XXII PRÉFACE
la suite desquelles il s'est résolument désisté de tout.
Duvaux. notre camarade, le ministre qui n'a pas fait de grande- choses, mais qui n'en a l'ail que de bonnes, est le premier qui pensa à la croix. Il aurait voulu promouvoir d'un seul coup Sarcey au grade d'officier. Il tenta et fit tenter toutes sortes de démarches. Les règlements s'opposaient. « N'en parlons plus, intervint Sarcey, et ne soyez pas, vous autres, plus royalistes que le Roi : je n'ai pas besoin de cet insigne pour me faire reconnaître de mes peuples. » La question de l'Académie était plus délicate. Beaucoup d'entre nous souhaitaient depuis longtemps l'y voir entrer. Il s'y fût trouve lui même à sa place. Dans la séance de réception de Jules Lemaître, passant en revue les critiques qui, depuis le commencement du siècle, avaient suivi les évolutions du théâtre en France, j'avais rappelé son œuvre magistrale. Les applaudissements partirent de tous les points de la salle. Je dus interrompre ma lecture. Ce fut une ovation. Le soir, il m'écrivait : « Merci, tu m'as donné aujourd'hui un strapontin à l'Académie. Mais j'ai dit adieu, bien définitivement adieu, à Satan et à ses pompes. » Quelques années auparavant avait paru la « profession de foi » dans laquelle il donnait ses raisons, non sans émotion certes, mais sans amertume ni dépit, sans la moindre allusion au 41e fauteuil, où s'étaient assis tant d'amours-propres blessés, en homme qui voit les choses de haut et en brave homme. Journaliste militant, il ne voulait pas renoncer à l'indépen-
PRÉFACE XXIH
dance de sa plume. Pour lui, rien ne pouvait valoir la satisfaction de continuer à dire librement ce qu'il pensait. Ce sera l'honneur de sa vie d'être demeuré jusqu'au bout fidèle à luimême.
Tandis que, dans ces souvenirs de plus de cinquante ans. je revoyais l'ensemble de sa carrière, je me demandais si la passion du théâtre, qui l'a remplie presque tout entière, ne s'était pas, dès l'Ecole, annoncée par quelque échappée, et je retrouvais ces deux traits. Je les rappelle ici, pour finir.
Le premier n'est qu'une boutade spirituelle.
Il nous arrivait quelquefois à l'un et à l'autre de ne pas sortir le dimanche avant midi. J'avais connu Sarcey à l'institution Massin : c'est là que s'étaient nouées nos premières relations de travail commun et d'amitié. Nous nous retrouvions dans la grande salle d'étude de la première année, d'où nous n'avions qu'un pas à faire pour aller prendre l'air, quand le cœur nous en disait. Notre besogne particulière mise au courant, souvent même avant de la commencer, nous nous rapprochions pour lire ensemble. Sarcey croyait qu'on ne lit bien qu'à deux et tout haut. Et il lisait fort agréablement, d'une voix un peu grasse, mais très nuancée, mimant presque son texte et se faisant rire lui-même, pour peu que le sujet y prêtât, d'irrésistible façon. Je n'ai connu que Sainte-Beuve à qui une belle page lit-