‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 199 sur 683 · LE PISCICULTEUR PRINCE DE BISMARK · texte numérisé non relu

LE PISCICULTEUR PRINCE DE BISMARK

Le fait suivant reproduit dans la chronique scientifique de V Industrie ZeitHng,ïu.n des journaux de pisciculture de la Prusse, confirmera dans toute son actualité la profonde vérité de cette parole que : prévoir, c'est savoir.

Lorsque dans le n" 160 du t. II de 1872, nous faisions part de nos tristesses aux lecteurs du Journal en leur apprenant le sort que nos malheurs venaient de faire subir à notre établissement de pisciculture de Huningue, nous étions loin de nous douter que, à si bref délai, la justice nous ferait un devoir de constater de pareils résultats.

Nos voyages en Allemagne nous avaient bien mis à même de suivre, jusque dans l'enseignement de la pisciculture, les progrès qui s'y faisaient sous cette entliousiaste pression partant d'en haut, et les splendeurs de l'exposition de Berlin dans cette partie de la pisciculture appliquée, ne nous surprirent qu'à demi ; mais le but atteint, avouons franchement qu'il a dépassé nos prévisions, et que, quelle que soit l'amertume de nos souvenirs personnels, ils ne sauraient être trop mis en lumière.

On sait qu'après le traité de Francfort, M. de Bismark, dans l'organisation administrative de la nouvelle Reichsland, prit tout spécialement dans sa chancellerie notre ancien établissement de pisciculture qui devint, dès ce moment : Die Kaiserliche Fischzacht Deulchlands.

Un personnel scientifique et pratique lui fut donné, et l'on reprit l'idée où, malheureusement, Coste, en 1862, l'avait abandonnée, c'est-à-dire à coté de la vulgarisation par l'œuf, sur la plus grande échelle, celle de l'introduction des espèces exotiques.

Dans le n''532 et suivants du Journal en 1879, nous avons mis les amis des poissons au courant des magnifiques résultats qu'on y obtenait avec le Quinnat et le Fontinalis, résultats qui ont eu depuis un si grand et légitime retentissement dans toute notre Europe.

Le tout puissant homme d'Etat ne dédaigna pas d'y mêler même ses consuls, et ce fut par un envoi d'œufs de celui de San-Francisco, que s'y firent les premiers essais dont nous venons de parler.

Cette sympathie si subite de nos voisins pour la pisciculture, n'avait d'abord eu à nos yeux que l'honneur d'une succession facile à recueillir. Nous ne reviendrons pas sur des poins tant de fois, ici même, traités par nous : cause plaidée, jugée, laissons-la au passé, et regardons le présent, ce vrai semeur de l'avenir 1

Or quel est ce présent ?

Il est tel que, dans tel district des bords du Rhin, dont nous avons parlé, l'application de la-pisciculture, jointe à son enseignement, y a plus que vingtuplé le produit des eaux.

Pour du général passer au spécial, voici le fait auquel nous avons plus haut fait allusion, et dans lequel M. de Bismark nous prouve qu'il n'a pas cru déroger, en plaçant le profit à côté de l'honneur.

On traitait devant lui de l'application des forces électriques à la navigation des ileuves et les systèmes de MM. Reckenzaum, Sellon, W. Siemens étaient critiqués ou approuvés tour à tour. Dans toutes les marines, il se fait en ce momient de grandes études pour la direction des torpilles par les savants dont nous venons de citer les noms, incident qui nous expliquerait peut-être le double intérêt que portait à cette direction le chancellier allemand.

Par un de ces mots à l'emporte-pièce qui lui sont si familiers dans ce langage à tair bonhomme et sans façon, le chancelier mettait tout le monde d'accord en disant comment il comprenait cette question du régime et de l'utilisation des eaux dont partout on parlait tant.

Avant 1870, les eaux de ses domaines ne lui rapportaient que quel qnes cents mark; aujourd'hui elles lui en rapportent, grâce à la pisciculture, plus de 50,000; soit environ 60,000 francs ! Comme Voltaire avait deviné et nous avait bien peint ce monde d'outre-Rliin, à commencer par son illustre ami, le philosophe couronné!

Ciiabot-Kaulen.

l'agriculture en ALSACE EN 1882. 313

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