PISCICULTURE. - LE POISSON DEFENDU
Le 28 février, on écrivait au Journal de Genève :
« La convention entre la Suisse et la France arrêtant des dispositions uniformes sur la pêche dans les eaux frontières du 28 décembre 18h0 ^signée Kern et Barthélemy-Saint-Hilaire) dit à son art. 8 :
<>. La iJC'Che de la fera est inlerclile en février; » et à son arl. 9 : « La défense « pêcher comporte celle d'exporter le poisson provenant du lac, de le colporter, « de^ l'exjioser ea vente ou de l'acheter. Toutefois dans l'intérêt de la pisciculture « et sous RÉSERVE d'un CONTROLE SUFFISANT, l'autorité comfétcntti de chaque
« Etat, pourra donnei', en temps prohibé, des autorisations spéciales pour la « pêi'.he et la vente du poisson, après que les clé'aents de reproduction auront été a urUisés. »
« C'est catéj^orique ; or ces jours l'on voit dans -les rues circuler des écriteaux portant cet avis : « Fera à bun marché! » Les hiiles de l'Ile et de Rive sont remplies de feras : il suffit d'en ouvrir quelques-unes pour voir qu'elles sont pleines d'œufs !
« La convention est-elle ainsi respectée? A quoi sert-elle? Où est le contrôle? L'autoriié compétente a-t-elle donné des autorisations à tous ces vendeurs, après s'être assurée que IfS éléments de reproduction ont été utilisés. »
La police ferait bien de faire respecter les conventions internationales, de mettre obstacle au dépeuplement du lac ; il appartenait à Genève, la cité des grandes traditions scientifiques, de signaler un abus qui n'est pas seulement une ehontée violation des lois, mais une énormité économique. Les seuls coupables sont ils en Suisse?
Il n'est jamais inutile de signaler ces abus, d'y revenir même avec insistance, de meitre la défense en un mot à la hauteur de l'attaque. Depuis nos premières protestations dans le Journal^ à la suite des arrêtés de M. de Freycinet (voir la collection du Journal, n"^ 662, 5 novembre 1879 17 septeiibre lïsSi , 21 janvier 1882) sur ce qui se passait alors au Carreau de Paris, nous avons eu la joie de voir, en le constatant aussitôt, que là au moins si le mal n'avait entièrement disparu, grâce à la vigilance des agents de l'administration, il était obligé de se cacher.
Espérons que la publicité donnée à la plainte ci-dessus mettra en éveil nos administrateurs de la Savoie et arrêtera un vandalisme aussi imprévoyant qu'ignorant.
La première condition de tout succès dans cette importante question du repeuplement de nos eaux doit être avant tout de savoir se servir des moyens qu'on a eu tant de peine à mettre entre les mains de l'autorité et, quelque incomplets qu'ils soient, en tirer le meilleur parti possible, comme l'ont si bien su faire M>L les préfets du Doubs, de la Marne, de la Somme, etc.
Cette fera, savaret, bondelle, bangfisch palœa, bref ce Coregonus albus, sur lequel on a fait trente ans durant de six beaux rêves à l'Huningue français, ne nous intéresse que médiocrement au point de vue de la pisciculture artificielle.
Depuis plus de trente ans, nous demandons à voir un adulte de ce si délicat poisson, produit authentique d'une fécondation.
Malgré le bruit qu en ce moment même on fait en Amérique autour de lui, où on vient de lui consacrer au Canada un établissement spécial d'élevage dans des eaux et conditions évidemment spéciales ; malgré les Fnjes que nous vîmes vivants à l'exposition de pisciculture d'Elinibourg provenant de Nikolsky, nous pers^istons à croire qu'au point de vue pratique nous avons mieux à faire qu'à nous attarder dans une direction que le laboratoire piscicole éclairera peut-être prochainement, mais dans laquelle, à ce jour, rien de sérieux et d'utile n'est sorti de ce que nous avons fait.
Le Coregonus albus des Américains, le fry des Russes sont ils fera,
savaret, etc., l'agoni et le withbait sont-ils harengs, sardines, aloses?
Sont-ils dieu, marbre ou cuvette? Ce que nous savons, c'est qu'à ce
jour les coregones de nos eaux sont à étudier comme il y a vingt-cinq
ans.
Les Américains qui nous ont envoyé le Quinnat réussi, nous
adresseront-ils bientôt une fera domestiquée enfin; espérons-le, mais en attendant ne nous attardons pas, au point de vue pratique, à une espèce qui ne nous a pas livré le secret de son éducation comme ses plus proches parents, les salmonidés.
Protégeons-la dans ses milieux naturels comme le demande le bon citoyen dont nous commentons la plainte ci-dessus^ mais espérons de plus efficaces et radicaux moyens de punir la fraude, en ne perdant jamais de l'œil le fils de l'ignorance ou du vice : le braconnier I
Chabot-Kaulen,
Membre de la Société nationale d'agriculture.
LA BOULANaERIE A PARIS
On a souvent remarqué que le prix du pain a constamment monté à Paris depuis vingt ans, tandis que le prix du blé n'a subi que des variations insignifiante^. Le pain livré aujourd'hui à la consommation parisienne est excellent ; il se compose pour plus de la moitié de pain de fantaisie et de pain de luxe. La boulangerie est presque une industrie luxueuse comme la pâtisserie ; elle est installée dans de beaux magasins où on ne voit que des tables de marbre. On comprendrait à la rigueur que dans les quartiers riches le pain se vendit plus cher que dans les autres, parce que les boulangers y ont des frais généraux plus élevés; et cependant ii ne faut pas oublier que cet excédent de dépenses doit être compensé par le prix de vente du pain de fantaisie et du pain de luxe qu'on y consomme spécialement et sur lesquels les bénéfices sont plus considérables. Quelles sont les causes de ce renchérissement du pain? C'est ce que nous allons examiner. Nous nous servirons des données qu'a publiées un ingénieur bien connu, M. Armengaud aîné, dans une intéressante brochure Meunerie et Boulangerie^ .
La boulangerie est encore aujourd'hui une industrie fort arriérée Tandis qu'on emploie partout les moyens mécaniques, elle travaille avec les mains pour pétrir la pâte, avec les fours primitifs pour la cuire. Autrefois on attribuait cette infériorité à la réglementation. L'année 1863 a vu naître la liberté de la boulangerie. On croyait alors que l'industrie appliquerait des procédés perfectionnés permettant de réaliser des bénéfices qui profiteraient au consommateur. Au bout de vingt ans, le progrès est nul. On répète encore le vieux dicton : <f La mécanique ne vaut rien pour fabriquer le pain ; il n'y a que les bras qui puissent le faire. » On dit surtout que l'application des machines n'est pas facile, que les locaux sont trop petits, etc. Autant de mots, autant d'erreurs. Cette objection aurait pu être soulevée, lorsque le boulanger était à la fois son propre gindre et son patron, pétrissait, cuisait et vendait sa marchandise avec l'aide de sa femme, ainsi que cela se fait dans les villages. Mais aujourd'hui que le patron ne travaille plus de ses mains, et est suffisamment occupé par l'achat, la vente et la surveillance, elle n'a pas la moindre portée. Le personnel d'un fournil de moyenne importance comprend trois ouvriers ; le servi ce de la vente se fait par le maître et sa femme secondés par une porleuse.
Un pétrin mécanique n'exige pas plus d'emplacement que le pétrin ordinaire à bras, et aujourd'hui on possède des petits moteurs qui se logent dans un coin. Les fours devraient être disposés de manière à ne
1. Librairie technologique Armeugaud, 45, rue Saiut-SébasUen. Pans.