LA SURVEILLANCE DES ÉTALONS ET DES JUMENTS
lain dans une foire et ayant toujours présenté l'aspect de la meilleure santé, tombe tout à coup poussif à l'âge de 4 ou d ans, sans qu'on pujsse savoir pourquoi.
« Eh bien, c'est tout simplement parce que sa mère était poussive elle-même. Car c'est une chose mauvaise et parfaitement préjudiciable à notre production chevaline en France que cette habitude que l'on a de faire naillir les juments poussives.
ce 11 serait cp[>eiidant facile, avec un peu de bon vouloir, de supprimer cette très importante cause de la pousse du cheval; ce serait tout simplement, dans les dépôt d'étalons de l'Etat, d'exiger de chaque éleveur un certificat de vétérinaire constatant que les juments présentées ont été reconnues saines.
M On dira sans doute qu'il y a d'autres propriétaires d'étalons que l'Etat. C'est parfaitement vrai ; mais alors qui pourrait empêcher de leur imposer, sous peine d'amende^ la même obligation? On ferait tout d'abord quelques mécontents, j'en conviens; mais le bien général ne doit-il pas passer avant de mesquins intérêts particuliers? »
J'ai tout lieu de croire que j'avais raison de parler ainsi; car, après la publication de cet article, je reçus de nombreuses lettres d éleveurs distingués qui me donnaient leur complète approbation.
Aussi, je le répète, pourquoi donc se borner à surveiller l'état de santé des étalons, quand celui des juments, pour arriver à oh enir un produit sain, a tout autant d importance?
Ce serait vraiment une anomalie fort nuisible à nos intérêts, que M. le ministre a bien. évidemment tout à cœur de défendre, et je suis persuadé qu'il aura suffi de la signaler pour la voir disparaître à l'instant.
J'ai l'honneur, etc. É. Cassé,
Membre de la Société d'agriculture de l'Eure
Le Congrès de mécanique agricole, organisé par la Société d'encouragement à l'agriculture, a été tenu les 25 et 26 janvier. Beaucoup d associations agricoles ont voulu se faire représenter à ces réunions qui ont appelé un grand nombre de mécaniciens et d'agriculteurs. Nous allons brièvement résumer les principaux travaux du Congrès.
Il faut d'abord signaler le discours par lequel M. Foucher de Careil, président de la Société, a ouvert les travaux du Congrès, Il a très bien su exposer le rôle de plus en plus important que la mécanique agricole est appelée à jouer; incidemment, il a rendu hommage à la mémoire de Gambetta, à l'initiative de qui revient la création du ministère spécial de l'agriculture.
La plus grande partie de la première séance a été remplie par un exposé fait par M. Grandvoinnet, professeur à l'Institut agronomique, des progrès de la mécanique agricole. 11 démontre que l'adoption des machines perfectionnées, dans la plupart des fermes, est due moins à leur valeur propre qu'à l'élévation croissante du prix de la maind'œuvre. Il passe en revue les avantages qui résultent de l'emploi des semoirs et des houes à cheval d'une part, des batteuses d'autre part ; il insiste sur les difficu'tés spéciales que l'on éprouve à faire adopter les charrues perfectionnées à la place des anciennes charrues de pays. Pour M. Grandvoinnet, si l'on a constaté une certaine lenteur dans
rextension de Temploi des machines, c'est que beaucoup de cultivateurs manquent d'occasions pour les connaître et les apprécier à leur juste valeur; les essais qui sont faits dans les concours ne présentent pas, le plus souvent, les conditions nécessaires pour faire ressortir les qualités ou les défauts de tels ou tels types de machines. Il pense qu'il serait beaucoup plus profitable d'établir des stations d'essai, d'une création peu difficile, dans lesquelles l'étude des machines pourrait être faite, d'une. manière absolue, avec le matériel approprié, dans des conditions de rigueur inconnues jusqu'ici ; cette étude présenterait les meilleurs résultats à la fois pour les mécaniciens et les agriculteurs.
M. Tisserand, directeur de l'agriculture, appuie ce projet ; il donne des détails intéressants sur le fonctionnement de staiions analogues dans plusieurs pays, notamment en Autriche, et il invite la Société d'encouragement à prendre l'initiative de cette institution.
Après quelques observations présentées par MM. Desplanques, Vermorei et Menault, le Congrès émet, à l'unanimité, un vœu en faveur de la création, en France, de stations d'essai spéciales pour les machines agricoles.
Sur la proposition de M. Liébault, appuyée par MM. Albaret et John Pilter, le Congrès émet le vœu de la suppression, dans les tarifs des transports par chemin de ter, de la majoration de tarif qui est appli' quée aux niasses indivisibles pesant de cinq à dix tonnes m triques. Un vœu analogue sur les réductions de tarifs dans les transports maritimes entre l'Algérie et la France est adopté, sur la proposition de M. Francisque Michel.
Une question des plus importantes s'imposait à l'étude du Congrès : c'est elle qui est reiativa aux moyens à prendre pour rendre plus rapide l'adoption des machines perfectionnées par les petits cultivateurs. Il est certain que la situation des diverses parties de la France est loin d être la même à cet égard; ici le progrès marche rapidement, tandis que, ailleurs, il ne s'opère qu'avec lenteur. Il faut dire que ces ditférences tiennent le plus souvent à la propagande ou à la nonchalance des associations agricoles locales; il serait important de pousser les associations à faire des sacrifices pour l'^ichat de bonnes machines, afin de les répandre autour d'elles. C'est ce que M. de Roys fait ressortir avec beaucoup de clarté; il insiste notamment sur les avantages qui pourraient résulter du dépôt des machines chez quelques cultivateurs éclaires.
M. Leroy, secrétaire général du Comice de Libourne, fait un exposé de la situation de cette partie du département de la Gironde, relativement à l'emploi des machines; il signale l'élévation des patentes que doivent payer les agriculteurs qui louent les machines autour d'eux, les différences de traitement appliqués aux machines françaises et aux machines étrangères dans les transports sur les voies ferrées.
M. de Lapparent, inspecteur général de l'agriculture, croit que l'un des meilleurs moyens de propager l'euploi des bonnes machines est de subventionner des syndicats de cultivateurs créés pour l'achat de ces machines, comme l'Etat subventionne les syndicats de viticulteurs formes pour lutter contre 1« phylloxéra. Cette proposition donne lieu à une discussion à laquelle prennent part MM. Sagnier, Vermorel, Bretagne, Desplanques, Gaze. Finalement, le Congrès ^idmet trois vœux ; 1" diminution des patentes pour les entrepreneurs de travaux avec les
machines agricoles; 2° revision des tarifs internationaux qui créent des faveurs pour le transport des machines étrangères sur les voies ferrées françaises; 3° création de subventions spéciales en faveur des syndicats de cultivateurs créés pour l'emploi des machines; ces subventions seraient accordées par l'intermédiaire des associations agricoles.
M. Albaret appelle l'attention da Congrès sur une question technique d'une réelle importance : c'est celle de la réparation des machines. Trojo souvent, les réparations sont faites par des ouvriers ignorants ou négligents, de telle sorte qu'une bielle, par exemple, qui a été cassée, n'a plus, après avoir été ressoudée, sa longueur exacte, et que la machine ne peut plus fonctionner régulièrement. M. Albaret pense qu'un des moyens d'éviter ces graves inconvénients est d'inviter les constructeurs à indiquer.en chiffres, sur les bielles et sur les barres d'excentritjue de leurs machines, les longueurs exactes qui séparent les tourillons. Sa proposition est adoptée.
M. Liébault expose que le développement de l'enseignement professionnal mécanique n'est plus en rapport avec le développement de l'industrie et avec les efforts faits en vue des progrès de l'enseignement primaire; il pense que cette question doit être étudiée avec soin. Après des explications présentées par MM. Gallois, Albaret, Deloncle, Dupuy- Montbrun, Lacroix, le Congrès émet un vœu en faveur du développement de l'enseignement professionnel mécanique agricole, par la multiplication des écoles d'arts et métiers, et par la création d'écoles et de cours spéciaux. Jusqu'ici, les écoles d'arts et métiers ont rendu trop de services à la mécanique agricole pour que Ton ne souhaite pas de les voir se multiplier.
La dernière (juestion soulevée devant le Congrès est celle de l'utilisation agricole des eaux. M. Cotard expose que les encouragements les plus considérables ont été donnés jusqu'ici aux créations de voies de transport et à la navigation, mais que l'on a fait très peu de chose en faveur des entreprises d'irrigation; ce qui est contraire à l'équité, car on peut soutenir avec raison que l'eau des fleuves n'appartient pas seulement aux riverains, mais à tout le bassin. Sur sa demande, le Congrès émet le vœu que de larges subventions soient données aux entreprises d'irrigation.
Le congrès a été clos par une excursion aux ateliers de M. Paul Decauville, à Petit-Bourg. Le progrès de cette grande usine, qui est aujourd'hui principalement consacrée à la construction des voies ferrées à voie étroite, est un des faits les plus remarquables des dernières années. Les chemins de fer portatifs Decauville circulent aujourd'hui dans toutes les parties du monde, et partout avec le plus complet succès.
Le prochain congrès organisé par la Société d'encouragement à l'agriculture aura lieu à Nice, au mois de novembre prochain, en même temps que le concours régional. Il sera international, et consacré à la viticulture.
Le congrès de mécanique agricole a été suivi par un banquet de plus de 120 couverts, à l'Hôtel-Continental, et par la réunion générale annuelle de la Société d'encouragement à l-'agriculture. La partie principale de celte séance a été le rapport de M. de Lagorsse sur les travaux de la Société et sur l'extension de son influence. Les élections du Conseil d'administration se sont terminées par la nomination des
anciens membres, auquel a été adjoint M. Lesouef, président de la Société d'encouragement à l'agriculture d'Yvetot (Seine-Inférieure).
Henry Sagnier.