SA MORT
ou il travailloit et s'estudioit principalement à administrer et faire bonne justice et se mesloit de faire plusieurs bons accords afin d'éviter la ruine des parties de leur ame et de leurs biens à plaider.
Sa sépulture est à Jouy où il a mouru, en la semethiere près d'un petit huis qui va au moutier où sont ensevely les pères et mères de ma mère.
Quelques jours avant la maladie de mondict père, et mesme durant sa maladie, mon fils Théophile fut malade d'une fiebvre fort aspre, lequel mon père aimoit fort, et l'avoit chez luy passez environ trois ans. Il fut quelques foys que l'on pensoit qu'il passeroit. Touttefoys Dieu Ta réservé tant de temps qu'il luy plaira, dont à luy en soit honneur et gloire, avec action de grâce. Amen !
Page i , ligne 2 : Collignon.
Collignon était au moyen âge la forme la plus ordinaire du nom de Nicolas, dont il constituait un diminutif, spécial à la langue messine, de même que Poincignon était celui de Poince, Burtignon celui de Aubert, Auburtin, Uguignon celui de Hugues.
Il faut arriver tout près du milieu du xvie siècle pour trouver la forme actuelle du nom de Nicolas dans l'histoire de Metz ou des familles messines. Il est jusque-là représenté par un grand nombre d'appellations variées, dont Nicole est la plus distinguée et la seule employée, avec Collignon, quand il s'agit d'un personnage notable. Les autres, marquées d'un caractère rustique, sont : Collin, Collinet, Collette, Colesson, Collasse; Niclausse, Niclasse; Clausse, Claussequin, Clasquin, etc., encore fort en usage dans les villages du pays messin, et généralement passés à l'état de noms patronymiques.
Page 1, ligne 3 : Vyonville.
Vionville, commune du canton de Gorze, à 19 kilomètres de Metz, sur la grande route qui conduit de cette ville à Verdun. Village très ancien, qui portait au xne siècle le nom de Vydonis Villa et de Vyonvilla. Il faisait partie
de la terre de Gorze. Sur son territoire se trouve une ancienne église aujourd'hui ruinée, Notre-Dame de Tantelainville(7aftta/itto Villa en 745), qui était lamèreéglise du lieu.
Page 1, ligne 9 : Febvrier i525.
Selon notre mode de compter actuel, ibi6. A Metz, il était d'usage de ne changer le chiffre de Tannée qu'au 25 mars, et de faire compter dans l'année précédente le temps compris entre le ier janvier et cette date. Cela dura ainsi jusqu'à la réforme grégorienne. Cette observation s'applique à un certain nombre de dates qui figurent dans le Journal de Jean le Coullon. Il est à propos de ne pas l'oublier, si l'on ne veut pas mettre la date qu'on lui emprunterait en contradiction avec celle que peut avoir enregistrée l'histoire. Aussi est-il d'usage d'inscrire à la suite de l'indication de l'année (A. S.) « ancien style, » si on ne la corrige pas, ou (N. S.) « nouveau style, » si on la corrige : février ibzb (A. S.), ou février ibzG (N. S.).
Page 1 , ligne 1 7 : Corney.
Corny, beau village de plus de mille habitants, commune du canton de Gorze, à droite de la Moselle, à 14 kilomètres de Metz, sur la route qui conduit de cette ville à Nancy. Ancien village qui portait, du xne au xve siècle, le nom de Crosneium, Croney, Courney. Il appartenait au comté de Bar et mouvait de la chàtellenie de Pont-à-Mousson. Cure du diocèse de Metz, archiprêtre de Mousson, chef-lieu de canton du district de Metz, de 1790 à 1802. Remarquable par un élégant château orné d'un superbe parc, et par un pont suspendu qui le met en communication avec la rive gauche, à Novéant.
NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS j5
Page 2, ligne 7 : Jacquemin Travault.
Les Travalt ou Travault formaient une famille, d'ancienneté relativement médiocre, dans la bourgeoisie dirigeante de la cité de Metz, mais qui, par le travail persistant et l'honorabilité de ses membres, y était parvenue à un rang assez distingué. Elle n'était pas noble et ne le devint, ou, pour mieux dire, ne fut considérée comme telle, qu'après la révolution de i552.
Elle paraît à Metz pour la première fois en l'an 1408, en la personne de Jehan Travalt, originaire d'Ancy, qui vient se fixer dans la cité avec la qualité d'escripvain, se fait admettre à la bourgeoisie en 141 1, et meurt en 1414, aman de Saint-Georges. Les amandelleries se multiplient en nombre surprenant dans cette famille qui est, du reste, nombreuse. En un siècle et demi, on voit des Travault amans de Saint-Livier, de Saint-Gorgon, de Saint-Maximin, de Saint-Marcel, de Saint-Étienne-le- Dépenné, et surtout de Saint-Gorgon, où se succèdent quatre générations.
La famille Travault s'éteignit au xvne siècle, après avoir contracté de nobles alliances.
Jacquemin Travault, dont il est ici question, appartenait à la troisième branche, qui finit en lui. Il était aman de Saint-Martin, et avait son hôtel rue de la Pierre-Hardie. Il avait épousé Marguerite, fille de Jean de Gorze, l'aman. Mort en ibbi, il fut enterré à Saint- Victor. Sa tombe reçut l'épitaphe suivante qu'a conservée le recueil de Dom Dieudonné :
Cy gist honnorable homme Jaicomin Travalt, l'amant,
fils de feu Dediet Travalt, aussy amant, lequel
deceda de cest siècle le xne jour de jung M.D.LIL
Page 2, lignes 9 et 10 : 2 livres et 60 soif.
Il paraît à propos de réunir dans une seule note les indications relatives aux systèmes monétaires cités dans ce Journal. On y voit successivement figurer les mots sols, gros, francs, livres et écus. Nous allons établir brièvement la valeur relative de ces diverses monnaies de compte.
A Metz comme en France, le denier était la base et le premier élément du système monétaire. Mais sa valeur n'était pas la même dans les deux pays. Le denier messin ne valait que les 11/ 18 du denier tournois.
En France, le sol valait 12 deniers, et la livre 20 sols. A Metz, il y avait deux unités monétaires de plus, et les coefficients n'étaient pas non plus tous les mêmes. Le sol valait 10 deniers, le gros 12 deniers, le franc valait 12 gros, la livre 20 gros, l'écu 3 livres ou 60 gros. Il résulte de la différence dans la valeur du denier, que :
Le gros messin ne valait que ydeniers i/3 tournois. Le sol — 9 deniers —
Le franc — 7 sols et 4 deniers
La livre — 12 sols 2 deniers i/3 —
L'écu — 1 lb 16 sols 8 deniers
Pour nous servir comme exemple des 60 sols du texte, nous dirons qu'ils équivalaient à 5o gros, soit à 2 lb 1/2, soit à 4 francs et 2 gros en monnaie messine, valant en monnaie française 1 lb 10 sols et 6 deniers 2/3.
(Consulter sur cette matière, que compliquent diverses considérations accessoires, le Traité de la monnoie de Met\, par le procureur général Le Noble. In-16. Paris i655).
Nous avons dit que ces diverses valeurs ne devaient être prises que comme monnaies de compte. Le gros seul en effet était une pièce d'argent d'un usage général. Nous avons la preuve de cette assertion dans l'ordonnance de 1 588, qui précise les espèces que devait frapper Jean d'Abocourt, maître de la monnaie de Metz. C'étaient le florin, le gros, la bugne et le liard. Il en était cependant bien d'autres encore au type messin, qui étaient restées dans la circulation, et dont on retrouve mêmede nombreux exemplaires frappés à une époque ultérieure. Ainsi, quand quelques années plus tard, en i6o3, Henry IV vint visiter Metz pour mettre un terme à la tyrannie des Sobole, les magistrats de la cité lui firent hommage d'un vase d'orfèvrerie contenant un spécimen de toutes les monnaies frappées cette année même au coin de la cité, et dont les matrices avaient été regravées à neuf pour la circonstance. Ces monnaies, au nombre de dix, étaient : un florin d'or, un thaler à la double aigle, un teston au buste de saint Etienne, un gros messin, une bugne, une pièce de trois liards, un liard, un demi-liard, un denier au chef de saint Etienne, et une angevine ou quart de denier. [Voyage du Roi, par Ab. Fabert, pp. 58 et 61.) On peut juger de la complication que devait entraîner une telle variété dans les types locaux, jointe à l'usage des monnaies françaises, forcément introduites par la garnison, sans compter celles des pays voisins.
Page 2, ligne 10:2 chaffes d'or.
Chaffe, corruption du mot allemand « Schaff », agneau, était le nom d'une monnaie d'or appelée autrement aignel, agnel, dont la première émission date de la fin du règne de saint Louis. Elle a pour type l'agneau nimbé,
yS JOURNAL DE JEAN LE COULLON
debout, avec la croix inclinée ou droite, et pour légende: Agnus Dei qui tollis peccata mundi, miserere nobis, Jean II émit également des aignels, qui furent imités en Bourgogne et en Flandre. Charles VI fut le dernier roi qui en fit frapper. Il y a lieu d'être surpris qu'un siècle plus tard, au xvie siècle, ces pièces eussent encore cours dans notre pays. La valeur intrinsèque de l'aignel peut être évaluée maintenant à i5 francs environ. On voit qu'à l'époque de notre chroniqueur, cette pièce était estimée une livre et quart; cela résulte de l'identification de deux chaffes avec les 60 sols de gages.
Page 2, ligne 2 5 : La queue.
Dans les anciennes mesures messines, la queue de vin, ou cowe, représentait une quantité de liquide égale à 4 hectolitres et 20 litres, ou, en termes de pays, à 10 hottes et demie. La hotte, que nos voisins lorrains appellent tendelin, constitue la charge moyenne d'un homme et se décompose en quatre chaudrons ou vingt pots, ou quarante pintes, ou quatre-vingts chopines; sa contenance, en français moderne, est de quarante litres.
Le charral représentait la même quantité à peu de chose près. Il est encore aujourd'hui compté pour onze hottes, soit 4 hectolitres et 40 litres.
La quarte messine était la mesure en usage pour les grains ; elle contenait environ 66 litres et se subdivisait en quatre bichets. Plus anciennement, elle se décomposait en quatre-vingts coupillons.
Page 2, ligne 26 : 10 francs et 6 sol%.
Lorsque le mot sol est associé au mot franc, monnaie messine, il n'y a pas de doute qu'il s'agit du sol messin de 10 deniers, et non du sol tournois de 12 deniers.
Il est à propos de rapprocher des renseignements donnés par Jean le Coullon sur le prix des denrées, ceux que renferment, sur une époque un peu antérieure, les Mémoires d'un autre chroniqueur messin, notre excellent Philippe de Vigneulles. Lui aussi, comme Jean le Coullon, enfant de la campagne et élevé dans les préoccupations naturelles aux cultivateurs, tenait un compte très exact des variations du climat et de leur effet sur l'abondance et le prix des productions de la terre. Dans le cours des années qu'embrassent ses Mémoires, de 1473 à i520 environ, on voit ses mercuriales faire varier le prix de la queue de vin de 5 à 12 francs, et celui de la quarte de blé de 2 sols et demi à 12 sols.
(Pour la valeur du franc, vide supra).
Page 3, ligne 3 : Esprinsson.
« Esprinsson ou éprinçon, maladie contagieuse et populaire. » {Diction, austras. de Dom Jean-François.)
Il faut rattacher cette maladie, que son nom caractérise, à une épidémie de dysenterie qui se manifesta en 1 538 et se répandit dans la plupart des villes d'Europe. Cette épidémie, qui fut assez meurtrière, offrit ceci de particulier qu'il fut impossible d'en déterminer la cause, tout ayant été normal dans les pays qu'elle attaquait, tant au point de vue de la température qu'à celui de la facilité de vie dès populations.
(Cf. Dr Maréchal. Traité des maladies endémiques du pays messin, p. 145).
Page 3, ligne 5 : Le Servoixier.
Cervoisier, fabricant de cervoise ou bière, du mot cerevisia, qui a le même sens dans la basse latinité. Cette
industrie était pratiquée de toute antiquité dans le pays messin, bien que la bière ne fût pas d'un usage général, les vignobles des coteaux suffisant largement à la consommation. A Metz, l'industrie de la brasserie n'était pas libre : le monopole en était réservé à l'hôpital Saint- Nicolas, dont les grands besoins exigeaient des ressources exceptionnelles. Un atour de 1 33 1 lui assura par privilège, la fabrication exclusive de la bière, du poiré et de l'hydromel.
Cette restriction de la liberté du commerce ne s'étendait pas à la campagne.
Page 3, ligne 12 : La venue de l'empereur.
L'empereur Charles-Quint arriva à Metz pour la première fois le 10 janvier 1541. Il venait de Thionville et fit son entrée solennelle par le pont des Morts. Il resta trois jours à Metz. Ce séjour ne présenta pas de particularités bien intéressantes, en dehors de quelques confirmations de privilèges.
Les Chroniques de Met%, de J.-F. Huguenin, contiennent cependant un très long et minutieux récit de ce premier voyage de Charles-Quint à Metz, sous le titre de : Chronique de la venue et entrée faicte par l'empereur Charles Ve, etc. (p. 840-860). Charles-Quint prit cette fois son logis chez la veuve de Philippe de Raigecourt, dans le vieil hôtel Saint-Livier, si remarquable par son architecture et la hauteur de la tour carrée qui le domine (rue des Trinitaires, 1 bis).
Page 3, ligne 24 : Ars.
Ars-sur-Moselle, canton de Gorze, sur la rive gauche de la Moselle, en face de Jouy, est un gros bourg industriel, siège de forges importantes, exploitées depuis les
NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 8l
temps les plus reculés. Une des quatre mairies du temporel de l'évêché de Metz. L'abbaye Sainte-Glossinde, y possédait une seigneurie, haute justice, et le chapitre de la Cathédrale une autre, sous le titre de ban-Saint- Paul. Parait devoir son nom aux arches de Jouy, aqueduc romain qui traverse la Moselle sur son territoire (Arcus in pago Mosellensi. — Charte de 889.)
Page 3, ligne 26 : Le duc de Gueldre.
Page 4, ligne 1 : Jeanne, royne de Navarre.
Guillaume, duc de Gueldres, avait succédé en 1 53g à son père, Jean III. Trouvant chez l'Empereur une hostilité marquée, il résolut de s'appuyer sur la France et alla épouser, le i3 juillet 1540, Jeanne, fille de Henry d'Albret, roi de Navarre, et de Marguerite de Valois, sœur de François Pr. Cette princesse était encore une enfant. Deux ans après, Guillaume ayant été battu et fait prisonnier par Charles-Quint, dut renoncer à l'alliance française. Son mariage fut rompu, et il épousa en 1546 Marie d'Autriche, nièce de l'empereur.
Jeanne de Navarre, ainsi devenue libre, devint la femme d'Antoine de Bourbon, duc de Vendôme.
Page 4, ligne 6 : La princesse d'Orange.
Anne de Lorraine, fille du duc Antoine et de Renée de Bourbon, fut mariée à René de Chàlons, prince d'Orange. Les noces eurent lieu au mois d'août 1540, dans le château de Bar, avec une grande magnificence. Quatre années plus tard, le jeune prince était tué au siège de Saint-Quentin, en servant vaillamment la France; et sa veuve épousait peu après Philippe de Croy, duc d'Arschott.
Page 4, ligne 7 : Le duc Françoys et la duchesse de Milan.
François Ier de Lorraine, fils du bon duc Antoine, auquel il succéda sur le trône ducal en 1644, s'unit le 10 juillet 1 541, dans le château de Bruxelles, à la princesse Catherine de Danemark, nièce de Charles- Quint, et veuve de François Sforza, duc de Milan.
Ce jeune prince, qui donnait les plus belles espérances, mourut à vingt-huit ans, en 1 545. Son fils aîné, Charles III, lui succéda.
Page 4, ligne 1 2 : Jean, cardinal de Lorraine,
Le trône épiscopal de Metz était alors occupé par le cardinal Jean IV de Lorraine, fils du duc René II, né le 9 avril 1498, coadjuteuren i5o2, et successeur en i5o5 de l'évêque Henry de Lorraine. En i543, il résigna avec réserves en faveur de son neveu, Nicolas de Lorraine, fils du duc Antoine, et reprit l'évêché en 1548, lors de la démission de ce prélat, qui quitta la crosse pour Tépée. Le cardinal Jean mourut le 18 mai i55o.
Page 4, ligne 14 : Evesque au ventre de sa mère.
La plaisanterie un peu hasardée de Jean le Coullon est en quelque sorte justifiée par l'âge auquel le jeune prince reçut le vénérable titre d'évêque de Metz. Il ne faut pas oublier qu'au xvie siècle le riche évêché de Metz semblait devenu un fief attribué aux cadets de la maison de Lorraine, et que l'administration du diocèse restait généralement le moindre de leurs soucis. M. Bégin a pu dire, sans trop forcer la note, ce qui suit :
« Que penser d'un ordre à la tête duquel on voit un prélat, nommé coadjuteur à l'âge de trois ans, résigner
plus tard l'évêché à un neveu qui n'en a que cinq, conserver à la fois trois archevêchés, six évêchés, six abbayes, les céder, les racheter, les revendre tour à tour, dépouiller les églises et les monastères, et abandonner les soins administratifs à des subalternes pour courir d'ambassade en ambassade, ou vivre avec éclat à la cour de Rome? » (Hist. de Lor., t. II, p. 35.)
Mais il faut ajouter que s'il est vrai que le cardinal de Lorraine s'occupa fort peu de l'administration de son évêché de Metz, où le remplaçait un suffragant, il fit toujours le plus bel usage des immenses richesses que lui procuraient ses bénéfices. Il montra une libéralité exceptionnelle, encouragea les artistes et les savants, et favorisa le progrès des lettres.
Page 4, ligne 20 : Guillaume de Furstemberg.
Le comte Guillaume de Furstemberg, avec des troupes fournies par les villes protestantes d'Allemagne, s'était emparé de Gorze. Encouragé par ce succès, il chercha à faire pour la Ligue une conquête plus importante, et vint à Metz, avec quelques bourgeois de Strasbourg et de Francfort, pour essayer d'entraîner la cité dans son parti. Mais il y fut fort mal reçu et obligé de se retirer précipitamment. Les troubles excités à son sujet et calmés à grand'peine par la fermeté des magistrats donnèrent lieu de sa part à de vives réclamations.
(Cf. Meurisse. Hist. de l'hérésie, p. 49, et le portefeuille n° 2 du Recueil des notes de M. Emmery, bibl. de Metz [n° 166-7, man- hist.], qui contient un mémoire détaillé sur cette affaire).
Page 4, ligne 2 1 : A Gor\e.
Gorze, chef-lieu de canton de l'arrondissement de
Metz, est une petite ville riante et prospère, assise au bord d'admirables eaux et à l'ombre de belles forêts qui l'avoisinent. C'était autrefois le chef-lieu de la Terre de Gorçe, c'est-à-dire des trente hautes justices qui constituaient le domaine de l'abaye du même nom, domaine qui resta une des subdivisions du pays messin sous les différentes formes de gouvernement auxquelles il fut soumis. Cette célèbre abbaye, fondée par Chrodegand, évêque de Metz, en 749, dans un lieu alors inhabité et couvert d'épaisses forêts, devint au xe siècle, entre les mains des fils de saint Benoît, un centre exceptionnel d'étude et de sainteté. Sa renommée s'étendit au loin, et la prospérité du monastère de Saint-Gorgon se développa au point de faire de ses abbés de véritables princes ecclésiastiques, qui battaient monnaie et jouissaient des droits régaliens. Mais vint l'époque des revers : après avoir été déjà éprouvée par les guerres du xve siècle, l'abbaye arriva soudainement au xvie à une série de catastrophes dont la plupart sont retracées ici, et qui amena rapidement sa ruine, si bien qu'en 1572 elle avait cessé d'exister.
Page 4, ligne 22 : Es quatre mairies.
La division territoriale du pays messin, qui portait ce nom, comprenait quatre villages, (ou plus exactement sept, en comptant leurs annexes) qui, bien que situés dans le val de Met{, étaient soustraites à l'autorité directe de la cité, et comptaient dans le temporel de l'évêché. Ces villages étaient Ancy, Ars-sur-Moselle, Chatel et Scy, avec leurs dépendances, Chazelles, Longeville et Lessy. Philippe de Vigneulles dit, sans en donner de preuves, que l'évêque Jean d'Apremont les avait acquises, vers i23o, du paraige de Porsaillis, auquel il était allié. Par suite de prêts d'argent, plus ou moins tardivement
remboursés, les quatre mairies furent engagées succesvement par les évêques, partiellement au duc de Lorraine et à des seigneurs messins, et en totalité, en 1465, à la cité. Elles rentrèrent en 1488 dans le domaine épiscopal, et y restèrent jusqu'à la Révolution, faisant partie du bailliage seigneurial de Vie.
Page 5, ligne 12 : La peste survint.
Le pays messin fut ravagé en 1541 par une véritable peste, caractérisée par des bubons infectieux, qui y fit de nombreuses victimes. Deux éminents médecins ont laissé à son sujet des documents positifs : l'un était Lacuna, médecin de l'empereur, et l'autre Gauthier d'Andernach, ancien médecin de François Ie'', qui venait de quitter ce poste, par suite de son attachement aux doctrines de Luther. — Cf. F. Maréchal. Op. cit., p. 147.
Page 5, ligne 20 : Chasteau de Saucy.
Le Saulcy, maintenant humble ferme, annexe de la commune de Tronville (canton de Gorze), a été jadis une forteresse féodale qui a eu son histoire, et non sans un certain éclat. Elle était le siège d'un fief et d'une justice haute, moyenne et basse, dont les seigneurs portaient le nom. Cette seigneurie se composait du Saulcy, chef-lieu, des villages de Mars-la-Tour, Tronville, Montigny-sur-Chiers, Allondrelle, la Malmaison, du moulin de la Roche, du ban d'Oullieuf à Hannonville-au-Passage, et des cours Thomas et Collas à Vezin. (Dénombrement du 3i août 1682. — Arch. départ.) Henry de la Tour en Woëvre, seigneur du Saulcy au xve siècle, fut en guerre ouverte avec les Messins dont il vint insulter la ville en ravageant ses environs.
Il avait poussé l'audace jusqu'à enlever et détenir en prison les évêques d'Évreux et de Carcassonne, ambassadeurs de France auprès du concile de Constance. En punition de telles insolences, son château fut assiégé, pris et démantelé par les Messins en 141 5. Mais il ne tarda pas à être relevé de ses ruines. On voit qu'au xvie siècle il avait encore une importance militaire, et qu'au xvne il était le siège d'une très importante seigneurie.
Quant à présent, il ne conserve plus la moindre trace de son ancienne splendeur, et ce n'est plus qu'une ferme des plus ordinaires.
Page 6, ligne 1 : Pharel.
Guillaume Farel, un des premiers ministres qui aient apporté à Metz les principes de la Réforme, était né à Gap, en 1489. Il était, dit-on, plus remarquable par son ardeur et sa véhémence, que par la profondeur de sa doctrine. Venu à Metz une première fois vers ibz5, conférer avec Nicole d'Esch et le chanoine Toussani, adhérents des doctrines de Luther, il y revint en 1542, appelé parle comte de Furstemberg et le maître-échevin Gaspard de Heu.
Agé de près de quatre-vingts ans, il y revint encore en 1 565, jouir du développement des idées qu'il avait, quarante ans plus tôt, contribué à répandre. Il prêcha au temple du Retranchement, et fut l'objet du plus vif empressement de la part des ministres et des fidèles protestants. Il mourut peu de temps après à Neufchâtel, en Suisse, où il exerçait les fonctions pastorales.
La vie de Farel a été écrite par M. Ancillon. (In- 12, Amsterdam, 1691.)
Page 6, ligne 3 : A Montigny.
Montigny-les-Metz, beau village aux portes de la ville, avait un château qui appartenait à l'évêque de Metz, mais qui, par suite d'engagement, était entre les mains de la famille de Heu, fortement attachée aux principes de la Réforme. Ce fut dans ce château que Farel fut installé par Robert de Heu, et qu' il établit le centre de son action religieuse. Sa présence en un lieu si voisin de la ville, produisit des troubles, à la suite desquels une ordonnance des Treize bannit du territoire de la cité les principaux adhérents des nouvelles doctrines. Farel quitta Montigny au mois de décembre, pour se transporter à Gorze, auprès du comte de Furstemberg, après avoir résidé deux mois et demi dans ce village.
Page 6, ligne 17 : Le Sieur Claude de Guise.
Claude de Lorraine, né en 1496, cinquième fils de René II, duc de Lorraine, et de Philippe de Gueldres, eut d'abord en apanage le comté d'Aumale. Il devint prince français et reçut du roi la dignité de grand-veneur puis celle de grand-chambellan. Son dévouement à la France et son courage héroïque se signalèrent à Marignan, à Fontarabie, à Hesdin. Il défit les paysans allemands près de Saverne, avec son frère, le duc Antoine. En 1527, le roi érigea en sa faveur le comté de Guise en duché-pairie. Il mourut à Joinville en i55o, après avoir rendu les plus éminents services à son pays d'adoption, et assuré l'avenir de la maison dont il était le chef.
Page 6, ligne 19 : Vint courir à Gor^e. A la suite des troubles suscités à Metz par le comte
de Furstemberg et de son séjour à Gorze avec Guillaume Farel, le cardinal de Lorraine fut justement inquiet des périls que courait la foi catholique dans sa ville épiscopale. Il demanda à son frère, Claude de Guise, de venir la défendre et d'étouffer avant toute chose le foyer dangereux que l'occupation de Gorze entretenait dans le voisinage de Metz. Le duc de Guise leva quelques troupes avec l'agrément du Roi; il marcha sur Gorze, où il arriva le jour de Pâques i5/{.3. Jean le Coullon dit le reste.
Page 6, lignes 20 et 22 : Un bourgeois... plusieurs femmes.
Ce bourgeois se nommait Adam et était drapier. Il fut tué par des soldats contre lesquels il cherchait à défendre sa bourse. Les femmes étaient une nommée Barbe, la revenderesse, et sa servante ; elles se noyèrent en voulant passer la Moselle à la nage. On remarquera que, d'après le Journal, Farel sortit de Gorze sain et sauf, avec les Messins, en vertu de la capitulation. Cela est en désaccord avec une tradition qui lui prête un déguisement de lépreux, des cliquettes et le visage blanchi. Cette tradition a été reproduite par la plupart des écrivains. Peut-être est-elle une simple invention.
Page 6, ligne 24 : Au Pont-à-Mousson.
Cette jolie ville, sur la Moselle, à égale distance (28 kil.) de Metz et de Nancy, date du ixe siècle. Elle a dû sa naissance au pont qui franchissait la rivière audessous de la forteresse de Mousson ou Monçon, inféodée au comte de Bar par l'évêque de Verdun. Cette ville, qui prit un développement assez rapide, avait pour le comté de Bar, à cause de sa position, une
importance considérable. Elle fut, en 1 355, érigée en siège d'un marquisat et principauté d'empire par l'empereur Charles IV, en faveur de Robert de Bar.
Pont-à-Mousson devint, au xvie siècle, des plus célèbres par la fondation d'une université, principal centre de lumières de la Lorraine et des pays voisins. Cette ville était le chef-lieu d'un des bailliages du duché de Lorraine, et possédait des établissements monastiques de première importance. Elle est maintenant réduite au rôle modeste de chef-lieu de canton, mais c'est toujours une ville charmante.
Page 7, ligne 7 : Thionville.
Thionville (Dietenhoven, ou Diedenhof, Theudonis villa, ou Theodonis villa, aux vme et ix° siècles, selon la double forme germanique et franco-latine), est une ville forte sur la Moselle, à 26 kilomètres de Metz, chef-lieu d'arrondissement ou de cercle dans la Lorraine. Elle était, avant le traité des Pyrénées, qui l'assura à la France, la seconde ville du comté de Luxembourg. C'était une des résidences favorites de Charlemagne. Elle fut deux fois prise par les Français, en 1 558 et en 1643.
Son histoire, très intéressante, a été publiée par M. Teissier (Metz, Verronnais, 1828). M. Charles Abel l'a également écrite, et il est fort regrettable qu'il ne l'ait pas encore livrée au public.
Page 7, ligne 8 : Raville.
Le village de Raville, en allemand Rollingen, situé à gauche de la Nied allemande, et à droite de la route de Metz à Sarrebruck, à 24 kilomètres de la première de ces villes, existait déjà au xie siècle, avec le
nom de Radonis villa, par contraction Rahavilla. Il compte environ 400 habitants, et fait partie du canton de Pange.
C'était autrefois une seigneurie de nom et d'armes, et une baronie-fief relevant du comté de Luxembourg, mais enclavée dans la Lorraine. Cette seigneurie, siège d'une justice haute et basse, comprenait les villages de Raville et Fouligny, les francs-alleux de Villancourt et Chevalling, et tout ou partie de treize voueries dans les villages voisins.
Raville a donné son nom à une maison illustre d'ancienne chevalerie, qui portait de gueules, à 3 chevrons d'argent, et qui possédait le titre héréditaire de maréchal et de haut-justicier de la noblesse luxembourgeoise.
Terre d'empire, Raville fut cédé à la France par l'impératrice-reine, en 1769, et placé dans le bailliage de Boulay.
Page 7, ligne 14 : Le sénéchal de Hainaiilt.
Pierre de Verchin était sénéchal de Hainault lorsqu'il fut appelé par l'Empereur au poste de gouverneur de Luxembourg, en remplacement de Georges de La Rochette, qui avait peu auparavant mal défendu cette place contre les Français. Le comte de Nassau venait de s'en emparer de nouveau, et la soumission du comté avait suivi la reprise de la ville.
Page 8, ligne 1 : De Vaux.
Vaux est un joli village du canton de Gorze, caché dans un repli de la montagne, sur la rive gauche de la Moselle. 11 existait déjà avec le nom de Vallis au vme siècle.
NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS yi
Au moyen âge, la propriété y était fort divisée, comme cela arrivait du reste dans les villages de vignobles renommés pour la qualité de leurs vins. Le monastère de Sainte-Glossinde était seigneur haut-justicier des bans de Salivai, de la Reine et du Haut-Ban. Le comté d-'Apremont y possédait un fief relevant du duché de Lorraine. Il y en avait quatre autres relevant de la cité: ceux de la Tour-Martel, du Ban-Vexin, du Ban de Laitre et du Ban-Burnequin. De plus, l'abbaye de Saint- Clément y possédait une seigneurie foncière.
Le village de Vaux avait un système de fortifications fort bien entendu, dont l'église formait la citadelle et le réduit. On en remarque encore des restes, bien intéressants à étudier. Cette église, très ancienne et bien conservée, a sa tour encore garnie des hours qui servaient d'abri à ses défenseurs.
Page 9, ligne 22 : Monseigneur Nicolas de Lorraine.
Nicolas de Lorraine, quatrième fils du duc Antoine, né en 1524, avait été destiné dès sa naissance à l'état ecclésiastique. Il reçut en 1529 le titre de coadjuteur de l'évêché de Metz, et en ib/fi prit possession du trône épiscopal, sur la résignation du cardinal Jean. Mais en 1548, il renonça à une carrière pour laquelle il ne s'était jamais senti de vocation, et abdiqua pour suivre le parti des armes, où il acquit de la renommée sous le titre de comte de Vaudémont.
Le duc Charles III, pendant la minorité duquel il avait exercé la régence, de moitié avec la duchesse Christine, lui attribua, pour reconnaître ses éminents services, le comté de Chaligny, avec de grands privilèges. De son côté, en 1569, le roi Charles IX, après la bataille de Moncontour, à laquelle il prit une part bril-
lante, érigea pour lui la haronie de Mercœur en duchépairie.
Le duc Nicolas mourut en i5jj, laissant de sa seconde femme, Anne de Savoie, entre autres enfants, un fils qui fut le célèbre duc Philippe-Emmanuel de Mercœur.
Page 9, ligne 26 : Brûlèrent l'abbaye.
L'abbaye, qui avait été reconstruite en i5o8 par l'abbé Wary de Dommartin, avec une grande magnificence, fut en grande partie détruite par cet incendie. Les religieux de Saint-Benoît, qui l'occupaient depuis le vme siècle, se trouvèrent sans asile. Ils se dispersèrent, ne pouvant plus maintenir leur communauté dans un monastère en ruines, et ils étaient réduits au nombre de trois lors de la sécularisation de l'abbaye en 1572. Il ne subsiste plus aucune trace des bâtiments conventuels. Le palais abbatial, rebâti en 1696 pour y recevoir la collégiale, et aujourd'hui occupé par un dépôt de mendicité, reste seul pour rappeler, et encore d'une façon indirecte, l'illustre abbaye fondée par Chroclegand.
Page 1 o, ligne 1 : Nouviant, Donnât, Vaseige.
Novéant, Dornot et Voisage, sont trois localités voisines d'Ancy.
Novéant-sur-Moselle( Noviandum au ixe siècle), beau et grand village du canton et autrefois de la terre de Gorze, assis sur la rive gauche de la Moselle, à 14 kilomètres de Metz. Il possède encore les restes d'un ancien château fortifié. Son territoire comprend trois hameaux le Berceau, le Cloître et l'Aitre. C'est à Novéant que prend naissance la route qui conduit à Gorze. Un pont suspendu met en communication ce village avec celui de Corny, situé en face, sur la rive droite de la Moselle.
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS ç3
Dornot (Dorniacum villa au ixe siècle), petit village du canton de Gorze, renommé par ses vins blancs, posé sur une hauteur, à gauche de la Moselle, entre Novéant et Ancy, a une église, Ipngtemps annexe de la paroisse d'Ancy ; il a fait partie de cette commune jusqu'en 1869, où il fut érigé en chef-lieu communal,
Voisage (Wasaticum au ixe siècle), ferme fort ancienne, à droite de la Moselle, dépendant de la commune d'Arry, et précédemment de celle de Novéant, Voisage, situé à la limite extrême du territoire messin, était marche d'Estault, vers le comté de Bar et la Lorraine romande, c'est-à-dire le lieu où se tenaient les journées amiables entre les députés de ces pays et ceux de la cité.
Page 10, ligne 6 : Le chasteau Saint-Biaise.
Ce nom était porté par une forteresse de la cité de Metz, posée au sommet d'une colline assez élevée qui domine la vallée de la Moselle,, au-dessus de Corny et d'Augny.
Cette forteresse ne fut longtemps connue que sous le nom de Nuef-Chaistel, novnm castritm, le nuef chaistel devant Metz. Elle prit, au xve siècle, le nom de Châtel- Saint-Blaise, par suite du voisinage d'une petite chapelle consacrée à ce saint, et qui était l'objet d'une grande dévotion.
Chaistels saint Blaize con dict le nuef chaistels.
(Chron. Praillon).
L'histoire de ce château ne manque pas d'intérê<- : il fut à plusieurs reprises assiégé et occupé par les Lorrains. En i552, il fut pris et en partie détruit; cependant le donjon subsistait encore, entouré de ruines
importantes, lorsque le tout fut rasé, en 1809, pour fournir des matériaux à une ferme qui fut construite au bas de la colline et reçut le nom de Château-Bas. M. Victor Simon a consacré, dans la Revue d'Anstrasîe, un article intéressant à cet antique château.
Page 10, ligne 8 : Sieur Nicolas de Gournay.
Nicolas de Gournay, né en i5ii, fils de Regnauld de Gournay, maître échevin en 1499, et d'Anne Remiot, était seigneur de Villers-la-Quenexy, Secourt, Genicourt et Jouy; il avait épousé Anne du Chàtelet. Il occupa trois fois la haute magistrature du maître-échevinat, en 1 535, 1 538 et i55i, et mourut en 1592.
Les Gournay constituaient une des plus riches et des plus illustres familles de la noblesse de Metz. On les voit figurer, sous le nom de Gronnais, dès les premières années du xine siècle, dans la liste des grands emplois municipaux. C'est un des noms qui se rencontrent le plus fréquemment et le plus brillamment dans les fastes de l'histoire messine.
Page 10, ligne 24 : Le vice-roy de Naples.
Ferdinand de Gonzague, vice-roi de Naples, commandant en chef, avait avec lui Guillaume de Furstemberg et 1 5,ooo hommes de bonnes troupes. Furstemberg avait déjà, l'année précédente, tenté sans succès le siège de Luxembourg. Cette fois, l'événement le servit mieux. La place, vigoureusement attaquée le jour de l'Ascension (1544), dut capituler faute de vivres le 6 août. Elle était défendue par le vicomte d'Anglure, à la tête d'une garnison de i,5oo hommes. La prise de la capitale entraîna la soumission immédiate du comté.
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS g5
Page 1 1 , ligne i : L'empereur vint à Met%.
C'était la seconde visite que Charles-Quint faisait à Metz. Il y entra le 6 juin 1544. Son séjour fut plus long que lors de son premier voyage, et il y laissa voir des prétentions à la souveraineté effective, non encore manifestées.
Il fit occuper les portes par ses soldats et resta maître des clefs. La Chronique des Célestins dit même qu'il voulait donner à la cité un gouverneur en la personne d'un de ses officiers, et qu'il ne renonça à son projet que sur les représentations du cardinal de Granvelle. La réalisation d'une semblable idée était d'autant plus à sa portée, qu'il avait sous la main, pour en appuyer les effets, la belle armée à la tête de laquelle il allait faire la guerre en France. Cette fois encore les antiques privilèges de la cité furent sauvés. Après avoir reçu à Metz le duc François de Lorraine, qui avait sollicité la neutralité de son duché, l'Empereur repartit, le 6 juillet, pour le siège de Saint-Quentin. En partant, il rendit les clefs de la ville aux magistrats, et les remit en possession de leurs franchises accoutumées.
La Chronique rimée dit à ce sujet :
(( Il laissa le gouvernement aux bourgeois, Jouyr de leurs franchises et droits, Sans rien oster de leurs libertez Où par deux foys il les avoit trouvez. Quand il fut au champ à panne, son cheval retourna Vers la noble cité et Dieu pria Pour la cité et pour les habitants Qu'il avoit laissé dedans.
Bon et loyal. »
Charles-Quint revint une troisième fois visiter Metz
le 10 janvier 1546. Son séjour y fut peu prolonge et ne fut remarquable par aucun incident.
Page n, ligne 2 : Sieur Androuin Roucel.
La vieille famille messine de Champel, qui fut dite Roucel, à cause de la couleur des cheveux de Henry de Champel, maître échevin en i3o8, était une des plus considérables de l'aristocratie paraigienne. Sire Androuin Roucel, chevalier, seigneur d'Aubigny, maître-échevin en i5o5 et ib-ib, était le neuvième de son nom qui occupât cette suprême magistrature de la cité. Il avait épousé en i5o3 Perrette, fille de Pierre Baudoche, le premier sans contredit, par sa position sociale, des seigneurs messins; mais cette union fut cassée en i5i5, et et Androuin eut le dépit de voir Perrette se remarier l'année suivante avec Bernard de Port-sur-Seille, portant les cheveux flottants à la mode des vierges.
Son hôtel était situé sur la place du Champ-à-Seille. Par une coïncidence qui ne fut sans doute pas l'effet du hasard, ce fut aussi chez lui que descendit Henry II, quand il vint prendre possession de Metz.
Carloix, auteur des Mémoires de Vieilleville, et après lui bien des écrivains de bonne foi, ont prétendu qu'Androuin Roucel était mort de douleur en voyant le maréchal de Vieilleville porter atteinte aux droits séculaires de la cité dans l'élection de ses magistrats. Nous aimerions à voir confirmer un fait semblable, qui clôturerait par quelque chose d'héroïque l'histoire des paraiges messins. Malheureusement, il faut inscrire cela au nombre des romans historiques. Roucel a vécu après i553, et a figuré dans divers actes jusqu'en 1564. A cette date seulement, il est question de son testament et du partage de sa succession.
NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS qj
La famille des Roucel, nombreuse et agissante, resta jusqu'à la fin du xvne siècle en possession des honneurs et des distinctions qui constituaient les privilèges de la noblesse. Le dernier du nom, Pierre de.Roucelz, fut tué en 1706, à la bataille de Ramillies, brigadier des armées du roi. Sa sœur avait épousé le baron de Landres, comte de Briey, d'une des plus grandes maisons de la Lorraine.
Page 1 1 , ligne 18 : La paix fat f aide.
La paix qui mit un terme à cette guerre, fut signée à Crespy-en-Laonois, le 18 septembre 1645. Les troubles produits en Allemagne par le développement du luthéranisme, ne furent pas étrangers aux résolutions pacifiques de l'empereur.
Page 12, ligne 5 : Ban du Chastel.
Le village d'Ancy comprenait trois bans particuliers : celui du Châtel , dépendant du château, propriété de la famille de Gournay; celui de Saint-Paul, ou Ban l'Archidiacre, qui appartenait au chapitre de la cathédrale, et celui de Saint- Vincent, domaine de l'abbaye de ce nom. Chacun de ces bans avait une administration spéciale, indépendamment du maire et des mainbourgs qui dirigeaient les intérêts de la partie du village qui n'y était pas comprise. Ainsi, Frémy Malcomptel était maire d'Ancy, comme Jean leCoullon le devenait du Ban l'Archidiacre, comme Mangin Guillaume l'était du Ban du Chastel, et Jean Chaussier du Ban Saint-Vincent.
Page 12, ligne 7 : Sieur Michel de Goumais, sieur Loys de la Grand/aux.
Michel de Gournay, chevalier, seigneur de Beu,
maître échevin en i5i6et 1 5 19, chambellan et conseiller du duc Antoine en 1 533, mort en 1 553, avait épousé Philippe de Florainville, dame d'honneur de la reine de Sicile. Il était fils de François de Gournay, maître-échevin et chambellan de Charles-Quint, qui fut un des hommes les plus extraordinaires parmi les Messins de son temps. Il eut quatre femmes et vingt-huit enfants des trois premières.
Michel était au nombre des enfants du second lit, de même que Marguerite de Gournay, sa sœur, mariée à Geoffroy de Raigecourt, et en secondes noces à Louis de la Grandfaux, mort avant 1 548. Les fils nés de ce mariage furent placés sous la tutelle de leur oncle, Michel de Gournay.
Page 14, ligne 1 : Clerc juré du village.
Il n'est pas sans intérêt de remarquer que ces fonctions n'étaient pas sans analogie avec celles que devait remplir à Plappeville, un peu plus tard, un autre chroniqueur local, Jean Bauchez, comme Le Coullon, né et resté paysan. Son Journal est rempli de curieux aperçus et d'émouvants détails sur les événements désastreux de l'histoire du pays messin au xvne siècle.
Page i5, ligne 3 : Maire du ban l'archidiacre.
Nous avons dit que la chapelle de la cathédrale de Metz possédait à Ancy, sous le nom de Ban-Saint-Paul, une propriété de vignes qui, suivant l'invariable usage, était pourvue d'une administration spéciale, relevant de son autorité. Ce domaine faisait partie des revenus affectés à l'entretien de la dignité d'archidiacre du Valde-Metz, et pour cette raison en portait aussi le nom.
Page 1 5, ligne 4 : Sieur Pierre Careti.
Messire Pierre Carret (Carretti, forme latine employée suivant l'usage du temps par les gens d'église), était chanoine de la cathédrale de Metz depuis i53i. Il fut élu cerchier en 1541, et mourut en i552.
Page 16, ligne 14 : Bu^y.
Buzy (Busse ium au xne siècle), village sur la rive gauche de l'Orne, à 7 kilomètres d'Étain, autrefois cheflieu de ban de la prévôté de Prény, sous le bailliage d'Étain (Barrois non mouvant), aujourd'hui canton d'Étain, arrondissement de Verdun (Meuse).
Page 1 6, ligne 22 : Tronville.
Ancien village, nommé au xne siècle Trudonis-Villa et Trunvilla. Tronville est une commune du canton de Gorze, à gauche de la route de Metz à Paris. Elle a pour annexe le Saulcy, et appartient, au spirituel, à l'église de Vionville.
Tronville était le siège d'une haute-justice, relevant de l'abbaye de Gorze et d'une seigneurie foncière dépendant de la châtellenie du Saulcy.
Page 17, ligne 24 : Le cardinal de Lenoncourt.
Robert de Lenoncourt, fils de Thierry de Lenoncourt, baron de Vignery, chambellan du roi, fut nommé évêque de Châlons-sur-Marne en 1 535. L'année suivante, il fut envoyé comme ambassadeur par François 1er à Charles- Quint, et fut créé cardinal par Paul III, en 1 538. Lorsque le grand cardinal de Lorraine résigna en sa faveur l'évêché de Metz, en i55i, il était en même temps
Univers/fc^
BIBLIQTHECA
évêque de Renti et d'Auxerre, archevêque d'Embrun, d'Arles et de Toulouse, abbé de Saint-Rémy de Reims, de Saint-Clément de Metz, de Mouzon, de Barbeaux, près de Melun, et de la Charité-sur-Loire. C'est en ce dernier lieu qu'il se retira, en 1 555, s'étant démis de l'évêché de Metz, après une administration bien malheureuse, que nous n'avons pas à raconter ici. Il y mourut dans la disgrâce, le 4 février i5gi. Robert était fidèle à ses devoirs de prêtre, charitable et libéral, mais une ambition excessive le perdit.
M. Victor Jacob lui a consacré une notice du plus haut intérêt : il serait bien désirable qu'elle ^fût livrée au public.
Page 18, ligne 7 : Les Mairangeois.
Marange-Sylvange, village de l'arrondissement et du canton rural de Metz, faisait partie du comté de Luxembourg et formait, par sa position avancée, comme un coin qui pénétrait dans le territoire de la cité. Il dut à cette situation de jouer un rôle militaire relativement important dans les démêlés du Luxembourg et de la cité de Metz. Marangeois, par extension, est donc synonime [de Luxembourgeois ou de Bourguignons, nom sous lequel les Impériaux sont le plus souvent dénommés dans cette Chronique. Le duché de Luxembourg faisait en effet partie du duché de Bourgogne et, par conséquent, des domaines de la maison d'Autriche, parvenue, avec Maximilien, à l'empire d'Allemagne.
Page 18, ligne 26 : Fit abattre les faubourgs.
La Chronique rimée retrace dans le tableau suivant les innombrables démolitions que les nécessités de la dé-
fense imposèrent au duc de Guise, et qu'il exécuta hâtivement avant l'arrivée de l'armée impériale.
« Tous les monastères, tant dedans que dehors,
Comme Saint-Martin et Saint-Alloy,
Devant les portes Pont-des-Morts et Pontiffroy,
Aussi Saint-Arnould et Saint-Clément,
Le bourg de Saint-Pierre et de Saint-Jean-aux-Champs,
Saint-Fiacre, la Folie, Saint-Jean et Saint-Laurent,
Notre-Dame-le-Martyr et Saint-Obry,
Saint-Eutrope, Sainte-Elisabeth et Saint-Genoy,
Saint-Privé, Saint-Ladre, la Belle-Creux,
Saint-Amant, Saint-André, l'image Saint-Sauveur,
La Horgne-au-Sablon et Montigny-les-Metz,
Le Chaucu-l'Evêque, la fort Maison-Saint-Biaise,
La paupetterie Saint-Julien et le bourg :
Maison et maisonnette aussy pareillement,
Les deux bourgs de Mazelle, aussy des Allemands.
Semblablement en ville on avait fait abattre
Saint-Hilaire, les frères Baudes et les sœurs Collettes,
Une partie des Carmes du couvent,
Plusieurs autres tours et émolument,
Et grande quantité de maisons de bon alloy
Qu'estoient au-dessous de Saint-Feroy,
Et jusques à la porte au Pont-Reimont
Ruyné et abattu furent toutes à l'environ. »
Nota. Les huit derniers vers se rapportent à la démolition du quartier d'Ayest, pour la création du Retranchement de Guise, (Vide infra.)
Page 19, ligne 3 : Tirant en Allemagne.
« Le roy partit le jeudy après Pasques, 20e d'apvril, pour commencer son voyage, et fut son armée levée des environs par M. le connestable, qui en estoit général. » (Mém. de Fr. de Rabidin.) Ce « voyage » avait Strasbourg pour objectif. Arrivé à Saverne, Henry II fit demander aux Strasbourgeois des vivres qu'on lui ven-
dit, mais il ne put obtenir d'eux autre chose. Instruits par l'exemple de Metz, ils refusèrent au connétable l'entrée de leur ville, et le roi reprit, dès le 10 mai, le chemin de la France.
Page 19, ligne 5 : Faict abattre l'abbaye de Gorçe.
Nous avons déjà vu (p. 9) la destruction par le feu de la belle abbaye de Chrodegand, destruction à la suite de laquelle ses pieux habitants avaient dû se disperser. Mais si les ruines de ces vastes édifices étaient devenues inhabitables pour la prière et l'étude, elles avaient pu encore être utilisées pour servir de repaire à une bande d'aventuriers, plutôt brigands que soldats, « exerçans infinis larrecin\, » qui prétendaient tenir le parti de l'Empereur, et que commandait un capitaine espagnol. Le connétable de Montmorency, descendant la vallée de la Moselle, de Pont-à-Mousson sur Metz, résolut de détruire ce repaire de voleurs, dont le voisinage aurait pu incommoder l'armée. Il y envoya dix enseignes d'infanterie et quelques canons. Après soixante coups d'artillerie, la brèche fut faite, et la place emportée. Tous ses défenseurs fureut passés au fil de l'épée. C'est après ce dernier épisode de l'histoire de l'abbaye, que tout ce qui en restait debout fut définitivement détruit et les murailles rasées.
(Cf. Les Mémoires de Fr. de Rabutin.)
Page 19, ligne iï : En leur moustier.
Il peut paraître étrange qu'une population assez importante ait pu se tenir pendant six mois enfermée dans son église. Nous répondrons à cette objection par l'extrait suivant de la notice sur l'église d'Ancy, œuvre de son vénérable et regretté pasteur, M. l'abbé Perrin.
NOTKS ET ÉCLAIRCISSEMENTS 103
« Considérée comme monument historique, l'église d'Ancy n'est pas moins digne d'être conservée à cause des souvenirs qui s'y rattachent... Placée au centre d'un fort, environnée autrefois d'une double 'enceinte de murailles, défendue par plusieurs tours crénelées et percées de meurtrières et de mâchicoulis, elle était séparée des autres habitations du village par des fossés d'une largeur et d'une profondeur de plus de vingt pieds. Pendant les guerres et les invasions de Lorraine, si fréquentes au moyen âge; elle servait de refuge et de point de défense. Les annales de notre pays en fournissent la preuve, en même temps qu'elles témoignent de la fidélité des Anceyens aux magistrats de la cité et de leur courage persévérant... »
Suit un récit très intéressant du siège de l'église d'Ancy par les Lorrains en 1490, qui coûta la vie à plus de i5o des assaillants, et auquel il est fait allusion à la page 3o de ce Journal.
Page 19, ligne 14 : Pillont tous les biens.
Lorsque le poste de lieutenant-général du roi à Metz fut confié à François de Guise, il s'empressa de pourvoir aux besoins les plus urgents. La question des vivres primait les autres ; la réserve constituée dans la ville ne dépassait pas 2,800 quartes de blé. Les maires des villages reçurent l'ordre d'envoyer à Metz, où ils seraient payés, tout ce qui serait requis de la récolte dès qu'elle serait faite. Mais comme les routes étaient menacées par les coureurs allemands de la garnison de Thionville, le duc de Nemours, le vidame de Chartres, le comte de la Rochefoucault et d'autres, se chargèrent, avec des chevau-légers, de protéger les convois et d'assurer le ravitaillement de la place. On laissa dans les
fermes le blé et les fourrages dont on n'avait pas besoin, se réservant de les détruire, mais seulement à l'approche de l'ennemi. Et encore cette mesure, si justifiée dans sa rigueur, ne fut-elle pas exécutée.
(Cf. Médailles commémoratives de la défense de Met%, par M. Ch. Robert. Mém. lu à l'Institut en 1874, p. 12.)
Page 20, ligne 1 : En hault Desiremont.
Cette colline, située dans le voisinage immédiat de Metz, est en face de l'ancien front de la Basse-Seille. Elle était autrefois plantée de vignes, ainsi qu'on le voit dans une charte de 945 (fonds sainte Glossinde), où il est parlé de vinea apnd sanction Desiderum. Le village de Saint-Julien s'élevait sur son flanc. Dès avant le xve siècle, son sommet était couronné par un calvaire formé de trois croix, qui était l'objet d'une grande dévotion de la part de la population messine. Tl en est parlé dans Vigneulles — « le crucifix en Desiremont — on hault de Desiremont, con dict la belle croix. » Ce nom de « mont à la Belle-Croix, » déjà employé par Salignac (i552), finit par prévaloir et devint le seul nom sous lequel fut désignée la colline après la création de la double couronne de Belle-Croix, qui l'engloba toute entière. Ce fort fut élevé en 1734, par Cormontaigne, pour défendre un côté de la place sur lequel cette hauteur, le dominant de si près, avait des vues extrêmement dangereuses. Les vignes et le village disparurent alors, et Saint-Julien fut reconstruit de l'autre côté de la vallée.
Page 20, ligne 2 : De Berbanson.
Il faut lire en effet de Berbanson. C'était le nom d'un des généraux de l'empereur. Ceux qui y ont substitué le mot de camp des Brabançons, ont commis une erreur.
Page 20, ligne 5 : Albert de Brandebourg.
Le margrave Albert de Brandebourg avait pris part à la ligue des princes protestants. Lorsque ceux-ci traitèrent avec Charles-Quint, il refusa d'être compris dans la pacification générale. Il dévasta les archevêchés de Trêves et de Mayence, et étendit'ses déprédations dans la Lorraine. Le roi de France continuait aie considérer comme un utile auxiliaire, tandis que le margrave, aussi faux qu'ambitieux, négociait secrètement avec l'empereur et cherchait à obtenir de lui les meilleures conditions en échange d'un signalé service. Ce service, il espérait bien le lui rendre, en jouant son rôle de traître dans le siège de Metz, que Charles-Quint préparait. Mais le duc de Guise ayant pénétré ses projets, il leva le masque et vint s'établir au pied du mont Saint-Quentin, en face des fronts de la Moselle.
Page 20, ligne 6 : A Saint-Martin.
Le camp du margrave fut établi au pied du mont Saint- Quentin, dans le voisinage des ruines d'une magnifique abbaye fondée au vne siècle par saint Sigebert, sous le vocable de saint Martin, et qui avait été malheureusement détruite dans une guerre entre la Lorraine et la cité de Metz en 1428. Une partie relevée de ses ruines était retombée de nouveau sous le siège de 1444. Le peu qui restât encore debout ne fut pas épargné. On ignore maintenant jusqu'à l'emplacement exact de ce monastère, dont l'église était une merveille. Il ne subsiste plus que son nom, affecté aune promenade extra muros, le Ban-Saint-Martin, qui était resté jusqu'en 1604 fief lorrain, aux portes de la cité.
Un autre nom qui rappelle l'emplacement du camp des
IOÔ JOURNAL DE JEAN LE COULLON
Brandebourgcois est celui de Butte Charles-Quint, porté depuis trois siècles par une petite colline qui s'élève entre la plaine et le sommet principal du mont Saint- Quentin. Selon la tradition locale, cette éminence était couronnée par une batterie de canons du margrave. A cette distance, et avec l'imperfection du matériel de ce temps, elle devait produire des effets peu redoutables.
Page 20, ligne 26 : A Hattonchatel.
Hattonchatel (Haldonis castrum au ixe siècle), village sur une montagne, autrefois chef-lieu d'un doyenné, d'un marquisat et d'une prévôté sous le bailliage de Saint-Mihiel fBarrois non mouvant), aujourd'hui canton de Vigneulles, arrondissement de Commercy (Meuse'
Page 2 1 , ligne 2 : A Sommedeu-sur- Meuse.
Sommedieu {Summa Dewia au xe siècle), village sur les bords de la Dieue, dépendant du bailliage de Saint- Mihiel (Barrois non mouvant), aujourd'hui canton de Verdun (Meuse).
Page 2 1 , ligne 1 o : A Preny.
Le château de Preny, dont les ruines imposantes se profilent avec majesté au-dessus de Pagny-sur-Moselle, était une des plus importantes forteresses du duché de Lorraine. Elle lui servait de boulevard, en face du pays messin et du comté de Bar. Preny remonte à la plus haute antiquité ; son histoire est riche en faits de guerre; ce n'est pas ici la place de les raconter. Disons seulement qu'il fut démoli en i636 par les Français. Après deux siècles et demi de destruction, Preny est encore un objet d'étude des plus intéressants. Son gros donjon, la tour de Mandeguerre, reste debout avec la
large brèche ouverte à son flanc : des portes, des tours, des souterrains datant de diverses époques, permettent, de se faire une idée de ce qu'était cette superbe forteresse. La voici encore une fois posée sur la frontière, mais c'est une sentinelle désormais décrépite et] désarmée !
Sous les murs du château s'élevaient, parallèlement à leur direction, les maisons d'un village assez important, qui est maintenant fort réduit. C'était -au moyen âge le centre d'un commerce considérable, le chef-lieu d'une prévôté et d'un doyenné ecclésiastique, comprenant l'une et l'autre vingt-trois villages et châteaux.
Page 2 1 , ligne 2 5 : J'étais au Champ-Passaiile .
Le vaste espace rectangulaire qu'on appelait le Champà-Seille, à droite du bras intérieur de cette rivière, est occupé maintenant par les casernes dites de Coislin. C'était véritablement le forum des anciens Messins, et le principal théâtre de leur vie publique. Il portait déjà son nom et servait aux exercices de la jeunesse alors qu'il était hors des murailles de la cité. Une porte y conduisait, ouverte près de la rue du Grand-Cerf : elle s'appelait la porte du Champ. Au xme siècle, compris dans l'intérieur de la ville, il conserva son même caractère. Garni sur tout son parcours de maisons à arcades, il se prêtait à recevoir des foules nombreuses. Là avaient lieu les spectacles militaires, les exercices, les jeux, les luttes courtoises ou sanglantes. Là se faisaient des exécutions. Là était le Xuppe, égout infect dans lequel la justice messine plongeait certains coupables. C'est là que se tinrent les pompeuses cérémonies dont l'empereur Charles IV accompagna la promulgation de la buile d'Or, en 1 356
Le Champ-à-Seille disparut comme place publique en 1726, mais ce fut pour recevoir des constructions inspirées par la plus haute bienfaisance. Le généreux évêque de Metz, Mgr de Coislin, duc et pair, y érigea à ses frais de vastes corps de casernes, pour affranchir les Messins de la charge du logement des gens de guerre.
Page 22, ligne 1 : Frappé de la peste.
Après la levée du mémorable siège de i552, qui avait infligé aux assiégeants de si cruelles misères, le typhus se déclara dans la ville de Metz, au sein d'une population entourée de toutes les causes les mieux prédisposantes à son développement. De là il se répandit dans les villages avoisinants, accompagné du scorbut et de la dyssenterie. La ruine complète qu'avaient subie ces villages, et la situation de leurs habitants, sans provisions et sans abri, étaient bien faites pour favoriser les ravages de cette épidémie meurtrière qui ne cessa qu'à l'arrièresaison, lorsque les récoltes ramenèrent, sinon l'abondance, du moins quelques ressources.
(Cf. F. Maréchal. Op. cit., p. i56.)
Page 2 3, ligne 1 1 : A Jouy.
Jouy-aux-Arches, beau village du canton de Gorze, à droite de la Moselle, sur la route de Metz à Nancy, à 10 kilomètres de la première de ces villes (Gaudiacum, Gaugiacum, au vnie siècle, Joey, Joy au xuie). Il doit son nom aux arches, encore debout dans la traversée du village, de l'aqueduc qui amenait les eaux de Gorze à Metz. Jouy faisait partie du territoire de la cité, alors que ses deux plus proches voisins, Ancy et Corny, appartenaient, l'un à l'évêché, et l'autre au comté de Bar.
Page 2 3, ligne 22 : La Donchamps.
Ladonchamps est un beau château, autrefois fortifié et encore entouré de fossés pleins d'eau vive, qui s'élève sur la gauche de la route de Metz à Thionville, à 8 kilomètres de la première de ces villes. Il fait partie de la commune de Woippy. Son histoire militaire est, depuis les temps les plus reculés, celle du pays messin : souvent attaqué, se défendant de son mieux, quelquefois pris et brûlé, et puis se relevant et reprenant son rôle de sentinelle. Une partie de ses tours et de son mur de défense a été conservée et associée à des constructions modernes, et cette disposition donne un cachet particulièrement intéressant à son architecture.
Page 24, ligne 1 : Saint Victor.
La paroisse Saint-Victor, une des plus anciennes églises de Metz, avait été fondée, selon la tradition, sur les ruines d'un temple romain consacré à la Victoire. Elle était située sur la place de Chambre, et son emplacement est occupé par une partie du marché couvert, près de la rue au Blé.
En 927, Bennon, évêque de Metz, donna l'église de Saint-Victor à l'abbaye de Saint-Arnould. En 1208, l'évêque Bertram confirma cette union, à la condition que le vicaire qui y serait établi percevrait le tiers des oblations. En 1220, elle fut donnée à la Cathédrale avec onze autres églises de Metz, et lui demeura unie jusqu'à la Révolution.
Page 26, ligne 26 : La prise de la ville.
C'était le maréchal de Vieilleville qui avait tout préparé pour assurer le succès de l'attaque de Thionville.
IIO JOURNAL DE JEAN LE COULLON
Mais le duc de Guise, en sa qualité de lieutenant général du roi, vint lui ravir la gloire de s'en emparer. Il commandait une belle armée de 29,000 hommes, où se trouvaient des représentants des plus grandes familles de France. Le siège, commencé le 28 mai 1 558, fut très meurtrier de part et d'autre. Le maréchal Pierre Strozzi y fut tué. La place capitula le 22 juin. Brantôme résume ainsi la part d'honneur qui revient aux deux généraux : « Vieilleville, dit-il, bastit et prépara l'entreprise de Thionville; M. de Guise l'acheva et la prit. »
Page 27, ligne 2 3 : La paix fuit f aide.
Ce fut la paix de Cateau-Cambresis, signée le 3 avril 1559. Elle rendait Thionville à l'Espagne. Cette ville faisailrpartie des deux cents places ou châteaux que l'inexplicable faiblesse de Henri II laissa reconquérir d'un trait de plume à l'astucieux Philippe II.
Page 28, ligne 26 : L'abbé de Saint-Vincent.
L'abbaye de Saint-Vincent de Metz possédait à Ancy, nous l'avons vu, une seigneurie, haute, moyenne et basse justice. L'abbé de ce monastère, qui en 1569 y exerçait les droits seigneuriaux, était dom Claude-Jacob de Léocourt, qui occupa le siège abbatial de 1547 à i582.
Page 29, ligne 1 : Au lieu de Vie.
Vie, petite ville sur la Seille, chef-lieu de canton et siège d'un tribunal dans le cercle de Château-Salins Lorraine), était le chef-lieu du bailliage seigneurial ou, en d'autres termes, du temporel de l'évêché de Metz. L'évêque y était haut justicier et y jouissait de tous les droits de la souveraineté. Ses États y étaient subdivisés
en châtellenies relevant de son siège de Vie. La ville était fortifiée et munie d'un beau château, où les prélats résidaient souvent au sein d'une paix que leur capitale spirituelle ne leur eût pas toujours offerte.
Page 29, ligne 2 : Un grau soub son chaudron.
Ceci est au détail du mesurage du vin au pressoir. Lorsque le vin nouveau a coulé dans la pierre, et qu'il y a lieu de procéder à son évacuation, on se sert d'un chaudron dont la contenance est d'un quart de hotte ou de 10 litres. Le chaudron, enlevé à plein vin, déborde par suite du mouvement de vigneron, et laisse retomber quelque peu de son contenu. C'est ce trop plein qui était recueilli dans le grau, et de là rejeté dans la hotte. Ce grau, dont le nom vient de graal, est une écuelle de bois qui contient 1 litre environ. Il en résultait donc une augmentation indue, selon les gens d'Ancy, qui pouvait aller à 3 ou 4 litres par hotte, c'est-à-dire à presque un dixième de la récolte. Dans le mesurage actuel, le grau ne sert que lorsque l'on a cessé de retirer le chaudron à plein vin; il en complète la contenance.
Page 29, ligne 16 : 40 gros.
Id., ligne 18 : Un escu.
40 gros messins équivalaient à 2 livres, ou à 3 francs et 4 gros, ou à 48 sols; — un écu valait 3 livres, soit 5 francs, soit 60 gros, soit 72 sols : le tout en monnaie messine.
(Voir ci-dessus la note sur les monnaies, à la page 76).
Page 29, ligne 19 : La parole de Dieu.
Après s'être effacés à peu près complètement de 043 à 1 553, et avoir ensuite pendant quelques années exercé
en secret, ou du moins en particulier, les pratiques de leur culte, les réformés de Metz constituèrent vers 1 558 une église pourvue de pasteurs, laquelle se maintint dès lors sans interruption, mais non sans épreuves. C'est alors que vinrent les ministres de Villeroche, puis François Peintre, surnommé le Chapelle, et Pierre de Cologne, amenés par Antoine de Clervaut, sieur de Montoy, un des plus notables et des plus ardents sectateurs de la Réforme. Mais François II ayant défendu par lettres du 5 octobre 1 55g l'exercice public de la Religion, les ministres, sur l'ordre de M. de Senneterre, durent se retirer du gouvernement de Metz. Aussitôt après la mort du roi, Pierre de Cologne y revint. Il fut d'abord emprisonné et menacé d'une nouvelle expulsion, mais bientôt il reçut l'autorisation de s'établir dans le village de Grigy et de tenir les réunions du culte à l'église de Saint-Privat, où la première prédication eut lieu le 25 mai i56i, jour de la Pentecôte.
Au mois d'août de la même année, le sieur Braconnier, calviniste, ayant été établi maître échevin, réussit à obtenir de M. de Vieilleville la rentrée des ministres. A Pierre de Cologne vinrent successivement se joindre J. Taffln, J. Garnier, J. Albin et d'autres encore.
Sur la fin de l'année, cédant à leurs vœux les plus ardents, Vieilleville leur fit accorder par le roi l'autorisation d'élever un temple dans la ville. Son emplacement fut fixé au Retranchement de Guise.
Page 29, ligne 21 : A Saint Prive^.
Saint-Privat, commune de Montigny-les-Metz, hameau situé dans la plaine du Sablon, à 3 kilomètres des portes de la ville, n'était autrefois formé que d'un petit nombre de maisons groupées autour d'une église, aujourd'hui dé-
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS Il3
truite, qui servait de paroisse aux villages de Montigny et du Sablon, et aux nombreuses fermes et maisons isolées éparses dans cette plaine. Cette église, qui existait dès le ixe siècle, dépendait de l'abbaye de Saint-Clément. Il n'en subsiste plus qu'un pan de muraille qui sert de clôture à un des côtés du cimetière.
Page 29, ligne 2 3 : Au retranchement.
Un ancien quartier de Metz, qu'on appelait Ayest (du mot latin aggestum, la levée), s'étendait entre le revers de la colline surmontée par l'ancienne muraille, en face de Sainte-Ségolène, la partie extrême de l'enceinte baignée par la Moselle et le cours de la Seille, devenue au xme siècle le fossé de la nouvelle fortification. Ce quartier s'ouvrait sur la campagne, en face des hauteurs de Desiremont, par la porte au Pont-Rengmont, plus tard appelée porte Sainte-Barbe, et avait pour paroisse l'église Saint-Hilaire-le-Grand. Non loin s'élevaient deux couvents, l'un de cordeliers observantins, dits frères Baudes, l'autre de religieuses de Sainte-Claire ou sœurs Collettes. La plupart des habitants de ce quartier, un peu reculé et fort modeste, étaient attachés à la culture des vignes qui couvraient la colline voisine, ou prenaient soin de jardins en nature de mesoyage. On le nommait pour cela le Grand-Meis. Deux rues principales formaient les grandes artères de la circulation : l'une était la rue des Carmes, reposant sur le sol de la vieillechaussée romaine, passant par la porte Scarponaise et se terminant à la porte Sainte-Barbe; l'autre la rue d'Ayest, à peu près parallèle au rempart actuel. Cette dernière faisait communiquer le Rhimport, ou quai de la Moselle, avec le grand gravier, voisin des Barres de la Seille.
Lorsque le duc de Guise vint diriger la défense de
Metz, il remarqua tout d'abord que l'enceinte de la Seille, sans rempart intérieur et dominé de près par les hauteurs de Desiremont, n'était pas défendable. La création d'un boulevard intérieur s'imposait à lui avec un caractère d'urgence absolue. Il fit donc disparaître tout le quartier compris entre cette partie de l'enceinte, les grilles de Rhimport et les moulins de la Basse-Seille, et ferma ce demi polygone par un retranchement haut et solide, flanqué de bastions, muni d'un fossé profond et s'appuyant à gauche sur la Moselle, et à droite sur la Seille.
Le grand espace demeuré vide, qui résulta de cette construction, prit et garda le nom de Retranchement de Guise. Il ne fut revêtu de murailles et perfectionné que dans les années suivantes, jusqu'en 1570. Il est aujourd'hui occupé par l'arsenal d'artillerie.
C'est dans ce vaste terrain militaire, à peu de distance de la porte Sainte-Barbe et de la place où s'élevait l'ancienne paroisse, que Vieilleville accorda aux protestants l'autorisation de construire un temple et le terrain nécessaire pour y créer un cimetière. Malgré plus d'un obstacle suscité contre ce projet, il ne tarda pas à être réalisé, et avant la fin de l'année i56i les exercices du culte y étaient en vigueur. Cela dura ainsi jusqu'en 1 56g, où le temple fut détruit, comme nous le verrons, à cette date.
Page 3o, ligne 1 : Scey, Lorrei, Coin-sur-Saille, etc.
Scy, antique et beau village sur le revers du mont Saint-Quentin, à 5 kilomètres de Metz, vignoble renommé, appartenait pour la plus grande partie au chapitre et au princier de la cathédrale, mais comprenait en outre plusieurs bans formant des seigneuries foncières
possédées par divers bourgeois de Metz. Son église était église-mère de la paroisse du mont Saint-Quentin.
Lorry-lès-Metz, gros village à 6 kilomètres de cette ville, célèbre par ses fruits, autrefois seigneurie avec maison forte, dont les maîtres, les sieurs de Couët, étaient protestants.
Son antique et curieuse église était annexe de la cure de Woippy.
Coin-sur-Seille, très ancien village du canton de Verny, sur la Seille, était le siège d'un fief et possédait un superbe château qui existe encore. La seigneurie appartenait au sieur Goffin, protestant. Annexe de la paroisse de Guvry, dont le seigneur, le sieur Lespingal, avait également adopté la réforme.
Fleury, beau village, à droite de la Seille, canton de Verny, siège d'une haute-justice et cure autrefois dépendante de l'abbaye de Sainte-Glossinde.
Montoy, village du canton de Pange, dont il sera parlé plus loin avec détail.
Page 3o, ligne 1 3 : A Met%, Vie, etc.
Cette diversité de démarches s'explique par la différence de nationalité des deux villages entre lesquels s'était élevé le litige. Ancy était une des mairies de l'évêché, relevant de Metz sous certains rapports, et sous d'autres de Vie, siège de la justice temporelle du prélat. Quant à Corny, il faisait partie du duché de Bar, uni à la Lorraine sous l'autorité du même prince. Il appartenait à la prévôté de Pont-à-Mousson, et relevait en dernier ressort de Saint-Mihiel, capitale judiciaire du duché, et de Nancy, sa capitale politique et la résidence de son souverain.
Page 3o, ligne 2 3 : Le Moustier d'Ançy fut ruiné.
Voici le récit du tragique événement qui est ici rappelé. Il n'est qu'un épisode de la guerre que le duc de Lorraine, René II, faisait à la cité de Metz en 1489 (a. st.). C'est Jean Aubrion qui parle (Ed. Larchey, p. g5) :
« Item, le xvne jour de février, les Lorains vinrent mettre le siège devant le mostiés d'Ancey, et boutont le feu en pluxieurs maisons d'Ancey...
« Item lesdits Lorains ardoient les muées de paixel es vigne et tiroient tous les jour à grant puissance de grosse bombarde contre ledit mostiés d'Ancey. Et ceulx d'Ancey qui estoient dedans bien vijxx hommes, et leur femme et anffans, se deffendoient comme vaillans champions attendans secours, et tiroient tousjours contre les Lorains et en tuoient bealcop. Ce neanmoinx lesdits Lorains doubtant que ceulx de Mets ne leur deussent donner ayde se hâtont sy fort. Et prinrent cuve et tonneal et les mirent dans les fossés dudit mostier pour faire pont, et mirent leur gens en avanture en donnant un assult qui duroit iij heures et plux : dont il y oit des Lorains tués bien c et l, entre les quel y furent mors vi des plux grant. Neanmoinx ils entront dedans et prinrent ledit mostiés et mirent tous les hommes à l'espée, réservés ij que l'abbé de Gorze demandit pour luy et environ xxvj aultres qui furent mis à reanson. Et chessont les femmes et les anffans dehors...
« Item, le ier jour de mairs on chantont vigille et haute messe de Requiem, à la grant esglise, et par tous les collégiales, couvents de moines et de nonnes, et paroisses de Mets, par ordonnance des SSrs pour les âmes dez bonnes gens d'Ancey qui avoient esteit tuez au mostier d'Ancey. »
Page 3i, ligne 9 : Un bruit courut.
Des lettres de Catherine de Médicis au gouverneur de Metz semblent indiquer que le bruit public n'était pas sans reposer sur quelque fondement sérieux.
« ... Je heu nouvelle aujourdhui de Mets comme il y a
quatre mille reytres et trante enseignes de lansquenetz
qui marchent et doivent avoir exécuté leur entreprinse
dans un moys... »
(Du 21 mars i5Ô2).
« Je vous fais assavoir que par les nouvelles qui nous viennent continuellement d'Allemaigne, l'entreprise que l'empire veult faire pour le recouvrement de Mets, Toul et Verdun, est toujours en termes. Semble que sourdement on la tienne preste, estant les gens advertys, lesquels en peu d'heures on verroy fondre de ce costé-là à l'improviste. Pour à quoy obvier je fais acheminer ceste part le mareschal de Vieilleville qui sy en va à grandes journées. Mais il est bien croyable que si les soldatz qui sont dedans ne sont aultrement payez qu'il auroyt danger [de n'en avoir pas de service ni l'obéissance nécessaire. Qui me faict vous prier regarder au moyen que vous aurez d'y en envoyer le plus et le plus tost que sera possible, car il est besoing à ceste heure regarder à costé là pour le secourir, prévoyant que la nuée seroit
pour y tomber. »
(Du 29 mars 1562).
Page 3i, ligne 24 : Guérin,... Blanchard.
Nous avons un acte d'aman du 28 décembre i53i, où figure Françoise Blanchart, femme de Jean Guérin, receveur des deniers de la ville. Les Blanchart étaient entrés dans le paraige de Jurue par le mariage de Jean
Blanchart, écrivain du palais, avec Beatrix Gerardin. Des membres de cette famille avaient occupé les amandelleries de Saint-Etienne, de Saint-Georges, de Saint- Médard et de Saint- Vy. Le frère de Jean le Coullon, par son mariage, s'alliait aux Dabocourt, aux le Bachellé, aux Grandjambe, notables bourgeois messins dont on voit figurer les noms dans notre Journal.
Page 32, ligne 22 : Lacoste Saint-Quentin.
La côte Saint-Quentin est une colline qui s'élève parallèlement au cours de la Moselle, dans le voisinage de Metz, et se termine au-dessus de la ville par un sommet escarpé, d'où l'œil découvre une vue splendide. Les flancs sont couverts de vignes, dépendant des communes de Longeville, Scy et Chazelles, dont les produits, grâce à une admirable exposition, jouissent d'une réputation méritée. A son point culminant, se dressait jadis une église, centre paroissial des villages voisins, à laquelle a succédé une chapelle accompagnée d'un hermitage, à la place de laquelle notre jeunesse a vu un poste de télégraphe aérien. Ce sommet est aujourd'hui couronné par une forteresse.
La paroisse du mont Saint-Quentin, comprenant Scy, Longeville, Chazelles et Plappeville, avait été fondée en Tan 825. Elle dépendait de l'abbaye de Gorze, et passa au xme siècle dans le domaine du Chapitre de la cathédrale.
Page 33) ligne 7 : Des edicts rigoureux.
Après deux ou trois années où les progrès du protestantisme à Metz avaient été très marqués, le cardinal de Lorraine, commandataire de l'évêché, et Mgr de Beau- Caire, évêque titulaire, vinrent à Metz pour s'entendre
dans le but d'enrayer ces progrès. Ils provoquèrent une assemblée du clergé et lui firent rédiger, le 8 avril 1564, des doléances à l'adresse du roi, pour se plaindre à Sa Majesté de la manière dont les édits étaient tournés ou mis en oubli, et lui demander de donner des ordres formels pour que toutes choses fussent rétablies sur le pied légal, conformément à ses ordonnances. Le roi envoya à Metz M. de Lansac, qui s'assura de la manière dont les choses se passaient, et qui par le fait n'y modifia rien.
Mais le prélat pouvait agir énergiquement et par luimême dans le temporel de son évêché, et il n'y manqua pas. Or il ne faut pas oublier qu'Ancy, faisait partie de ce temporel, comme appartenant aux quatre mairies. La position de Jean le Coullon, restant dans ce village, pouvait devenir fâcheuse. Une ordonnance de l'évêque, en effet, portait « que ceux de ses sujets qui s'estoient faits huguenots eussent à retourner à la messe ou à desloger de ses terres, » avec injonction à ses officiers de confisquer leurs biens sans grâce ni merci. Dans la ville, ou sur le territoire qui en dépendait, il n'avait, pour le moment du moins, rien de pareil à redouter.
Page 33, ligne 10 : Le sieur de Salcède.
Le maréchal de Vieilleville avait, dès 1 555, pris possession de Marsal, petite place forte sur la Seihe, du temporel de l'évêché, et il y avait mis pour gouverneur un capitaine de la garnison de Metz, Espagnol d'origine Pierre de Salcède. Le cardinal de Lorraine donna à ce même officier les fonctions de bailly de l'évêché. Or, en 1564, à son retour du concile de Trente, il eut lieu de reconnaître le peu de confiance que méritait le bailly, et le destitua. Mais Salcède refusa de livrer Marsal et prit Vie et Albestroff. Tels furent les motits de ce qu'on
a appelé la guerre Cardinale, et qui se termina à l'avantage de l'évêque. Salcède était un hypocrite qui agissait sous main, d'accord avec le commandant de Metz, d'Auzance, pour favoriser dans le temporel de l'évêché le développement des doctrines calvinistes. — Salcède,qui avait fini par adopter définitivement et publiquement ces fdoctrines, fut une des victimes de la Salnt-Barthélemy.
Page 34, ligne 1 : Nous f innés receus bourgeois.
Le droit de bourgeoisie, c'est-à-dire le privilège « d'être en la garde de la cité, » pouvait aisément être acquis par les habitants du pays messin, y compris ceux des quatre mairies, qui, sous certains rapports, étaient assimilés aux sujets directs de la ville. Pour les étrangers, les conditions fiscales étaient beaucoup plus sévères.
L'atour de i382 contient sur ce point les simples dispositions suivantes :
« Tuit cilz des villoirs soubgès à ciaulz de Mes qui venront demorer à Mes et asy ciaulz desdits villoirs qui aichaiteront maisons... païer debveront chescun trente lbz de Messains, pour se mettre en la fermetez de la ville... Ains que tuit cilz qui vanront demorer à Mes ou aus bours de Mes, que ne seront de nation, païer debveront de leur chevance de cent livres en avanlt vingt livres de Messains, et oultre les c. lbz, si plux avoient de chevance, aidés à l'avenant de c. lbz, xx lbz. Et quant ilz averont paier on les debveront escrire en lairche au grant motier pour estre borgois de Mes. »
De nouvelles ordonnances (1434 et 1441) déférèrent en plus aux candidats le serment de fidélité à la ville, et ajoutèrent quelques autres formalités dont l'énuméra-
tion, à la date du 20 septembre 1441, figure dans les Preuves de l'histoire de Met%, par les Bénédictins (t. V, p. 383).
Page 34, ligne 22 : Arnaville.
Arnaville (Alnoldi villa au ixe siècle), est un ancien et beau village du canton de Thiaucourt (Meurthe-et-Moselle), situé dans une vallée resserrée, à l'embouchure du Rupt-de-Mad dans la Moselle. Il forme maintenant l'extrême frontière française, entre Pagny et Novéant. Il appartenait au duché de Lorraine, châtellenie de Preny; cependant une partie dépendait de l'abbaye de Gorze. Sur les bords de la rivière s'élevait un château fort détruit au xvue siècle.
Page 34, ligne 26 : Le mareschal Vielleville.
François de Scepeaux, marquis de Duretal, l'habile et vaillant maréchal de Vieilleville, ce Lyon-Vulpe si détesté de Charles-Quint, fut, de 1 553 à 1 571, gouverneur de ces Trois-Évêchés à la conquête desquels ses conseils et son courage avaient grandement participé. Dans ce rôle si difficile décommandant d'une place nouvellement conquise, ardemment convoitée par son ancien maître et où les passions religieuses, agitées violemment, ajoutaient des ferments de troubles sans cesse renouvelés, il fit preuve d'une prudence et d'une adresse remarquables. Presque toujours porté personnellement à la tolérance, il n'agit vigoureusement qu'en vertu d'ordres formels, et encore bien souvent les adoucit-il, sous sa propre responsabilité. Mais cet esprit de modération systématique à l'intérieur, ne l'empêchait pas d'être, quant aux attaques du dehors, le plus vigilant et le plus énergique des gouverneurs.
Page 35, ligne 4 : Sieur Claude de Bassompierre.
La famille de Bassompierre était originaire d'un château de l'ancien département de la Moselle, qui porte son nom, et qui s'appelle Bettstein en allemand.
Cette seigneurie, siège d'une baronnie dès le xve siècle, fut érigée en marquisat l'an i633. Onze villages en dépendaient. Bettstein était une maison de nom et d'armes, qui avait place aux assises de la chevalerie de Lorraine. Le village de Bassompierre appartenait au Barrois non mouvant. Il fait maintenant partie, comme annexe de Boulange, du cercle de Thionville (Lorraine).
Le gouverneur de Févêché était le père du brillant maréchal de Bassompierre, né en 1 5 1 g, que son rôle politique et militaire sous Louis XIII a rendu célèbre.
Page 36, ligne 12 : Le duc H ans Casimir.
Jean Casimir, second fils de l'Électeur palatin du Rhin, de la branche Rodolphine de Bavière, était un des chefs de la ligue protestante. C'est lui qui devait, aux termes des conventions faites avec le prince de Condé, être mis en possession du gouvernement général et des revenus des Trois-Évêchés, où auraient été entretenues des garnisons exclusivement composées de calvinistes français. Il devait en échange mettre à la disposition de Condé un corps d'armée composé de 8,000 reîtres et de 8,000 Suisses. Le duc d'Aumale couvrit la frontière messine, mais il ne put empêcher le prince Casimir de faire sa jonction avec Condé et l'amiral auprès de Vezelise, et d'entrer en France avec eux (janvier i568).
En i5y5, un nouveau traité, aux mêmes conditions, fut signé entre Casimir et Condé, et eut des conséquences analogues.
Le prince Jean Casimir mourut en 1595, sans avoir gouverné les Trois-Evêchés.
Page 36, ligne 16 : Les moue es des vignes.
Encore maintenant, dans le pays messin, le mot mouée s'entend des amas de paisseaux ou échalas qui se font à l'arrière-saison pour permettre la culture des vignes et où sont réunis ceux d'une certaine surface de terrain. De là vient que le même terme est employé pour désigner cette surface, et le mot mouée, ainsi usité comme mesure de superficie, représente le huitième d'un jour, c'est-à-dire la vingt-quatrième partie d'un hectare.
Page 36, ligne 20 : Fut une pestilence.
Le Recueil historique de Dora Brocq nous apprend qu'en i56y il régnait à Metz une peste si terrible, qu'elle emportait les hommes en un instant. Après une année pluvieuse et malsai ie, et un hiver signalé par un mauvais état de santé général, une épidémie d'angine pestilentielle, partie de l'Egypte, s'étendit sur l'Autriche, l'Allemagne, la France et l'Angleterre. Elle consistait en des angines gutturales qui se développaient avec une extrême rapidité et animaient la mort par suffocation. Ce redoutable fléau régnait encore en i568 dans le pays messin, puisque nous voyons le village d'Ancy lui payer un si cruel tribut.
(Cf. F. Maréchal. Op cit.. p. 161).
Page 37, ligne 8 : Leduc d'Aumale.
Claude II de Lorraine, troisième fils de Claude de Guise et d'Antoinette de Bourbon, était né en ibi6. Le comté d'Aumale fut érigé en duché-pairie pour lui en 1547. Ce prince, un des plus vaillants guerriers de
son temps, se signala par son zèle ardent pour la foi catholique, et se montra l'implacable vengeur de son glorieux frère François de Guise. Il fut tué en i5y3 au siège de La Rochelle. Son fils joua un rôle important dans les troubles de la Ligue.
Page 37, ligne 10 : Les montagnes de Sauver gne.
Le duc d'Aumale avait reçu la mission de couvrir la frontière, menacée par les princes allemands, auxiliaires des protestants français. Il était à la tête d'environ 12,000 hommes. Sa présence ayant fait reculer les Allemands, il s'avança jusqu'auprès de Saverne pour y attaquer, ce qu'il fit avec un succès complet, un corps composé de calvinistes français, formé à Genève et commandé par le capitaine La Roche. Ce dernier, ayant été fait prisonnier, fut amené à Metz et y fut pendu.
Page 37, ligne 10 : Ancerville, Sainte-Barbe.
Ancerville est un village du canton de Pange (cercle de Metz), sur la Nied, ancien fief mouvant de l'évêché de Metz. Il possédait un superbe château fortifié, dont il subsiste encore des restes intéressants.
Sainte-Barbe, beau village du canton de Vigy (cercle de Metz), était célèbre par un pèlerinage très renommé et par une magnifique église bâtie en i5i6 par Cl. Baudoche, et que notre siècle a vu détruire. Il n'en reste qu'une belle tour et quelques vitraux. Elle était desservie par une petite communauté de Bénédictins dépendant de l'abbaye de Senones.
Page 37, ligne 18 : Fit abattre les temples.
Le duc d'Aumale, après sa campagne de Saverne, revint auprès de Metz à la tête de ses troupes. On sait
quelle était l'ardeur de ce prince pour la foi catholique ; aussi fit-il abattre pendant son séjour dans le pays messin, plusieurs temples que les protestants avaient élevés, au mépris des édits royaux, à Scy, Lessy, Lorry, Coinsur-Seille, et dans d'autres villages.
Page 37, ligne 24 : Sur mon frère.
Le frère aîné du chroniqueur, né en 1 5 1 g, nommé Jean le Goullon comme lui, que nous avons vu étudier la procédure chez l'aman Jacquemin Travault en i534, s'était fixé à Metz dès avant son mariage, contracté en 1540. Il s'y consacra aux fonctions de « écrivain de l'arche de Jean Travault, aman de Saint-Gigoulf » (acte du 26 décembre 1570), fonctions équivalentes à celles du maître clerc d'une étude de notaire. Il avait adopté les principes de la religion réformée, et avait su acquérir l'estime de ses coreligionnaires, car nous le voyons élu en i56i membre du consistoire de Metz.
Page 38, ligne 5 : Retires et lansquenet^.
L'armée des luthériens d'Allemagne, sous les ordres du duc de Deux-Ponts et du prince d'Orange, était forte de 11,000 hommes. C'était, on l'a vu, avec des forces à peu près égales que le duc d'Aumale, accompagné du duc de Guise et du marquis de Mayenne, était venu couvrir le pays messin, sérieusement menacé.
Page 38, ligne i5 : Par M. Taffin.
Le ministre Jean Taffin est un de ceux qui vinrent prêcher l'Evangile à Metz, sur l'appel de M. de Clervant. Sa prédication en ce pays dura de i56i à 1 568.
Page 38, ligne 24 : Le temple fut abattu.
Le roi reçut pendant la nuit du 3 avril, dimanche des Rameaux, la nouvelle de la bataille de Jarnac et de la mort du prince de Condé. Cette nouvelle fut à l'instant annoncée par la cloche de Mutte, et le lendemain une procession eut lieu en actions de grâces. Le même jour, à midi, au son de la même cloche et par ordre du roi, le temple du Retranchement fut démoli en peu d'heures par une foule de peuple. Il y eut en même temps des scènes de violences auxquelles les magistrats ne purent mettre un terme qu'en menaçant d'un châtiment exemplaire quiconque troublerait l'ordre public.
Page 39, ligne 1 : L'exercice de la religion défendu.
Le roi fit publier le 7 avril un édit par lequel il interdisait tout exercice du culte réformé dans le pays messin. Le seul adoucissement à cet édit, que les protestants purent obtenir par l'intervention de Vieilleville, fut le maintien de M. Nicolle à Courcelles, pour les baptêmes et les mariages. Par le même édit, les protestants furent exclus de tous les emplois qu'ils occupaient dans la magistrature.
En 1 571, une mesure plus tolérante autorisa l'exercice de la Religion à Montoy, avec M. Olivier Walin pour ministre.
Page 39, ligne 3 : Courcelle.
Courcelles-Chaussy est un beau village ou plutôt un bourg du canton de Pange (cercle de Metz), sur la Nied française et la grande route de Metz à Sarrebruck, à 17 kilomètres de la première de ces deux villes. Autrefois annexe de Chaussy, qu'il a maintenant en quelque sorte absorbé, il possède dans sa population une no-
table minorité de juifs et de protestants, et a des temples pour les trois cultes.
Il y eut à Courcelles des protestants dès le début de la Réforme, non seulement par l'influence de ses seigneurs, M. de Clervant et les comtes de Nassau et de Créhange, mais aussi par l'influence des familles locales Le Braconnier, Joly, le Goullon, qui adoptèrent cette doctrine et en favorisèrent les progrès au moyen de leur autorité naissante; car les petits-fils des tanneurs, des échevins et des maires de village qui portaient ces noms, devinrent à Metz maître-échevin, procureur général, secrétaire de la ville et receveur général. Dès i565, Courcelles possédait un pasteur en titre, Mre François Nicolle. A sa mort, en 1679, ses fonctions furent occupées par Mrc Ph. Maillard, puis par une suite non interrompue de ministres jusqu'en i685. Ainsi que le dit le chroniqueur, l'église de Courcelles fut exceptionnellement maintenue en 1569. Elle le fut également en 1 585, dans des circonstances analogues.
En 1 588, les partisans fanatiques de la Ligue vinrent ravager le village, à cause de son attachement aux doctrines de la Réforme et de l'importance qui lui était attribuée en matière de religion. L'organisation de la Réforme, en effet, ne comptait officiellement que trois temples dans le pays messin. Courcelles en avait un ; les deux autres étaient à Metz et à la Horgne. Il n'y avait que deux consistoires; l'un était à Metz, et l'autre à Courcelles.
Page 39, ligne 4 ; M. Nicolle.
Mre François Nicolle était ministre à Courcelles depuis i565. Il remplit ces fonctions tant en ce lieu qu'à Burtoncourt jusqu'en 1 5yQ.
Page 39, ligne 9 : Le cardinal de Lorraine Charles.
Le cardinal Jean de Lorraine, étant rentré, par la démission de son neveu Nicolas, en possession de Tévêché de Metz en 1548, prit pour coadjuteur Charles de Lorraine, fils de Claude de Guise. A, la mort du titulaire, en 1 55g, ce prélat, qu'on a appelé le grand cardinal, monta sur le trône épiscopal. Mais dès l'année suivante, il résigna sous réserves au profit de Robert de Lenoncourt, reprit l'administration en 1 555 et résigna la même année en faveur de François de Baucaire, sous réserve du temporel et du droit de regrès. En i568, il disposa de Tévêché au bénéfice de son frère cadet, Louis II, cardinal de Guise, et lui laissa le temporel à sa mort, arrivée en
Page 39, ligne 14 : Plusieurs se révoltèrent.
Il est difficile de prendre ce mot dans un autre sens que celui de changer de croyance.
Page 39, ligne 16 : Anciens et diacres.
Conformément aux principes établis par Calvin dans ses Institutions chrétiennes, le soin des pauvres dans les églises réformées était confié aux pasteurs, assistés de deux diacres ; l'un pour la ville, l'autre pour les villages. L'administration de l'église, dont les besoins étaient couverts par les dons volontaires de ses membres, était entre les mains d'un consistoire formé de vingt anciens élus par les chefs de famille, et que les pasteurs présidaient à tour de rôle. C'était en même temps un véritable conseil de famille pour les intérêts particuliers et la conservation des bonnes mœurs de la communauté. C'était encore un conseil de défense pour le maintien de ses
droits. Les consistoires locaux relevaient d'un consistoire supérieur formé de six pasteurs et de douze anciens.
Page 42, ligne 5 : L'exercice fut mis à Montoy.
Les protestants messins ne se lassaient pas de demander la révocation de l'édit de 1 55g et le rétablissement de leur culte, pas plus que les catholiques ne se lassaient de s'y opposer.
Le 25 avril 1 57 1, le libre exercice de la religion au village de Courcelles fut concédé par la cour. Mais cette disposition fut révoquée le 10 mai. Au mois d'octobre, on permit l'établissement d'un temple public à Montoy, et ce droit fut maintenu jusqu'en octobre 1572.
Montoy-Flanville est un joli village du canton de Pange, à 7 kilomètres de Metz, sur la gauche de la route qui conduit de cette ville à Sarrebruck. La Croix-en- Montois était, en I2i3, une des limites de la banlieue de la cité.
11 existait en ce lieu un hôpital fortifié appartenant aux frères de Sainte-Marie-des-Allemands, autrement dit de l'ordre teutonique. Ils paraissent l'avoir abandonné dès le xive siècle, car à partir de cette époque Montoy est devenu successivement le domaine de diverses familles de la noblesse messine. Le château, brûlé en 1 5 18 par Sickingen, fut réédifié par Michel Chaverson, qui en fit une place d'armes sérieuse. Après lui vinrent les Heu, dont le rôle fut si marqué dans les troubles religieux de cette époque. Catherine de Heu, héritière de Montoy, apporta en dot ce domaine à Claude de Vienne, seigneur de Clervant, qui, passionné pour les doctrines de- la Réforme, en porta l'étendard dans la cité avec une extrême hardiesse. Eloigné de Metz par Vieillevïlle, il alla se poser dans son château de Montoy, avec Pierre de Cologne,
l30 JOURNAL DE JEAN LE COULLON
fameux ministre protestant, et y ouvrit un temple. L/édit de janvier i56i donna à sa propagande un très vif élan. Montoy devint comme une sorte de métropole calviniste des villages du pays messin. Cette église, à laquelle Polyander avait remplacé Pierre de Cologne, compta jusqu'à 3,ooo communiants. Elle subsista avec quelques alternatives jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes.
Un château, relativement moderne, a remplacé la maison forte du xvie siècle, dont quelques restes intéressants subsistent encore.
Page 42, ligne 10 : Le comte de Ret^.
Le maréchal de Vieilleville, mort en 1 571, fut remplacé dans le gouvernement de Metz par le comte de Retz, maréchal de France, qui, bien que nommé en décembre 1 571, ne prit possession de son gouvernement que le i5 novembre de l'année suivante. M. de Tevalle, commandant de la place, tint son office à titre intérimaire. Le maréchal de Retz, qui était un zélé catholique, ne conserva pas longtemps son gouvernement. Il y fut remplacé, par le marquis de Piennes, au mois d'août 1 5y3.
Page 43, lignes 18 et 23 : Alteviile... Jamet%.
Altwiller, village près de Bouquenom (Bockenheim), faisait partie du duché de Nassau.
Jametz était une ville dépendant du duché de Bouillon.
Page 43, ligne 2 3 : Andershouq.
La ville de Phalsbourg ne fit partie de la Lorraine qu'en 1 583 . Cette ville avait été fondée en 1 5 19 par Louis le Pacifique, électeur palatin, sur l'emplacement de deux villages : Amershausen et Axenshausen. Cette ville fut créée toute protestante. Encore en 1661, après un siècle de
domination de la catholique maison de Lorraine, presque toute l'ancienne population de Phalsbourg était restée fidèle aux doctrines de la Réforme.
Page 46, ligne 14 : Il régna une peste.
Les années 1574 et ib^b furent exceptionnellement calamiteuses ; la première fut constamment pluvieuse, et les récoltes manquèrent. La misère était à son comble, dans un pays désolé par la famine et par un incessant passage de troupes qui traînaient à leur suite le cortège, ordinaire aux armées, d'affections contagieuses. On ne voyait non plus que des bandes de mendiants ou de malheureux mourant de faim ou succombant aux influences pestilentielles nées de cet ensemble lamentable. Tous les symptômes recueillis par les médecins du temps qui ont étudié ce mal permettent d'y reconnaître une épidémie de fièvre typhoïde de la plus mauvaise nature.
(Cf. F. Maréchal, op. cit., p. i63).
Page 46, ligne 19 : Biirtonconrt.
Commune du canton de Vigy (cercle de Metz), ancien village du pays messin, qui dépendait, au spirituel, de la paroisse de Drogny (Lorraine).
Ce village, dont les seigneurs étaient MM. Lespingal et de Clervant, fort attachés aux principes de la Réforme, avait, à leur exemple, adopté cette doctrine, et eut longtemps un pasteur attitré : après Mre Nicole, MM. Gardésy, P. Michelet, P. Joly. Son titre de fief du duché de Deux- Ponts lui permit de soutenir cette situation malgré les édits de la cour.
Page 47, ligne 22 : Xaoutrer.
Mot patois messin, qui signifie « châtrer », et s'emploie pour indiquer le travail du vigneron, consistant à sup-
l32 JOURNAL DE JEAN LE COULLON
primer l'œil supplémentaire conservé à la taille du mois de février, comme garantie contre les effets des gelées tardives.
Cette opération se fait lorsque les périls de la lune rousse sont conjurés.
Page 48, ligne 16 : Le ministère de la religion res-
taubli.
Depuis le massacre de la Saint-Barthélémy, 1672, jusqu'en mai 1574, il n'y avait eu à Metz aucun exercice de la religion réformée. Nous avons vu seulement ouvrir des prêches, qui furent tolérés à Montoy et à Burtoncourt. Mais, par suite d'une pacification survenue en 1576, plusieurs villes eurent l'autorisation de rétablir le service divin : Metz était du nombre. Donc, en vertu des ordres de la cour, le gouverneur marquis de Piennes laissa les réformés se bâtir un nouveau temple, en remplacement de celui du Retranchement, si violemment détruit en 156g. Ce temple, situé rue de la Chèvre, fut inauguré le 7 juillet par les ministres de La Chasse et Tenans, venus de Bâle. L'exercice du culte s'y fît régulièrement à partir du 18 novembre.
Page 48, ligne 21 : M de Buant.
Ce ministre ne figure pas dans la liste de ceux indiqués par M. Cuvier dans la notice qui précède la Persécution de l'Église de Met%, par Jean Olry, qu'il a éditée en i85g. C'était probablement un ministre étranger, venu en mission dans le pays messin.
Page 49, ligne 2 : L'exercice fût cesser
L'exercice du culte, dans le temple de la rue de la Chèvre, ne dura pas longtemps. Le 21 février de l'année
1 577 (n. st.), les ministres Buffet, Tenans et de La Chasse, reçurent l'ordre de quitter la ville; ils se retirèrent à Montoy. M. de Tevalle, commandant de la place, avait dû prendre cette mesure rigoureuse par suite d'une résolution des états-généraux réunis à Blois, qui interdisait l'exercice du culte réformé.
Il résulta de cette situation violente que le temple, ouvert quatre mois auparavant, fut et resta fermé.
Vingt ans plus tard, il fut rendu au culte par provision royale de i5g6; rouvert le 18 février i5g7, il fut définitivement interdit le 2 avril de la même année. Aussi n'était-ce pas sans raison que les catholiques le nommaient par dérision le temple de Crèvecœur.
Ce temple avait 107 pieds de long sur 81 de large. On y entrait par trois portes. Il fut donné aux Jésuites par lettres patentes du 3 février 1542, ainsi que deux maisons voisines, qui servaient au logement des pasteurs. Possession en fut prise par l'autorité le 22 janvier 1641. On y chanta la première messe le Ier février, mais ce ne fut qu'en 1741 que l'édifice actuel de Notre-Dame, commencé dès i665, reçut sa consécration.
(Cf. O. Cuvier. Notice sur P. Ferry. Mém. de l'académie de Met%, 1868, p. 494).
Page 49, ligne 5 : Remion.
Jean Remion, orfèvre, était Treize en la justice de Metz, lors de la création de i56o. Son fils Pierre, passementier, habitant en Portsaillis, épousa Salomée, fille aînée de Henry Grandjambe, l'orfèvre, demeurant en Chambre, et de Jennon Blanchard. Il devint ainsi beau-frère de l'aman de la rue du Pont-des-Morts.
Jean Remion était un des maîtres de la monnaie messine en 089.
l34 JOURNAL DE JEAN LE COULLON
Page 49, ligne 1 3 : Le Bachele^.
Mangin Le Bachelé, orfèvre, aman de Saint-Jean et receveur de la ville, avait épousé Françoise Blanchard, fille de Claude Blanchard, aman de Saint-Vy. Nommé, après l'occupation française, conseiller au grand conseil du maître-échevin, il signa en 1 557 ^a ratification du traité qui cédait au roi de France le protectorat de la ville de Metz, et fut encore nommé treize en la justice, lors de la création de i56o. Son fils, Jean Le Bachelé, fut, comme lui, aman et receveur de la ville. Cette famille compta, dès le xvne siècle, parmi les plus honorables et les mieux placées du pays messin. Elle existe encore aujourd'hui avec distinction.
Page 5o, ligne 16 : M. Gardesy.
Messire Jean Gardesy était ministre de l'Evangile, à Burtoncourt, de 1577 à 1579. A ^a ^n ^e sa carrière, il était ministre à Mauvoisin, lorsque le consistoire messin lui envoya une députation pour le prier de revenir à Metz succéder à Fr. Buffet, qui venait de mourir. Il s'excusa sur son âge, et la place vacante fut attribuée à notre illustre savant, Paul Ferry, à peine âgé de vingt ans.
Il est un de ceux auxquels ce dernier consacra des poésies élogieuses. Celle qu'il lui dédia figure à la p. 162 de son Recueil, sous le n° xxi.
Les ministres, exerçant ou ayant exercé à Metz, qui sont l'objet de cet honneur, sont : MM. Tenans, de Combles, Buffet, Le Coullon et Gardesy.
Page 5i, ligne 24 : V exercice redressé à Montoy>
Après l'expulsion des ministres de Metz et la fermeture du temple, tout exercice du culte resta prohibé jus-
qu'en 1578, où il fut, pour la seconde fois, autorisé au village de Montoy.
Les trois ministres de la Chasse, de Combles et Buffet, s'y établirent et y restèrent jusqu'en i585, où ils furent obligés d'en sortir, conformément aux lettres patentes du roi en date du 23 août, ainsi qu'il est raconté à la p. 63.
Page 52, ligne i3 : Frappée d'une peste.
De i5y5 à 1578, les conditions d'existence des populations de ce pays n'étaient malheureusement pas améliorées, et l'épidémie de fièvre typhoïde qui les avait frappées, ayant pris un caractère endémique, n'avait pas cessé de faire des victimes, avec des alternatives d'adoucissement et de recrudescence. Elle paraît n'avoir définitivement cédé qu'après la dernière de ces dates.
Page 2 5, ligne 18 : Remilly.
Beau village sur la Nied française (canton de Pange). Donné à l'abbaye de Saint-Arnould par Charles le Chauve en 841, Remilly devint une châtellenie de l'évêché de Metz, de laquelle dépendaient six villages.
Page 52, ligne 20 : Le bâtard d'Autriche.
Depuis i566, les Pays-Bas étaient en révolte contre l'Espagne. Cette guerre, commencée par Guillaume de Nassau, prince d'Orange, devait, sauf une trêve de douze ans, conclue en 1609, se prolonger jusqu'à la paix de Munster.
Don Juan d'Autriche, le vainqueur de Lepante, fik naturel de Charles-Quint, avait succédé, dans le gouvernement de ce pays et la conduite de la guerre, à D. Luis de Requesens, mort en 1576.
Page 53, ligne 17 : M. de la Chasse.
Jean de la Chasse, dit Chassanion, occupa le poste de pasteur ordinaire de l'Eglise réformée de Metz de 1576 à i5g8.
Page 53, ligne 19 : Nicolas Dabocourt.
Collignon Dabocourt était changeur et maître monnoyeur de la cité de Metz en 1489. Il eut pour successeurs son fils Jean, son petit-fils, également nommé Jean en 1540, et son arrière-petit-fïls Jean, nommé à vie à cet emploi en 1 558.
Ce dernier avait épousé Barbe de Flavigny, veuve de Claude Blanchard, aman de Saint- Vy, et mère de Jeanne et de Françoise Blanchard, respectivement femmes de Henry Grandjambe, l'orfèvre, et de Mangin le Bachellé, orfèvre, aman de Saint-Jean et receveur de la ville
Nicolas Dabocourt était vraisemblablement le frère de celui-là. Était-il le père ou l'oncle de Jean Dabocourt, qui fut procureur général de l'évêché et prit, vers la fin de ce siècle, une part laborieuse à la pénible tâche de réunir en un corps de doctrine les coutumes générales de la ville de Metz et pays messin? On sait que l'achèvement de cette tâche fit grand honneur au maître-échevin Ab. Fabert.
Page 56. ligne 25 : Le milliaire change- en Lorraine.
Le duc de Lorraine, Charles III, prit en quelque chose l'initiative de la réforme dans le calendrier : il résolut de fixer d'une manière définitive le milliaire qui commençait, en certains lieux de ses Etats, à Noël, dans d'autres, le jour de l'Annonciation, 25 mars, dans d'autres encore, le jour de Pâques II prescrivit en conséquence, le
i5 novembre 1 579, que cette année finirait uniformément dans tous ses Etats le 3i décembre suivant. Mais Metz conserva ses anciens errements.
Page 57, ligne 1 1 : Nommé Théophile.
La pieuse invocation de Le Coullon devait être amplement exaucée. Le jeune enfant que M. de La Chasse venait de baptiser, devint son second successeur dans les fonctions pastorales que ce ministre exerçait à Metz.
Si l'on en croit une pièce de vers que Paul Ferry, bien jeune encore, lui consacra, et qui fut imprimée en 1610, à Lyon, dans ses premières Œuvres poétiques (sous le n° xix, p. 1G1), Théophile Le Coullon possédait « une bouche d'or et une langue sans fiel, » d'où découlait « un déluge de miel. » Le ministre Gardésy, dans une pièce de vers latins que nous possédons, en fait le même éloge.
11 reçut l'imposition des mains au temple de Chambière, le 4 octobre 1602, âgé de vingt et un ans. Il remplit l'office de pasteur à Courcelles, et en 1607 prêcha à La Horgne. En 1608, il remplaça à Metz M. d'Ivoy, comme ministre, et ce fut de lui que Paul Ferry reçut l'imposition des mains le Ier janvier 1612. 11 conserva cet office jusqu'au 18 octobre i652, où il mourut subitement en descendant de chaire. Le lendemain, on procéda à son inhumation, et les ministres Ferry et Jassoy prononcèrent son oraison funèbre1. On ne croit pas qu'il ait laissé de postérité.
11 est probable que Jacques Le Coullon, ministre à Ludwiller de 1620a i632, mort en 1 635, était de la famille de Théophile Le Coullon, son frère ou son neveu.