INFLUENCE DE L'HUMIDITÉ SOUTERRAINE SUR LES VIGNES
est-elle réellement cause de la vigueur des ceps? L'expérience suivante le prouve. Un wagon rempli de sable d'Aigues-Mortes a été expédié, sur l'oidre de M. Talabot, par la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée, au cap Pinède, à Marseille, où le sablea été placé par M. Marion dans une fosse de 2 mètres de largeur sur 6 mètres de longueur, à sol argileux, au milieu de vignes phylloxérées traitées par le sulfure de carbone. Les pieds de vigne plantés dans la couche de sable, n'ont pas eu le phylloxéra, quoique non traités, mais ils ont végété sans prendre l'aspect luxuriant des vignes d'Aigues-Mortes; ils souffraient de l'absence d'humidité que le sable ne pouvait emprunter au sous-sol resté presque sec. Je conclus que les vignes dans les sables, en pays et en temps de sécheresse, ont besoin de l'eau souterraine qui leur arrive par capillarité, et je crois pouvoir dire que d'une manière générale les vignes ne donnent d'abondantes vendanges que lorsqu'il y a dans le sol une réserve d'eau suffisante. Les cépages très productifs tels que l'aramon ne donnent que 30 à ^0 hectolitres par hectare dans (les coteaux secs, tandis que j'ai vu des vendanges de 400 hectolitres dans des plaines oii ily avait un sous-sol fournissant l'humidité nécessaire. On doit étudier le sous-sol avant de planter des vignes. Dans tous les cas les cultures dans les sables ne réussissent bien que si ces sables ont une capillarité très grande et reposent sur une couche aquifère.
Au point de vue particulier de la formation des sables d'Aigues- Mortes, on doit considérer que les terrains de cette côte résultent des alluvions du Rhône modifiées par l'action de la mer et sont relativement modernes. D'une manière générale, les terrains transportés par le Rhône et déposés dans la région de son embouchure, sont argileux ; mais il a existé à l'époque du dépôt de ces alluvions, et il existe encore aujourd'hui des crues déposant des sables avec plus ou moins d'abondance, suivant la force et la direction des courants. A l'époque où la mer venait battre la chaîne de collines s'étendant de Saint-Gilles à Beaucaire, les alluvions successives du Rhône ont reculé peu à peu la plage, et, dans toutes les dépressions, le séjour des eaux de mer a dû fortement imprégner le sol de sel. Il paraît probable qu'il a dû se former alors des cuvettes remplies d'eau de mer à la suite des tempêtes du large qui poussaient les vagues sur la plage ; par le fait de l'évaporation suivie d'un nouvel apport d'eau de mer, la salure du sol a dû augmenter successivement.
D'un autre côté, la présence d'une humidité constante dans le soussol provoque la remontée du sel à la surface, par un effet de capillarité qui se manifeste avec d'autant plus d'énergie que l'évaporation à la surface du sol est plus active, sous la double action d'une chaleur intense et de vents violents.
Le salant se constate toujours à son maximum dans les cuvettes, dans les endroits bas et argileux ; il est moindre sur les mamelons dessalés par les eaux de pluie qui ont entraîné le sel dans les basfonds; Dans les sables qui retiennent le sel avec beaucoup moinsd'énergie que l'argile, on retrouve peu ou pas de salant suivant le relief du terrain.
Quant aux cordons littoraux, c'est-à-dire aux petites dunes de sable qu'on remarque sur le littoral (à Aigues-Mortes, il y en a quatre bien visibles), leur formation paraît résulter de la double action des
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dépôts sablonneux du Rhône et des dépôts marins amenés par les courants qui, du large, viennent toujours lécher les côtes. Ces sables marins mélangés aux sables du Rhône, triturés et amoncelés par le travail des vagues, ont formé les cordons de dunes d'Aigues- Mortes.
Du reste, des formations identiques se remarquent sur tout le littoral français de la Méditerranée, à toutes les embouchures des fleuves ou des cours d'eau. Sur des surfaces moindres on rencontre des terrains analogues aux embouchures de l'Aude et de l'Hérault.
D'après des observations qui m'ont été transmises par M . de Clermont- Ganneau, ancien vice-consul de France à Jafîa en Palestine (32° latitude N. et32°*23' longitudeE.), il existe dans celte localité des cultures admirables d'orangers, de citronniers et de vignes faites dans des sables situés au bord de la mer. La vigne est plantée très profondément et fournit d'abondantes récolles vendues surtout pour la consommation du raisin et expédiées à Port-Saïd. Le sable présente une couche aquifère à une petite distance de la surface. On y constate les mêmes . faits qu'à Aigues-Mortes.
Je me propose de présenter à l'Académie la suite des expériences que je poursuis depuis longtemps, particulièrement sur les vignobles soumis à la submersion; elles m'ont semblé mériter surtout l'attention par ce point particulier que la capillarité des terrains exerce sur la végétation des vignes et de toutes les -plantes une action qu'on ne saurait négliger. Ces résultats sont d'ailleurs une confirmation des doctrines que M. Chevreul professe depuis longtemps relativement à l'influence des eaux souterraines en agricullure.
En 1873, lorsque M. Bayle signala le caractère des sables d'Aigues- Mortes, au point de vue de la résistance au phylloxéra, les 6,000 hectares de terres sablonneuses se répartissaient comme il suit : 500 hectares en vignes, 500 en pins-pignons, 800 en cultures diverses, et 4,200 en terres hernies, couvertes de mauvais pâturages. En 1882, après moins de dix ans, on comptait 4,000 hectares plantés en vignes, dont 3,000 en production. La valeur de ces terres s'est élevée, de 500 à 1,000 francs par hectare en 1873, à 5,000 francs et 10,000 francs en 1882. La ville d'Aigues-Mortes et son port, qui étaient ruinés, renaissent à une nouvelle prospérité. Ce mouvement se manifeste déjà par un accroissement de population de 400 habitants environ, constaté par le recensement de 1881 sur celui de 1876, et par un nombre remarquable de constructions nouvelles. Mais, dans ce pays jusqu'ici déshérité, les chemins manquent encore; les anciens chemius de terre ont été complètement défoncés par les charrois que nécessite la plantation d'une si grande étendue de vignes, appelées, par leur énorme production, à rendre la richesse à la contrée.
En résumé, les abondantes vendanges proviennent du réservoir d'eau existant dans le sous-sol et montant vers les racines par capillarité; celle-ci est différente selon la nature des sables en ce qui concerne les cultures dans les terres sablonneuses que j'ai particulièrement étudiées dans cette note. Pour se rendre compte de la production des récoltes, il convient toujours de chercher quels échanges peuvent se produire entre la couche arable et les sols voisins ainsi que le sous-sol. Le fait de l'action de l'eau souterraine est manifeste dans le vignoble d'Aigues-Mortes. J.-A.Barral.
Il y a quelques semaines j'appelais ici même l'attention des agriculteurs sur les meilleurs moyens de suppléer aux semis d'automne, empêchés en bien des endroits par l'excès d'humidité. C'était à la fin de décembre, et j'insistais particulièrement sur la possibilité de semer des blés de février, desquels on pouvait attendre encore des rendements presque équivalents à ceux des blés d'automne.
Malheureusement l'espoir d'amélioi;ation du temps que donnait alors une série de jours secs, sans gelée, a été déçu, au moins dans la plupart des départements du centre et du nord ; les pluies sont revenues, les terres ne se sont pas égouttées suffisamment pour être emblavées dans de bonnes conditions, et, aujourd'hui , la saison s'avançant, on voit en bien des endroits qu'il faudra se rabattre sur les blés de mars proprement dits pour les ensemencements non encore faits.
Il devient intéressant, dans ces circonstances, d'examiner les mérites et les aptitudes spéciales des diverses races de blés de mars avant l'arrivée de la saison oi^i les plus précoces d'entre elles peuvent seules être semées utilement.
La distinction, en effet, n'est pas absolument tranchée entre les blés de février et les blés de mars. Ces désignations répondent à l'emploi cultural habituel des diverses variétés, emploi qui est fondé sur leur plus ou moins grande rapidité de végétation, mais qui peut être modifié par l'influence du sol ou de l'exposition. Tel blé de février réussit parfaitement fait en mars dans une terre saine et riche, tandis qu'ailleurs, tel blé de mars ne donne jamais de si beaux rendements que quand il est fait en février.
Ainsi, pour prendre des exemples, le blé rouge de Saint-Laud et le blé red chaff Dantzick ont souvent, à ma connaissance, donné des résultats satisfaisants lorsqu'ils ont été semés dans de bonnes terres saines au commencement de mars. Cependant, je considère comme prudent d'en cesser les semis vers le 20 février. Passé cette date, il me paraît sage de donner la préférence aux blés qui sont franchement blés de février et de mars, ou aux blés de printemps proprement dits.
Les blés qui conviennent bien à la fois aux semis de février et de mars (blés qui, soit dit en passant, sont aussi des blés d'automne) sont au nombre de cinq ou six, parmi lesquels il faut surtout recommander les trois suivants :
1° Blé de Noé ou blé bleu, si connu et si répandu qu'il est à peine utile d'en rappeler les caractères. Fait tardivement, il est encore plus court de paille que semé en automne et en hiver ; mais l'épi reste beau et contraste par sa longueur avec le peu de hauteur de la paille. Le grain est plus rougeâtre et moins plein dans les semis de mars que dans ceux d'automne, mais il donne encore un produit considérable et de bonne qualité.
Plus que pour les autres blés, il faut éviter, pour celui-ci, les fumures trop azotées qui le rendent plus accessible aux attaques de la rouille.
2" Le blé de Bordeaux ou rouge inver sable, plus haut de paille que le blé de Noé, rustique, vigoureux, convenant bien à toutes les terres
moyennes et ne redoutant pas un sol fort et argileux. Ce blé donne, iriênie s'il est fait assez tard en saison, un bon produit en paille et un jïrain assez gros et assez plein. 11 peut se semer utilement jusqu'au ^5 mars.
t'^" Le blé Hérisson barbu^ fin, menu, pas très productif en paille, ne payant pas de mine. Ce blé a l'avantage de donner presque toujours un produit assuré. Le grain en est petit, mais lourd et de qualité supérieure. L'épi est barbu, ce qui fera rejeter ce blé par beaucoup de cultivateurs.
Plus ces blés seront semés tard, plus on verra diminuer leur supériorité sur les blés de mars proprement dits, et à partir du 10 ou du 15 mars, c'est à ces derniers qu'il faudra donner la préférence. Le nombre en est assez grand, mais il en est deux qui l'emportent tellement sur les autres, par l'ensemble de leurs qualités, qu'ils doivent être cités et recommandés en première ligne.
C'est d'abord le blé Chiddarn blanc de marsj obtenu par M. Garnot, de Yillaroclie, un des doyens et des maîtres de 1 agriculture dans le département de Seine-et-Marne. Cette excellente variété demande à être semée dans uns terre riche et bien travaillée, mais aussi elle donne un produit considérable en grain et en paille. Celle-ci est fine, assez haute, bien blanche ainsi que l'épi. Le grain fin et très blanc, bien plein, prend dans les bonnes terres et les saisons favorables un développement qui le rapproche complètement des bons blés d'automne. C'est là le blé qu'on doit recommander pour les terres en bon état de culture que les circonstances forceront à ensemencer tardivement. Ce blé a rendu d'immenses services en 1871 : semé après la fin de la guerre, il a donné dans certaines fermes une récolte équivalente à celle des blés de saison dans une année moyenne.
A côté du blé Chiddam blanc de mars et non pas au-dessous de lui il faut indiquer le blé de Saumur de mars ou blé de mars de Brie. Celui-ci a le grain jaune d'or, arrondi, bien plein. Il rend presque autant que le Chiddam de mars dans les très bonnes terres et s'accommode mieux que lui des sols un peu secs, calcaires, ou de qualité médiocre. Il supporte aussi d'être semé plus tardivement et peut être mis en terre jusqu'au 1^' avril, tandis qu il vaut mieux ne pas semer le Chiddam de mars après le 20 mars. Son produit en paille est d'autant meilleur que le semis a été fait plus tôt.
Après ces deux excellents blés de mars, on peut citer encore, mais en second ordre :
La Richelle blanche de Naples^ beau blé blanc à gros grain, admirable quand il réussit bien, m.ais un peu délicat et redoutant les excès de sécheresse et d'humidité. 11 est excellent pour les terres fraîches des pays à climat chaud.
Le blé Talavera de Bellevue et le blé Rousselin se rapprochent beaucoup de la Richelle de Naples par leurs aptitudes. Le premier est un peu plus tardif, le second a l'épi rouge; tous deux tout à grain blanc.
Les blés Victoria de mars et de mars barbu ordmairë sont de bons blés rustiques mais pas très productifs, et puis ils sont barbus, ce qui déplaît en général aux cultivateurs.
Les blés de mars rouye barbu ou blé de mai et carré de Sicile ont leurs avantages, surtout pour les semis très tardifs.
Les blés durs de printemps, Trimenia, Xérès, Belatourka, Médéali,
sont à recommander pour le Midi, mais non pas pour les régions du Centre et du xNord auquelles s'appliquent plus particulièrement toutes les indications ci-dessus.
En résumé, il me semble que l'on devra considérer dans une dizaine de jours la saison comme passée pour les semis des blés de féviier.
Comme transition entre ceux-ci et les blés de mars proprement dits on pourra encore semer utilement les blés de Bordeaux, de Noé et Hérisson barbu, jusque dans la première quinzaine de mars.
Avant d'en arriver à l'époque oij les trois blés ci-dessus ne peuvent plus se semer, il convient de commencer les semis des bl's de mars proprement dits, et en particulier du'Saumur de mars pour les terres moyennes et du Chiddam blanc de mars pour les très bonnes terres. Ce dernier p3Ut se semer déjà avec profit dans la fin de février.
Enfin,. les divers blés de mars barbus pourraient servir aux semis tout à fait tardifs, mais alors se pose la question de savoir s'il y a bien réellement avantage à faire du blé dans les terres qui n'auraient pas été ensemencées au l*"" avril par exemple. Pour ma part, je crois que l'orge ou l'avoine y donneraient presque toujours un meilleur produit. — Afin de ne pas allonger outre mesure cet article, je remets à une autre fois l'examen et l'étude comparative des céréales de printemps autres que le blé. H. Vilmorin.
N'étant pas membre de la Commission du rendement à l'abattoir des animaux primés, je ne sais point d'une manière officielle les résultats des observations faites par les zélés et consciencieux scrutateurs faisant partie de cette Commission, mais j'ai assez d'expérience et de coup d'œil, fruits de ma longue carrière d'éleveur, pour prédire à l'avance le caractère de ces résultats. Ainsi, lorsque l'année dernière, je prédisais le rendement détestable du bœuf lauréat du prix d'honneur, le rapport officiel, publié au commencement du catalogue de l'exposition dernière, a confirmé en tous points mon appréciation de l'animal si njalheureusement choisi. Aujourd'hui, je n'hésite nullement à prédire de bien meilleurs rendements. Le bœuf de M. Signoret, sans être parfait, présentait toutes les qualités qui manquaient en totalité à son. prédécesseur de l'année dernière, y compris et surtout celle de la jeunesse. Mais je crois que le bœuf n° 40, présenté par M. Nadaud, et premier prix de la seconde catégorie, donnera des rendements exceptionnels. Ce n'est que dans les concours du club de Smilhfield à Londres, que j'ai pu admirer un engraissement aussi parfait que celui de ce bœuf, dont j'ai rarement vu l'égal et plus rarement encore le su})érieur. Si ce n'avait été la question de précocité, c'est bien à celui-là que nous aurions donné le prix d'honneur; maison présence du bœuf de M. Signoret, tout aussi parfait de formes, et ayant pour lui l'avantage d'un poids presque égal avec un âge bien moins avancé," nous avons du, avec l'assentiment de la grande majorité de nos collègues des jurys réunis, accorder la palme à la jeunesse, c'est-à-dire à la précocité. Cette décision, d'ailleurs, motivée par cette considération, n'ôteriyn au mérite remarquable du bœuf de M. Nadaud, lequel faisait autant d'honneur à l'admirable croisement dont il était un si parfait spécimen, qu'à l'habileté maintenant si solidement établie de son éminent engraisseur et exposant.
Quant aa succès de M. Si^noret, il a eu le mérile de n'être contesté par aucun appréciateur sérieux, et ce mérite est encore rehaussé, en ce qui regarde l'iiabile exposant, par le fait que celui-ci était à la fois l'éleveur et l'cngraisseur du lauréat. Un homme ayant la connaissance esthétique du bœuf peut choisir chez les éleveurs im animal de formes irréprochables et l'engraisser avec une habileté dont personne ne songe à contester le mérite. Mais l'exposant qui combine, comme M. Signoret, riiabilelé de l'éleveur avec le savoir-faire de l'cngraisseur, possède inconstablement un double mérite qui doit influencer le verdict du jury dans une certaine mesure. Je crois donc que la décision du jury est à la fois judicieuse, rationnelle et juste, et qu'on peut dire du bœuf de M. Signoret : Palmam qui meruil ferai.
Du reste, toute cette première classe de jeunes bœufs était, en tous points, la plus belle du concours. Les races françaises et surtout les charolais et les nivernais rivalisaient avec les croisés durhams en perfection et en précocité. Jamais je n'avais encore vu une manifestation si concluante et si absolue de l'heureuse influence de l'introduction en France de la race durham, soit comme élément type d'améliotion par le croisement, soit comme perfection proposée à l'émulation des éleveurs de nos races françaises et comme modèle à imiter. Sur ce point, il ne saurait se produire aujourd'hui une contradiction sérieuse. C'est une vérité qui s'impose à tous avec l'autorité la plus absolue.
La classe des bandes de bœufs était décidément inférieure à celles que nous avons vues dans plusieurs concours antérieurs. Toutefois, le prix d'honneur, à part son caractère peu homogène, avait un mérite exceptionnel qui lui a légitimement valu l'honneur qu'il a obtenu.
La classe des vaches était médiocre, nous avons vu beaucoup mieux. Et, ici, la question de Li réadmission de la classe des génisses surgit • naturellement. J'ai été naguère partisan de l'élimination de cette classe dans nos concours; mais devant les exigences de la consommation, il faut bien reconnaître qu'il n'y a pas plus d'anomalie dans l'engraissement des génisses que dans celui des veaux. La viande de génisse est d'une qualité incontestable, elle vaut celle des meilleurs bœufs comme qualité de saveur et de nutrition, et en y réfléchissant, on ne peut s'empêcher d'admettre qu'il n'y a rien d'anormal .à ce que les génisses qui, par une cause ou une autre, sont stériles, soient engraissées pour la boucherie, ce qui, du reste, est le seul moyen d'en tirer parti. Si la classe des femelles comprenait, comme autrefois, une ou deux catégories de génisses, nul doute que cette mesure n'ouvrît à la classe des femelles une porte par laquelle entreraient de jeunes animaux dont la perfection et le nombre rehausseraient, dans une notable mesure, le caractère ostentiblement inférieur de la classe des femelles. C'est une considération que je recommande à la direction de l'agriculture, à la tète de laquelle se trouve heureusement aujourd'hui l'homme si intelligent que tout le monde agricole entoure d'une estime si méritée.
La classe des races françaises témoignait, j'aime à le constater, tout le progrès dont elles sont capables. C'est peu, je l'avoue, mais au moins on aperçoit déjà les heureux effets d'une meilleure nourriture pendant la période de croissance et de développement, et de soins plus intelligents de la part des éleveurs; ces effets portent surtout sur la préco-
cité. Malheureusement, je ne puis dire que les formes se modifient au même degré. Nos races sont toujours ce qu'elles étaient autrefois, comme aspect extérieur et comme manque d'équilibre et de symétrie. Sur ce point je ne puis constater aucun progrès. Les races charolaise et nivernaise seules présentent, à cet égard, un progrès qui s'accentue chaque année. Mais ici, la cause est manifeste et je n'ai pas besoin de la préciser.
Je n'ai pas pu examiner avec un soin assez particulier les classes de l'espèce ovine; le temps m'a manqué pour le faire. Seulement, malgré le mérite incontestable du groupe auquel on a donné le prix d'honneur des bandes, je ne puis approuver cette préférence. Cette bande de mérinos était sans doute bien engraissée; mais elle manquait non seulement d'homogénéité dans son extérieur, mais un grand nombre parmi ces 15 moutons étaient très défectueux. Quelques-uns avaient le cou long, plat, maigre et plissé par d'affreux fanons. On a voulu sans doute, comme pour le prix d'honneur des bœufs de l'année dernière, favoriser et honorer une race française, tout simplement parce que c'était une race française, et non parce que c'était le lot le plus parfait. On comprend ce sentiment, mais on ne saurait l'approuver dans un concours où les conditions du mérite doivent être égales pour tous les animaux exposés quelle que soit leur race. 11 ne m'appartient pas de désigner les lots qui, selon mon humble opinion, étaient de beaucoup supérieurs à ces mérinos; je me contente de dire que cette bande n'était pas la plus belle malgré son mérite plutôt relatif qu'absolu.
Voilà, en effet, 1 5 moutons de dix-sept mois pesant en moyenne chacun 70 kilog., ce qui donne pour cinq -cent-vingt jours une augmentation à raison d'un peu plus de 134 grammes par jour. C'est maigre en comparaison des southdow^ns de M. Colas et de M. le comte de Bouille, lesquels étaient incomparablement supérieurs comme formes, comme symétrie, comme équilibre et comme engraissement. La bande de M, Colas, âgée de huit mois, pesait en moyenne 53 kilog., ce qui donne une augmentation de poids à raison d'environ 222 grammes par jour. Ceux de M. le comte de Bouille présentaient une augmentation à raison de 224 grammes par jour.
J'ai beaucoup remarqué le lot de southdowns exposé par M. Nouette- Delorme dans la catéicorie des ac-nelaees de l'automne 1880 et de l'hiver et du printemps de 1881. Ce lot, d'une perfection presque incomparable, était composé de 3 animaux pesant ensemble 294 kilog. soit en moyenne 98 kilog., ce qui constitue un taux d'accroissement à raison de près de 160 grammes par jour, ce qui est énorme pour des moutons de cet âge-là. Je dois dire que ce qui m'a le plus frappé dans ce lot, c'est la qualité et la symétrie parfaite des animaux qui le composaient, car je. ne suis pas partisan de moutons aussi âgés. A quatorze mois, engraissé pour la boucherie, un mouton doit être réalisé ou bien son entretien n'offre plus aucun bénéfice, pour ne pas dire qu'il laisse l'engraisseur en perte. Aussi je préfère beaucoup le lot du même exposant portant le n" 373, pesant à huit mois et quinze jours, cest-à-dire deux-cent-soixante jours environ, 6(j kilog., ce qui donne une augmentation à raison de 254 grammes par jour. Voilà un véritable tour de force qui mérite les plus grands éloges et les honneurs d'un concours.
J'ai déjà eu l'occasion d'admirer dans plusieurs concours précédents les heureux résultats du croisement oxtbrdshiredown-caiichois, pratiqué par M. Rasset, de Monterolier (Seine-Jnférieure). C'est de mieux en mieux réussi. Comme qualité de viande, perfection d'engraissement et précocité de développement, c'est un véritable succès dont j'aime à féliciter l'habile exposant.
Je ne dirai rien des porcs. J'ai déjà remarqué le côté fantaisiste de la déclaration des âges. Les erreurs manifestes de ces déclarations deviennent un véritable abus qu'on devrait chercher à corriger à l'avenir. En Angleterre, on trouve bien le moyen d'examiner la dentition des porcs dans les concours, pour contrôler les déclarations d'âge. Pourquoi n'en ferait-on pas autant dans nos concours français? Parmi les lots exposés, j'ai beaucoup remarqué celui de M.Noblet, exposé sous les n"' 538, 539, 540. C'était bien là ce qu'il y avait de plus parfait dans tout le concours, et je m'étonne qu'on n'ait donné à cette bande admirable qu'un 3^ prix. Il n'y avait rien de supérieur dans l'exposition porcine. ' -,
J'arrive maintenant à la partie, pour moi, la plus întére'ssante du concours, car c'était bien la plus importante,' non seulement au point de vue de son actualité, mais surtout à celui de riofiovation qu'elle constituait par sa présence à l'exposition du palais de l'Industrie, et surtout par la promesse qu'elle consacrait pour l'avenir,' Je fais allusion ici à la classe des reproducteurs, qui reparaissait pour la première fois depuis plusieurs années, pendant lesquelles on avait dû l'abandonner.
Cette exposition était, cette année, plus intéressante par ses pror messes et par son principe que par son mérite particulier. Comme ensemble, c'était plus que médiocre. A part quelques jeunes taureaux exposés par M. Signoret, et un ou deux taureaux âgés, la race durham était mal représentée. Mais c'était un commencement, la prise de possession d'une position nouvelle que plusieurs parmi nos principaux éleveurs avaient chaudement préconisée et poursuivie avec persévérance et conviction. Je ne veux donc point la critiquer, car ce serait tirer sur mes amis et sur moi-même. Seulement qu'on me permette de déclarer de nouveau que le concours des animaux gras tenu en plein hiver, dans un but s]>écial et dans des conditions particulières, n'ofîre point le lieu, ni l'époque, ni lassociation d'idées qui conviennent à une exposition d'animaux reptoducteurs suivie de vente. Je ne crois pas que, malgré les médailles offertes par le gouvernement et les primes données par la Société des agriculteurs de France, cette innovation intempestive puisse donner les résultats satisfaisants que nous en attendons tous. Il y a, dans toutes les institutions, une logique de corrélation impitoyable, qu'il est impossible de froi&ser sans qu'il en résulte un déraillement plus ou moins funeste. Une combinaison quelconque ne peut réussir que lorqu'il existe entre ses éléments une harmonie complète : ceci est une vérité pratique qui s'impose tout d'abord à l'esprit, plutôt qu'une thèse pouvant se démontrer par des arguments précis. Le fait qu'il y a incompatibilité entre une exposition à la fois d'animaux gras et d'animaux reproducteurs, échappe peut-être à toute démonstration logique, mais cela surgit tout d'abord au sens commun comme une impression instinctive, difïïcile à définir, si l'on veut, mais néanmoins irrésis-
tible. Combien ne serait-il pas naturel de tenir, comme autrefois, ces beaux concours périodiques de reproducteurs, sinon avec la même ampleur de compréhension, sinon avec un caractère international aussi étendu, mais avec admission de certaines races pour attirer les -éleveurs étrangers, et du moins permettre à l'élevage français d'étaler ses richesses, en solliciter le placement, et en disséminer près et •loin les éléments améiiorateurs. Ne serait-il pas possible, avec un peu de dévouement de la part des éleveurs et des Sociétés agricoles, de faciliter au gouvernement la réalisation de cette féconde institution ? Ne serait-il pas possible d'économiser à cet effet sur les dépenses presque inutiles des petits concours locaux qui n'otîrent que peu de termes de comparaison, presque toujours les mêmes, pour concentrer dans un grand concours général, tenu tantôt dans un grand centre, tantôt dans un autre, tous les éléments d'amélioration, dans le but d'en faire connaître et apprécier les mérites et d'en encourager l'échange et la dissémination. Voilà ce qu'il faudrait instituer pour déterminer le courant de progrès dont notre agriculture a un si pressant besoin. L'élevage, c'est-à-dire la production du lait et de la viande, est à peu près la seule branche de l'industrie agricole en France qui se trouve tant soit peu protégée contre la concurrence étrangère, par le coût et les difficultés des transports et les besoins immédiats de ta consommation locale. Il importe donc à un gouvernement, ayant à cœur, je ne dirai pas la prospérité, car aujourd'hui cela semble bien problématique, mais le maintien décent de notre industrie, la plus indispensable au bien-être de la nation, de donner enfin des encouragements dignes d'une nation comme la France et dignes d'une grande agriculture comme la nôtre; ce serait, certes, de l'argent bien placé.
A cette exposition générale, il faudrait annexer une vente auûr- enchères. Cette partie du programme pourrait être entreprise par une société particulière organisée à ce dessein, laquelle, comme à Birmingham, se chargerait de tous les détails, et tiendrait cette vente sous sa responsabilité. Nous ne demanderions au gouvernement que la faveur de tenir les enchères dans l'enceinte du concours, par un commissaire-priseur spécial, toujours le même, qui pourrait ainsi se mettre au courant des généalogies, afin d'en faire valoir le plus ou moins de mérite; car dans une vente de reproducteurs, ce n'est pas seulement l'individu que l'on offre aux acheteurs, mais c'est principalement son mérite de sang et d'origine. Il importe donc que le commissairepriseur connaisse l'histoire de la race en général et celle des familles en particulier.
Ce n'est point ici le lieu ni l'occasion d'examiner cette question sous tous ses aspects. S'il y a lieu, je me réserve de la développer avec ma plume et avec ma parole, lorsque le moment opportun sera venu. Je me contente aujourd hui de l'émettre pour que chacun puisse l'examiner et y réfléchir; mais ce que je recommande, c'est qu'on s'en occupe sérieusement, car si on laisse cette exposition dans les conditions actuelles, avec ces primes ridicules et inutiles auxquelles s'est bornée l'action de la Société des agriculteurs de France, ces médailles sans valeur accordées à la médiocrité la plus flagrante, cette annexion fatale à un concours d'animaux gras, laquelle enlève à celui des reproducteurs tout intérêt, toute spécialité, tout prestige, on n'obtiendra que les résultats négatifs du malheureux essai déjà expérimenté et par suite abandonné. F.-R. DE LA TrÉHOÎsNAIS.