‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 200 sur 683 · L'AGRICULTURE EN ALSACE EN · texte numérisé non relu

L'AGRICULTURE EN ALSACE EN

Si de l'état de développement de l'œuvre de propagande que nous avons entreprise il y a huit ans et que depuis ce moment nous ne cessons de soutenir et d'encourager, l'on voulait juger par le nombre des concurrents que vous voyez aujourd'hui réunis dans cette enceinte, on aurait une idée peu favorable des résultats que nous avons déjà obtenus ainsi que de ceux que nous réserve l'avenir. En etîet, si vous comparez l'aflluence des cultivateurs qui dans les années 1877, 1878 et 1879 sont venus en rangs serrés assister à nos assemblées générales pour recevoir les primes que leur ont values leurs belles cultures d'orge Chevallier et écouter les instructions sur les meilleurs procédés culturaux, avec le nombre extrêmement limité de lots que nous avons pu admettre au concours, vous croiriez plutôt à un recul qu'à une marche en avant. Mais, rassurez-vous, messieurs, l'arrêt n'est qu'apparent et la modestie bien réelle de notre concours d'aujourd'hui tient à des causes exceptionnelles.

Vous, messieurs de la campagne, qui pratiquez la culture, qui suivez et dirigez constamment les travaux des champs, mieux que personne vous savez quelle influence l'été froid et pluvieux a exercée sur tous les produits de la terre, mais en particulier sur les céréales, les pommes de terre et le raisin. Cette influence a été tellement pernicieuse pour 1 orge, que la Commission a dû se demander si, en conscience, elle pourrait ouvrir le concours; et ce n'est qu'après s'être fait présenter des échantillons et s'être convaincue par cette expertise préalable qu il a été récolté néanmoins des orges de qualité, qu'elle s'est décidée à inviter les propriétaires d'un certain nombre de lots à soumettre leur récolte à un examen approfondi. Des expérimentateurs de la première heure, des cultivateurs qui figuraient régulièrement aux premiers rangs de nos listes de prix, des praticiens qui connaissent et appliquent parfaitement les procédés de culture que réclame l'orge Chevallier n'ont pas osé affronter la lutte, ne voulant pas apporter un grain de qualité inférieure à ce qu'ils nous présentaient tous les ans. Noblesse oblige ! D'un autre côté, ladécision qu'a prise la Commission l'année dernière, et qui, en élevant le poids minimum de chaque lot de SOI» à 600 kilog. a pour objet de pousser à la culture en grand en admettant la quantité comme facteur donnant droit à prime, a aussi écarté un certain nombre de concurrents de petite et de moyenne culture. Enfin, un certain nombre de grands cultivateurs et de chefs d'exploitation, qui, depuis plusieurs années, cultivent l'orge Chevalher à l'exclusion de l'orge du pays, nous envoient leur grain coramme marchandise commerciale, mais ne prennent plus part au concours.

Malgré l'infériorité en nombre du concours de 1882, il porte néanmoins un enseignement et un enseignement de haute valeur : c'est que, toutes choses égales d'ailleurs, l'orge Chevallier est supérieure en qualité à l'orge du pays. Aussi la Commission du concours, loin de se décourager, a résolu d'imprimer une nouvelle impulsion au mouvement de propagande de la culture de l'orge Chevallier en faisant venir directement de l'Angleterre du grain de première qualité, pour l'oflVir comme semence aux cultivateurs; et afin de rendre ce renouvellement de la semence accessible à la petite et à la moyenne culture, la Commission cédera la semence, à ceux qui en feront la demande, contre un engagement dûment contracté de nous livrer, après la récolte, un poids de grains bien conformés et bien nettoyés égal à celui que nous aurons nous-mêmes fourni. La Commission prend à sa charge la différence, qui pourra être fort importante, entre le prix des deux marchandises. Je ne puis aujourd'hui qu'annoncer la résolution, les détails de Texécution ne devant être réglés qu'après la réception de l'orge anglaise.

L'hiver relativement doux de 1881-1882 avait fait naître les plus belles espérances pour les produits de l'année. Les travaux de l'automne et ceux du printemps avaient été exécutés dans des conditions normales et les blés d'biver avaient partout bonne apparence. On entendait, il est vrai, par-ci par-là quelques plaintes :'chez les uns les campagnols et les mulots continuaient leurs ravages et menaçaient de compromettre les récoltes; chez les autres, une sécheresse persistante avait tari grand nombre de sources et causait de vives inquiétudes en ajoutant aux difficultés créées par la pénurie du fourrage. Ces dernières craintes étaientsérieuses et fondées. En eftet, les trois premiers mois de l'année 1882 ne nous ont donné qu'une quantité insignifiante de 31'"'". 35 d'eau de pluie, contri

1. Rapport présenté à la Société d'agriculture de la liasse-Alsace, le 11 décembre 1882'

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