MISÈRE EN LORRAINE
vendoient aux pauvres nécessiteux xiij fr. etxvfr. et encor davantaige.
On a enterré plusieurs pauvres personnes en ceste année 1 58/, qui ont estez mortz de faim et d'aultres incommoditez qu^lz recepvoient, hors du Pont des Morts et hors de la porte Saint-Thiebauld au long des fossez et hors des aultres portes.
Les pauvres se retiroient fors de Lorraine en ce pays, pous estre la chereté des vivres encore plus grande en Lorraine.
Jhscrist pour mon tout.
Le xxiiije jour de juin, jour de saint Jean-Baptiste audict an 158/, Dieu a retirez à soy mon cher père Jean LeCoullon, environ vers les cinq heures et demy du soir, lequel a mouru avec bonne repente nce et en invoquant le nom de Dieu. Il fut malade huit jours. Le mal le print le xviij jour du mois de juin 1 58/, d^une fiebvre continue fort aspre sans intermission. Il est mort au regret de plusieurs gens de bien tant du plat pays comme de la ville, lesquels eussent désirez sa vie plus longue, s'il eust pieu a ce grand Dieu, et principalement de moy, qui m'aimoit uniquement. Il avoit vescu environ soixante et deux ans en ce monde et mourut le mesme jour qu'il espousa Martenatte ma mère et y avoit trente trois ans [P. 54] comme il me disoit le jour avant sa mort. Il avoit vescu homme de bien et en bonne réputation. Il estoit peu oiseux et il escripvoit ou il meditoit quelques bonne chose,