre que pour la conduite de la guerre il se servist du seigneur d'Ësquerdes, lequel il avoit trouvé en tous ses affaires bon, loyal et notable chevalier et de bonne et grande conduicte. Et, ce fait, s'en retourna aux Montiz.

1. Le Flamand Olivier portait, comme ses aïeux, le samom de Necker, qu'on traduisit par le Diable ou le Mauvais, c'est-à-dire le Malin; mais Louis XI, en anoblissant son barbier (oct. 1474; Ordonn,, XVIII, 58 et suiv.), le surnomma le Daim (Kervyn de Lettenhove, Lettres et négociations de Philippe de Commynes, I, 154). L'origine flamande d'Olivier le fit employer fréquemment à des missions diplomatiques en Flandre.

2. Guyot Pot, seigneur de la Prugne, etc., était bailli de Yermandois dôs 1470 (voy. la notice que M. Vaesen a consacrée à ce personnage dans les Lettres de Louis XI, m, 238 et suiv.).

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Oudit temps, le roy fist venir grant nombre et grant quantité de joueurs de bas^ et doulx instrumens qu'il fist loger à Saint-Gosme près Tours, où illec ilz se assemblèrent jusques au nombre de six vingtz ; entre lesquelz y vint pluseurs bei^iers du pays de PcHctou, qui souvent jouèrent devant le logis du roy, mais ilz ne le veoyent pas, affin que ausdiz instrumens le roy y prensist plaisir et passe temps et pour le garder de dormir. Et, d*ung autre costé, y fist aussy venir grant nombre de bigotz^, bigottes et gens de devocion comme hermites et sainctes créatures pour sans cesser prier à Dieu qu'il permist qu'il ne mourust point et qu'il le laissast encores vivre.

En ce temps, es mois d'octobre et novembre, se firent de grans alées et venues par les Flamens de la ville de Gant, et qui vindrent en ambassade devers le roy, lequel pour les oyr y commist maistre Jehan de la Yacquerie, qui estoit du pays de Picardie, et lequel il avoit nouvellement fait et créé son premier président en sa court de Parlement à Paris pour consulter de la matière, c^est assavoir de bonne paix et union estre faicte entre le roy et lesdiz Flamans ; et aussy avecques ledit président y ordonna et conmiist le roy

1 . Ce qualificatif paraît signifier id des instruments peu bruyants. Pourtant Littré, après Du Gange, adopte le sens de vulgaires, communs, par opposition à hauts instruments, c'est-à-dire distingués, estimés.

2. Bigot n'est pas pris ici dans le sens défavorable qui lui a été attribué depuis. Sur l'arrivée au Plessis du bienheureux François de Paule, voy. Gommynes, éd. Dupont, U, 231 : c Vint devers le roy, honnoré comme s'il eust esté le pape, se mettant à genoulx devant luy affin qu'il lui pleust alonger sa vie. Il respondit ce que saige homme debvoit respondre. »

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ledit monseigneur d'Ësquerdes et aultres^ Et tellement fiit communiqué par lesdictes parties, tant d'ung costé que d'aultre, qu'ilz firent et traicterent iadicte paix, en laquelle faisant se debvoit faire le mariage de mons. le daulphin et de la fille du duc en Âuteriche, qui estoit en la possession et garde desdiz Flamens de Gant*, dont de ce faire le roy fut fort joyeulx, et eut Iadicte paix et union pour bien agréable. Et, pour Tonneur d'icelle, en fut chanté par tout le royaulme Te Deum laiidatnus^ et si en furent faitz les feuz en la ville de Tours ^. Et, incontinent ces choses faictes, fut grant bruit que lesdiz Flamens s'estoient partis dudit lieu

1. Jean de la Vaoquerie, chevalier, conseiller au Parlement de Paris, puis quart président après la mort de Jean de Popincourt, frit promu à Toffîce de premier président après le décès de Jean Le Boulanger. U fut remplacé comme quart président par Jean d'Armes (Arch. nat. 1490, fol. 85 v», à la date du 14 avril 1482, n. st.). — Les noms des autres négociateurs du traité d'Arras (23 déc. 1482) sont insérés dans le pouvoir qui leur fut délivré par Louis XI, en date du Plessis-du-Parc, 4 déc. 1482. C'étaient, avec d'Ësquerdes et la Yacquerie, Olivier de Cîoêtmen, lieutenant du roi à Franchise (Arras), et Jean Guérin, maître d'hôtel de Louis XI (Lenglet, IV, 116 et suiv. Le texte du traité est imprimé aux pages 96-116). L'approbation de Louis XI est datée du Plessis, au mois de janvier 1482, v. st.

2. En 1482, le roi commença c à praticquer les gouverneurs de Gand par mons. des Cordes et à traicter le mariage de son filz, mons. le daulphin, et de la fille dudict duc, appellée Biarguerite, et s'adressoit on du tout à ung pensionnaire de lad. ville appelle Guillaume Rin, saige homme et malicieux, et à ung aultre appelle Goppenolle, clerc des eschevins, qui estoit chaussetier, et avoit grant crédit parmy le peuple » (Commynes, éd. Dupont, U, 223).

3. c Pace... inter Ludovicum regem et Maximilianum ejusque liberos, terras, dominiaetsubditosfirmata... ingens lœtitia populorum utriusque obedientiœ ambarumque e vestigio partum secuta est... » (Basin, ni, 130 et suiv.). — Lee Anglais seuls virent d'un fort mauvais œil la conclusion de la paix.

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de Gant pour amener ladicte fille, laquelle, pour la bien et honnestement recueillir, le roy y avoit ordonné mesdames de Beaujeu, sa fille ainsnée, madame de Dunoys, seur de la royne, madame de Touars^, madame Tadmiralle et pluseurs autres dames, damoiselles et gentilzfemmes que on cuidoit qu'ilz deussent venir et arriver en la ville de Paris le huitiesme jour de décembre ; mais ladicte venue séjourna pour aucuns menus differens qui survindrent du costé desdiz Flamens, et jusques ad ce que lesdiz difierens eussent esté vuydez*.

En ladicte année, les roys d'Escosse et d'Angleterre eurent grant guerre l'ung contre l'autre, et entrèrent lesdiz Escossois bien avant audit royaulme d'Angle-

i. François d'Orléans, comte de Dunois, Longueville, Tancarville, etc., qui mourut le 25 nov. 1491, avait épousé Agnès de Savoie, sœur cadette de la reine Charlotte. Elle mourut le 15 mars 1508. Quant à M»* de Thouars, ce ne peut être Marguerite d'Amboise, femme de Louis, seigneur de la Trémoiile, vicomte de Thouars, car elle mourut avant 1480. D'autre part, le fils de Louis !•' de la Trémoiile, Louis H, né en 1460, mort en 1525, épousa seulement en juillet 1485 Gabrielle de Bourbon, fille de Louis, comte de Montpensier. M. Kervyn de Lettenhove croit que la demie de Thouars peut être Hélène de Ghambes, femme de Philippe de Ciommynes, que Louis XI donna pour gouvernante à Marguerite d'Autriche (Lettres et négociations de Philippe de Corn' mynes, I, 330).

2. Le texte du traité d'Arras stipulait qu'aussitôt la paix parfaite et publiée, Marguerite d'Autriche serait en toute diligence amenée à Arras et remise aux mains de M. de Beaujeu ou d'un autre prince du sang à ce commis par le roi. « Et la fera le roy garder, nourrir et entretenir comme sa fille primogenite, épouse de mond. seigneur le daulphin. » En fait, c'est Tannée suivante seulement, au mois de mai, à flesdin, que la petite princesse fut remise au roi (Basin,III, 132; Gommynes, éd. Dupont, II, 240 et suiv., notes).

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terre, lequel ilz dommaigerent moult fort. Et, nonobstant que lesdiz Escossois estoient cent mil hommes en bataille plus que n'estoient les ÂngloisS toutesfoiz, affin qu'ilz ne frappassent Tung sur l'antre, àe mist et fiit fait appoinctement entr'eulx par le moyen du duc d'Albanie, frère dudit roy d'Escosse, qui querelloit contre icelluy roy d'Escosse, son frère. Laquelle querelle d'entr'eulx estoit telle que le duc d'Albanie disoit que sondit frère usurpoit sur luy ledit royaulme pour ce que lesdiz roy d'Escosse et duc d'Albanie, qui estoient frères, estoient venus et yssus sur terre d'une ventrée, et que d'icelle ledit duc d'Albanie estoit le premier yssu et que par ainsy il avoit acquis droit d'ainsnesse devant sondit frère audit royaulme. Et, à ceste cause, ceubc qui menoient ladicte guerre pour ledit roy d'Escosse furent composicion avecques lesdiz d'Albanie et Ânglois qui estoient ensemble, tellement qu'Uz ne frappèrent point les ungs contre les autres, et s'en retourna chascun au lieu dont il estoit party *.

1. L'exagération des forces écossaises est sensible. Au reste, le chroniqueur est assez mal informé sur cet épisode. La véritable cause des troubles qui agitèrent l'Ecosse sous le règne de Jacques III fut la faiblesse et la mauvaise administration de ce prince et surtout la rancune des chefs féodaux qu'il avait éloignés du gouvernement.

2. Louis XI avait tout fait pour exciter le roi d'Ecosse Jacques m contre Edouard IV, que le duc d*Albany, réfugié en Angleterre après l'insuccès de ses tentatives auprès du roi de France, animait de son côté contre Jacques III. Edouard IV finit par envoyer dans le Nord son frère Richard, duc de Glocester, accompagné d'Alexandre, duc d'Albany. Les deux armées allaient en venir aux mains quand Jacques III, se méfiant de la fidélité des chefs qui l'accompagnaient, se retira sur Édimbouig. Glocester s'empara de Berwick et, grâce aux intelligences que le duc d'Albany possédait en Ecosse, poussa sans difficulté jusqu'à la capitale.

426 JOUBNAL DK JSAN DK ROTI [148S

Ed ladiote année, au mois de janvier, vindrent et arrivèrent en la ville de Paris les ambassadeurs de Flandres, qui avoient moyenne la paix d'entre le roy et les Flamens, au moien du mariage de mons. le daulphin et de damoiselle Marguerite d'Auteriche, oootesse de Flandres, fille dudit duc en Auteridie^ Au devant desquelz, et pour les recevoir en la ville de Paris, de par le roy y furent mons. Tevesque de Marceille^, lieutenant pour le roy en icelle ville de Paris, acompaigné du prevost des marchans et eschevins, bourgois et habitans d'icelle ville et d'ung docteur de la ville de Paris nonuné Scourable, qui fist une moult honnorable proposicion pardevant lesdiz Flamens, qui moult s'en tindrent pour bien contens. Et, le landemain qu'ilz furent arrivez en ladicte ville, qui fut le dimehche mi^ jour de janvier, furent lesdiz ambassadeurs flamens en l'église Nostre-Dame de Paris oyr iilec la messe. En laquelle église de Nostre-Dame y furent faictes processions generalles, et y prescha ledit Scourable, qui y fist une moult belle coUacion, dont tous ceulx qui l'ouyrent furent moult bien con-

Alexandre fut nommé régent du royaume et une trêve fut conclue avec les Anglais moyennant la cession qui leur fut faite de la ville de Berwick. Dans la suite, les deux frères se réconcilièrent, mais ils se brouillèrent encore et le duc d'Albany se réfugia de nouveau en Angleterre, puis en France, où il mourut en 1485 (Buchanan, History ofScotland, loc. cit.).

i. Yoy. Gommynes, éd. Dupont, H, 238-240. C'est la ratification du traité d'Arras que les ambassadeurs flamands venaient chercher en France.

2. L'évéque de Marseille, Jean Allardel, avait été pourvu, en 1481, de la lieutenance de Paris. Le 11 juillet de cette année, Robert Gaguin, général des Mathurins, l'en avait félicité an nom de l'Université (voy. Du Boulay, ouvr. cité, V, 741 et suiv.).

1483] OU CHRONIQUS SOANDALIOSK. W

teoft. Et de kKficte ireime et piiMk»N»OD de bdk^ en ftit chftiité en icette église Te Dernn lauimnmê^ fiût les feoz et aussy de grans chieres parmy les ruez de ladicte yille. Et furent ledit jour de dimenche iceulx ambassadeurs, au partir de ladicte église de Nostre- Dame, menés disner en l'ostel de ladicte ville de Paris, là où illec ilz furent moult bien festoiez ^ Et, le landemain, lesdiz ambassadeurs se partirent dudit lieu de Paris et s'en alerent pardevers le roy.

Et d'icelle venue et bonne paix en fiit^ resjouy et joyeux très noble et très révérend père en Dieu mons. le cardinal de Bourbon qui, à Foccasion d'icelle bonne paix, fist faire en son hostel de Bourbon, à Paris, une moult belle moralité, sottie et farce, où moult de gens de la ville alerent pour les veoir jouer, qui moult prisèrent ce qui y fut fait. Et eussent les choses dessusdictes esté plus triumphantes se n'eust esté le temps, qui moult fut plou vieux et mal advenant pour la belle tapisserie et le grant appareil fait en la court dudit hostel ; laquelle court fut toute tendue de la tapisserie de mondit seigneur le cardinal, dont il en avoit grande quantité et de belle ^.

i. Yoy. Compte de Denis Hesselin, receveur de la ville de Paris, pour l'année Î(k83 (Bibl. nat., ms. fr. Nouv. acq. 3^3, fol. 16).

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