SUITE DU JOURNAL
de
Jean MIGAULT
En faveur de ses Enfans
Si la Providence de Dieu nous avoit laissé jouir de la liberté de nos exercices au lieu de Mauzé, peut être que cet écrit auroit été parachevé comme il est ci-dessus. Mais puis que sa bonté et sa sagesse adorable, en continuant ses soins pour le salut de notre pauvre famille, en a autrement disposé, nous ayant apporté comme dans sa main les uns et les autres pour nous faire jouir en pleine liberté de la prédication de sa sainte Parole, nous retirant du profond abîme de maux qui a continué et qui continue encore dans le royaume de France, le roy ayant révoqué Tédit de Nantes et par conséquent interdit l'exercice de notre religion, j'ay voulu et
trouvé à propos, mes chers enfans, de vous laisser par écrits une partie des choses qui ont fait mes malheurs, mes peines et mes misères depuis la mort de votre bonne mère jusques à présent, afin que vous puissiez comprendre ensuite combien vous et moi avons d'actions de grâces à rendre à ce bon Dieu, qui nous fait ce bien de nous faire trouver encore jouissans d'une profonde paix dans cette grande ville (d'Amsterdam), après tant d'années de maux et de malheurs qui ont accablé notre patrie pendant la cruelle persécution qui a été exercée contre notre religion.
Et parce qu'il y en a quelques uns de vous éloigné de moi, et les autres en partie en bas âge, ceci vous remettra en mémoire aux uns et aux autres les grandes grâces que Dieu nous a faite à tous en général, et à chacun en particulier, si vous prenez la peine d'y faire attention et qu'il plaise à Dieu nous rassembler en ses miséricordes, soit dans ces heureuses provinces ou ailleurs.
Mauzé. Nouvelles persécutions
Je commenceray où j'ai fini ci-dessus en vous disant que la mort de votre bonne mère fut le commencement de mes peines et le présage de mon malheur.
Dieu la retira en son repos pendant un petit calme dont nous jouissions alors au lieu de Mauzé. Sa vie avoit été paisible avec tous ceux qui la hantoient, et sa mort fut la fin de la paix que j'ay goûtée en France.
Environ douze jours après cette triste séparation, parut une déclaration du Roy i qui derlendoit à tous maîtres d'école de notre religion d'avoir aucuns pensionaires dans sa maison. Ce coup m'eût été fort sensible dans un autre tcms, attendu que c'éloit le principal moyen dont Dieu se
i L'arrêt du Conseil d'Etat du 11 janvier 1083 faisait défense « aux ministres de tenir un plus grand nombre de pensionnaires que celui porté par l'art. XI de la Déclaration de 1669, et aux maîtres d'école d'en avoir aucuns à peine de mille livres d'amende, d'interdiction du ministre et de suppression des dites écoles... » Edits, déclarations et arrests concernons la Beligion P. Reformer. Paris, 1885, in-12, p. 127.
servoit pour nous faire subsister, mais la tristesse où j'étois plongé ne me permit point de le sentir, quoi que j'aimois beaucoup ceux qui estoient commis à mes soins, étans tous de bonne famille *.
M. de la Forest, notre très honoré pasteur, m'ayant appris cette nouvelle, m'exorta à la recevoir comme un coup de verge venant de la main de Dieu. Je le consultois après l'avoir écouté, et nous trouvâmes qu'il faloit obéir à cette déclaration, et dès le lendemain je plassois tous mes pensionaires au nombre de six - dans trois maisons bourgeoises :î, en attendant que j'eusse des nouvelles de leur pères qui étoient de lieux différents et assez éloigné de Mauzé, comme Benestz 4,
i Parmi eux se trouvaient Pierre Roussct, le fils de Guichet de la Gratière, venu de la Châtaigneraie, et les fils de trois bourgeois de la Rochelle : Hélie Hérault, Jacques Martin et David Bion, qui plus tard vinrent en aide à Migault pendant sa captivité.
2 Plus tard il en eut jusqu'à vingt.
•" « Auberges », dit le manuscrit de Brème.
4 Benêt, cant. Maillezais, arr. Fontenay-le-Comte (Vendée). Son temple avait été démoli par arrêt du Conseil du 0 août 1665.
la Ghastagneraie * en Bas Poictou, et ailleurs. Ces messieurs vinrent en peu de jours, visitèrent leurs enfans, et ayant approuver les choix des personnes chez qui je les avois plassé pour y être logé, nourri et blanchi, je continuois à les enseigner, et je faisois pour eux tout ainsi qu'au teins qu'ils mangeoient avec moi.
J'eus une autre affaire peu de mois après. Le maître d'école papiste, qui, comme j'ay dit, avoit abjuré notre religion, me fit appeller par devant le juge dudit Mauzé, pour une contravention qu'il prétendoit que je faisois au déclaration du Roy, en faisant chanter les pseaumes à mes écoliers et leur enseignant les principes de la musique, voulant me restreindre à n'enseigner qu'à lire, écrire et l'arithmétique. Je répondis à l'assignation qui me fut donnée à la requête du procureur fiscal, et après que nous eûmes été ouï, le juge ordonna qu'il seroit informé de nos dires.
1 La Châtaigneraie, arr. Fontenav-le-Conte (Vendée). Temple démoli par arrêt du Conseil du 6 août 1GG5.
Et pendant que le sieur Barbolin (c'est ainsi que se nommoit ce régent) faisoit son enquête, la compagnie de notre Consistoire, qui s'intéroissoit fortement dans cette affaire, dressa un dire ou remontrance qu'elle fit signifier tant au procureur fiscal qu'au juge et à ma partie, avec déclaration qu'ils interyenoit en la cause en prenant ma garentie, et demendant le renvoi d'icelle par devant nos seigneurs du Conseil, attendu que le juge de Mauzé n'estoit pas compétant pour connoître ces sortes d'affaires, avec protestation requises. Ce dire et remontrances arresta cette affaire, et elle demeura comme morte, dans la vue que le curé dudit Mauzé * (et qui faisoit agir ce Barbolin), avoit de voir de jour de jour la ruine de notre exercice.
Peu de mois se passèrent après cela lors que l'on ouït parler de la descente des dragons que le roy envoya d'abord dans la province de Poictou, uniquement pour
i Yves Bernard fut curé de Mauzé de 1G62 à 1084. Son successeur, Jean Tremblay, mourut en
ruiner les familles qui restaient du nauffrage de Fan 1681 1.
On apprcnoit aussi de jour en jour les désolations que faisoient les cours souveraines et les intendant des provinces, qui avoient commision de juger en dernier ressort les Eglises qui se trouvoient accusées de quelques chose, et, en peu de jours, on s'apperçut qu'accuser et voir condamner un de nos exercices - étoit un même chose.
On ne manqua pas de susciter des affaires à toutes celles qu'on voulut, et, soit par les cours ou par les intendants, la plus grande partie de nos exercices, non seulement d'une province, mais de tout le royaume, furent condamnez. Et il ne restoit que très peu de temples et de pasteurs en état de donner de la consolation à nos frères.
Nous eûmes à Mauzé celle de voir notre temple debout, et notre cher pasteur au-
1 Le 20 août 1685 le régiment d'Asfeld arriva en Poitou.
- On appelait « exercice », le droit de célébrer le culte protestant.
près de nous jusques près de la révocquation de redit de Nantes, et avec cela la douleur de voir nos pauvres frères privez de leurs saintes assemblées, de manière que presque pendant un an il s'assembloit à Mauzé un si grand nombre de personnes qu'il nous fut impossible de les connoître, quelque précaution que nous eussions prise, pour leur donner des marreaux 1, lorsqu'on célébroit la sainte Cène. La pluspart de vous êtes mémoratifs comment notre maison étoit remplie de gens tous les samedis au soir pour y avoir le couvert, et non seulement la nôtre, mais aussi toutes celles des honnêtes gens, sans conter tous ceux qui logeoient dans les hôtelleries qui étoient en grand
i Le « marreau » ou « mércau » était un jeton en plomb que les « anciens » remettaient à ceux qui étaient autorisés à prendre part à la communion, e'est-à-dire qui n'en étaient pas exclus pour quelque faute grave. Les protestants qui avaient cédé à la violence en abjurant leur religion étaient dans ce cas. Le pasteur qui, par mégarde, les aurait admis à la sainte Cène, s'exposait à voir fermer le temple pour y avoir reçu des « relaps », c'est-à-dire des convertis au catholicisme retombés dans le protestantisme.
nombre, et toutes étoient remplie, et quelquefois la hasle en logeoit un grand nombre aussi, ne pouvant trouver de couvert ailleurs. Ces peuples venoient des Eglises condamnée de la Rochelle 1, Marans -, la Jarrie \ Charantc 4, Thonné-Boutonne ", St-Savenien fi, Arvert ", la Tremblade s,
i Le temple de La Rochelle fut condamné à être démoli et l'exercice interdit par arrêt du parlement de Paris du 16 janvier 1685. Le 1" mars, il fut mis à bas.
- Marans, chef-lieu cant., arr. La Rochelle (Charente-inf.). Le temple fut fermé à la même époque.
3 La Jarrie, chef-lieu cant., arr. La Rochelle. Le temple ne fut démoli que le 3 septembre 1685.
* Charente ou Tonnay-Charente, arr. Rochefort (Charente-inf.).
5 Tonna} -Boutonne, chef-lieu cant., arr. St- Jean-d'Angély (Charente-inf.).
0 Saint-Savinien, chef-lieu cant., arr. St-Jeand'Angély (Charente-inf.). Temple démoli par arrêt du Conseil du 12 janvier 1682.
7 Cant. La Tremblade, arr. Marennes (Charente-inf.). L'exercice fut interdit le 23 mars 1683. Temple démoli par arrêt du Conseil du 2 mars 1682. Le manuscrit de Brème ajoute à ces localités « Marennes ».
s Chef-lieu cant., arr. Marennes (Charente-inf.). Le culte fut interdit par arrêt du 2 avril 1685.
Aulnay 1, Civray -, Chef-Boutonne 3, Melle4, Nyort5, St-Maixant 6, Mougon T, Cherveux s, Fontenay 9, Coulonge 10, et de plusieurs autres lieux plus éloigné. Il y vint même des personnes de Poictiers, de Bourdeaux X1 et autres endroits, chercher
i Aulnay-de-Saintonge, arr. de St-Jean-d'Angély (Charente-inf.). La démolition du temple fut ordonnée par le Conseil en 1(585.
- Chef-lieu arr. (Vienne). Le culte y fut interdit le 27 juillet 1G82.
3 Chef-lieu cant., arr. Melle (Deux-Sèvres).
4 Chef-lieu arr. (Deux-Sèvres). Temple démoli en 1685.
5 Niort, chef-lieu dép. des Deux-Sèvres. La Cène y fut célébrée pour la dernière fois le 27 août
« St-Maixent, chef-lieu cant., arr. Niort. Temple démoli le 17 avril 1685.
" Le temple fut démoli en août 1684 et l'emplacement donné à l'hôpital de Niort.
s Cant. St-Maixent, arr. Niort (Deux-Sèvres). Le temple fut fermé par ordre de l'intendant le 2 mai 1685.
f» Fontcnay-lc-Comte, chef-lieu d'arr. (Vendée). Temple fermé en juin 1685.
io Coulonges-sur-1'Autize, chef-lieu cant., arr. Niort (Deux-Sèvres).
n Lisez Bordeaux.
Eléonore d'Olbreuse, duchesse de Lunebourg-Brunsvic-Zell
consolation parmi nous, qui subsistions comme par un espèce de miracle.
Dieu se servit pour nous conserver pendant ces dernières années du ministère et protection de S. À. S. Mme la duchesse du Brunsvieh Lunebouig et Zell. Cete pieuse princesse avoit toujours eu une considération toute particulière pour notre Eglise. Elle se souvenoit d'estre née dans son sein et y avoir reçu le saint baptême, et tout ainsi que M. d'Olbreuse 1i son digne frère, et M. de la Forest, notre pasteur, ne cessoient de l'informer de tems en tems des troubles qu'on nous faisoit et suscitoit. Son Altesse Sérénissime aussi, ne cessoit de son côté d'en calmer à la Cour toutes les poursuites, et même avoit eu la bonté de demender au Roy notre conservation.
Dieu se servit de ces moyens et d'autres qu'il trouva propre pour nous faire sub-
i Alexandre Desmier, seigneur d'Olbreuse, dit le marquis d'Olbreuse, marié le 22 juillet 1664 à Jeanne Geay, épousa en secondes noces Madeleine Sylvie de Ste-Hermine, fille d'Hélie, seigneur de la Laigne, en août 1683. Il mourut sans postérité en 1689.
sister parmi les orages qui renversèrent dans deux ou trois ans tous les lieux d'exercices de notre voisinages.
Nous eûmes pendant notre dernière année, et particulièrement pendant trois ou quatre mois avant la révocation de l'édit de Nantes, tant d'affaires sur les bras qu'il estoit impossible d'en pouvoir soutenir davantage.
M. de la Forest fut obligé, à plusieurs fois, de suivre M. l'Intendant 1, tantôt avec nombre d'anciens, tantôt avec tout le corps du Consistoire duquel j 'a vois l'honneur d'être membre 2, soit à la Rochelle ou à Rochefort 3. Ces diverses courses, qu'on faisoit faire à M. de la Forest, étoient particulièrement en vue d'ôter à tous le peuple, qui venoient de ces lieux que j'ay déjà nommé, la consolation d'en-
i Pierre Arnou, seigneur de Vaucresson et de la Tour, intendant d'Aunis et de Saintonge depuis le 17 février 1683.
- Jean Migaud, marchand (sic), ancien du consistoire de Mauzé, est interrogé le 26 mai 1685, dans la procédure pour la démolition du Temple. (Arch. NaL, TT. 252).
3 Chef-lieu arr. (Charente-inf.).
tendre la parole de Dieu '. Si je voulois vous raconter ici tous les voyages qu'il falut faire pour parer au coups qui nous étoient donnez de jour en jour, je n'aurois pas fait de longtems ; mais je ne vous veux point parler des maux que j'ay souffert en général, ainsi seulement de ce qui me touche en particulier. Je vous diray seulement que pendant le dernier voyage que M. de la Forest fit à Rochefort, étans à la suite de M. l'Intendant qui étoit venu lui même le chercher à Mauzé il y avoit dix ou douze jours, et n'ayant pour lors avec lui que Gabriel pour le servir, arriva cette fatale jornée qui doit être contée pour funeste à ce désolé lieu de Mauzé, puis que les dragons achevèrent à peu près le triste ouvrage qu'avoient commencé M. de Demuin, intendant d'Aulnix, dès ladite année 1681. Il n'y eut que ceux qui abandonnèrent tout qui furent exempt de la funeste et terrible chute qui a désolé nos Eglises.
i C'est-à-dire : provoquées par les procès qu'on intentait au pasteur ou aux anciens pour essayer de faire fermer le temple de Mauzé.
Troisième visite des dragons Mauzé, 23 septembre 1685
Dieu m'avoit fait la grâce de prévenir ce coup. Il y avoit plus d'un mois que j'avois donné congé à tous mes pensionnaires et escoliers, qui étoient au nombre de plus de vingt, logé en diverses auberge, comme j'ay dit, le nombre s'en étant accru à mesure que les exercices étoient condamnez dans les villes et lieux voisins, car aussi tôt que les exercices étoient ôtez d'un lieu, les maîtres d'école de notre religion étoient obligés de cesser leurs fonctions, et ayant renvoyez mes écoliers chacun dans sa maison, j'avois aussi mis ordre à ce que je pusse sortir sans peine lorsque les dragons arriveroient.
Pour cet effet, je vous avoit tous ôtez de la maison. Votre grand-mère avoit trouve un azile chez M. de La Leigne 1.
i Hélie de Ste-Hermine, seigneur de la Laigne, (cant. Courçon, arr. La Rochelle), avait épousé Madeleine Le Vallois de Villette. Il était beaupère du marquis d'Olbreuse. Le logis de la Laigne abrita bientôt aussi les deux sœurs du ministre de la Forest. (Journal d'Anne Chauffepié).
L'aînée de vous, avec les deux plus petits Elisabeth et Olivier, en trouvèrent un chez M. d'Olbreuse. Jcanneton, Pierrot et Marie étoient partis les premiers, et avoient été enmenez par M. et Mme de Puy-Arnault dans leur maison de la Bouillardière \ proche St-Jean-crAngély.
Ce gentilhomme et cette dame avoient eu la bonté de me les demander pour les cacher pendant l'orage qui nous menaçoit. Jacques, qui étoit à St-Maixant, achevoit justement ses deux aimées d'apprentissage. A l'arrivée des dragons audit St- Maixant, et quoi que les portes de la ville fussent gardées jour et nuit afin que personne de notre religion n'en sortît, Dieu lui fit la grâce de se dérober à leur vue. Son maître (M. Moreau) - lui avoit dit
i Lieu-dit, coin. Puyrolland, cant. Tonnay- Boutonne, arr. St-Jeaa-d'Angély, voisin du hameau les Arnault, d'où la famille de Puy-Arnault a sans doute tiré son titre (Rens. Eug. Réveillaud).
- Sur le registre de l'Eglise réformée de St- Maixent, conservé aux Arch. des Deux-Sèvres, B. 37, ou trouve Jean Moreau « menuzier », marié à Marie Treuille qui fait baptiser, le 1er mars 1684, sa fdle Marie, et, le 19 mars 1684, le bap-
de se sauver s'il pduvoit. Il arriva à Mauzé huit ou dix jours auparavant les dragons, et aussitôt je l'envoyois chez M. de Chahan K J'avois en même tems envoyé Jean chez M. de Gajemond 2 en sa maison près Melle, lequel eut aussi la honte de le recevoir. Enfin je me trouvois seul de ma grande famille dans le moment que les dragons 3 arrivèrent à Mauzé, qui fut le dimanche 23 septemhre 1685. <
J'étois dans notre maison avec deux ou trois personnes du Poictou 4 qui étoient
tême d'Elisabeth, fille de Jean Moreau « bonnetier » et de Magdeleine Devallée. Un Jean Moreau, fugitif de St-Maixent, habitait New-Rochelle aux Etals-Unis, en 1712 (Baird, Histoire des réfugiés huguenots en Amérique, p. 317).
i Henri de Pontard, chevalier, seigneur de Chahan, épousa en 1678 sa cousine Louise de St- George et s'expatria avec elle le 4 septembre 1687. Il mourut en Allemagne (Arch. Nat., TT. 114). Cram-Chaban, cant. Courçon, arr. de La Rochelle, est à 6 k. de Mauzé.
- Louis Prévost de Gagemon, époux de Marie Lhuillier en 1664, fut enfermé successivement au château de Bougouin, à Pierre Encise, à Saun ur, à Poitiers. C'est un des gentilshommes poitevins qui eurent le plus à souffrir de la Révocation.
'•i C'étaient des dragons du régiment d'Asfeld.
4 Le manuscrit de Brème donne leurs noms en
en fuite à cause des cruautez qu'on faisoit chez eux, et entendoit le bruit que causa l'arrivée de ces barbares, j'abandonnois le reste du ménage à leur discrétion. J'en avoit caché quelque peu chez des voisins papistes et chez quelques autres qui avoit changé de religion dès il y avoit cinq ans, et aussi chez M. de la Forest, croyant que sa maison seroit exempte de loger les dragons, n'ayant point ouï dire auparavant qu'ils logeassent chez aucun ministres ny gentilhommes. J'en avois aussi caché quelques pièces dans des mazure, devant la porte du logis, à couvert des feuilles de lierre. Il se trouva à la fin, quand les dragons furent partis, que ce qui étoit caché de feuille fut le mieux conservé, et que ce que je croyois le plus sûrement étoit le plus perdu.
La maison de M. de la Forest ayant été exposée presqu'au pillage dès l'arrivée des dragons 1, les ofïiciers y ayant été lo-
abrégé : « Pierre Rouss[et], Anth. et Dan. Mart[in]. »
i « Les dragons sont venus chez M"" de la Forest le 15 ou 1G septembre et en trois jours ont pillé, volé et vendu tous les meubles qu'ils ont
gé, la nôtre ne fut pas épargnée, et il ne resta que les quatres murailles. Non seulement les dragons pillèrent et vendirent ce qu'ils y trouvèrent, mais aussi des voisins aidèrent et s'accommodèrent du reste, comme j'ai su du depuis.
Notre temple fut pillé aussi, et les choses qui s'i trouvèrent furent emportées.
La providence divine nous avoit fait mettre à couvert nos livres et papiers consernant notre droit d'exercices, quelques legs ou donnation fait par les seigneurs dudit Mauzé pour l'entretien du ministère audit lieu, et ausi les livres et papiers du Consistoire concernants les actes de baptêmes, mariages et enterrements. Le tout fut confié à la garde de M. et de Mme d'Olbreuse, et a resté dans leur maison audit lieu dans un coffre après leur départ de France sans que personne autre que moi eu connoissance de ce qui étoit audit coffre. Et d'autant que le dessein que j'avois formé d'abandonner le royaume ne me
trouvé dans la maison. » (Journal d'Anne de Chauffepié). Le ministre était à Rochefort, où l'intendant l'avait ajourné. (Tessereau, p. 282).
permettent pas d'avoir soin à l'advenir des susdits livres et papiers, peu de jours avant mon départ, je visitois le tout, et j'en confiois le secret et la garde à la fille aînée de M. Galaudet, fermier dudit 01breuse 1, et ayant remis en icelui coffre en sa présence tous les sudits livres et papiers avec la bible -, je le refermois et lui donnois la clef, en la priant et conjurant au nom de Dieu de conserver le tout, et ne dire à personne de sa maison ce qui étoit dans le s'udit coffre, lequel n'avoit point été ouvert depuis le départ de Madame. Cette fille m'en promis la conservation préférablement à tout ce qu'elle avoit de cher et de prétieux.
i A l'époque de la Revocation, Pierre Elisée Gallaudet, natif de Mauzé, alla s'établir à New- Rochelle. C'est l'ancêtre de Thomas Hopkins Gallaudet, le grand philanthrope, bienfaiteur des sourds-muets d'Amérique. Par fermier il faut entendre l'adjudicataire des revenus du domaine.
2 Dans chaque temple, il y avait une bible qui servait pour les lectures.
Fuites et retraites successives, Olbreuse, etc.
Je veux retourner à mon discours et vous dire qu'aussitôt l'arrivée des dragons, je sortis du logis et je fus accompagné de l'une de ces trois personnes qui étoit avec moi 1. Nous passâmes pour sortir de la ville le long des fossez 2 qui étoient secs et sans eau jusques près de l'église d'Amilly 3. Nous rencontrâmes quelques femmes et filles qui se sauvoient en fuyant ainsi que nous. Nous nous rendismes à la nuit au château de Marsay 4, et nous y restâmes deux jours.
De là, nous fûmes chez M. de Pny-
i On verra plus loin qu'il s'agit d'un jeune homme nommé Pierre Rousset.
2 Mauzé était autrefois entouré de douves, dont on pouvait suivre encore les traces au milieu du xix° siècle.
s Saint-Pierre-d'Amilly, cant. Surgères, arr. Rochefort (Charente-inf.).
4 Marsais, cant. de Surgères, arr. Rochefort (Charente-inf.). Le château appartenait à Louis de St-Georges, seigneur de Marsay, né le 3 avril 1635, marié le 7 octobre 1670 à Louise de Lescours.
Wt: .-.'-*' V
:t*WÇ^
^m^Êî
'CvÉ
lin
'-JH
.■*+*0ti&gK
4È&ggfité '
fer
tf.
si*j
SRL >