‹ Journal de Jean Le Coullon, 1537-1587Chapitre 24 sur 45 · SON SECOND MARIAGE · texte numérisé non relu

SON SECOND MARIAGE

Au moys de may, ans 1 554, mourut mon oncle Willaumme Richier frère nom germain à mon père.

[P. 17.] La dicte année 1 5 53 fuist abondante en tous biens et assez bon. Le bleidz revint à 10 s. et 9 s. la quairte. Le vin à 10 fr. la queue. La char demeura fort cher. La fiebvre me poursuivit et continua jusques la Pasque 1 554, aus" quelz temps je fuist sollicitez de moy remarier. Le soucy m'en destournoit. Enfin acquiessant au désir de mes parans je me transporta à Jouy auprès de Martinette fille de Didier Caignard, à son vivant maire de Jouy et de Marriette sa femme. Journée fuist assignée, assavoir le 26 may i554 au lieu de Metz. Le contractz fuist passez ledict jour. Or nonobstant les temps dyvers et la grosse guerre qui rengnoit, je m'avois délibérez de faire mon festin à Ancey mais la guerre s'emflambant de plus fort me fist changer d'opinion et aller à Metz.

Le 8 dudict Juing les Bourguoignons vindrent assiéger Ladonchamps à la vue des Françoys. Ayans 7 pièces d'artillerie, forcèrent la place, prindrent ceux de dedans et tous les biens, puis y mirent le feu. Je m'en alla sur mon frère faire mes préparations et espousa en la paroisse Saint

Victor le 24 jung. Jaçoit que nous n'estions environ que 45 personnes, nous fïsmes bonne chère et joieusement.

La moisson et vandange fuirent assez abondante : n'eust estez les destrousses , ransonnemens, pilleries et maingerie à cause de la guerre, ' il eust fait bon vivre en ce pays. La quairte de bleidz 18 et 20 solz. La queue de vin 10 fr. La char, cher. Ung mouton se vandoit 4 et 5 fr., les poulies et oison 8 solz. On ne labouroit la j8 parties des terres à 2 lieue es environ de Metz. On îVeust osez tenir au pays un bon cheval.

[P. i8.j Le 20 de Septembre i555, ma femme Martine enfanta nostre premier enffans. Pour la véhémente douleur qu'elle endura l'espace de 26 heures continuelles, Feiiffant, qu'estoit un beau fils, mourut. Estant venu au monde il fuist baptisez selon la coustume d'alors par la saige femme nommée Bairbe femme Jean Anthoine, L'enrTant fuist nommé Jean. Il eust pour parain Didier fils Jean Le Tonnellier et pour mairaine Mangette femme Jean Le Tonnellier, ma tante Mariette La Roche, sœur de ma mère, et la saige femme mesme. Après il fuist ensepvelis en la losse de Jennon ma femme.

Durant le moys de la gésine de ma femme, sa

Page 1