‹ Journal de Jean Le Coullon, 1537-1587Chapitre 19 sur 45 · SECOND VOYAGE DE CHARLES V II · texte numérisé non relu

SECOND VOYAGE DE CHARLES V II

de Juing audict an 44, l'empereur Chairles vint à Metz (estans logés sur sieur Androyn Roucel) accompaignez de grand seigneurs, de tant de gens armez à pieds et à chevaux en fort bon ordre et de tant d'artillerie et aultres munition par terres et par eaues que chacun en estoit esmerveillez. Jamais hommes de ces pays n'avoit veu telle puissance. Ayans estez environ 3 sepmaines à Metz il s'en alla avec ces armées en France.

Pendant qu'il fuist à Metz vindrent environ 5oo lances Hault Bourguignons loger à Ancey, y fuirent 3 jours, non sans grand dopmaige pour les pauvres gens. C'estoient gens les myeux en ordre que j'eusse jamais veu. Il convint en plussieurs lieux oster la celle des chevaulx pour entrer es logis.

La paix fuist faicte vers la fin de septembre. Nonobstant, l'empereur repartit grand nombre de ces Espaignol en la terre de Gorze et aultres lieux apartenant aux presbtres pour là hyverner. Que fuist grand pitié des maux qu'il firent, veu la faulte des biens et nécessité que les pauvres gens avoient, car la moisson fuist petite, pareillement les vandange. Il ne fuist pas un demy quart d'année. Le vin se vanda 40 fr. la queue.

Sy ne fuist estez les vivres que l'empereur laissa, tant en avoit il préparez, on eust heu une merveilleuse disette.

[P. 9.] Le 6 Septembre 1644, je fus receu eschevin du ban du Chastel par la sollicitation de Mangin Guillaume qui Tavoit persuadez à mon père. Sieur Michel de Gournaix, tuteurs des enffans feu sieur Loys de La Grand Faux, receust mon serrement.

Sur la fin du moys fuirent logés à Ancey 2 compaignies d'Espaignol, l'espace de 6 jours, gens misérables et qui y firent de grand dopmaige.

Vers la Noël les bandes d'Espaignol qu'avoient esté à Gorze et es mairies s'en allèrent au val de Wassy et es environs. Le duc Françoys de Lorraine assembla gens et les flst retirer de ces pays : lesquel revindrent à Gorze et en la terre comme auparavant. Il en venoit tous les jours des nouvelle compaignie, tellement que la vigille des Roys et 2 jours suyvant il en logea à Ancey 2 enseigne qui venoient des pays de Flandre, aussi misérables que les aultres, pour rançonner et piller. Ils n'y manquoient point. Depuis il convint à ceux d'Ancey se composer et de les nourir à Gorze, tellement qu'en 19 jours seullement la

SON MARIAGE l3

somme porta 1170 fr. Le saucy et praierie en fuirent engaigez.

La grande amitié que Mangin Guillaume et Jean Chaussier son filz portoient à mon père et à moy fuist en parties cause de mon transport vers Jeannon, fille unicque dudict Chaussier et de Francoize Ollivier sa femme, de sorte que d'ung grand consentement des parans d'une et d'aultre parties, notre contractz fuist accordez le 4 Janvier 1544 et fuismes fiancez le mesmes jour avec honneste solempnité selon la coustume d'alors. Le vicaire nommé messire Didier Pierre presbtre nous fiancea.

[P. 10.] Parce que on ne savoit le temps que les Espaignol s'en yroient de ce pays mes parans et ceux de part ma fiancée trouvèrent bon de passer oult're au mariaige. Partant nous espousames le sabmedi dernier janvier 1544 à vespre selon l'église romaine. Le lendemain fuirent invitez, d'une et d'aultre part, environ seullement 36 ou 40 personnes des plus proches. Le festin se fist au logis de mon père à huis fermez. C'estoit au temps que on fornisoit munition aux Espaignol.

Le 5 Febvrier suyvant, estans persuadez d'une bonne partie des habitans d'Ancey, j'accepta la

charge cPestre clerc juré du villaige pour assister les mainbours. Fremei Malcouptel estans lors maire receust mon serrement.

Les Espaignol demeurèrent en la terre de Gorze jusques vers Pasque. Quand il voulurent partir, ils s'en vindrent loger à Ancey environ 5oo, le vandredy devant Pasque 3 apvril 1545 : gens sy misérable que je ne croys point qu'il eussent les pareils. Estans partis le lendemain, s'en y trouva bien aultres 5oo de telle taille, qui y fuirent jusques au mardy de Pasque. Qui vouldroit escripre de leur mauvais gouvernement particulièrement, il fauldroit un gros livre. Ayans des chevaulx en ung logis, eux mêmes les desroboyent, puis les faisoient payer par leur hoste. Sy on demendoit une chose par eux prinses, il faisoient une querelle disant que on les chargeoit de larrecin. Sy les hommes s'enfuyoient, il abatoient le toit des maisons, c'estoit pitiez! La quairte de bleidz valloit en ce temps 5o solz et remontoit jornellement.

[P. n.] Le jour d'Ascention, 14 may, audict ans 45, Mangin Guillaume environ midy fut attaint dung cantère qui le renda mort à la nuitz. (Je fus intéressez de sa mort parce qu'il n'eust loisir de testater). Sa sépulture fuist en leglise

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