‹ Journal de Jean Le Coullon, 1537-1587Chapitre 14 sur 45 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

ces termes, techniques et locaux, s* appliquant pour la plupart à T agriculture, ont été élucidés dans les Notes, qui forment comme le commentaire perpétuel du texte. Tels sont les mots : chafîes, queue de vin, esprinsson, xippe xuppe, grau, chaudron, mouée mowaie, xaoutrer; moitant miné (moitié); gruson (pain de son); et quelques autres, parmi lesquels on remarquera le féminin évesqueresse, 4, créé de toutes pièces, dans une pensée malicieuse , par l'écrivain protestant.

Nous avons passé en revue les principales observations suggérées par la lecture de ce texte intéressant à divers égards. Le Journal <ie Jean Le Coullon appartient par sa date à deux époques distinctes de Thistoire littéraire du pays où il a été écrit : il clôt la période a" autonomie de la république messine, et offre le dernier spécimen que nous possédions du langage véritablement populaire.

Jhschrist por mon tout.

ffl e, Jean Le Coullon le jeune, fils de \(A Collignon Le Coullon d'Ancey et de © Bairbe La Roche de Vyonville, ait fait ce petit traitez et recueil, comme en passant, de plussieurs choses avenues en mon temps en la cité de Metz et es environs.

Ma nativitez et commencement en ce monde fuist par la grâce de Dieu au moys de febvrier 1 525. Mes père et mère ont heu plussieurs enffans jusqu'au nombre de i3. Mais ils sont estez morts avant qu'estre mariez, fors Jean Le Coullon l'ainez, aigez de 6 ans plus que moy et ma sœur Frémine, de 4 ans.

Estans parvenu à 1 'aage de 5 ans, mon père me fit aller aux escolles à Ancey auprès de plussieurs prebtres et magister. Ayans 8 ans je fuis envoiez à Corney auprès d'un prebtre

nommé Mc Jean Gogney qui m'apprenoit latin. Mais pourceque je ne continua, il ne me prouffita nullement. Je ne fus auprès de lui qu'environ 10 moys. Après je fuis renvoiez devant des prebtres à Ancey qui ne sçavaient latin.

En Tan 1 537, Je ^us menez à Metz auprès de Jaicquemin Travaux Pâmant, où mon frère demeuroit desja passez 3 ans. J 'y fus 2 ans en paiant 20 lbz. Après je y fus encor ung ans gaignant 60 solz. Le paiement fut de 2 Chaffe d'or. L'année finie qui fuist le 28 mars 1540, mon père me retira à Ancey auprès de luy.

[P. 2.] Des années fertilles ou infertilles dès Fan i525 jusques l'année 1540, je n'en fait mention, à cause que j'estoys de bas aage. Combien que j 'ay souvenance que les vivres estoient à bon marchez. Il gelât en Apvril en l'année 1 538 tellement que la pluspart des vignes furent gelées. Sy fust il assez abondance de vin.

Durant l'anhée 1540, il rist sy extrêmement chauld que on dysoit que les biens de la terre ardroient. Touteffoys ce fuist une bonne année fertilles de tous biens. Les anciens disoient n'avoir jamais veu années sy chaude ne sy bons bleids et vin. La queue se venda 10 fr. et la quairte de bleids 6 et 7 solz.

Page 1