‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 194 sur 683 · Voir le Journal du 27 janvier, page 151 de ce volume · texte numérisé non relu

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courS;, il faut signaler la bineuse à bras, construite par M. Viet, agriculteur à Rougeville, par Saacy, dans l'arrondissement de Meaux (Seine-et-Marne). Cet instrument, que représente lafig. 29, peut servir pour la plupart des plantes cultivées en lignes. Il consiste en un bâti léger monté sur deux petites roues et se terminant par deux mancherons que l'ouvrier soutient, tandis qu'il appuie avec le corps, pour avancer, sur une courroie en cuir qui relie les deux extrémités des manches. Le bâti porte trois petites lames ou rasettes qui doivent couper les mauvaises herbes et émietter la croûte superficielle du sol.

Latéralement à ces lames, deux ailettes métalliques servent à protéger les plantes cultivées, quand elles sont jeunes, contre l'action des lames.

On peut disposer la bineuse à bras de diverses manières, suivant le travail qu'il s'agit d'exécuter. Si l'on a af-

faireà uneplanteàtigeélevée, à l'œillette par exemple, on travaille sur le côté de la ligne; avec les plantes à tige basse, on peut travailler en passant au-dessus de la ligne, une lame agissant de chaque côté, et les ailettes protectrices empêchant la ligne d'être atteinte. La manière de procéder doit d'ailleurs varier suivant l'écartement des lignes.

Fig 29. — Bineuse à bras de M. Viet.

Avec cette bineuse, la vitesse de l'ouvrierne doitguère dépasser 3 kilomètres à l'heure; avec une vitesse de A kilomètres, la terre soulevée par les lames est projetée à distance ; les chocs que reçoit l'instrument le font dévier de la ligne, le travail est imparfait et "devient trop fatigant. La bande de travail peut varier de 0'".12 à 0'"..30; si l'on voulait prendre une largeur supérieure à 0'".30, dans certains terrains la force de l'homme serait insuffisante. Ainsi, dans des carottes en lignes espacées à O^.SO, on fait une ligne à la fois; avec une vitesse de 3 kilomètres, on obtient 9 ares à l'heure. Dans des betteraves espacées de 0.'"/i5, il faut passer deux fois pour une ligne (une fois sur la ligne, l'autre fois entre); on n'obtient alors que' 6 à 7 ares à l'heure, mais le travail est plus doux. Un enfant ne faisant que 2 kilomètres à l'heure et ne travaillant qu'avec un soc, fait encore près du double d'un ouvrier ordinaire, et il fait mieux. Carie travail de la bineuse est non seulement plus rapide, mais encore meilleur que le travail à bras, exécuté dans les conditions ordinaires.

M. Viet, l'inventeur de cette bineuse, est un cultivateur de grande énergie. Dans son concours de 1881, la Société d'agriculture de Meaux

lui décernait une médaille d'or, sur le rapport de M. S. Brandin, qui s'exprimait dans les termes suivants :

« M. Viet, ancien sous-officier du génie, fixe dans son village natal, y consacre sa laborieuse retraite aux travaux agricoles. En pénétrant dans ses clos si soignés, en voyant cette maison bâtie sans doute sur ses propres plans, les souvenirs classiques des illustres soldats laborieux revenaient à l'esprit de chacun de nous. Ce ne sont pas des laitues comme Dioclétien, ou des œillets comme Gatinat, mais des oignons et des fruits que cultive principalement M. Yiet.

« Tandis que la plupart des petits cultivateurs, pour obtenir plus de produits, s'efforcent d'accroître l'étendue de leur exploitation, M. Viet, pour atteindre le même but, a pris un moyen tout différent. Concentrer sur une petite surface ses soins, ses avances, son travail, afin d'en obtenir le maximum de production, tel est le problème qu'il s'est posé et qu'il a résolu par la pratique des cultures potagères et arbustives.

« Les chimistes, préoccupés surtout des plantes de grande culture, se sont jusqu'à ce jour peu occupés des plantes potagères. M. Viet, par des essais répétés, est arrivé à trouver les dominantes de plusieurs d'entre elles.

« Cette année, un champ d'un hactare et demi est ensemencé en oignons. Il a reçu par hectare 120 kilog. d'azote et 300 kilog. de phosphate précipité. Dans une bonne année, un hectare peut produire 500 quintaux, au prix moyen de 10 francs, soit 5,000 francs.

Fig. 30. — Distributeur d'engrais de Decker et Mot.

« Trois jours et demi ont suffi à M. Viet pour biner lui-même entre ces lignes ce champ de 1 hectare et demi. C'est qu'il se sert d'un ingénieux instrument, dont il est l'inventeur et le constructeur en même temps. Cet outil, que l'on pousse devant soi, ressemble assez à une brouette de grenier. Il se compose d'un axe porté à ses doux extrémités sur deux petites roues. Au milieu de cet axe, deux ailettes en zinc forment une espèce de gorge profonde dans laquelle doit passer chaque ligne d'oignons. Entre les ailettes et les roues, deux lames sont fixées sous un angle convenable. Lorsqu'elles travaillent, la terre qu'elles soulèvent se trouvant arrêtée par les ailettes, ne peut être rejetée sur les plantes, et le rayon sort intact de cette opération.

« 1,200 poiriers ont été plantés dans les clos et autour des murs de la propriété. Un clos d'un hectare, de sept ans de plantation, renferme 900 quenouilles des espèces Beurré magnifique. Duchesse et Louise-Bonne.

« Les arbres sont plantés en quinconce à 3"'. 35 les uns des autres. Cet écartement permet de donner, avec une charrue à un cheval des labours qui ne laissent plus à exécuter à la main que le pied des arbres.

« Un autre clos de quinze ans de plantation était en plein rapport et pouvait donner par hectare de 3 à 5,000 francs par an. Malheureusement, la moindre résistance de la Duchesse à la gelée y a laissé des vides. Une nouvelle espèce, le Doyenné Boussoch, est fort appréciée par M. Viet. Il en possède quelques pieds extraordinaires comme vigueur et comme fructification.

« De tous les arbres fruitiers, celui qui, selon M. Viet, donne le produit le plus

assuré, c'est le prunier. Dix-sept ares de reine-Glaude ont donné, l'an passé, 400 fï'ancs, à raison de 55 francs les 100 kilog. pris sur place.

« Tous ces produits sont, au fur et à mesure de leur maturité, expédiés à Paris, où une grande maison de commission les vend pour le compte de M. Viet.

« Indépendamment de ses clos, celui-ci possède encore des petits champs qui lui donnent de la prairie, des racines et des céréales, pour l'entretien de 4 vaches, 1 cheval et 2 porcs.

« Un de ces champs nous a particulièrement intéressés, car il offre à la grande culture un enseignement important. Il avait été divisé l'an dernier en plusieurs parties qui avaient respectivement porté du maïs, des carottes, des betteraves, des pommes de terre saucisses et chardons. Chaque parcelle avait reçu l'engrais approprié à la plante qu'elle devait porter. Cette année, tout le morceau est ensemencé en blé et le même engrais lui a été donné sur toute la surface. Selon la culture précédente nous avons trouvé au blé des aspects très différents. Ainsi c'est après les carottes qu'il est le moins bon; il se relève après le maïs. Après la betterave il est meilleur encore et enfin, nous l'avons trouvé supérieur après les pommes de terre. Mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est la différence très sen-

Fig. 31 . — Râteau à cheval automatique de Ransome.

sîble qui existe entre la parcelle oià ont été récoltées les pommes de terre saucisses et les pommes de terre chardon. Cette dernière variété a beaucoup moins épuisé le sol que l'autre. »

Revenons au concours du palais de l'Industrie.

Parmi les appareils encore peu connus exposés par MM. Decker et Mot, nous citerons d'abord le chariot distributeur de fumier et d'engrais que montre la fig. 30. Ce chariot, qui est d'origine américaine, consiste en une caisse allongée, à fond mobile, portée sur deux roues assez grandes. Le fond mobile est tendu sur deux rouleaux placés en avant et en arrière; ces rouleaux tournent sur leur axe sous l'action d'engrenages sur lesquels les roues du chariot agissent. Il en résulte que le fond passe sur ces rouleaux comme une toile sans fin. L'engrais à distribuer est placé dans le chariot. Lorsque l'attelage avance, le fond glisse en arrière et entraîne l'engrais sur le rouleau postérieur. Un peigne à dents, placé parallèlement à ce rouleau et au-dessus, sert à régulariser l'épandage de l'engrais. Le prix de cet appareil est de 1,000 francs.

Depuis longtemps, le râteau à cheval de Ransome est apprécié par

les agriculteurs d'Angleterre et du continent. C'est certainement un des meilleurs modèles d'instruments de ce genre. Afin d'augmenter la rapidité du travail, les constructeurs l'ont muni d'un siège, et ils ont cherché le moyen le plus simple de lui donner un mouvement automatique. A cet effet, une petite pédale est placée à gauche du siège (fîg. 31). Il suffit au conducteur d'appuyer avec le pied sur cette pédale pour que les dents se soulèvent et qu'elles déposent leur charge ; elles reprennent leur position dès que la pression sur la pédale a cessé. On peut ainsi maintenir les dents en l'air, soit pour tourner, soit pour une autre raison. On peut faire exécuter la même manœuvre par un homme marchant derrière le râteau, au moyen d'un levier à poignée. Les dents, solides et légères, sont en acier; elles sont complètement indépendantes les unes des autres. Nous ajouterons que, pour le transport du râteau sur les roules, il suffit au conducteur sur le siège, pour tenir les dents relevées, de pousser une cheville avec le pied droit pendant qu'il pèse avec le pied gauche sur la pédale. Le râteau automatique à 24 dents coûte 370 francs; avec 28 dents il coûte 390 francs.

[La suite prochainement). Henry Sagnier.

Pour répondre à plusieurs lettres me demandant un supplément de renseignements sur le blé de printemps, appelé ici blé précoce, je dois ajouter que je le sème jusqu'au 15 mars avec pleine réussite; on peut même réussir jusqu'au T"" avril, mais c'est moins certain, si la sécheresse vient à se produire.

Ce blé, comme tous les blés de printemps, tallant peu, demande une semence garnie; il faut de 300 à 350 litres à l'hectare. Il est très rustique, c'est le blé des terres médiocres ou maigres et sa végétation herbacée ressemble à celle du seigle. Le grain étant très lourd est recherché par la meunerie. Je puis offrir 100 quintaux de blé propre, pur et passé au trieur et bien récolté. A. Quillet,

à Villerest, par Écouis (Eure).

Il y a eu, cette année, au concours général agricole du palais de l'Industrie, non pas tout à fait une innovation, car des tentatives analogues avaient été déjà faites au moins à deux reprises, à notre connaissance, mais un élément ajouté à ceux des années précédentes. En outre des animaux gras, on y a admis les reproducteurs mâles, taureaux, béliers et verrats. Antérieurement, il ne s'agissait que d'une exposition de ces animaux, exposition un peu sacrifiée, à vrai dire. Cette fois, c'était un véritable concours, où des médailles étaient offertes aux concurrents. A ces médailles, une société privée avaitjoint des prix. Qu'en est-il advenu? C'est ce que nous voulons examiner d'abord, en constant les faits, au lieu de nous en tenir à des appréciations d'ensemble, plus ou moins impartiales.

L'exposition des taureaux comptait en tout 68 individus, depuis l'âge de moins d'une année. C'est évidemment bien peu, étant donnée l'importance de la population bovine française. Le dernier concours de Nevers, qui n'admet que les taureaux nés dans le département de la

Nièvre, en avait à lui seul beaucoup plus. De la valeur de ces individus, nous n'avons pas à nous occuper. C'était affaire au jury de les apprécier, et il ne nous conviendrait nullement de contrôler ses décisions. Le but avoué par les promoteurs de l'institution était d'ailleurs de trouver des acheteurs. Les visiteurs, heureusement nombreux, ont pu juger s'il était atteint. Il nous paraît utile de rechercher seulement si l'exhibition dont il s'agit pourrait donner à ses visiteurs, et surtout aux étrangers qui en liront les comptes rendus, une idée même approximative de nos richesses bovines nationales.

Sur les 68 individus exposés, 36, plus de la moitié, sont inscrits au Herd Book français, comme étant des « animaux de pur sang de la race bovine courte-corne améliorée dite race de durham. » En termes plus simples et plus scientifiques, ils appartiennent à la variété anglaise de la race des Pays-Bas. Les 32 autres se partagent entre ce que le catalogue appelle les races charolaise et nivernaise, normande, limousine, de Salers, garonnaise, bretonne, et les races françaises ou étrangères diverses autres que celles désignées ci-dessus.

Il y avait 1 1 charolais et nivernais, 4 normands, 6 limousins, 2 auvergnats, 1 garonnais, 2 bretons, 3 suisses de la race brune des Alpes, 1 hollandais et 2 jersiais-alderney.

D'après cela, on voit clairement d'abord que plusieurs de nos principales variétés bovines n'étaient pas du tout représentées, et ensuite que les autres l'étaient d'une façon absolument impropre à les faire apprécier avec quelque justesse. Quelle ne serait pas la grandeur de l'erreur, si l'on considérait un tel concours comme donnant, en petit, l'image de notre population bovine? Même en ne visant que la variété qui en formait la plus forte proportion, on n'arriverait point à une appréciation juste, pour ce qui la concerne.

En effet, les 36 sujets appartenant à cette variété étaient exposés par 13 éleveurs en tout, dont 2 pour le Cher, 2 pour la Nièvre, 2 pour la Mayenne, et 1 seulement pour chacun des départements de la Sarthe, de la Loire, de la Charente-Inférieure, de Maine-et-Loire, d'IUe-et-Vilaine, de Loir-et-Cher et du Loiret.

Nous avons fait connaître dernièrement le nombre total des agriculteurs qui, en France, s'occupent de la production des animaux de durham. Personne, parmi ceux qui sont au courant de l'état des choses, n'admettra que cette production, quelque restreinte qu'elle soit en réalité, par rapport à celle de nos races indigènes, puisse être exactement représentée par 13 éleveurs seulement, fussent-ils choisis parmi les plus habiles.

Il est donc, croyons-nous, aussi juste que dans l'intérêt du pays de. conclure, d'après les nombres constatés, à l'insuffisance complète du concours général de reproducteurs mâles des espèces bovines, qui vient d'avoir lieu. Nous nous garderons toutefois bien, pour notre compte, de demander sa suppression. Tout ce qui fournit le moyen de faciliter les études en rassemblant des faits est utile. Pourvu que toutes les races et toutes les variétés y soient admises sur le pied de l'égalité de traitement, nous n'avons pas d'objection à opposer à son maintien. Nous nous réservons seulement la faculté d'apprécier ses résultats en toute liberté, et de contribuer, dans la mesure de nos connaissances spéciales, à éviter qu'ils puissent être mal interprétés par ceux qui s'en tiendraient aux seules apparences.

Les réflexions précédentes s'appliquent encore bien mieux aux ovidés. En ce qui les concerne, général aussi en droit, le concours Ta été très peu en fait.

60 béliers ont été exposés, dont 31 mérinos, tous ou presque tous delà variété précoce. Ces 31 béliers mérinos appartenaient à 9 éleveurs, dont 2 de l'Aisne, 2 de Seine-et-Marne, et 1 de chacun des départements de l'Eure, du Loiret, de la Marne, de l'Orne et de l'Yonne. Rien de la Côte-d^Or. La plupart de nos éleveurs de mérinos les plus distingués manquaient à l'appel. La concurrence n'était en vérité pas sérieuse. Gela, bien entendu, n'enlève rien, dans notre pensée, au mérite absolu des lauréats.

Les 29 autres béliers appartenaient pour 20 aux dishleys ou prétendus tels, car plusieurs sont de véritables New-Kent. Les 9 restant étaient 6 southdowns et 3 oxfordshiredowns.

Si l'on en concluait que dans notre beau pays de France les troupeaux de moutons anglais à laine longue sont à ceux de mérinos dans la proportion de 20 à 31, on se tromperait fort. Il y avait 5 exposants de dishleys et 2 de downs.

Des verrats, il y en avait 2 seulement de français sur un nombre total de 23 ; tous les autres étaient anglais. Aucun éleveur de la Mayenne, ni de la Sarthe, ni de Maine-et-Loire, ni de la Normandie, n'avait exposé. On ne manquera pas d'en conclure quelque part qu'ils n'ont pas osé se mesurer avec les yorkshires, qui ont maintenant décidément les préférences des anglomanes, mais pas du tout celles des charcutiers ni de leurs clients.

Passons aux animaux gras, qui forment de beaucoup la partie principale du concours, et sur l'appréciation générale de laquelle on n'a aussi que trop de tendance à s'égarer.

Les uns, ne voyant que le côté pratique immédiat des choses, s*élèvent avec plus ou moins de véhémence contre l'engraissement exagéré de ces animaux et contre les frais énormes qu'il faut faire pour les obtenir, comme s'ils étaient présentés au palais de l'Industrie dans des vues industrielles ! Les autres, toujours empressés de faire tourner tout à l'appui de leurs opinions, s'imaginent, ou peut-être bien veulent faire croire seulement que la statistique du concours peut témoigner à l'égard de la répartition des races animales dans notre pays. De ce que, par exemple, les durhams et leurs métis occupent une grande place au concours, ils en conclueraient volontiers qu'il en doit nécessairement être de même dans les étables de nos cultivateurs et conséquemment sur les marchés d'approvisionnement de la viande.

Cela n'est pas sérieux. Le concours général d'animaux gras est une chose qui a son utilité particulière, sur laquelle nous ne nous étendrons pas ici ; les opérations d'engraissement pour le commerce et pour la consommation en sont une autre, et celle-ci n'a qu'un rapport indirect avec la première. Les points de vue sont différents. On les confond trop facilement. Quelle idée fausse ne se ferait-on pas, par exemple, de la part que prennent à l'approvisionnement de Paris les animaux de la race vendéenne, si l'on en jugeait par la place qu'occupe d'ordinaire cette race au concours. Cette année, elle n'y comptait pas plus de sept représentants. Le durham et ses métis en avaient certainement au delà de dix fois autant. Ceux qui suivent le marché de

la Villette savent si cela correspond à la réalité pratique. Et de même pour plusieurs autres, pour la variété normande notamment.

La question si souvent débattue de la sincérité des déclarations, au sujet de l'âge des animaux principalement, s'est posée cette fois d'une manière plus instante. Des mesures graves ont dû être prises, paraît-il. On ne peut que féliciter le commissaire général de la fermeté dont il a fait preuve. Mais en ce qui concerne l'âge, dans l'état où se trouve l'opinion du personnel des concours, membres du jury et exposants, il y a là une grosse difficulté. On peut dire que le moyen de contrôle reconnu certain et accepté comme tel par les intéressés, de part et d'autre, manque complètement.

Je n'entends pas dire, à coup sûr, qu'il n'existe point en lui-même. L'état actuel de la science nous permet, au contaire, de déterminer d'une manière précise, chez les Bovidés, le temps écoulé depuis leur naissance. Pour quiconque est susceptible de se laisser convaincre par une démonstration scientifique, cela ne peut pas faire l'ombre d'un doute. Mais ce serait se faire une bien grande illusion de croire au crédit de la science auprès de la plupart de nos agriculteurs, si entichés, en général, de leurs connaissances de praticiens. Si l'on dit, par aventure, devant eux qu'un animal ne peut pas être exactement qualifié de jeune s'il ne lui reste plus aucune dent de lait, mais que toutefois un autre pourvu de la totalité de ses dents permanentes, et par conséquent ayant passé la période de jeunesse, peut cependant être né après lui et ainsi être moins âgé, il y a toutes les chances pos' sibles pour que la proposition soit contestée, au moins à l'égard de la qualification. Si l'on insiste, l'argument de la pratique opposée à la science viendra infailliblement.

Je ne veux pas discuter l'utilité de la catégorie des jeunes bœufs, comprise ou non dans le sens véritable, comme elle l'a été cette année. La polémique n'est ni dans mon rôle ni dans mes intentions. 11 convient de s'en tenir aux questions de faits comme celle de la lecture du chronomètre dentaire. Que n'a-t-on pas dit, l'an passé, à propos de l'âge du bœuf basquais dont la présence dans le parc du prix d'honneur a soulevé tant de protestations? N'est-on pas allé jusqu'à opposer aux déterminations scientifiques, fondées sur l'examen de sa dentition, je ne sais quelle appréciation de bouchers se guidant d'après l'aspect de la viande?

La dentition de ce bœuf, qui a été conservée, a été reconnue par les hommes les plus compétents absolument semblable à celle de la vache de Durham qui, deux ans auparavant, avait valu, elle aussi, à son propriétaire le prix d'honneur; et les déclarations des deux exposants, qui certes ne s'étaient point concertés, concordaient parfaitement. Les deux sujets avaient été l'un et l'autre déclarés comme ayant cinquante-quatre mois ou quatre ans et demi. On n'aura garde toutefois d'accepter pour valable la démonstration. Oh! s'il s'agissait d'un animal d'origine anglaise, à la bonne heure!

Puisque nous avons été amené à parler de ce bœuf, nous allons examiner, à l'aide des documents recueillis par la Commission de rendement et publiés comme d'habitude en tête du catalogue de cette année, sa valeur réelle, comparativement avec celle du prix d'honneur de l'année précédente.

Il pesait à l'abattoir 855 kilog.; il a rendu 564 kilog. de viande

nette, soit G5.965 pour 100. Sur ces 564 kilog. de viande nette, il y en avait 118 de 3" catégorie, soit 1 :4.77; 230 de 1" catégorie, ou 1 :2.45, et 171 de 2« catégorie, ou 1 :3.3

Le bœuf nivernais auquel nous le comparons avait rendu 68.77 pour 100; mais chez lui, la proportion de viande de 3' catégorie était 1 :3.21 , celle de viande de 1" catégorie, de 1 : 2.70, et celle de viande de 2^ catégorie, de 1 : 3.16.

Sous le rapport delà viande nette totale, le basquais était donc inférieur au nivernais dans la proportion de 2.80 pour 1 00 ; mais il lui était supérieur par de plus fortes proportions en viande de 1 ■■" et de 2^ catégorie. On peut voir en effet que dans les deux cas, les relations sont moins écartées. Ce qui est évident surtout, c'est la proportion beaucoup plus faible (1 :4.77 contre 1 : 3.21) de viande de 3' catégorie, ce qui est le meilleur critérium pratique de la valeur d'un bœuf de boucherie.

Comparons-les maintenant pour la qualité intrinsèque de la viande, telle qu'elle est indiquée par la méthode analytique inaugurée il y a trois ans par la Commission de rendement et acceptée, soit dit en passant, à l'étranger depuis l'an passé.

Le morceau de pointe de culotte analysé a laissé, pour le basquais, un déchet de 2''. 662 pour un poids total de 4\715, soit 1 : 1 .77. Dans ce déchet, il y avait 1''.959 de graise et 0''.308 de chair. Pour le nivernais, le déchet n'avait été que de 1''.285 pour 5''.290 ou 1 : 4.11 , avec 0^.950 de graisse. L'infériorité du basquais est ici notoire. Sa viande contenait, en moyenne des deux analyses faites avec le morceau de collier et celui de pointe de culotte, 42.66 pour 1 00 de matière sèche, dont 20.48 de matière azotée et 22.18 de graisse. Il était évidemment, d'après cela, engraissé à l'excès, comme le sont toujours tous les prix d'honneur. Le nivernais n'avait fourni que 30.950 de matière sèche, dont 22.058 de matière azotée et 8.900 de graisse. Sa viande avait donc une richesse inférieure de 11.71 pour 100.

En définitive, tout compensé, il est facile de voir que le bœuf en question n'avait contre lui, pour expliquer les appréciations si défavorables dont il a été l'objet, que de ne point appartenir à la sorte des animaux qui fournissent habituellement les lauréats. Ce n'est évidemment pas assez pour les justifier aux yeux des juges impartiaux.

Un événement du même genre s'est de nouveau produit cette année, et peut-être pourrait-on dire qu'il a fait quelque peu scandale. On a vu pour la première fois, dans le parc des prix d'honneur, une bande de mérinos précoces âgés de dix-sept mois. Il y a lieu d'espérer que l'avenir fournira le moyen infaillible de s'y habituer. Et pourtant, avons-nous entendu dire, les mérinos ne sont point des animaux de boucherie! C'est affaire de définition. Toujours est-il que quand on va au marché de la Villette, il arrive le plus souvent d'y rencontrer, sur un total de 1 5 à 20,000 moutons en vente, environ 8 à 1 0,000 mérinos de provenance française ou étrangère. Et si l'on songe à la composition des populations ovines de l'Europe, on se l'explique parfaitement.

Mais pour certaines personnes, mouton de boucherie, cela veut dire mouton anglais. Détense aux autres de prétendre au perfectionnement. Il est heureux que notre vieux bon sens français ne soit pas encore près de périr. A. Sanson,

Professeur de zoologie et zootechnie à TEcole nationale de Crignoa et à l'Institut national agronomique.

Monsieur le directeur, dans le numéro du 30 décembre dernier, le Journal de l" agriculture a publié une lettre de M. Laliman, à l'occasion du rapport de John Wheller, sur le phylloxéra en Californie. Ce document a paru dans vos colonnes le 21 octobre.

Aux observations et critiques du viticulteur girondin, que j'avais communiquées à M. Charles Wetmore, chef de l'exécutif à la Commission viticole de Californie, j'ai l'honneur de vous adresser, avec prière de l'insérer dans votre impartial Journal^ la réponse que je viens de recevoir de cette éminente autorité.

Désirant être fixé sur d'autres questions d'intérêt général pour la viticulture, précédemment soulevées par M. Laliman, et qui étaient restées pendantes, telle que celle de l'emploi de 500,000 cubes Rohart, qu'il assurait avoir été achetés par le gouvernement américain, dans le but de combattre le fléau ; ainsi que celle de la valeurqu'on devait accorder à l'opinion émise par M. E. Schutze de la Géorgie, sur le peu de durée des vignes américaines, et celle encore de la situation actuelle des vignobles dans l'est de 1' « Union »; afin d'obtenir la lumière sur ces points importants, j'ai, en même temps que M. Wetmore, consulté M. Geo. W. Campbell, de l'Ohio, bien connu du monde viticole, et délégué des Etats-Unis à l'Exposition internationale en 1878. Je joins ses informations à celles du représentant, non moins distingué, de l'extrême ouest, avec l'espoir qu'elles seront appréciées en France, et qu'elles apporteront de nouveaux éléments considérables, sinon concluants, à l'enquête que M. Laliman avait sollicitée.

Agréez, etc., G. Morlot.

Lettre de M. Wetmore.

San-Francisco, 15 janvier 1883.

M. Morlot. — « La Californica, dans notre climat, n'est pas affectée par le mildew, excepté près des côtes de la mer où les brouillards se répandent. Mais quelle objection pourrait-on lui opposer dans le cas où cette vigne serait utilisée pour la greffe?

« J'ai toujours considéré M. Laliman comme une personne privilégiée dont les remarques ne méritaient pas de réponse. Est-ce que ses assertions ont réellement captivé l'attention en France?

« J'ai lu ce qu'il a publié jusqu'à ce jour et, pour ce qui a trait à l'Amérique particulièrement, et à la Californie, on rencontre rarement un seul mot exprimant la vérité.

« Les vignes de Californie (cultivées) sont des « Vitis vinifera » obtenues en Europe ; nous commençons seulement à faire l'expérience des vignes américaines. Nos vignobles ne sont pas dévastés parle phylloxéra. Une petite vallée (Sonoma), où le sol est très pauvre et peu profond, a perdu environ 1000 acres de vignes (400 hectares), alors que dans la même vallée il y a des vignes de variétés françaises et allemandes, qui ont été attaquées depuis au moins vingt ans. et qui ne sont pas encore détruites.

a Nous avons fait des recherches dans d'autres endroits et avons trouvé des traces de la maladie ; elle gagne sans doute du terrain, mais très lentement, comparée à ses progrès en France. Pourquoi? Nous croyons seulement que la cause en doit être attribuée à la fo rme ailée de l'insecte qui ne paraît pas se propager ici en grand nombre, et aussi parce que nos vignes sont plantées dans un sol vierge. Nous commençons maintenant à planter des stocks résistants dans les places en danger d'être attaquées ; mais sur environ 75,000 acres plantés pendant les trois dernières années, la saison présente comprise, plus de 800 acres n'ont pas été plantés en cépages résistants. Il est vrai que nous insistons pour recommander de planter des vignes à ceux qui sont en danger et que nous conseillons à tous de

faire des essais avec les différentes filasses et variétés, afin d'être préparés à choisir les meilleures ([uand cela sera nécessaire. Nous suivons généralement les procédés de l'Ecole d'agriculture de Montpellier, et le manuel du professeur Foex a été traduit et placé dans les mains de tous les viticulteurs. En même temps nous expérimentons la « Californica », ainsi que 1' « Arizonica », lesquelles certainement surpasssent en vigueur, pour le développement des racines, toutes les autres variétés que nous avons essayées, et elles sont, chez elles « at home » dans notre climat. Je crois qu'elles réussiront sur les côtes de la Méditerranée, et partout OLi les étés sont secs.

« Notre Etat n'a jamais acheté de cubes Rohart ou autres insecticides, excepté ce que notre Commission de viticulture a fait récemment, sous mon contrôle exécutif, en essayant de démontrer les procédés français pour l'emploi du sulfure du carbone et du sulfocarbonate. Notre champ d'opération a été limité à une vigne de trois hectares, et nous avons partiellement réussi.

« L'histoire relative aux 500,000 cubes Rohart, en 1878, a été une affaire d'annonce de marchand, ayant pour objet de faire croire, en France, que les cubes Rohart étaient plus appréciés qu'ils ne le sont. La vérité est que j'ai acheté de M. Rohart, en 1878, 10,000 de ces cubes que j'ai envoyés en Californie (j'étais alors à Paris), à quelques-uns de mes amis, pour en faire l'essai. C'est tout ce que cette transaction a comporté.

<v Je crois qu'en tout réunissant, 20,000 de ces cubes ont pu être vus en Californie. Nous avons ici une fabrique de sulfure de carbone, mais ses produits sont à peu près entièrement employés à la destruction des écureuils et d'autres petits animaux; (ces écureuils, qui mfestent différentes parties du pays font des trous dans le sol).

« Nous ne pouvons rien vous dire de certain d'après notre expérience du 67mton ou d'autres variétés américaines. Des essais tentés en terrains peu profonds et secs, prouvent jusqu'à présent que les ainsi nommés Riparia : Clinton, Taylor, Elvira, hybrides avec Labrusca, ont échoué. En bon terrain, nous avons quelques exemples de résistance de l'Isabelle, mais l'essai est encore trop récent. Notre stock favori est maintenant, comme en France (grâce aux recommandations françaises), les Riparia sauvages. On en plante plus que toutes autres variétés. Le Lenoir commence à être recherché comme stock, il produit un vin de couleur utilisé pour les coupages. Signé : Ch. Wetmore ».

Lettre de M. Campbell, du 27 décembre 1882.

« M. Morlot. — Je n'ai pas le temps de répondre maintenant à M. Laliman, mais je veux dire, enrépliqueaux assertions formulées par M. E. Schutze, qu'elles sont dénuées de fondement k non sensé ». Le phylloxéra ne s'étend nulle part en nombre ni en désastre sur les vignes américaines, autant que je sache. Certainement il diminue ici. La présence de la peste est moins évidente qu'il y a dix ou vingt ans. Il est très rare maintenant de l'apercevoir sur les feuilles ou sur les racines des vignes cultivées dans cette région. Je suis allé l'automne dernier parmi les plus grands vignobles du Nord et sur les îles, ce sont les plus anciennes de l'état. Elles produisent encore et offrent de larges bénéfices à leurs propriétaires, après vingt ou vingt-cinq années de plantation. J'ai visité aussi les vignes de la partie sud de l'Etat plantées il y a vingt ans, et je les ai trouvé encore lourdement chargées de fruits et pleines de santé dans les variétés Ives et Concord (Labrusca) et Elvira (Riparia), etc.

« M. Lahman semble être un homme étrange. Il cite M. Rerckmans pour prouver que le phylloxéra n'est pas en Géorgie, et aussi M. Schutze pour prouver que le phylloxéra détruit les vignes en Gréorgie. Je ne crois pas avoir jamais écrit à M. Laliman. Je n'ai certainement jamais dit que je pensais que l'insecte des galles était américain et que celui des racines était européen. Mais j'ai dit et je pense encore qu'il est douteux qu'ils soient identiquement le même insecte. Je crois qu'ils forment probablement deux espèces : l'insecte des galles infestant les leuilles seulement, et celui des racines seulement les racines.

Lettre du même du V^ janvier 1883.

« Quant aux assertions de M. Laliman, je vous informerai qu'il n'y a de vérité quelconque dans l'assurance que le phylloxéra détruit nos vignes indigènes. Je puis répondre pour cette partie du pays que les ravages de l'insecte sont beaucoup moindres qu'il y a dix ans. Le mal diminue et nous le regardons maintenant ici sans crainte ni appréhension et s'il n'a aucun effet, il est si peu important que personne ne le remarque.

« Les « Vinifera » souffrent autant ici qu'en France, ainsi que les expériences faites en Californie et ailleurs le démontrent.

a J'ai écrit à Washington pour savoir la vérité sur les cubes Rohart.

Lettre du même M. Campbell du 19 janvier 1883.

« J'ai fait des recherches au sujet des achats par notre gouvernement de cubes Rohart, ceci est entièrement controuvé. Jamais le gouvernement américain n'a acheté et n'a eu besoin d'aucun de ces cubes.

« Quant à l'action du phylloxéra sur les vignes américaines, je crois qu'elle s'amoindrit chaque année, et nous le considérons simplement comme étant sans conséquence. Nous ne prenons et n'avons besoin de prendre aucune précaution contre lui. Signé : (jeo. W. Campbell. »

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