PESTE APRES LA GUERRE
guignons de Buzy, je m'en alla avec mon beau père et avec Jean Simon de Metz à Sommedeu sur Meuze. J'y fuis environ 3 sepmaines, puis estans mandez à Ancey, à cause qu'il y avoit sauvegarde du duc d'Albe, je retorna vandre environ 10 queue de vin que les Françoys ny Bourguignons n'avoient sceu trouver.
Le camp se leva au commencement de janvier. A cause des oppression et ransonnements que on faisoit à plussieurs je m'en alla à Preney, demeurant là jusques que tout fuist retirez.
On fuist jusques vers Pasque i553 que les pauvres gens n'estoient encore retirez. On avoit en ce temps là et jusques la moisson grande nécessitez de vivres, faulte de gens pour faire travailler et encor convenoit chacune sepmaine faire des courvées es vignes du cardinal de Lenoncourt et aux rampards de Metz.
[P. j6.] Le 23 Juing 1 5 5 3 mon 3e fils Jean fuist frappez de la peste tellement qu'il pleust à Dieu le retirer de ce monde, le 28 dudict juing au 9 heures du matin. Il ne fuist en ce monde que 3 ans 7 moys 5 jours et demy. J'en prins sy grand desplaisir que je ne me pouvois consoler.
Le 8 Juillet suyvant comme j'estoys au Champs Passaille à Metz veoir exécutera morts 2 soldatz,
je fus frappez de la peste et incontinent je devins fort malade. Mon père estoit avec moy et mon bon amy Christofle Millet qui eurent grosse peine de moy ramener. C'estoit la veille des nopces Nicollas Chaussié et de Mariette Jaym. Mon fils Collignon estoit au lict détenu de 2 grosse peste. Ma pauvre femme avoist du mal beaucoupt. Le 1 1 du dict moys, du matin la pauvre créature fuist aussy frappée de peste. Mon père et ma mère nous assistèrent fort. On pensoit avoir la fin de nous 3. Mais venant le i3e jour depuis le midy le mal poursuiva si vivement ma bonne espouse qu'elle rendist l'esprit à Dieu le 14e jour environ 3 heures après midy. Je prins et engendra tel deul et desplaisir que on iVattendoit que ma mort. Nous ne fuismes en mairiaige que 8 ans 5 moys 14 jours. La peste me demeura environ 10 sepmaines avant qu'estre du tout purgée. N'estans encor guerys, la hevre quairte me saisist le 24 aoust suyvant, qui me débilita tellement que on pensoit avoir la fin de moy. Je tiens pour le seur qu'elle me print de tristesse, car j'avois une douleur véhémente de la mort de ma femme plus que je ne puis escripre. C'estoit aussy une femme des plus vertueuse qui fust au monde.