ANNÉE D'ABONDANCE
personnes, du nombre desquelz y avoit environ 18 gros corps.
Ladicte année 1578, depuis le moys de may, a estez fort chaude et seiche, tellement que on a eu grande quantitez de bleidz orge et aveine, peu de foingz et point de fruitz, car en apvril toutes les fleurs fuirent mangées de vermine. Les van- , danges ont estez aussy abondante partout, et les vins estimez aultant bon qu'ilz ont jamais estez depuis la chaude année : jasoit labondance sy ait il vallu le plus comung durant les vandange 3o fr. le charau.
Le dernier jour d'octobre 1 5j8 environ 3 heure devant le jour, Caitherine femme de mon fils Jean ait enfantez son premier enffans; ung fils qui fuist baptisez à Montoy le dimanche suyvant 2 novembre par Monsieur de La Chasse ministre. Son nom est Samuel, ses parrains les sieurs Nicolas Mangin et Nicolas Dabocourt, sa mairaine, la femme de Monsieur de Mouron.
[P. 41.] Depuis le moys d'octobre 1578 jusqu'au my apvril 1579, le temps a tousjours estez pluvieux tellement que les rivières ont estez desbordées 10 ou 12 foys qui ont portez grand dopmaige.
Le 1 1 dudict apvril précédent ma belle fille ait
enfantez une fille à mon iilz Collignon qu'a estez baptizée à Montoy par Monsieur de La Chasse le i5 dudict apvril et nommée Salomée.
Le 9 aoust 1579, le petit Samuel fils de mon fils Jean ayant estez malaide de peste environ 4 jours, par le vouloir de Dieu mourust. Tantost 2 jours après sa mort, affin que mondict filz et sa femme se puissent recréer, je les fis venir à mon logis. Y estans ce bon Dieu vizita mondict filz de ladicte malaidie le 22 dudict moys et sa femme le 26e jour. Et se passèrent plussieurs jours que nous n'attendions que la mort de tous les deux; n'estans qu'à demy guéris la mesme malaidie saisit Perette femme de mon filz Collignon qui pareillement sembloit mourir. Or ce grand Dieu m1a fait grande miséricorde, qui contre l'opinion humaine, les a reslevés tant de temps qu'il ly plaira. Louange luy soit rendue à tout jamais !
Ladicte année 079 ait estez fort pluvieuse et froide. Si quelques foys le soleil s'a demonstrez il estoit fort bruslant, ne durant guères. Puis le temps de [P. 42] pluye recommançoit tellement qu'on a eu grande peines à mettre les grains en grainge et y en ait eu grand nombre demeurez et pouris aux champs. Dont s'est ensuyvis que
SAISONS DESASTREUSES 55
les vieux bleidz et le vin ont remontez de jour à aultre.
Es moys d'aoust, septembre et octobre a estez tant de pluye et le temps sy froit que les raisins n'ont sceu meurir nompas à demy ; on n'a comencez de vandanger que depuis le my octobre, on en a assez trouvez, ils estoient fort fiers, qui fist chérir le vin vieux. Il gela vers les 26 et 27 octobre sy fort que ce qui estoit à vandanger ne valust riens. Pour la malignitez du temps on n'a peu semer plus de la moithiez des terres préparées, qu'a fait remonter le bleidz de plus de la moithiez; car en Testée, il ne valloit, comme il avoit fait auparavant que 2 fr. ou environ, et voyant la fautte de semer et la moisson froide et petite, il a vallu 5 fr. Les rivières depuis Saint- Martin 78 jusqu'à Saint-Martin 79 sont estées desbordées 2 5 ou 26 foys.
L'année i58o a estez dès l'y ver jusqu'au my juillet assez fascheuse. Tantost froidz, gelée en apvril et en may. Plussieurs grandes pluyes comme le 12 may jour d'ascension, il en tomba tellement et sy largement qu'elle enmenna de plussieurs vignes et terres en lieux panchant une infinité de terre et fist un merveilleux dopmaige. [P. 43.] Mesme au moys de juillet il pleut i5
jours continuellement, speciallement les 2 derniers jours quelle voulust cesser, il pleut sans cesse tellement qu'il y eust une grande parties des foingz pouris et gastez. Depuis jusqu'au dernier jour de novembre tout ce qui ait tombez en somme ne faisoit une bonne nuée, tellement que la seicheresse ait estez merveilleusement grande, qu'a fait que on ait eu des bons bleidz et de fort bon vin mais peu. Les terres estoient sy sec quil en est demeurez en l'autonne grande parties que on n'a sceu semer. Plussieurs aultres semées au commencement d'octobre (le grain n'ayans aucune humeur) est demeuré en terre en mesme estât que sur le grenier, tout lesdicts moys d'octobre et novembre suyvant. Tout chacun estoit émerveillez de veoir une telle saison non veue ny cognue de semblable auparavant. La Mouselle fuist sy courte que les chiens de moyenne taille la passoient encore (sans nager), le dernier de novembre. Les puix fuirent taris et avoit on grande disette d'eaux.
Le milliaire ancien, en Metz, evesché d'icelle, Loraine et Baroys, se prenoit et començoit au 25e jour de mars, mais en Loraine et Baroys, par l'ordonnance du prince, ledict milliaire fuist changez et mis au premier jour de l'an. Ledict
CHANGEMENT DU CALENDRIER 5j
milliaire changez se comencea le premier janvier que Ton eust comptez 1579 et ilz comptèrent i58o.
Aussy ceux de l'evesché en lieu de l'ancien milliaire que on eust comptez i58o commencèrent 1 58 1 .
[P. 44.] Le 12 febvrier i58o, stil de Metz, environ les 6 heures du matin, nasquist à mon fils Jean un filz que fuist baptizez à Montoy le mercredy suyvant i5c jour, par Monsieur de La Chasse et nommé Théophile. Ces parains sont mon frère Jean Le Coullon, le sieur Claude Houdebrand amant et sa mairaine Jeanne Salverez femme de Guillaume Remion oncle dudict Théophile de part sa mère. Le Seigneur Dieu veuille avoir soing de luy et le remplir de ces saintes grâces !
Le 5 mars suyvant mourust à Metz maistre Guillaume Le Maignier, aultant homme de bien, craignant Dieu et charitauble qu'on en sceust point trouver. Par sa bonne vie et sainte conversation plussieurs l'appelloient un second Elizée. Il y avoit l'espace de 5o ans qu'il vizitoit les malaides, les consolant merveilleusement par la parolle de Dieu, uzoit envers eux de médicaments fort propre et avanceoit toutes ses facultez
et biens pour aider les pauvres. Il fuist fort regretez voire des ceux de l'église romaine.
Le 17 janvier 1 58 1 nasquist à mon fils Collignon une fille qui fuist baptizée ledict jour à Montoy et appelle Esther.
[P. 45.] L'année 1 58 1 il y avoit grande espérance qu'elle seroit assez fertille en grains, vins et fruitz, voire jusques à la moisson on estimoit que on trouveroit beaucoupt de bleidz. Mais on fuist frustrez; car ils reviendrent sy mal que le bleidz fuist fort rencherys, tellement que depuis la moisson passée, ce fuist pitiez de veoir mendier une infinitez de pauvres gens. Quand au vin il en fuist assez raisonnablement. Mais à cause que la saison avoit estez plus froide que chaude, on differoit de vandanger jusques vers le 10e jour d'octobre. Touteffoys le 4e jour il vint une forte gelée qui ne laissa aucunes feuilles vertes ny es vignes ny es arbres et convint vandanger à toute diligence : que fuist cause que les vins fuirent aucunement diminuez de leur force. Sy estoient il assez bon, mais il se vandoient mal à cause que le bleidz estoit sy cher. Il s'a vandu jusques la moisson 1582, 5 fr. et demy 6 fr. et 8 fr. et demy la quarte.
Nonobstant la moisson de Tannée 1 582, on n'a
PLUIES ET DEBORDEMENTS DQ
eu sy bon marchez que on esperoit; les grains sont demeurez cher, la vandange ait estez assez bonne, mais les vins fuirent tellement nouris d'eaue qu'il ne sont estez si bon que Ton pensoit et la gelée que vint 3 ou 4 jour après la Saint- Remy (que fuist cause de vandanger). Les fruitz mesme, dont il y avoit grande abondance, fuirent si nouris d'eaue qu'il en perdont la bonté. Avant [P. 46] que les vins fuissent pressez, les eaues devindrent grandes tellement que les charau feurent 7 ou 8 jour sans passer; que fuist cause que du costez d'Ancey y oit des vins laschez par trop demeurez es cuves et cuvelles.
La saison de semer fuist sy pluvieuse que les laboureurs avoient force peine. Le bleidz se crevoit et demeuroit là. De loing temps on ne vist saisons sy pluvieuse, les rivières sont estez par plussieurs foys desbordées non sans faire de grand dopmaiges. Brefz dès le moys d'aoust 1 522 jusqu'à l'entrée de febvrier suyvant, il ait pleue quasiment continuellement.
Au moys de décembre i582, le pape Grégoire i3 ait fait retrancher 10 jours et fuist le jour de Noël le 1 5e jour, combien que on le conta pour le 25. Aussy dès le premier de janvier on commencea à compter 1 583 , et en observant la
ÔO JOURNAL DE JEAN LE COULLON
façon ancienne on eust comptez 82 jusqu'au 2 5 de mars : mais comme dit est, on compta 1 583, comme on fait en Loraine et en evesché.
Le 23 novembre 1 583, du matin vers les 5 heure, nasquist à mon fils Jean un filz que fuist baptizez le 2 5 dudict moys à Montoy par monsieur Buffet, ministre. Ses parains sont le sieur Mangin des Hazard et Joseph de Cuvrey, sa maraine Perette ma belle fille. Dieu luy face graice et le veuille conduire toute sa vie par son Saint-Esprit! Le nom de l'enffant Jean.
Ladicte année 1 583 il fuist des vins et des bleidz abondamment, assez peu d'avoine et d'orge, et des fruitz moyennement. Il fuist si peu de foing que la charte a valu 2 5 fr. et plus vers la Pasques 84. Les raisins eurent le temps sy [P. 47] propre qu'il devindrent fort gros, les graines estans l'une sur Paultre. Les vins fuirent fort bon et beaucoupt meilleurs que les années 81 et 82. Et sy en fuist beaucoupt plus que on n'esperoit, tellement qu'ils n'ont valu que 18 fr. et 19 fr. la queue et la quairte de bleidz 4 fr. et 4 fr. et demy. Avenant le moys de may 1584 et voyans l'affluence des biens par la. graice de Dieu que la terre avoit produit, tant bleidz, aveine, orge et raisin, les grains et vins sont devenus à meilleur marchez.