XVI. — Le ministère de ragricuUiirc
La crise politique que nous venons de traverser s'est dénouée par la formation d'un nouveau ministère sous la présidence de M. Jules Ferry. L'agriculture voit avec regret la retraite de M. de Mahy ; elle eût désiré la stabilité au ministère de l'agriculture. M. de Mahy, pendant l'année entière qu'il a passée au ministère de l'agriculture, s'est montré bienveillant, conciliant et très laborieux; il avait beaucoup étudié les questions de son administration, afin de donner des solutions satisfaisantes aux intérêts agricoles en souffrance. Il est déplorable que tant de travail soit perdu. M. Méline, appelé à la succession de M. de Mahy, est un homme encore jeune, qui. occupe dans le parti républicain une place considérable à cause de son caractère. Il représente l'arrondissement de Remiremont, dans les Vosges, arrondissement essentiellement agricole. Puisse-t-il être assez heureux pour avoir le temps d'aider l'agriculture à traverser les circonstances difficiles que font craindre les phénomènes météorologiques qui ont sévi depuis quelques mois.
J.-A. Bakral.
Séance du 21 février 1883. — Présidence de M. Clievreul.
M. le ministrejde ragriculturetransmetl'ampliation du décret qui approuve l'élection de M. le docteur Paul Mares comme membre associé.
M. le président de l'Association horticole de Marseille envoie le programme de l'exposition horticole qui aura lieu dans cette ville du 1 7 au 21 mai.
M. Grandvoinnet fait. hommage du travail qu'il a récemment publié sur le travail moteur dépensé par le labour. Ce travail renferme le résultat d'un grand nombre d'expériences déterminant les différences detraction que présentent les charrues suivant le mode de construction, suivant la profondeur du labour, l'état de la terre, le poids de la charrue, la pente du sol, etc.
M. d'Esterno donne lecture des conclusions d'un rapport sur la falsification des engrais.
M. de Luçay présente le rapport qu'il a soumis à la Société des agriculteurs de France sur la question des octrois. Les conclusions de ce rapport sont reproduites dans ce numéro (page 309).
M. Bouley présente, de la part de M. Léonce Potier, plusieurs travaux sur l'emploi des instruments aratoires à l'île de la Réunion , — et de la part de M. Joannès ('hatin un volume sur la trichine et la trichinoise. Ce volume est principalement consacré à l'étude de la description et des mœurs des trichines, ainsi qu'aux mesures de précaution à prendre contre les dangers qui résultent de l'usage des viandes trichinées.
M. Barrai présente et analyse une note de M. Lawes, membre étranger sur la récolte du blé en Angleterre en 1882. Cette note est insérée dans ce numéro.
M. Gayot donne lecture d'un rapport sur le procédé de M. le colonel Basserie pour le drainage des écuries et des étables. On sait que ce système a pour but d'assainir les écuries, tout en donnant aux chevaux une aire horizontale sur laquelle ils se fatiguent beaucoup moins que sur un sol incliné.
La Société procède à l'élection d'un membre associé dans la Section d'économie des animaux. M. Ghabot-Karlen est élu.
Henry Sagnier.
Le mois de janvier nous a donné sept jours de beau ciel et vingt-quatre de temps plus ou moins couvert, ayant fourui : dix jours de pluie (3, 6, 10, 13, 15, 26, 27, 28, 30, 31); sept de brouillard (5, 9, U, 16, 17, 18, 32); trois de gelée blanche (8, 17, 19) ; sept de forte gelée (7, 20, 21, 22,23, 24, 25); un d'orage,le' 26. Dans cette période, il est tombé 0'".093 d'eau; l'averse la plus considérable, celle du 26, a donné 21,75'"'". La température la plus élevée, -]- 1 6 degrés centi grades, a été observée le 13; la plus basse, — 6°, le 24; la moyenne générale du mois a été de + 6", 41. La pression barométrique la plus forte, 755.70, s'est produite les 6, 19, 20, 22, 23; la plus faible 725.38, le 13; la pression moyenne a été de 748.39. Le vent a soufflé sept jours du nord ; deux du 'nord-est; un de l'est; un du sud-est; deux du sud-ouest; dix de louest ; six du nord-ouest.
La saison marche, mais le beau temps n'arrive pas! Il faudrait transporter les fumiers pour la céréale de printemps, commencer de semer fèves et pois, impossible d'aborder les champs, où les véhicules s'embourbent jusqu'aux moyeux. Les derniers blés mis en terre, toujours battus par les pluies, ont germé irrégulièrement ; ils sont généralemeent clairs, leur aspect filiforme n'annonce rien de bon, beaucoup devront être ressemés. La taille de la vigne est commencée ; le bois est mauvais, mal aoûté, noirci par l'antrachnose, sur beaucoup de pieds aux trois quarts sec. De loin en loin quelques cépages rustiques, comme l'enrageat noir, offrent encore, au milieu de leurs congénères appauvris, l'aspect de la plus saine, de la plus luxuriante végétation; on se demande pourquoi les viticulteurs ne les recueillent pas avec soin pour en peupler spécialement leurs vignobles ; ces cépages sont évidemment résistants, du moins aux affections cryptogamiques.
La vigne américaine occupe toujours les esprits; après longue discussion, la Commission des pépinières a renoncé à son premier projet de répartition par arrondissement; les 40,000 francs alloués seront affectés à la formation et à l'entretien d'une pépinière unique aux portes de Périgueux. Le concours de trufficulture, organisé par la Société départementale d'agriculture avec les fonds votés par le Conseil général, a donné des résultats inattendus pour un début, 16 concurrents très sérieux sont entrés en lice. C'est un trufficulteur de la commune de Sorges, M Desvergnes, qui a obtenu le premier prix consis!ant en une médaille d'or et 300 francs. E. De Lentiliiac.
Etant donné que les circonstances atmosphériques ou autres n'ont pas permis d'emblaver avant le premier avril des terres destinées dans le principe à porter du blé d'automne, est-ce bien en blé de printemps qu'il y a le plus d'avantage à les ensemencer? Telle est la question que je posais à la fin d'un précédant article, et je me hâte de dire que, pour ma part, je ne suis pas de cet avis.
De quoi s'agit-il en effet? De tirer parti des élémetits de fertilité accumulés dans le sol pour en obtenir un produit aussi rémunérateur que possible. Ceci posé, est ce bien avec les blés de mars qu'on obtiendra le meilleur rendement en argent de terres qui devaient porter du blé d'automne? C'est au moins douteux, car les blés de printemps se vendent à peu près constamment moins cher que les blés de saison et le prix de ceux-ci, même des meilleurs, n'est presque jamais le double
de celui des orges ou des avoines, tandis que les orges et avoines donnent facilement un produit en poids double de celui des blés de printemps, surtout de ceux qui sont faits vers le premier avril.
Voilà une raison pour faire les semis tardifs en orge ou en avoine plutôt qu'en blé de printemps, mais il y en a une autre. C'est que les terres dont il est question, celles qui étaient destinées à porter du blé d'automne et qui ne se trouvent vacantes après l'hiver que par un accident, sont vraisemblablement pourvues des éléments de fertilité nécessaires pour un blé d'automne, et par conséquent trop fumées pour un blé de printemps, lequel demande pour réussir un sol bien pourvu d'éléments minéraux, mais peu riche en azote, sous peine de rester vert trop longtemps, d'être attaqué par les maladies et de se laisser surprendre par les chaleurs avant d'avoir formé et rempli son grain. Or les variétés vigoureuses et hâtives d'orges et d'avoines sont plus aptes que les blés à s'accommoder d'une terre dans les conditions que j'ai indiquées et elles en tireront de grosses récoltes en grain si les circonstances atmosphériques ne sont pas absolument contraires.
L'emploi de ces céréales paraît donc se recommander pour les semis tardifs de préférence à celui des blés de printemps.
Mais quelles races choisir parmi les orges et les avoines?
Pour les orges, la réponse est facile : Y orge Chevallier est à la fois la meilleure des orges de printemps et celle qu'il est le plus facile de se procurer. Le grain en est très beau, gros et plein; la paille haute et forte, la végétation rapide. Semée aux premiers jours d'avril, mieux encore en mars, cette orée donnera dans toutes les terres saines et propres un produit en argent presque certamement supérieur a celui d'aucun blé de printemps. Le grain, quand il est bien plein et bien blanc, est extrêmement recherché pour la brasserie par les Anglais qui ont établi, en Beauce et dans le Maine, des maisons de commission pour leurs achats. Les races désignées sous les noms de MM. Richardson, Scholey, Hallett, sont toutes de bonnes sélections de l'orge Chevallier, recommandables pour la grande culture alors surtout qu'elles ont été cultivées en France un an ou deux. Des essais nombreux faits dans ces dernières années ont démontré que les cultures d'orge Chevallier donnent des résultats d'autant meilleurs que le semis a été fait plus tôt en saison.
Pour les avoines, le choix est un peu plus embarrassant. D'abord le cultivateur doit tenir compte des habitudes et des préférences des acheteurs auxquels il devra livrer sa récolte. Dans certains pays les avoines blanches sont plus recherchées et mieux payées à poids égal que les avoines noires. A Paris, c'est l'opposé. U y a tout profit évidemment à se régler sur les préférences locales.
Parmi les avoines noires, on doit citer en première ligne Yavoine de Brie et sa variété de surchoix, Yavoine de Coulommiers. Ce sont celles qui conviennent le mieux aux bonnes terres riches et aux climats tempérés. Leur grain très noir, gros et bien plein, est le plus estimé sur les marchés de Paris et des environs. On en récolte aisément 40 hectolitres à l'hectare. Le produit en paille est également considérable.
Pour les terres plus chaudes oi^i la maturation se fait plus rapidement et où l'avoine de Brie risquerait d'être échaudée, on doit préférer Yavoine hâtive d'Elampes ou Yavoine Joanelte, toutes deux précoces, à
paille fine, bien productives en grain et presque aussi noires, quoique moins grosses que l'avoine de Brie.
V avoine de Iloudan, à grain d'un gris très foncé, est une excellente variété rustique, hâtive et fertile, qu'on peut à bon droit classer parmi les avoines noires, et qu'on ne saurait trop recommander pour les terres moyennes.
Enfin, ïavoine noire de Hongrie, ou avoine à grappe, occupe le dernier rang par le poids spécifique de son grain, mais non par sa production qui est très considérable. La paille en est grosse, et forte, l'épi serré, compact et très garni. Ce n'est point une variété à dédaigner, quoique le grain n'en soit que de seconde qualité, car elle rachète ce défaut par une vigueur et une rusticité à toute épreuve. Les noms d'avoine de Tartarie, avoine prolifiquede Californie, avoine d'Ecosse, avoine Prunier sont synonymes d'avoine noire de Hongrie, et s'appliquent à la même plante.
Parmi les avoines blanches, une des plus précoces et en même temps des plus productives, est Vavoiiie blanche de Pologne, à paille forle et à grain gros, blanc, court et très renflé. Ce serait incontestablement la meilleure des avoines blanches si elle n'avait l'écorce un peu dure et ne prenait facilement le charbon. Cependant, malgré ces inconvénients, elle reste une des plus recommandables. C'est de toutes les avoines celle qui donne le grain le plus lourd.
Vavoine de Géorgie et Y avoine blanche de Sibérie, légèrement moins hâtives, conviennent bien aux terres moyennes. Elles ont le grain
blanc, eftilé.
Pour les terres riches, fraîches, oi^i la maturation peut se faire lentetement, sans que les coups de chaleur soient à craindre, Y avoine jaune de Flandre ou avoine des Salines convient parfaitement. Avec cette variété, les rendements supérieurs à 50 hectolitres par hectare sont presque ordinaires ei courants. Le produit en paille est aussi très considérable, mais cette avoine craint la sécheresse et les vents violents.
Pour plus de clarté, je résume en quelques lignes les indications données au cours de cet article.
Semer l'orge Chevallier le plus tôt possible et préférer comme semence celle qui est déjà acclimatée par un an ou deux de culture en
France.
Pour les avoines. — Semer dans les terres riches l'avoine noire de Brie et celle de Coulommiersou l'avoine jaune de Flandre.
Dans les terres moyennes, l'avoine hâtive d'Etampes, l'avoine noire de Hono-rie ou l'avoine grise de Houdan pour avoir du grain noir ou presque noir, et l'avoine blanche de Pologne, de Géorgie ou de Sibérie là où les grains blancs sont préférés.
Enfin pour les terres les plus sèches ou les plus calcaires, l'avoine Joanette, à grain noir, la plus hâtive de toutes les variétés.
A dessein, je n'ai pas parlé des seigles de printemps parce que la culture en est peu répandue et que les circonstances exceptionnelles qui font semer cette année tant de blés de mars n'existent pas pour les seif^les, dont le semis a pu se faire en général avant les grandes pluies. A ceux pourtant qui auraient à semer encore un peu de seigle, je recommanderais le seigle d'été de Saxe, bien plus haut de paille que le seigle de mars ordinaire et aussi plus productif en grain.
Henry V^ilmorin.
Nous allons continuer l'examen des machines qui ont figuré au concours général de Paris, en signalant les principales nouveautés ou modifications que nous avons remarquées.
Il y a quinze jours, M. de Larclause, directeur de la ferme-école de Montlouis (Vienne), donnait à nos lecteurs la description de la nouvelle charrue bisoc double de M. Fondeur, constructeur à Viry (Aisne). Nous voulons aussi signaler la nouvelle charrue double tbuilleuse (fig. 28) du même mécanicien. Elle est construite de la même manière que la grande charrue double dite universelle de France ; elle en diffère en ce que l'un des côtés est muni d'un appareil fouilleur.
Fig, 28. — Charrue fouilleuse double de Fondeur.
Cet appareil consiste en trois dents : l'une est placée en avant du sep, la deuxième latéralement, la troisième remplace le sep de la cliarrue. Ces dents forment ainsi un triangle qui prend toute la largeur de la bande ouverte précédemment par le soc et le versoir. Au moyen d'étriers qui attachent ces dents sur le bâti, on peut les faire descendre plus ou moins profondément. Le mécanisme de l'appareil n'échappera à personne. En allant, on ouvre la raie avec le soc et le versoir ; en revenant, on fouille le sous-sol de la même raie à une profondeur de 0". 10 à 0"". 30 suivant la nature du terrain et la force de l'attelage. On comprend qu'avec le même attelage, on peut faire des labours beaucoup plus profonds, sans mélanger la terre du sous-sol avec la partie supérieure. On augmente ainsi très avantageusement la profondeur de la couche arable.
Parmi les instruments absolument nouveaux qui ont paru au con-