Gommiinications adressées à l'Acaclémie des sciences
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première, les générations successives sont réduites à n'en avoir seulement que de 10-12, 6-7, 2-3, et elles finiraient par devenir stériles si, par une nouvelle activité, il ne^e formait pas de nouveaux germes dans les mêmes gaines ou d'autres gaines, entre celles qui sont déjà épuisées; aussi, avec ces suppléments, les générations agaraes peuvent durer quatre ou cinq ans.
Puis les ailés, agames eux anssi, portent en eux-mêmes les signes d'une plus grande dégradation réduits qu'ils sont à n'avoir au plus que quatre gaines ovigères; leurs œufs donnent des produits encore plus amoindris, c'est-à-dire que les mâles et les femelles, incapables, par leur imperfection, d'engendrer encore, sont bons cependant à se compléter réciproquement et à rouvrir le cycle des générations normales.
Je me suis permis autrefois, dans nos actes et autre part, de contester que la diminution au nombre des gaines ovariques, arrivée au maximum dans les dernières générations automnales, représente directement la diminution de la [luissance génératrice et en soit le témoignage ou la preuve en particulier; voyant dans le fait même, non l'épuisement de cette force oud'uneautre contenue dans l'organisme, mais une preuve sensible de l'équilibre qui s'établit entre l'organisme jïiême et la vie à un moment donné, et les conditions extérieures directement ou indirectement défavorables pour celle-ci ou pour celui-là; équilibre prompt à se changer en termes différents, à la bonne saison, quand la nouvelle végétation de la vigne fournit une source plus copieuse d'aliments à son parasite ; ce qui, d'autre part, prouve les effets bienfaisants de la température et des autres conditions renouvelées par elle.
C'est ainsi, et non autrempnt, que les hibernants, après avoir fait leur mue, deviennent des génératrices printanières, aux ovaires riches en gaines et remplis de germes; il serait à voir, avant d'affirmer, si les germes sont et combien ils sont capables de se régénérer dans les mêmes gaines; de la même manière, avant de l'affirmer, il faudrait examiner comment et combien aux gaines épuisées en succèdent d'autres de nouvelle formation. D'ailleurs, dans tous les cas, ces faits devraient être regardés comme le résultat des actions de la vie nutritive, tantôt plus, tantôt moins énergique.
Ce fait étant considéré comme vérifié dans la succession 'de l'automne, de l'hiver et du printemps, on ne voit pas pourquoi il ne devrait pas se répéter à chaque retour de succession semblable et un nombre de fois plutôt qu'un autre. Appliquer à une échéance fixe, et d'une manière absolue, au cas spécial, une conception abstraite comme celle de k nécessité de la péi-iode dans les générations alternantes, paraît hâtif et prématuré.
Une autre conception plus originale, mais entièrement spéculative aussi, serait que les ailés représentassent un nouvel état de dégradation et les sexués eux-mêmes un état plus avancé encore que ce dernier. Les sexués présenteraient en outre ceci de singulier que, amoindris d'une puissance qui ne leur reste plus qu'en partie, ils la retrouveraient entièrement dans l'acte sexuel et transmettraient à leur produit ce qu'ils n'ont pas eux-mêmes.
La seconde proposition du vœu de la Commission réduit strictement à l'œuf d'hiver l'origine de tout nouveau centre d'infection ; mais, prise ainsi sans réserve, la proposition annule d'un trait les observations les mieux fondées et très connues de la dissémination, non seulement par les ailés, mais aussi par les aptères, et les renseignements les plus certains sur les nouveaux foyers, malheureusement formés presque toujours par le transport de plants infestés, non d'œufs d'hiver assurément, mais de colonies radicicoles de phylloxéra, lors même qu'on ne voudrait pas parler de l'origine de la première arrivée du phylloxéra en Europe, la pratique se détournant d'un de ses plus importants et plus siàrs fondements. Pour en venir à l'œuf d'hiver, tandis que les observations de l'œuf dià aux générations sexuelles hypogées n'ont encore été ni reprises ni suivies, selon M. Balbiani lui-même,' les premières observations de M. Boiteau sur l'œuf de la génération sexuelle aérienne provenant du phylloxéra ailé restent aussi isolées et presque exceptionnelles, puisqu'elles n'ont pas réussi à d'autres, ou ont réussi seulement relativement à l'œuf d'hiver du phylloxéra des vignes américaines. Celui-ci, aussi bien que la lénération qui le précède et celle qui en provient, semble, d'après les observations mêmes, en rapport très étroit avec la génération gallicole et la formation des galles, qui manquent d'une manière générale chez les phylloxéras des vignes communes. Maintenant, conclure des faits du phylloxéra des vignes américaines à ceux
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du phylloxéra dos vignes ordinaires, sans le secours d'observations positives, tandis ([ue le cours de la vie chez le premier et chez le second est profondément difterent, c'est aussi aç^ir avec trop de précipitation et pas assez de mesure.
Donc, dans les conditions actuelles, le vœu de la Commission française, corrigé dans ses prémisses, devrait s'appuyer sur cet autre préliminaire : Institueî' des trcherches pour trouver et démontrer l'œuf dliiver du phylloxéra sur les vignes indigènes^ Targioni-Tozzetti.
Réponse à la note précédente de M. Targioni-Tozzetti.
Dans la note qu'on vient de lire, M. Targioni-Tozzetti s'appuie, pour critiquer ma proposition d'arrêter l'extension du phylloxéra par la destruction des œufs d'hiver, sur un certain nombre d'arguments qu'on peut résumer ainsi qu'il suit :
1° Le principe fondamental sur lequel se base cette proposition, savoir : l'extinction des colonies souterraines par la destruction de la source à laquelle celles-ci s'alimentent, c'est-à-dire les œufs d'hiver, n'a pas encore reçu une démonstration scientifique suffisante. La diminution de la puissance génésique des femelles agames des racines avec le nombre des générations issues les unes des autres n'est fias un phénomène absolu en soi; cette diminution est en relation avec la décroissance des conditions extérieures, principalement de température et de nutrition, qui agissent sur ces insectes dans la succession de"s saisons. Les femelles, arrivées au minimum de leur faculté reproductrice en automne, récupèrent toute leur fécondité au printemps avec le retour d'une température plus élevée et d'une alimentation plus substantielle.
2° Les œufs d'hiver n'ont été rencontrés jusqu'ici que sur les vignes américaines; ils n'ont pas encore été trouvés sur les vignes indigènes (européennes) : par consé((uent, rien ne démo itre que les moyens proposés pour leur destruction sur ces dernières vignes atteignent leur but et soient avantageux pour arrêter la propagation du phylloxéra.
3" Une autre différence que présentent les vignes américaines et les vignes indigènes est l'existence, sur les premières, de générations gallicoles du phylloxéra et leur absence sur les dernières; tous ces faits démontrent une ditïérence profonde des mœurs de l'insecte des vignes américaines et de l'insecte des vignes indigènes,
4" Les œufs d'hiver ne sont pas l'unique ni même la principale source de l'invasion phylloxérique; il n'est pas tenu compte des faits nombreux el bien connus qui prouvent la propagation du phylloxéra par le transport et l'importation de plants, principalement de vignes américaines, servant de véhicule aux colonies radicicoles.
5" Enfin, nos connaissances concernant l'œuf fécondé des générations sexuelles hypogées sont encore très incomplètes. Cette proposition contient implicitement, bien qu'elle ne soit pas énoncée par l'auteur, cette conséquence que la destruction des œufs d'hiver aériens n'empêcherait pas la régénération des colonies radicicoles par les œufs d'hiver souterrains ^.
Aucun des arguments résumés dans les lignes qui précèdent n'est nouveau, et j'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de les réfuter dans mes précédentes publications sur le phylloxéra. Je vais les examiner encore une fois dans l'ordre où je viens de lus énumérer.
Et d'abord, je dois faire remarquer que M. Targioni-Tozzetti ne tient aucun compte, dans ses critiques, des deux faces sous lesi|uelles j'ai toujours envisagé l'utilité et les conséquences de la de>truction des œufs d'hiver, et que je faisais encore ressortir avec soin dans ma lettre, en date du 23 février 1882, adressée à M. le ministre de l'agriculture, ainsi que cela résulte du passage suivant de cetSe lettre ; « En résumé, la question de la destruction de i'œut d'hiver se présente « sous deux aspects différents, ainsi que je l'indiquais déjà en 1875 : 1" comme « traitement curatif, en amenant par voie indirecte la disparition des colonies « établies sur les racines ; 2" comme moyen préventif, en conjurant le danger de « l'invasion des vignobles indemnes par les œufs d'hiver déposés sur les ceps. »
Sous le dernier point de vue, je me suis prononcé très affirmativement sur les avantat:es de cette opération, en me basant sur nos connaissances les plus certaines et les mieux établies des mœurs du phylloxéra, principalement de sa
1. Note lue à la Société eiitnm ilogi(|ue italienne dans la séance du 28 m li 1S82.
2. Celte conclusion est expiunée d'une manière plus catégorique dans une autre notice de M. Targioni-Tozzetti (Bullettino délia Soc. entomot. ilaliana, anno XIII, 1881).
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génération ailée chargée de fonder à distance de nouvelles colonies. Les ailés donnant naissance à la génération sexuée, qui, elle-même, produit l'œuf d'hiver, n'est-il pas évident que la destruction de ce dernier équivaut à celle des ailés, réclamée de tout temps et pour laquelle on a proposé une foule de moyens, tels que le tassement du sol pour empêcher leur sortie de terre, la plantation de végétaux agglutinants destinés à les arrêter au passage, etc., tous procédés qui se sont montrés ou inefficaces ou irréalisables dans la grande pratique. Rien de plus facile, au contraire, que d'atteindre l'œuf d'hiver par des moyens culturaux ou chimiques pendant les quatre ou cinq mois qu'il reste à notre portée, dans la période la plus propice aux travaux agricoles. M. Targioni-Tozzetti, qui semble attribuer lui-même aux ailés un rôle important dans la dissémination du phylloxéra, voudrait-il restreindre ce rôle seulement aux vignes américaines et trouver une autre explication à la propagation du parasite sur les vignes indigènes? Nous reviendrons plus loin sur ce point des opinions du savant naturahste de Florence.
Autant j'ai été affirmatif sur les avantages pratiques de la destruction de l'œuf d'hiver comme moyen propre à enrayer la marche de phylloxéra, autant j'ai mis de réserve à tirer les conséquences que cette opération peut avoir pour les colonies radicicoles. Ici, je n'ai exprimé que comme une simple probabihté, une hypothèse, Topinion que ces conséquences pourraient être la disparition de ces colonies par la destruction des germes où elles puisent sans cesse une vitalité nouvelle. Ce n'est pas une supposition gratuite, mais une présomption fondée sur des études biologiques attentives de la reproduction du phylloxéra. Ce sont les conclusions pratiques déduites de ces études que M. Targioni-Tozzetti a cru pouvoir attaquer dans sa note placée en tête de ce travail. Avant de répondre aux objections de M. Targioni, j'ai cru bon de rappeler la distinction que j'ai toujours faite entre les deux résultats que j'attribuais à la destruction de l'œuf d'hiver : l'un, assuré, lorsqu'on l'emploie comme traitement préventif; l'autre, possible, probable môme, mais non certain, méritant toutefois d'être essayé, lorsque cette opération est faite à titre de moyen curatif. Gela posé, je passe maintenant à l'examen des objections de M. Targioni-Tozzetti.
M. Targioni m'oppose d'abord ce fait que la diminution de la fécondité des femelles agames des racines, dans les générations qui se succèdent du printemps à l'automne, n'est pas, comme je l'admets, l'épuisement graduel d'une force contenue dans l'organisme même, mais la manifestation de l'influence décroissante des conditions extérieures favorables, principalement de température et de nutrition, qui agissent sur ces femelles dans le cours des saisons. M. Targioni ne s'est sans doute pas aperçu que cette opinion est une simplehypothèsedesapart, àl'appui de laquelle il n'apporte ni observations ni expériences directes. Je vais montrer, au contraire, que les observations et les expériences conduisent à une conclusion absolument opposée à la sienne.
Chez le phylloxéra du chêne*, le nombre des gaines ovigères est de 26 à 32 chez les femelles aptères de la première génération, issue en avril de l'œuf fécondé de l'année précédente ou œuf d'hiver. Dès la deuxième et la troisième génération, l'ovaire se trouve réduit à 10 ou 12 gaines (en mai et juin), et dans les générations suivantes (de juillet à septembre) on n'en compte plus que de 4 à 6 en tout. Le décroissance du nombre des tubes ovariques est tout aussi rapide chez les aptères radicicoles du phylloxéra de la vigne, en prenantpour point de départ l'insecte issu de l'œuf d'hiver, qui a de 24 à 28 tubes ovariques. A mon arrivée à Montpellier, en 1874, ma première observation fut l'examen des gaines ogivères chez un grand nombre de femelles aptères fixées sur les renflements des radicelles d'un pied de vigne au début de l'invasion. Chez les dix premières femelles examinées, le nombre des gaines est exprimée par les chiffres suivants : 17, 18, 16, 13, 16 à 18, 16, 20, 18, 16, 15. En octobre de la même année, ce nombre, chez dix autres femelles, n'était respectivement plus que de 5, 5, 2, 4, 2, 2, 5, 3, 6, 7^ Les observations faites par M. Boiteau dans une autre région delà France (environs de Libourne) ont montré la même décroissance rapide du nombre des gaines ogivères du printemps à l'automne [Comptes rendus, 14 août 1876).
Ces faits ne laissent donc aucun doute sur la diminution successive de la fécondité chez les phylloxéras des racines par l'avortement graduel de leur appareil
1. Il s'agit ici de l'espèce comimine sur les chênes des environs de Paris et du nord de la France c'est le phylloxéra coccinea de Heyden et autres auteurs.
2. Ces femelles étaient prises un peu partout : les résultats étaient sensiblemen les mêmes dans tous les vignobles.