SUR L'ŒUF D'HIVER DU PHYLLOXERA
reproducteur dans le cours d'une même année. Mais on peut se demander si ce
f)hénomène n'a pas une liaison intime avec les modifications qui surviennent dans es conditions extérieures que les générations traversent dans le cours de leur évolution annuelle. L'influence de la température doit être immédiatement écartée : nous venons, en effet, de voir que c'est au printemps, c'est-à-dire dans une saison qui n'est pas celle où la température moyenne atteint son chiffre le plus élevé, quels nombre d-s gaines de l'ovaire présente son maximum, et que ce nombre aiminue rapidement dans les mois plus chauds de l'été et en automne. L'influence de l'alimentation ne doit pas être mise davantage en ligne de compte; car, au commencement du printemps, les feuilles du ciiène, comme les radicelles de la vigne, contiennent une sève plus aqueuse, moins riche et moins élaborée que celle qui y circule à une période plus avancée de la végétation. Toutes choses égales d'ailleurs, je n'ai pis observé de différence, chez le phylloxéra du chêne, dans le nombre des tubes de l'ovaire chez les femelles fixées sur des feuilles molles et tendres et celles établies sur des l'euilles dures et coriaces. De même, chez le phylloxéra de la vigne, les insectes des radicelles ne paraissent pas mieux pourvus sous ce rapport que leurs congénères, placés sur les grosses racines ligneuses.
L'expérience se joint à l'observation pour confirmer ce résultat. En transportant les insectes ou leurs œufs des racines épuisées sur des racines fraîches, on n'observe pas d'augmentation dans le nombre des gaines ovariques chez ces individus ouïes générations qui en proviennent ; tout ce que l'on constate, c'est une recrudescence dans l'activité fonctionnelle de la glande, se manifestant par des pontes plus abondantes et plus nombreuses. La température exerce une influence du même genre.
Tous ces faits sont donc loin de plaider en faveur de l'hypothèse de M. Targioni-Tozzetti touchant l'mflucncc des conditions extérieures sur la constitution anatomique de l'appareil reproducteur du phylloxéra. On arriverait plutôt à une conclusion opposée si l'on examine les conditions dans lesquelles se manifeste de la manière la plus prononcée et la plus prompte la dégénération de cet appareil. Je veux parler des métamorphoses de l'insecte aboutissant à la génération sexuée. Ces métamorphoses consistent, ainsi qu'on le sait, d'abord dans la production de la forme ailée, laquelle à son tour, donne naissance à la génération des sexués mâles et femelles. Or, chez la première, l'ovaire n'est plus composé que de deux à cinq gaines, et chez la femelle sexuée cette réduction arrive à son dernier terme, c'est-à-dire à un ovaire formé d'une uni'jue gaine produisant en tout et pour tout un seul œuf infécond par lui-même. La stérilité est donc devenue presque complète au point de vue anatomique, et complète au point de vue [)hysiologique ; l'espèce, menacée dans son existence, périrait, si l'accouplement ne venait rendre soudain la fertilité à cet élément arrivé à l'extrême épuisement '.
[La suite prochainement.) Balbiani,
Professeur au collège de France.
Les herses construites par M. Emile Puzenat, à BourboQ-Lancy (Saôue-et-Loire), sont hautement appréciées par tous les agriculteurs qui les connaissent. A diverses reprises, nous les avons signalées aux lecteurs du Journal. Au concours du palais de l'Industrie, nous avons remarqué une nouvelle herse qui nous a paru digne d'appeler à nouveau l'attention. Le système général de construction de cette herse (fîg. 37) est le même que celui des herses déjà connues de M. Puzenat; mais ce nouveau modèle se distingue par un mode d'ajustage des dents dont le but est de supprimer les é-rous, les boulons et les vis de pression dont l'usure est toujours assez rapide. La figure 38 montre une dent montée, et la figure 39 donne la forme de toutes les pièces de l'ajustage. Dans le bâti en fer A sont encastrées, de chaque coté de la dent 1), deux pièces B qui déterminent lesdimen-
1. (JcUe dégénération oi'g.uiKine ne se borne [)a.s aux organes générateurs : elle se nianileste aussi |)ar i'alropiiie complète de l'appareil digestif et 4uel({uerois de plusieurs des articles des antennes ou des pattes.
2. Voir le Journal du 27 janvier, du 24 février et du 3 mars, p. 1.51, 293 e 334 de ce volume.
sions de l'ouverlure dans laquelle elle entre. La dent, introduite par dessous, pénètre dans cette ouverture, de même calibre qu'elle, jusqu'au talon E, qui forme point d'arrêt. La tête de la dent, qui dépasse le bâti, est garnie d'un œil dans lequel on fait pénétrer, à
Fig. 37. — Nouvelle herse de M. Emile Puzenat.
frottement dur, une clavette munie d'une platine de sûreté, F et C. La dent est ainsi fixée solidement, sans qu il y ait danger qu'elle se déplace; toutes ses parties ont la même force, de telle sorte qu'elle
Fig. 38. — Dent de la herse, montée.
Fi<?. 39. — Parties de rasssemblage de la dent.
présente une grande résistance. Pour démonter les dents de la herse, il suffit d'un marteau.
Chaque compartiment de la herse comporte 15 dents; M. Puzenat en construit à 2, à 3 et à 4 compartiments, pour la force d'un cheval à celle de trois chevaux : ces herses ont réciproquement 30, 45 ou 60 dents. Elles sont vendues au tarif uniforme de 1 fr. 10 par kdog.
Dans le Journal du 23 septembre dernier, nous avons donné la
description de la première charrue sulfureuse pour le traitement des vignes [)liylloxérées, construite par M. Gastine.. Un nouveau modèle de cet injecteur à traction figurait au paliisde l'Industrie; il est représenté par les figures 40 et /i 1 . Il diffère sensiblement par la forme extérieure du premier modèle; mais les organes fondamentaux sont restés les mêmes. Ce sont : le couteaU;, le rouleau compresseur et moteur, la pompe injectrice et le réservoir. Ces divers organes sont disposés sur un bâti suivant un mode de groupement qui permet le jeu des pièces de l'instrument ou la suspension de ce jeu à la volonté de l'opérateur, par l'effet d'une manœuvre simple et unique.
Le bâti A est divisé en trois parties : l'avant-train, le support du couteau et du rouleau, les mancherons. L'avant-train ressemble assez à celui d'une petite charrue. Il est formé d'une pièce de fer portant à son extrémité antérieure une mortaise dans laquelle passe une barre B qui sert à soutenir à la hauteur convenable la chaîne de traction. A l'aide d'une griffe on maintient de la même manière, par une vis de pression, la tige D du porte-galet qui sert à régler le degré d'en-
Fig. 40. — Injecteur de sulfure de carbone, à traction, de M. Gastine.
trure du couteau. Enfin cette même partie du bâti soutient encore un réservoir cylindrique E contenant la provision de sulfure de carbone.
La partie médiane du bâti fait corp-< avec l'avant-train sur lequel elle est assemblée par plusieurs boulons. Elle forme une sorte de cadre dans lequel se trouve fixé le rouleau compresseur et moteur R qui tourne sur un axe fixe dont les extrémités sont prises de chaque côté du bâti en J. Avant de se bifurquer, le bâti forme en dessous une assise F sur laquelle on boulonne un couteau en fonte. En dessus, cette même partie du bâti sert de console à la petite pompe injectrice G et au levier M qui en comm:inde le piston. Enfin en arrière, les deux branches du bâti se réunissent de nouveau en une seule partiel qui se relève verticalement sous forme d'arc. Chacune des extrémités de cet arc est perc e horizontalement d'un trou î, i, servant à enclencher les mancherons dans deux positions différentes.
Les mancherons K qui terminent l'appareil en arrière s'attachent, en dehors du bâti en fonte, sur les extrémités de l'axe du rouleau autour duquel ils peuvent pivoter. Le levier d'enclenchement L disposé contre la poignée droite de l'un des mancherons permet de fixer ces derniers en haut ou en bas à volonté.
Lorsque les mancherons sont dressés (fig. 41) et que le levier d'enclenchement a pris, dans le trou supérieur, ou est dans la position de travail, le couteau étant enfoncé dans le sol et le rouleau portant sur ce dernier. Si l'appareil est soumis à un effort de traction, le couteau trace dans le sol une fente ou sillon que le rouleau vient aussitôt fermer. En tournant sur le sol, le rouleau entraîne le mouvement de la pompe au moyen d'un excentrique calé sur son axe, excentrique dont la tige agit sur un levier arqué communiquant à l'aide d'une petite bielle Nie mouvement au piston de la pompe. Cette disposition de renvoi de mouvement a pour but de permettre le changement des doses à volonté. En effet, la tige de l'excentrique est munie à son extrémité d'une chape qui peut glisser à frottement doux sur toute l'étendue du levier arqué. Une vis de pression permet de fixer la chape au point correspondant à la dose choisie pour l'opération. Lorsque la chape est fixée vers l'extrémité libre du levier arqué, la dose est minimum et la course du piston est extrêmement réduite. Au con-
Fig. 41. — Injecteur avec le couteau enfoncé dans le sol.
traire, si Ton fixe la tige de l'excentrique vers le point de pivotement du levier arqué, le mouvement transmis prend sa plus grande amplitude et le piston effectue sa course maxima. Les deux divisions extrêmes du levier arqué (qui est désigné sous le nom de règle du dosage) permettent de distribuer 5 grammes ou 50 grammes de sulfure de carbone par mètre parcouru par l'appareil. A l'aide des graduations intermédiaires, on peut distribuer des doses variables de 5 en 5 grammes, depuis 10 jusqu'à 45 grammes par mètre.
Lorsqu'on abaisse les mancherons en enclenchant le levier dans le trou inférieur (fig. 40) l'opérateur peut faire porter l'appareil sur la petite roue de devant et retirer le couteau hors du sol pour tourner au bout des lignes. Dans cette position, le rouleau soutenu en l'air n'actionne plus la pompe, et le mécanisme injecteur se trouve automatiquement arrêté.
Les communications entre le réservoir et la pompe, la pompe et le couteau, sont établies dans l'intérieur du bâti sans qu'il soit nécessaire d'employer aucun tube ni joint extérieur. Ce sont les brides de fixation des différents organes, qui servent ainsi simultanément à ratta-
cher ces pièces au bâti, tout en formaat des joints étanches. Toutes ces brides sont furniéos de parties qui se rejoignent par le serrage de boulons faciles à remplacer en cas de perte ou de bris.
La sortie du sulfure de carbone a lieu à la base du couteau dans le point le plus profond du sillon qu'il trace.
Sur le fond postérieur du récipient de sulfure, se trouve disposée dans une garniture étanche une petite cloche en verre e formant hernie sur le couvercle. Cette cloche permet à l'opérateur de s'assurer si le récipient contient toujours du liquide. Elle évite les malfaçons qui résulteraient d'un traitement à blanc.
L'instrument fonctionne sous l'effort de traction développé par un cheval ordinaire. La vitesse de progression est la même que celle d'une petite charrue. Le rouleau ferme très exactement la fente. En même temps sa rotation se produit régulièrement, et comme elle dépend toujours directement de la vitesse de marche de l'appareil, il s'ensuit (juc le débit de la pompe reste constamment proportionnel au chemin parcouru. La petite pompe est à double effet, de sorte que l'émission du sulfure de carbone est continue, sans intermittence aucune, et que toute l'étendue de la fente tracée par le couteau se trouve utilisée. Les essais qui ont été faits dans les Bouches-du-Rhône et dans le Var, ont démontré que l'appareil pouvait traiter 1 hectare 1/2 à 2 hectares par jour dans des terrains de nature variée, même très caillouteux.
Le réglage en hauteur de l'avant-train permet de tracer la fente à des profondeurs variant de 0™. 15 jusqu'à 0.30. En moyenne on adopte la profondeur de 0'".20 à 0".22.
{La suite prochainement.) Henry Sagnier.