ENQUÊTE SUR LES VIGNES EN CALIFORNIE
Que va dire notre Académie à cette découverte inattendue qui ferait pouffer de rire même le dernier des Fakirs 1
Après celte leltre figurent dans votre journal deux lettres de M. Campbell; celle du 27 octobre 1882 reflète mes assertions au sujet de la mortalité des vignes exotiques. J'avais écrit que je possédais plusieurs lettres du docteur Schutze, qui prouvait que les vignes américaines étaient tuées par le phylloxéra dans le nord-Amérique. Puisqu'il m'écrivait avoir perdu son vignoble ! M. Campbell qui, dans sa première enquête, avait confondu ledit docteur avec un M. Jacquet, aussi intiouvable qu'inconnu en Géorgie, M. Campbell, dis-je, non seulement ne convient pas ni n'explique pas cette première eireur, mais s'exprime ainsi : « M. Laliman semble être un homme étrange; il cite M. Beikraans pour prouver que le phylloxéra n'est pas en Géorgie, et aussi M. Schutze, pour prouver que le phylloxéra détruit les vignes en Géorgie! »
D'abord le phylloxéra pour; ait être chez le docteur Schutze, et ne pas être chez M. Berkmans, la Géorgie étant aussi grande que le quart de la France, et justement cette inégalité prouverait une fois de plus que j'ai raison ; c'est-à-dire que le phylloxéra n'est pas partout en Amérique, ces inégalités nous arrivent même dans la Gironde. Si donc M. Campbell a vu cette année dernière, dans les îles de rOhio et dans le Sud, les vignes chargées de raisins' c'est qu'il ne s'est pas informé si elles étaient inondées ou traitées au sullure ; les énormes subsides votés par le gouvernement américain passent sans aucun doute à faire quelques remèdes, et la vigueur des elviia qu'il signale, alors que M. Wetmore déclare qu'ils sont déjà ti'.és en Caliornie, prouve ou que les localités qu'il a visiiées ne sont pas envahies, ou depuis peu sont envahies, ou bien que l'on pratique des remèdes, puisque M. Planchon a vu ces aiêmes viyncs, composées de catawa en généial, dans un état jjitoyable. Ce sont des réflexions de casuistes, voilà tout; mais les vignes améiicaines du docteur Schutze sont-elles mortes tuées par le phylloxéra? C'est ce qu'évite avec une dextéiiié extrême de dire M. Campbell, et c'est là tout l'intérêt de nos controverses. Les lettres qu'il m'a adressées sont-elles l'œuvre d'un faussaire, oui ou non? En voici une en tout cas que ne contestera pas mon éminent antagoniste :
« Westpoint, 13 juin 1881 (Etats-Unis).
« Monsieur Laliman, ce printemps, mes vignes meurent encore plus rapidement que le^ années précédentes. Le Clinton est le premier tué par le phylloxéra, puis le Coucord, le Harfort, rinwa et les espèces similaires des Labrusca. Je n'ai que quelques variétés d'ÇEstivalis, et la plupart sont morts chez moi, comme le Lenoir, le Northon's Virginia, l'Eumelan.
« Je suis convaincu que la plupart de nos variétés de vignes américaines seront détruites dans peu d'années.
« Votre tout dévoué, D"" E. Schutze. »
Il faudrait prendre nos viticulteurs pour des ignorants, pour continuer ces négations, peut-être aussi intéressées qu'agaçantes; ce parti pris vise évidemment à protéger l'exportation de certaines vignes, ou plutôt de toutes les vignes exotiques; mais le jour approche où l'on verra si c'est M. Laliman qui invente leur mortalité en Amérique. En attendant, je fixerai l'attention de mon zélé contradicteur sur un document olficiel oméricain\ qu'il ne pourra récuser, puisqu'il est signé Mac-Mulrie et Le Duc, directeur du mmistère de l'agriculture des Etats- Unis, Governemetit Printlug office.
Il y verra que si l'on a prié M. le D"" Schutze de se taire en cette occurrence, M. David, de Jacksonville, M. Hatwey, M. Laise de l'IUinois, M. Kelloy du Miconsin ont parlé, et déclarent dans cette enquête offiidle que leurs clinton, leurs concords et autres Labrusca sont depuis quelques années tués chez eux par le phylloxéra; depuis quelques années, cela mérite toute l'attention des phylloxériculieurs. L'on dirait vraiment qu'il s'agit ici d'un sport entre la vérité et 1 erreur, et que la bonne pâte des lecteurs commence d'aider à sortir du cruel embarras, le rédacteur de ces lignes; car M. Campbell semble oublier bien des cnoses : les déclarations de M. Keech, de Sanduski, celles du docteur Cahin, de M. Turk, de M. Crubb, de M, Husman, de M, Munch, etc., qui ne laissent aucun doute sur la mortalité en question; il oublie même avoir déclaré que le phylloxéra des galles était américain, et celui des racines européen*. Par exemple, il n'oublie
1. lif^port upon statislic of grappe culture and vine in llie United states 1881.
2. Lire le Compte rendu des contérences tenues au 'Irocadéro pendant l'exposition universelle de Paris.
ENQUÊTE SUR LES VIGNES EN CAriFORNlE. 457
pas aussi d'écrire que les affirmations de M. Rohart sur l'envoi de ces cubes, en Amérique, sont entièrement controuvées. Gomme j'ai en main le document impiiraé par M. Rohart, je le maintiens comme exact; c'est à l'émincnt chimiste à prouver si j'ai tort d'avoir confiance en son bon droit.
En donnant un méli-méio d'enquête faite par les soins d'un homme qui vit du courtage des vignes américaines, comme l'honorable M. Morlot, 1 on fait un rébus déplus et pas autre chose. Mais, encore une fois, l'on n'a pas répondu aux points d'interrogation que j'avais adressés autant sur les mœurs du vasiatrix en Californie que sur la résistance du vilis californica, et même du vitis arizonica. Pour moi, ces vignes pourraient bien jouer en France le triste rôle qu'ont joué les si vantés cépages : les clintons, les concords, les scupèrnon^. Il appartenait au premier initiateur dans la question de la résistance de certaines vignes américaines de remplir ce devoir, afin d'éviter les nouveaux sarcasmes des vignerons, qui sont systématiquement hostiles à toutes les vignes américaines sans exception ! ce qui ferait reculer de dix ans encore le salut de nos vignobles, par les bonnes et vraies vignes exotiques^, qui comptent vingt ans de luttes victorieuses contre leur insatiable ravageur. C'est pourquoi j'ai écrit cette réponse. 1