‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 146 sur 683 · LES FLEURS EN HIVER SUR FENÊTRES · texte numérisé non relu

LES FLEURS EN HIVER SUR FENÊTRES

§ L Les plantes en appartemcîit. — Existe-t-il des règles sûres pour conserver les plantes en appartement?

Je ne crois pas que l'amateur puisse se poser un problème plus

1. Voir le Journal des 23 et .30 septembrej 21 octobre et 2 décembre, pages 494 et 537 du 3' volume, et pages 102 et 339 du 4° volume de 1882.

difficile, car il se complique de circonstances, diverses dans cliaque intérieur, d'exposition, de lumière, d'aération, de soins particuliers.

Pourtant si une pratique peut réussir partout et toujours, elle consisterait à mettre les plantes à l'intérieur dans des conditions aussi peu différentes que possible de celles qu'elles avaient dans leur précédent habitat. Demander, comme Rozier, que dans les soins à donner aux plantes l'on ait égard à leur mode de végétation dans les pays d'origine, ce serait exiger de l'amateur en chambre des notions de géographie botanique, indispensables au spécialiste, mais encore trop peu répandues.

Quand il s'agit de végétaux de serre chaude, il est évident que ces plantes exotiques, étiolées par une culture tout artificielle, le deviendront encore plus en ne recevant qu'obliquement la lumière qui leur arrivait par en haut à travers le vitrage de la serre. Déjà affaiblies, elles ne pourront supporter une température un peu différente. Mais la question est moins d'obtenir un certain degré de chaleur que de la maintenir égale. En effet, ces végétaux n'éprouvent jamais dans leur pays d'origine les variations auxquelles nous les soumettons. Nul doute que les perfectionnements dans les systèmes de chauffage, qui permettent de régler exactement la température des serres, n'ait contribué à l'introduction, considérable en ces derniers temps, des végétaux de haut ornement. Mais qu'on voie, après des fêtes officielles, l'état piteux et dévasté des plantes rares qui sortent des salons, des escaliers, des vestibules, oi^i elles n'ont fait qu'apparaître, on sera vite édifié sur la difficulté de les faire vivre dans nos maisons. Est-il besoin de remarquer que l'habitude d'ouvrir le matin les pièces oii sont les plantes leur est, surtout en hiver, particulièrement funeste en les frappant subitement de l'air froid du dehors. Les végétaux de serre chaude ne supportent pas ces saccades dans la température. Quelques-uns de serre tempérée et un grand nombre de serre froide, plus résistants, les subissent mais prennent cet aspect terne et triste qui caractérise partout et comme uniformément les plantes en appartement.

On groupe les plantes à l'intérieur dans les endroits oii elles font le plus d'effet sans s'inquiéter de leurs besoins. Est-ce donc pour qu'elles restent immobiles, comme y étaient condamnées les plantes avec terre, que la mousse fertilisée qu'on peut lui substituer permet de les déplacer avec la plus grande facilité ? Rien de plus expéditif que de les disposer d'une façon décorative les jours de réception et de les reporter les autres jours en pleine lumière dans les embrasures des croisées.

Il faut le dire surtout, presque toutes les plantes en appartement meurent d'excès d'arrosements. Quand une plante commence à être malade, on croit le plus souvent qu'elle a soif, et par l'eau surabondante on introduitdans les terreaux riches en humus une fermentation putride mortelle aux plantes et nuisible aux personnes délicates et sédentaires. L'incertitude desavoir si une plante en pot a besoin d'eau est un des principaux écueils de sa conservation à l'intérieur. Cette difficulté qui exige beaucoup d'attention, beaucoup de discernement pour les plantes avec terre, n'existe pour ainsi dire pas pour les plantes sans terre. La légèreté de la mousse qui entoure les racines indique avec certitude le besoin d'eau pour compenser l'évaporation produite.

D'ailleurs, placées souvent dans des vases ajourés sur les côtés et même par le fond, elles sont constamment drainées, et, lors même qu'elles seraient mises dans des vases clos à la base, il suffirait de faire écouler l'eau en penchant le vase pour qu'elle ne restât jamais stagnante.

Les plantes deserre froide supportent le mieux les conditions défectueuses de lumière, d'aération, les inégalités de température dans nos appartements. Elles sont déjà habituées à la réclusion et admettent une température qui correspond avec celle do nos maisons, oscillant entre -f- 20 et 0. Les broméliacées, si décoratives que leurs feuilles parfois valent des fleurs, sont entre toutes précieuses par leur résistance au mal, leur insouciance des négligences qu'on leur fait subir. Elles préféreraient même l'absence de soins à des arrosements intempestifs.

Mais veut-on introduire dans nos maisons les plantes plus rustiques qui, tant qu'il ne gèle pas, peuvent rester en pleine terre et passent l'hiver sous châssis froid, ou bien les vivaces qui endurent au jardin les plus basses températures, ces plantes à l'intérieur deviennent misérables, s'étiolent, jaunissent et cessent de fleurir. Car il est aussi préjudiciable aux végétaux de plein air d'être transférés d'un milieu froid où l'air est renouvelé dans une pièce chauffée oii l'air est raréfié et chargé de poussière, qu'aux plantes exotiques déjà étiolées dans les serres de subir des variations subites et multipliées de température.

Pourtant ce sont ces plantes robustes, rendues résistantes par la vie et les aventures à l'air libre, qui peuvent fournir des ressources encore inconnues à la décoration florale pour les habitants des villes, et (jui permettent d'établir des règles assurées d'une nouvelle culture sur fenêtres.

Quand on rentre en appartement à la fin de l'automne des plantes cultivées à l'air libre ou qui sous châssis ont été très aérées, il est essentiel de les placer tout d'abord dans des pièces non chauffées. Sinon, très vigoureuses quand on les rentre, elles jauniront peu à peu parce qu'elles auront passé par une transition trop brusque du plein air à un air raréfié, insuffisamment renouvelé. Les feuilles fonctionnent mal, et de vertes qu'elles étaient elles passent à la couleur jaune plus ou moins claire suivant le degré de l'altération du parenchyme. Deux aralia papyrifera de même force, dont les racines en pleine terre avaient 0".45 de diamètre, rentrés au 15 novembre du jardin où ils étaient au coup du vent, furent rempotés en sable et mousse fertilisée, et placés l'un dans une grande pièce suffisamment éclairée mais chauffée de 12 à 14 degrés, et l'autre dans une antichambre sans feu, ouverte sur un escalier dont l'air est constamment renouvelé. Les feuilles du premier fléchirent en quatre jours, et aujourd'hui encore, '20 janvier, le second, très bien portant, poursuit sa végétation normale.

Tout ce que les plantes demandent, aux approches de la saison rigoureuse, c'est un peu d'accalmie contre les pluies, les neiges, les vents, le gel et le dégel; un peu d'abri, rien de plus. Mais loin de là; à un excès d'agitation des tiges et des racines, à leur secouement presque sans trêve par la tourmente des rafales, on remédie par un excès contraire d'immobilité, d'obscurité, de réclusion. De l'air âpre mais sain qui rougit les dernières corolles comme lesjoues de l'enfant après une course rapide, on transporte les plantes dans des pièces sur-

chauffées par des poêles ou des calorifères, où elles n'ont qu'une lumière oblique et diffuse et une ventilation défectueuse. Nous remuons nous, et incessamment par la marche allons chercher Pair pur dont la vie sédentaire prive nos poumons. La plante en chambre attend qu'on lui renouvelle l'air et que l'air la renouvelle — l'agitation de Fair c'est son mouvement — et on lui prodigue Pétiolement et la phlhisie. Trop d'arrosements, trop de chaleur, trop de réclusion, sans voir que l'air qu'elle avait à outrance au dehors et dont on la prive presque absolument à l'intérieur est pour elle une nécessité qui prime toute autre. On pourrait dire de la plante qu'elle est surtout un composé d'air, et l'on expliquerait ainsi pourquoi elle vit si bien sans terre.

En résumé, le séjour des plantes dans nos maisons est un contresens physiologique. Il y a impossibilité pour elles à y vivre bien et durablement; la destination d'un appartement étant d'être clos, c'està-dire fermé à l'air qui se renouvelle, privé de la lumière de la voûte du ciel, conditions naturelles indispensables aux plantes. On ne peut les préserver d'ailleurs de la poussière asphyxiante qui s'y dépose des murs, des meubles, des tapis, des tentures. Si des plantes exotiques, qui n'ont chez nous qu'une vie artificielle, qui ontété habituées toutes jeunes à l'air raréfié d'une serre, paraissent s'accommoder du régime cellulaire, il faut surtout tenir compte des soins chaque jour mieux entendus : choix des plantes, aération des racines, lavage des feuilles, arrosements en rapport avec l'évaporation, exposition à la plus grande lumière possible, égalisation de température. Mais ces palliatifs plus ou moins efficaces pour soutenir le semblant de vie d'exilées délicates, de frileuses anémiques, sont insuffisants pour les exigences d'indigènes robustes qui ont vécu toujours à l'air libre et demandent l'air avant tout.

La solution pour ces dernières serait, en tournant la difficulté, de les placer non plus à l'intérieur sans air, mais à l'air sur fenêtres, oii un peu abritées et soustraites à la fois à l'excès des intempéries du jardin et à l'atrophie d'une pièce close, elles trouvent l'air et la lumière dont elles ont besoin.

En mettant sans terre des plantes de jardin qui marquaient fleur à la fin de l'automne, j'observai bientôt que la floraison s'accomplissait très bien et durait extraordinairement quand elles étaient protégées des intempéries. J'ai cru jusqu'à l'automne dernier que ces plantes devaient être tenues sous bâche ou en appartement, c'est-à-dire garanties par une vitre. C'était une erreur. A l'air, sur le rebord extérieur d'une fenêtre, elles sont au hioins aussi durables, et beaucoup mieux portantes, plus fraîches et plus belles.

Ce sont ces résultats que je vais exposer. Ils me semblent avoir une portée considérable, car ils s'obtiennent sans chauffage, sans frais, avec le minimum de soins. Ils changent, simplifient, étendent la culture sur fenêtres, la seule possible à l'immense majorité des amateurs de plantes qui n'ont ni serre ni jardin.

(La suite procliainemenl). Alfred Dumesnil.

M. Berge, cultivateur aux Mossus, donne connaissance de la note suivante :

Page 1