L'AIL EN GRANDE CULTURE DANS LE PAYS-BAS
DES GHARENTES
Il est peu de culture donnant un revenu aussi considérable que celle de l'ail, ce légume si sain et d'un emploi si général dans nos cuisines de campagne.
Dans beaucoup de conti-ées, on se contente de faire u le petite planche d'ail dans le jardin potager. On en consomme la plus grande partie en vert, et on économise — c'est le mot — le reste pour avoir du plant pour l'année suivante. Dans notre vieux Pays-Bas, la consommation annuelle de beaucoup de familles dépasse mille têtes, et, n'en déplaise aux odorats délicats, la morue, les moules frites, les petits poissons ne sauraient se manger chez nous sans ail. L'ail cuit dans son enveloppe, sous la cendre ou au four, et mangé au beurre, est délicieux. L'ail assaisonne champignons, haricots, ragoûts et gigots ; l'ail est partout, tous les jours il faut de l'ail et personne ne s'en plaint : nos gens se portent à merveille, et l'on sait que l'ail cuit n'a aucune odeur désagréable. L'ail occupe donc une place dans l'alimentation, et beaucoup de ménages en consommeraient davantage s'ils n'en manquaient pas. Pourquoi, au lieu de se priver d'un légume si salutaire, ne le cultiverait-on pas plus généralement dans les champs ; on rendrait ainsi service à Talimentation publique, et l'on ferait en même temps de forts beaux bénéfices.
L'ail vient dans tous les terrains, mais il affectionne plus particulièrement les terrains argilo-siliceux. On doit éviter les terrains trop secs où il ne développe pas assez, et les terrains trop humides où il pousse tout en tige et ne tête pas. Les terrains nouvellement défrichés ou sur lesquels on a roulé des sables de démolition donnent le plus bel ail; là il ne pourrit jamais. Il pourrit presque toujours, au contraire, si l'on est moins de dix ans à le retourner sur le même terrain.
Nous plantons l'ail en novembre et décembre, sur terrain bien préparé ; c'est la meilleure saison, mais on peut au besoin et par exception planter jusqu'en mars. Les personnes qui voudraient essayer la culture de l'ail auraient même intérêt à commencer aussitôt, malgré la saison avancée, à cause du bas prix actuel de ce légume.
Les gousses sont enfoncées à la main, et espacées de 0".20 sur des
1. M. Emile Blanchard, professeur au Muséum d'histoire naturelle, a plusieurs fois pris la parole au sein de FAcadémie des sciences, en faveur de cette pratique. De son côté, M. Bouchardat, professeur à la Faculté de médecine de Paris, membre de la Société nationale d'agriculture, en a parlé dans les termes suivants : « Parmi les moyens préconisés pour s'opposer aux ravages du phylloxéra, aucun ne s'appuie sur des études biologiques plus attentives que ceux qui ont pour but la destruction des œufs d'hiver, placés sous l'écorce des ceps ou par le hadigeonnage avec des mélanges goudronneux insecticides. » Après avoir ra[)pelé les raisons par lesquelles M. Planchon a cru pouvoir contester l'utilité de la destruction de l'œuf d'hiver, M. Bouchardat ajoute : « Malgré les excellentes objections de M. Planchon, je conseillerais, sans hésiter, de recourir au raclage et au badigeonnage des ceps dans les localités où des taches commencent seulement à se manifester. » [Annuaire de Thérapeutique pour 1879. Appendice sur les vignes phyiloxérées). Voir aussi le Rapport de M. Bouchardat sur le Mémoire de M. Sahaté relatif à sa méthode de traitement des vignes phylloxérées (Bulletin de la Société nationale d'agriculture, séance du 18 janvier 1882 )
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lignes distantes de O'^'.M) à O^'.SO, ce qui donne de 10 à 12 plants par mètre carré. De février à fin avril, l'ail est sarclé trois fois. Aussitôt le dernier sarclaoe, nous faisons entre chaque lio;ne d'ail une ligne de carottes, de panais, de betteraves ou de haricots. Ces cultures ne nuisent aucunement à l'ail, qui s'arrache à mi-juin, au moment de leur donner un premier sarclage. Nous avons ainsi deux récoltes dans une année, et notre terrain est admirablement préparé pour un blé d'automne.
Voici le revenu donné à l'hectare :
Fr. Fr.
liécoltc : 100,000 têtes d'ail à 1 fr. 50 le 100 1 .."lOO ( „ ,^
— 50,000 kilog. de carottes à 1 fr. 12 les 1000 kilog. (500 \ ^'^"" Frais : 18,000 tètes d'ail pour plant àl fr. 50 1e 100 270 1
— 1/2 de la fumure à raison de 30 mètres cubes à 1 fr. 150 ', COO
— Labours, sarclages , frais divers 1 80 |.
Bénéfice net 1 ,bUO
Ces résultats, qui sont ceux de notre dernière récolte, ont été obtenus dans un bon terrain argilo-siliceux, labouré à sillons distants de 0'".90 ; nous avions mis un rang d'ail de chaque côté du billon et un rang de carottes sur la tête du billon, ce qui fait qu'il n'y avait qu'un rang de carottes pour deux rangs d'ail. Cette disposition permet de donner facilement un premier labour au champ sans déranger les carottes, qu'on peut n'arracher qu'au moment de faire le blé.
On remarquera que carottes et ail valent souvent le double des prix portés dans nos calculs ; mais même avec nos données la culture de l'ail n'est pas à dédaigner.
Nous serions heureux que ces quelques lignes décidassent quelques agriculteurs à essayer la culture de l'ail; nous nous mettons avec plaisir à la disposition de ceux qui voudraient de plus amples renseignements sur cette partie intéressante de l'agriculture.
P.-E. Benuraud,
Propriétaire, instituteur à Chives (Chai-ente-Inférieure).
Les charrues nouvelles étaient assez nombreuses au palais de l'Industrie. Nous avons déjà signalé la charrue double bisoc de M. Fondeur, et le brybant fouilleur du même constructeur. Nous insisterons particulièrement aujourd'hui sur la charrue imaginée par M. Boreau, chef de pratique de l'Ecole nationale d'agriculture de Grignon, et à laquelle il a donné le nom de charrue de l'avenir. Cette charrue a fonctionné avec beaucoup de régularité aux expériences organisées à Grignon, par la Société nationale d'agriculture.
La charrue de M. Boreau est représentée par la figure -42. Elle a été construite pour fonctionner soit en charrue brabant, soit en charrue fixe, soit en araire ou sans avant-train. C'est une charrue tout en fer, du poids de 165 à 170 kilog. L'âge, légèrement cintré à sa partie postérieure, est porté en avant par un avant-train; un régulateur 1 sert à régler la lar<j;eur du labour, tandis que la profondeur est déterminée au moyen d'une vis sans fin, comme dans beaucoup de charrues du même genre. La chaîne de tirage s'attache au boulon 9 derrière les roues de l'avant-train. A peu près au même point, sont fixées verticalement des rasettes J qui entament le sol; au moyen du levier K,
1. Voir le Journal du 27 janvier, du 2'i février, du 6 et du 10 mars, pages 151, 293, 334 çt 381 de. ce volume.
LIiS MACHINES AU CONr,<.>URS GÉN1^:RAL DE PARIS.
on peut faire tourner ces rasettes, suivant le travail à effectuer. Derrière les rasettes se trouve le contre P, mobile dans son pivot o, mais maintenu pendant le travail par un fort ressort Z. Ce contre se termine, en haut, en levier; si l'on appuie sur ce levier pour le faire tourner dans le sens indiqué par la flëchev il déclenche la pièce y, et il en résulte que le corps de la charrue devient libre pour tourner à l'extrémité des lignes.
Derrière le contre, se trouve le corps de charrue D. Il est muni de deux, versoirs M et N, dont l'un sert pour renverser la terre à droite, et l'autre pour la renverser à gauche. Tl est relié à l'âge par la plaque dormante R. A sa partie supérieure, il est muni d'une deuxième plaque S, qui fait corps avec lui et qui est reliée à la plaque R par un fort boulon; cette deuxième plaque est tournante. Pour faire tourner
Fig. 42. — Charrue de M. Boreau, dite l'Avenir.
le corps de charrue, on se sert de la poignée C. Derrière le corps de charrue, se trouvent les mancherons A, que Ton peut élever ou abaisser suivant la taille du laboureur, au moyen de trois trous ménagés à leur partie inférieure B.
Lorsque la charrue est montée comme charrue fixe, un rochet C, à la partie antérieure de l'avant-train, est engagé dans un cran, et il sert à donner une stabilité absolue à l'âge. Si l'on abaisse le levier de débrayage E pour le fa're entrer dans l'œil F sur le mancheron, ce levier agit sur la tige coudée 4, 5, et fait sortir le rochet du cran dans lequel il est engagé; l'âge est dégagé et la charrue devient mobile entre les mains du conducteur. Si, au contraire, ou décroche le levier F, le rochet G obéit à un ressort I qui agit sur sa base, et il rentre dans l'un des crans, de telle sorte que la charrue redevient fixe.
La charrue, étant munie de deux versoirs, peut travailler en brabant. A cet effet, au bout de la raie, le conducteur après avoir nettoyé son versoir, soulève la charrue en la prenant par la base des mancherons au point 0, par la main gauche; il tire sur le levier P du contre, afin de rendre libre le corps de charrue; il pousse avec le pied le versoir, et achève le demi-tour, en se servant du levier C. S'il n'a pas la force
suffisante pour soutenir le corps de charrue, il peut appuyer les mancherons sur son curoir qui fait office de tuteur.
Pour rendre fixe le corps de charrue, il suffit d'eno;an;er la plaque mobile S dans la mâchoire y et de serrer le bouton w. Toutes les pièces du corps de charrue sont alors solidement rattachées à l'âge.
Enfin, ^^i l'on veut transformer la charrue en araire, il suflit d'enlever les boulons 1 et 2 qui retiennent l'avant-train à 1 âge, ainsi que la tringle 4 qui agit sur le rocliet G, d'enlever les rasettes, et de porter au point 10 le boulon 9 auquel s'attache la chaîne de
tirage.
La charrue Boreau donne, comme on le voit, la preuve d'un esprit ingénieux et chercheur. Elle pput travailler dans toutes les natures de
Fig. 43. — Charrue tilbury automatique de Rogy.
terrain, car on peut lui appliquer des versoirs des formes les plus variées. Le prix de cet instrument est de 250 fr.
Aux mômes expériences de Grignon, de même qu'au palais de l'Industrie, nous avons retrouvé la charrue tilbury automatique de M. Rogy, dont nous avons déjà donné la description à nos lecteurs. Les essais ont confirmé ce que nous en avions auguré. Afin de mieux faire apprécier cet instrument, la figure 43 le représente dans des dimensions plus grandes que les dessins que nous avons déjà publiés. Les agriculteurs émérites devant lesquels cet instrument a fonctionné ont été unanimes à reconnaître qu'il est tout à fait de nature à fixer l'attention. La combinaison ingéuieuse par laquelle, comme le montre le dessin, le versoirest relevé à chaque bout de raie, sans aucun effort
LES MACHINES AU CONGOQRS GÉiNÉRAL DE PARIS.
de la part du conducteur, a particulièrement frappé tous ceux qui l'ont vu fonctionner. La seule objection un peu sérieuse que nous ayons entendue contre la charrue tilbury, est le haut prix auquel elle est vendue, puisque ce prix est de 500 fr. A cette objection, il est facile de répondre que si la charrue tilbury permet de faire le même travail en moins de temps et avec une dépense de main-d'œuvre plus faible, on aura rapidement regagné, dann les exploitations où elle sera adoptée,
l'excès de prix qu'elle aura coûté sur les charrues ordinaires. Diminuer les frais de labour est une question très importante pour toutes les exploitations rurales, grandes ou petites.
Parmi les constructeurs de machines agricoles, il est peu d'hommes qui soient sur la brèche depuis aussi longtemps que M. Merlin, à Vierzon (Cher). Depuis 1853 jusqu'en 1879, il a été l'actif collaborateur de M. Gérard ; depuis quatre ans, il dirige avec succès les importants aleliers de fabrication qu'il a créés. C'est surtout à la construction des machines à vapeur et des batteuses au'il s'adonne. Parmi
les machines qui figuraient, au concours du palais de l'Industrie, il en est deux que nous signalerons d'une manière spéciale.
La première est une machine à battre pour la moyenne culture
(fig. 44). Cette batteuse est montée sur quatre roues et mise à la voie ; la largeur intérieure du batteur est de l^'.eO, ce qui permet d'engrener en travers sans froisser les pailles ; le batteur et le contre-battour sont
en fer et à jour; les tourillons roulent sur des coussinets en bronze; le secouage des pailles se fait sur des seeoueurs du même système que dans les grandes batteuses; le grain n'est pas cassé; les pailles, bien battues, sont secouées et vannées. Les pailles battues tombent sur le devant de la batteuse et les balles à l'arrière. On peut battre environ 60 à 80 hectolitres en 10 heures en employant six personnes. La force motrice employée pour faire ce travail est de 3 chevaux-vapeur. Le poids de la batteuse est de 1 ,500 kilog. ; son prix est de 1 ,G()0 francs.
M. Merlin construit également une locomobile à vapeur de la force de 2 à 3 chevaux, système horizontal, tubulaire, montée sur 4 roues. Cette machine disposée, avec régulateur de vitesse, simple et solide, suffit amplement à faire mouvoir la batteuse qui vient d'être décrite avec une dépense de charbon très minime (1 hectolitre et demi par jour). Elle coûte seule 2,600 francs; son poids est de 1 ,300 kilog. Le matériel complet, composé de la batteuse et de la locomobile, coûte 4,200 francs.
La fig. 45 représente la nouvelle batteuse combinée de M. Merlin, pour les graines fourragères. Jusqu'à ce jour, on a construit des batteuses qui nettoient et égrènent les graines fourragères, mais il fallait avoir recours à deux machines séparées : Tune séparant les pailles de la bourre (cette opération se nomme l'ébossage), l'autre enlevant les graines de la bourre. La machine combinée a pour objet une disposition permettant d'exécuter les deux opérations sur la même machine par la combinaison de deux batteuses sur un seul bâti. Les pailles sont passées dans un batteur ordinaire, tombent sur des seeoueurs où s^effectue la séparation de la bourre et des menues pailles en passsnt sur une grande grille. A cette première opération, les menues pailles, les bourres, les grandes pailles et la graine sont déjà parfaitement séparées et divisées en avant de la batteuse. Les ouvriers recueillent la bourre dans des paniers ou des sacs et la remontent à la partie supérieure de la machine, où se trouve le batteur spécial à hélice qui enlève les graines de leur enveloppe; celle-ci est conduite sur des séries de grilles et ventilée d'une façon complète, les balles et otons sont parfaitement séparés et les graines nettoyées ei prêtes à être livrées au commerce. Sept personnes suffisent pour alimenter celte machine. Une locomobile de la force de 5 à 6 chevaux peut faire le travail. Il y a un grand avantage à se servir de cette machine, en ce sens qu'il ne faut qu'une batteuse au lieu d'en avoir deux; les deux opérations peuvent se faire à la fois, car le batteur ébossant fournit parfaitement et audelà l'autre engreneur. Le prix de cette machine est de 3,000 francs. Au concours spécial de batteuses de graines fourragères organisé récemment par la Société d'agriculture de l'Indre, M. Merlin a remporté le premier prix.
Parmi les cultivateurs qui viennent à Paris, il en est peu qui n'aient pas visité les vastes magasins de M. Peltier jeune, où l'on trouve, non seulement les modèles d'instruments de culture, de machines d'intérieur, mais jusqu'aux petits outils à main qu'on est souvent obligé de chercher avec peine dans les magasins spéciaux. La maison eslaujour d'hui dirigée par M. Huré-Martine, jeune ingénieur qui s'est consacré avec ardeur à sa prospérité. Au concours du palais de l'Industrie, on pouvait constater que l'outillage de toutes les parties de cette grande maison se tient à la hauteur des perfectionnements que les années ne cessent d'apporter dans la mécanique agricole. Henry Sagnier.