‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 143 sur 683 · DE PARIS · texte numérisé non relu

DE PARIS

Sont-ce les effets de la création du ministère de l'aorriculture ? ou

bien est-ce encore que les agriculteurs sortent de leur indifférence habituelle à l'égard des expositions? Je ne sais; mais quelle qu'en soit la cause, l'on ne peut s'empêcher de constater l'éclat exceptionnel du concours, le nombre sans cesse croissant des exposants de toute nature. La section des produits agricoles et horticoles a eu, elle aussi, à bénéficier de cette recrudescence de faveur, si bien qu'une douzaine des sjrandes salles du Palais de l'industrie se sont trouvées complètement bondées de produits de toute nature. Il serait donc difficile de rendre ici un compte exact de tous les lots exposés ou seulement de toutes les récompenses obtenues ; je me contenterai de signaler ceux qui m'ont semblé mériter une attention spéciale.

Et d'abord le prix d'honneur. Cette année encore, c'est l'horticulture qui l'a remporté sur sa sœur aînée l'agriculture; ce qui, soit dit en passant, a fait se plaindre bien fort producteurs et marchands agricoles. Et de fait n'y aurait-il pas lieu de séparer ces deux genres de production qui, dans un concours, ne peuvent que difficilement être comparés, ne présentant pas des points de similitude suffisante? Pour qu'un produit agricole puisse être primé, il faut qu'il présente non seulement des qualités de pureté de race, de forme, et qu'il soit le résultat d'une bonne culture il est encore de toute nécessité qu'il puisse être produit à bon marché, qu'il présente des qualités véritablement économiques. Pour les productions horticoles, il n'en va plus de même. Ici rentre en ligne de compte un coefficient puissant et qui n'a rien à

faire en as^riculture, c'est la question d'œil, de goût, quelquefois même de vogue momentanée. Que ce produit coûte cher ou non à produire, cela ne fait rien à l'alfaire; pourvu qu'il réponde à un goût du jour et qu'il montre l'intelligence et les soins du producteur, ce devront être là des causes suffisantes pour qu'un jury l'examine avec attention et le récompense.

Qu'une botte d'asperges par exemple ait coûté 20 ou 30 francs à produire, qu'importe? pourvu qu'elle se vende 40 ou 50. En agriculture il ne pourra jamais en être ainsi.

Telles sont les raisons qui me semblent militer en faveur d'une séparation dans la distribution des récompenses entre les produits de l'agriculture et ceux del'horticulture.

C'est à M. Etienne Salomon, l'habile et intelligent viticulteur de Thomery, que le grand prix a été offert. M. Salomon est un chercheur ; il a eu l'idée d'appliquer aux fruits le procédé de conservation par le froid ; il y a pleinement réussi et au concours général chacun a pu admirer des paniers de pêches et de poires d'été, le tout encadré de magnifiques raisins. J'avoue que pour ce qui est des poires d'été : William, Louise-Bonne, beurré d'Amanlis, etc., cela me laisse froid, non pas au point de vue de l'expérience qui est très intéressante, mais au point de vue de la valeur du fruit, lequel est avantageusement remplacé par toutes nos excellentes poires d'hiver dont la qualité dépasse certainement celle des fruits à maturation estivale. Il en est autrement des raisins et surtout des pêches. C'est un véritable triomphe. Si, en effet, l'on arrive à conserver couramment des pêches jusqu'en janvier, il y a là toute une branche nouvelle de commerce. L'on reproche à ces fruits de ne pas avoir toute la saveur de ceux directement cueillis sur l'arbre. Franchement, c'est être trop exigeant. D'abord ce procédé est à sa naissance et il est probable qu'avec le temps il se perfectionnera; et puis une pêche en janvier, n'aurait-elle pas toute la saveur du fruit frais, arrosée d'un vin généreux, constituera encore un dessert précieux et le jury a été de cet avis puisqu'il leur a décerné les palmes du prix d'honneur.

Je signalerai encore, sans quitter la salle des fruits, les poires et pommes hors ligne envoyées par un exposant-marchand, M. Dupont, de la rue d'Antin : des reinettes et du calville de toute beauté ainsi que des doyennés d'hiver et des belles Angevines. Ces poires trompent l'œil, d'une grosseur exagérée. Il y en avait de ces dernières qui pesaientprès de deux kilogrammes! Une médaille d'or a été décernée à ce marchand connaisseur. Sait-on ce que deviennent ces fruits de choix? La presque totalité s'en va à l'étranger, en Angleterre, et surtout en Kussie où on les paye plus cher que chez nous.

M. Louis Lhérault avait envoyé des asperges très belles assurément, mais ne valant pas néanmoins celles de l'année dernière; il est vrai de dire que le concours a eu lieu de meilleure heure que l'année passée, et quelques jours suffisent pour apporter une notable différence dans les produits d'un prinieuriste. Aicôté des bottes récoltées sur couche et des griffes forcées, d'âges différents, il y avait une petite poignée d'asperges produites par la pleine terre. C'est un résultat très beau que d'arriver à cueillir, à la fin de janvier, des asperges en plein air. On serait dans l'erreur si l'on attribuait cette précocité à une exposition particulièrement chaude de l'aspergerie, ou bien encore à la douceur

de cet hiver qui certainement y sont pour bien moins que le clioix judicieux que M. Lhérault fait de ses porte-graines.

Plusieurs salles de l'exposition étaient occupées par des collections de pommes de terre, riches d'un nombre énorme de variétés. Parmi celles-ci, la collection de M. Mayeux, de Villejuif, se faisait particulièrement remarquer par la pureté des variétés, le bon étiquetage et le parfait état de conservation. Une médaille d'or lui a été décernée. La médaille d'argent pour le même produit a été remportée par iM. Dudoiiy; à lui encore ces superbes choux-raves et navets fourragers qui, bien que d'une très grande beauté, n'ont remporté qu'une récompense au-dessous de leur mérite. J'en dirai autant des graines de graminées d'une pureté exceptionnelle qui avaient été présentées par le même exposant.

Tout le monde sait quels sont les services croissants sans cesse que rendent à l'alimentation du bétail les fourrages ensilés. M. le vicomle A. de Chezelles s'est chargé de montrer au public du concours, par des exemples multipliés d'ensilages pratiqués sur des plantes diverses, à quels excellents résultats l'on peut arriver. De très belles photographies ont mis sous les yeux les vues des énormes silos couverts, dans lesquels la conservation de ces fourrages est pratiquée.

C'est un lot de betteraves ovoïdes des Barres, à M. Cordier, directeur de Fécole de Saint-Remy, qui a obtenu la plus haute récompense destinée à ce genre de produits. Ces racines bien faites étaient de grosseur moyenne. Les betteraves les plus grosses sont loin d'être les meilleures, à partir d'un certain volume moyen, l'excédent de poids étant constitué en majeure partie par de l'eau.

Enfin beaucoup de blé, orge et avoine. Le jury a primé les blés Victoria de M. Hardon et l'avoine noire de Brie de M. Couesnon, à Auhioy.

C'est encore M. Cordier qui a eu la médaille d'or pour son orge de Saint-Remy, dont la graine est d'une blancheur vraiment étonnante.

Le jury a fait un rappel de prix d'honneur en faveur de la maison Vilmorin dont les beaux produits se sont trouvés par cela même hors concours.

Les coUectinns présentées cette année, comme celles qui ont été exposées précédemment par la maison Vilmorin, ont été composées principalement en vue de permettre d'apprécier comparativement les diverses races de plantes cultivées dans des conditions identiques.

Elles comprenaient d'abord une collection de céréales : blés, avoines, seigles, orges et maïs, en gerbes ou échantillon à toute paille et en grains. Dans cette collection il n'y a guère à signaler comme nouveauté que l'avoine noire d'hiver de Belgique. Cette variété, aussi rustique et productive qu'aucune autre avoine d'hiver, a l'avantage de donner un grain noir.

Dans les racines fourragères : betteraves, carottes, navets, panais et radis, il y a lieu de signaler la carotte rouge longue de Saint- Valéry, très grosse, longue, extrêmement régulière de forme. On peut, à cause de son grand rendement, la considérer comme carotte fourragère; mais sa qualité la rend tout à fait propre à servir de légume.

Dans les pommes de terre, présentées seulement au nombre de 50 variétés environ, afm de ne montrer que des races tout à fait recom-

mandal)les, les variétés Eléphant et Géante représentaient les nouveautés. Toutes deux conviennent surtout à la grande culture.

La collection des fourrages comprenait la série des graminées, celle des légumineuses et quelques autres plantes, en échantillons secs et en graines. Parmi les graminées, le brome inerme, entré depuis deux ou trois ans dans les cultures, est la seule planferelativement nouvelle.

La collection des choux fourragers, choux-navets et rutabagas, choux-raves et choux frisés, complétait l'exposition avec les betteraves à sucre, qui composent, avec les lins et chanvres, la série des plantes industrielles. Dans les betteraves à sucre, on remarque la gradation des races, de plus en plus riches en sucre, et en même temps de moins en moins volumineuses. Elles représentent bien ce qu'on a cherché à obtenir en les fixant, c'est-à-dire aux divers degrés de l'échelle de rendement agricole, le maximum de richesse saccharine compatible avec ce rendement.

Enfin, parmi les racines fourragères, nous signalerons les radis fourragers à grand rendement qui, moins sensibles aux attaques des insectes que les navets, au moment de la levée, donnent en culture dérobée de bonnes récoltes de racines nutritives et volumineuses.

Jean Dybowski.

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