‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 290 sur 683 · LA RACE BOVINE DE SALEHS · texte numérisé non relu

LA RACE BOVINE DE SALEHS

la beauté des formes et la pureté du sang, ont été présentées au concours. C'est le produit de 21 vacheries sur 35 qui avaient été inscriles dans les délais utiles. Le jury les a classées dans l'ordre suivant :

Prix agronomiijve. — Objet d'art à M. Jean Ramond, fermier au Bara, près Aurillac^ l'éleveur intelligent et bien connu qui ne compte plus les récompenses obtenues dans les divers concours régionaux.

Deua^ médailles (Vor ex œquo: l'une à M. Jacques Raoux, propriétaire à Chavaroche, commune de Trizac; l'autre à M. Claude Cliavanon, fermier à Chapsière, commune d'Anglards de Salers.

Une médaille d'argent (grand module) à M. Georges Pouderoux, fermier àTougouse, commune de Saint-Bonnet.

V médaille d'argent (petit module) à M. Pierre Couderc, fermier à la Marque, commune de Giou-de-Mamou; — 2% à M. Jean-Baptiste Pebrel, fermier au Breuil, commune d'Anglards de Salers.

r' médaille de bronze^ à M. Marcelin Duc, propriétaire au Fayet, commune de Trizac; — 2% à M. Antoine Couderc, fermier à Veyraguet, commune d'Aurillac; — 3*, à M. Pierre Vidal, propriétaire à Menet; — 4% à M. le baron d'Auzers, propriétaire au château d'Auzers.

Le jury est d'avis qu'il y a lieu d'accorder une mention honorable aux éleveurs ci-après dont les vacheries, moins parfaites dans leur ensemble que celles qui viennent d'être primées, renferment cependant plusieurs animaux remarquables : MM. Delpuech, à Monteilly ; de Fontette fils, au Bousquet; Bouyssou, au Clau; Labro, à Lavergne ; Faure, à la Margovie; Bergeron, à Anglards de Salers et Colombie, à Laborie. Auollet,

Rapporteur du jury.

La Société d'agriculture de l'Hérault continue son œuvre; elle veut répandre de tous côtés les notions nécessaires à la reconstitution du vignoble français. Ce n'est point, comme le disait hier un de ses membres, aux applaudissements de la réunion, sur le département sur lequel s'étend sa juridiction, si je puis ainsi dire, qu'elle veut étendre les bienfaits de son enseignement : c'est à la région entière de la vigne qu'elle s'adresse, c'est pour tous les vignerons qu'elle veut faciliter la reconstitution des vignobles; elle n'a point d'exclusion; elle ouvre une large place à tous ceux qui par tous les moyens, changements de cépages, insecticides de toutes compositions, submersion, irrigation, veulent coopérer à l'œuvre commune.

Un immense public accourt de tous côtés, l'amphithéâtre de l'école d'agriculture est insuffisant pour contenir ceux que le désir, le besoin d'apprendre a fait accourir à l'école de la Gaillarde. Il est vrai que tout est combiné à souhait pour attirer chaque année une foule plus nombreuse de viticulteurs; est-il permis d'oublier, est-il possible de ne pas avoir sans cesse présent à l'esprit la manière aussi bienveillante qu'éclairée, suivie par M. Vialla, président de la Société d'agriculture de l'Hérault, président de ce Congrès, car ces réunions sont un vrai Congrès, pour diriger les débats, mettre en lumière les points obscurs de ce vaste labeur que des causes nombreuses imposent aux agriculteurs de la région de la vigne. Malgré son infatigable dévouement à cette belle cause : maintenir la richesse agricole de la France, M. Vialla éprouverait quelque difficulté, s'il ne rencontrait dans

M. Foex, directeur de l'école, dans tout le personnel de la Gaillarde un sympalique dévouement. Nous, qui pour le porter, le diffuser plus au loin, nous faisons un devoir de visiter souvent l'école, d'assister aux leçons qu'on y donne, nous ne savons si c'est le sympathique accueil que nous y recevons ou le lot de notions utiles que nous en rapportons qui nous y appellent sans cesse, toujoure est-il que le souvenir des réunions qui se terminent demain augmentera singulièrement le charme.

On connaît le programme de l'enquête viticole, le questionnaire sur lequel chacun avait à répondre.

La première question était celle-ci : étant donné la nécessité de reconstituer le vignoble français (plus tard, j'ai hâte de le dire, on devait étudier les procédés, les modes possibles de maintien), quels sont les cépages à l'aide desquels une nouvelle production est possible, quelles sont les conditions de succès, les espérances de réussite que l'on doit avoir en plantant en Riparia telle surface donnée? En un mot le Riparia a-t-il fait ses preuves de résistance au phylloxéra? M. X. prend la parole et annonce qu'il a des Riparias plantés dans une vigne détruite par le phylloxéra; ce cépage ne reçoit pas le parasite ou du moins sa végétation n'en reçoit aucune atteinte. L'assertion de M. X. est contredite, on essaie d'expliquer cette contradiction par des renseignements multiples. Force du sol à conserver l'humidité, nature du terrain, adaptation du cépage au milieu souterrain comme au milieu aérien, !aits de résistance absolue ou relative, tout est passé au crible d'une discussion non préparée, et où l'adversaire ne ménage pas toujours celui qui n'a pas dans sa pratique conformité d'assertions à émettre.

Sans doute, il faut et recherche et étude, pour trouver la note utile, prolitable, entre les faits multiples discordants qui se produisent. Parmi les cultivateurs, quelques-uns au moins ignorent les conditions d'une expérience agricole bien conduite, les difficultés d'une attestation. Pour qui sait lire à travers certaines hésitations, certaines inexactitudes, la vérité apparaît, la ligne est tracée pour le viticulteur qui a commencé son œuvre; bien des tâtonnements, des retards lui sont évités.

Je n'essayerai pas de dire tout ce que le dossier des Riparias, des Solonis, Rupestris, Vialas, Clintons, etc., a reçu dans le casier bon et dans le casi'^r mal; le pointage est facile, il suffit de placer ses notes quelques volumineuses qu'elles soient pour donner une notion attendue.

L'enquête ouverte se poursuivra sur les greffes et les multiples questions toutes nouvelles que ces immenses surfaces à greffer entraînent après. L'intérêt sera très grand d'entendre les viticulteurs, si multiples, t^i variés dans leurs opinions sur la valeur de l'Othello, par exemple, appréciant la valeur de ces greffes si variées qui demandent tant de dextérité dans leur exécution.

Nous aurons aussi la lutte entre les partisans des insecticides et les adversaires, on nous promet une série de faits très propres à dérouter l'agriculteur.

Le congrès de Montpellier nous offre un fait remarquable; M. le président du congrès le signalait, dès le salut qu il adressait à ses nombreux invités, c'est le rôle de la femme dans ce dofuainc des choses des champs d'oii elle semblait s'éloigner, o ^lle est chez elle.

Les réunions de l'école de la Gaillarde nous montrent l'utilité, l'éclat avec lequel elles peuvent y paraître.

Tous les viticulteurs connaissent les noms de Mme la duchesse de Fitz -James, de Mme Ponsot, de Mme Fabre, trop peu auront eu l'heureuse fortune d'entendre Mme la duchesse de Fitz-James apporter sa note dans les débats viticoles. Quelle netteté, quelle précision dans les avis qu'elle donnait, dans les renseignements qu'on lui demandait. Son vole était toujours accueillie avec sympathie, comme la note, la conclusion au débat.

Au congrès phylloxérique de Bordeaux, nous qui ne connaissions que par des écrits les vignerons de Saint-Benezet, nous attendions longtemps une communication annoncée; elle ne vint pas, une lettre d'explication nous fut lue et le taceat mulier de quelque philosophe latin nous fut donné comme la cause de ce silence, on se pliait à la règle. Ce philosophe romain se trompe. Tous ceux qui ont entendu Mme la duchesse de Fitz-James, Mme Ponsot, qui elle aussi, nous dirait en deux mots ce que nous avions intérêt à savoir, à connaître, regretteraient vivement que le précepte de Rome fût suivi à Montpellier. Si l'une nous renseignait sur les conditions viticoles de la Gironde, l'autre apportait son expérience des exigences du climat du Midi. A. de Puy-Montbrun.

DE l'agriculture FRANÇAISE.

Le malaise de l'agriculture est incontestable, mais on n'est d'accord ni sur les causes de ce malaise, ni sur les moyens à employer pour y mettre fin.

J'ai établi précédemment que si la concurrence de l'étranger est quelquefois un obstacle au progrès parce qu'elle décourage plutôt <|u'elle ne stimule quand elle paraît trop redoutable, celle des industries diverses qui attirent les ouvriers des champs à qui elles sont en mesure d'offrir des salaires élevés devient une source de difficultés pour l'agriculture, parce que celle ci ne saurait suivre la voie du progrès avec la même rapidité que ses rivales.

Les chevaux et les bœufs qu'elle emploie, comparés à la vapeur, surtout dans les exploitations où le génie de la France impose le moroellementdu sol, sont comme la démonstration vivante de l'impuissance où elle se trouve de lutter, soit de vitesse, soit de richesse avec des associations de capitalistes fondées avant tout sur une force irrésistible, et de plus pouvant choisir les situations en se postant sur des cours d'eau, auprès des grandes villes, à côté d'une usine, là enfin où le succès est assuré d'avance.

En agriculture ce serait une calamité que cette concentration des forces sur tel ou tel point particulier; mais le fait de l'abandon d'une partie du sol arable est certain. Il n'y a plus assez de bras pour suffire à toutes les exploitations.

C'est que tout vole à ces merveilleuses splendeurs de la civilisation moderne, à ces millions d'étoiles qui illuminent les grandes cités durant les nuits aussi brillantes que les plus beaux jours éclairés par les feux du soleil.

Dans les campagnes au contraire, tandis que le succès repose sur

les bons soins donnés au tas de fiunier, l'ouvrier n'a plus durant les longs hivers la ressource du battage en grange ; on n'y trouve plus de forêts à exploiter, plus de travaux manuels pour les jeunes lilles auxquelles les tissages mécaniques et les filatures ont enlevé leurs dernières ressources. Elles partent pour Paris. Quand en reviendrontelles? Si encore elles doivent en revenir.

Mais les jeunes gens, les plus intelligents comme les plus entreprenants, grâce au développement du réseau des chemins de Ter, au grand nombre d'employés que réclame le commerce, aux attraits des villes que le service militaire leur apprend à connaître et à l'emploi facile des connaissances acquises au moyen d'une instruction nouvelle, s'éloignent du village, de la ferme, et la terre reste stérile.

Les instruments d'agriculture, les machines sans doute remplacent bien des bras ou leur viennent en aide ; mais outre qu'il faut qu'on les dirige, un double effet se produit aussi dont on doit reconnaître le mauvais comme le bon côté.

En effet, le char du Progrès doit avancer, puis avancer encore,, mais ce n'est pas sans écraser bien des victimes ; et si l'agriculture ne trouvait pas le moyen de payer les bras aussi cher que les autres industries ou de fournir aux ouvriers des avantages qui compensent ceux qui leur sont fournis ailleurs, elle devrait baisser pavillon devant ses rivales et laisser se déprécier le sol national qui est celui delà patrie elle-même. Et, si la hausse des salaires entraîne les ouvriers du côté des centres industriels en les enlevant aux campagnes, le fermier doni les bénéfices ne s'élèveraient pas d'une manière sulïisante ne manquerait pas de demander une diminution de fermage, d'oi^i résulterait, er» dernière analyse, la baisse de la valeur du sol.

C'est ce qui se produit déjà d'une manière assez générale, puisque rien ne retenant le cultivateur à l'expiration de son bail, s'il ne trouve pas alors de compensation à l'augmentation des frais qu'il lui faudra subir, il se tourne lui aussi du côté de la Bourse oii le sollicitent des avantages bien entraînants et où il va placer son épargne sans paraître se douter que là aussi quelque orage peut survenir pour enlever les (diiffons que l'étranger lui offre en échange du fruit de ses labeurs.

Cependant, et pour tout dire, il faut reconnaître que les exigences des populations industrielles et urbaines deviennent chaque jour plus grandes, que même dans les campagnes la consommation de la viande se répand avec rapidité, que certains grains, tels que l'avoine, renchérissent par suite d'une plus grande circulation des marchandises, et qu'il y a là une compensation à la hausse du prix des salaires.

Aussi dans les fermes d'un seul contexte, où l'agriculteur libre d'adopter un bon assolement fait prédominer les plantes fourragères, le mal ne sévit pas avec autant d'intensité que dans celles où l'assolement triennal domine par suite du morcellement du sol. Là il sutïîL d'éviter l'épuisement de la terre et de s'attacher à la loi de restitution. Si l'achat d'engrais dont le renchérissement progressif n'offre plus de bénéfices suffisants fait reculer le cultivateur, une bonne administration peut encore assurer des résultats avantageux. Le bétail devient partout une sauvegarde pour l'homme qui sait éviter l'écueil des grandes récoltes exportables. S'il veut tuer la poule aux œufs d'or, il changera en friche le sol arable que généralement on ne sait pas remettre en état sans faire de srrands frais.

En agriculture la fortune ne peut venir que lentement et progressi- /Tient avec l'amélioration du sol, par suite de l'adoption de méthodes conservatrices, utiles à la fois au propriétaire et au fermier, car il n'est guère possible de séparer les intérêts de l'un et de l'autre.

Mais n'abandonnons pas le point de vue qui nous a occupé tout à l'heure, celui du prix, de la main-d'œuvre, puisqu'en 1800 Paris ne comptait que 546,000 habitants, et qu'aujourd'hui la population s'y élève au chiffre de 2,300,000. Songeons que les villages perdent leurs familles laborieuses et que beaucoup des plus petits disparaissent.

lï semble que l'on voie dans l'espace de petits nuages flottants que les chauds rayons du soleil dissipent peu à peu, tandis que d'autres s'étendent et noircissent à l'horizon, prêts à lancer la foudre. Les petils nuages, ce sont les hameaux qui se perdent, tandis que les orages se préparent au sein des grandes cités, ces mères folles des révolutions.

Telle est limage exacte de ce qui se passe autour de nous, et pour mieux voir encore, il suffit de pénétrer dans la demeure de l'ouvrier des campagnes. Qu'y rencontrons-nous? Des vieillards que leurs enfants ont abandonnés pour aller plus loin chercher fortune. Le père et la mère se regardent tristement ; ils se taisent, mais quelle éloquence dans leur silence! Et quand ces vieillards ne seront plus, sur qui pourra-t-on compter pour les travaux des champs?

Il faut donc trouver le moyen de conserver l'ouvrier dans le village pour que le travail féconde la terre. 11 faut que le capital y revienne pour que la main-d'œuvre soit suffisamment rémunérée ; il faut que le fermier trouve sous sa main ces deux leviers indispensables, et de plus, qu'il soit assuré de réaliser un bénéfice pour qu'il ne déserte pas à son tour en laissant derrière lui la propriété foncière discréditée et improductive.

Or cette propriété foncière, c'est l'épargne, le fruit du travail, et rien n'est plus respectable, car si la rémunération du travail est l'expression de la justice, et si le travail est un mérite, l'épargne consacrée à l'acquisition du sol est le couronnement de l'édifice social.

Oui, c'est le propriétaire foncier qui subira, en dernière analyse, les conséquences de l'abandon de la terre par les ouvriers et les fermiers, parce que si ces derniers sont libres, lui se trouve comme rivé au fonds qu'il i.e saurait exploiter lui-même et dont il ne saurait se défaire sans subir une perte considérable. Dans nos départements de l'est, bien des fermes ont perdu presque toute leur valeur, puisqu'elles sont offertes pour un prix inférieur à ce qu'ont coûté les bâtiments construits pour en tirer parti.

Dès lors on peut s'étonner que Ton aille chercher au delà des mers des terres nouvelles et que les ouvriers se laissent entraîner si loin quand on a, en France, tant besoin de leurs services. Les capitaux qu'on appelle en Amérique trouveraient aussi, dès à présent, un emploi avanlageux dans le pays même, et l'on ne saurait trop leur montrer la voie où ils doivent entrer, sauf à indiquer les méthodes de culture qui seront les plus rémunératrices, dans les situations réputées mauvaises, où il y a pourtant des bénéfices considérables à réaliser.

11 est certain qu'en dernière analyse, c'est à ces méthodes qu'il faudra aboutir pour que le travail agricole donne des résultats avantageux. Il est évident aussi que, dans la plupart des situations, les moyens à employer devront être simples et peu coûteux, puisque les

fermes de peu de valeur ne sont pas exploitées par des capitalistes ou par de riches cultivateurs.

On ne peut donner à la masse des exploitants les résultats présentés dans les concours dont le progrès est merveilleux; mais il n'est pas impossible de relever le courage des plus mal placés d'entre les hommes qui travaillent la terre ; et cette œuvre doit marcher parallèlement avec celle qui consiste à montrer ce que l'on peut réaliser quand on dispose de ressources importantes, et que l'on est aux abords d'une grande ville, oii le laitage, par exemple, est une source assurée de bénéfices. E. Duroselle.

Page 1